‹ L'analyse psycho-sensorielle et ses applications a l'education integrale. --Chapitre 69 sur 83 · AUTRES COURS · texte numérisé non relu

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Il apparaît tout de suite que, sauf quatre exceptions (soulignées), les temps de palpation ont été supérieurs à ceux d'ob-

servation complète. On constate donc que le rôle favorable de la vision est réel, mais non constant, bien qu'il croisse très sensiblement avec l'âge. Négatif chez les petits garçons, jusqu'à 7 ans (2me et 3m6 tests), il favorise, par contre, de plus en plus, les fillettes dont les caractéristiques visuelles sont décelées ici d'une manière incontestable. La dernière ligne du tableau est particulièrement éloquente : Les filles de 9 à 11 ans, après avoir consacré plus de deux minutes, en moyenne, à la palpation de la planchette Sarrieu, dont les détails les arrêtaient alors, l'ont vue en deux secondes pour la reproduire convenablement. Un tel fait se passe de commentaires et mérite d'être retenu : c'est une confirmation des faits antérieurs. L'étude de l'ordre chronologique, comme des valeurs variables de diverses activités sensorielles, paraît donc désormais possible. Ces deux études, si différentes comme base, convergent cependant, par des conclusions souvent semblables, vers le même but. Nul ne saurait nier désormais leur importance primordiale pour la psychogénèse et la science du comportement. L'éternel problème de l'attention (ou plutôt des attentions élémentaires) y trouvera, sans doute, quelque élément nouveau de solution, comme on le verra bientôt.

Remarquons enfin, et dans le même ordre de recherches, contrairement à l'opinion commune affirmant que la femme est plus habile de ses mains, combien une certaine insuffisance dactylésique des fillettes à certains âges, se découvre ici. Les moyennes de leurs temps d'exécution sont presque toujours beaucoup plus élevées pour les reproductions à l'aveugle. Même dans les modelages à la vue et après observation complète, elles se montrent encore légèrement inférieures. Nous pouvons donc conclure de ces premières expériences, et dans leur limite stricte, qu'une certaine infériorité dactylésique féminine semble prouvée. Cette infériorité présente un double aspect qu'il faut distinguer :

i° Subjectif et perceptif dans la palpation; 2° Objectif et moteur dans le modelage.

Ces deux aspects sont en indépendance étroite, on le constate de nouveau.

S'il restait encore des incrédules, nous pourrions invoquer,

avec les expériences de Binet sur les anormaux rendus éducables grâce au travail manuel bien compris, la remarque des docteurs Jean Philippe et G. -Paul Boncour (ouv. cit., page 20), qui notent, parmi les caractères pathologiques de l'idiotie profonde, la préhension manuelle défectueuse et le pouce ne supposant pas ou s'opposant malaisément aux autres doigts, comme chez les singes. Dans le même ordre d'observations, une institutrice nous signalait, il y a quelque temps, dans une école pyrénéenne, plusieurs enfants arriérés qui se montraient particulièrement inaptes au travail manuel. Pour nous, ces enfants sont des déficients dactylésiques qu'il convient de distinguer désormais très nettement, s'ils ne présentent pas d'autre tare. ïl peut exister des anormaux caractérisés qui sont, au contraire, très habiles de leurs mains. Ceux-là appartiennent au type « praticien » de Binet.

L'expérience pédagogique permet de constater, chaque jour, l'influence très heureuse de l'activité dactylésique synergique dans : le comptage sur les doigts, l'influence mémorisatrice indéniable de l'écriture comme du dessin. Ce sont d'ailleurs ces faits, connus de tous les instituteurs, qui nous ont incité à tenter cette analyse. Si la synergie visuelle est un puissant facteur d'évolution psychogénique, la réalisation plastique est un moyen analphabétique, préverbal même, de connaissance. Les synergies subconscientes se complètent et s'affinent sous le contrôle de la conscience, par l'éducation, mais restent presque toujours et redeviennent forcément subconscientes. Il s'agit donc d'une transmutation du subconscient dans le plan conscient ou bien inverse, dans laquelle l'altention joue un rôle décisif.

Il est enfin à peine nécessaire d'indiquer, dans l'œuvre postscolaire et de préparation sociale qui nous intéresse au premier chef, l'importance de ce nouveau moyen d'analyse psycho-sensorielle pour l'orientation professionnelle si mal organisée, en France, actuellement. Les nécessités de l'argumentation nous ont obligé à une brève allusion déjà à ce sujet. Le fait est assez important pour être repris. Comment, par exemple, ne s'est-on pas encore avisé que le fameux ergographe de Mosso mesure fort mal la force musculaire, mais convient fort bien à l'évaluation dactylésique? Il doit s'appliquer successivement à chaque doigt dont le rôle varie dans chaque

métier ainsi que l'indiquent les déformations professionnelles caractéristiques, et pour chaque main, dans le même but. Le dynamomètre ordinaire, ou celui de Binet, sont encore spécialement dactylésiques. Avec des appareils comme la machine à écrire, des déterminations individuelles précieuses peuvent être faites.

Quoi que disent les adeptes métaphysiciens de la « Gestaltheorie », le concept ou la notion de forme, comme tout ce que nous sommes capables de concevoir, vient de la perception et de l'activité sensorielle. Acte par acte, lueur par lueur, éclair après éclair, c'est humblement , lentement, progressivement, que chaque enfant, grâce à son dynamisme spécial influencé par les milieux, acquiert cette substance psychique faite d'un faisceau de sensations dont parlait justement David Hume. Ainsi devient l'énergie spirituelle que certains considèrent comme divine, mais dont l'origine première reste encore une insondable énigme.

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