PERIODE D'INITIATION PRE-SCOLAIRE
PARTICULARITES SEXUELLES
L'une des grandes surprises de nos tests, — on l'a vu, — c'est la découverte de particularités sexuelles dans le comportement enfantin, beaucoup plus tôt qu'on ne le soupçonnait jusqu'à présent. De 3 à k ans, la capacité d'attention est sensiblement égale chez tous les enfants; mais de !\ à 6 ans, les fillettes se montrent nettement supérieures. Nous pouvons donc dire que l'influence du sexe commence de se manifester psychologiquement vers la cinquième année.
Les garçonnets témoignent alors d'une supériorité visuelle dans les épreuves de dactylésie. Cette supériorité est éphémère d'ailleurs. Elle paraît infirmée même lorsque la vision est uniquement subjective et perceptive. Plus avancés pour la discrimination des couleurs, de t\ à 6 ans, les garçonnets perçoivent mieux aussi les ressemblances1. Enfin, la mémorisation kinesthésique et automatique semble meilleure chez eux. Par contre, les fillettes du même âge conçoivent plus vite l'ordre des cubes, par schématisme visuel plus précoce probablement.
1. Ces conclusions résultent des tests et analyses que le lecteur a pu juger. Segers, dans le Joum. de p*ych. (23me année, n°8 6 et 7), confirme notre point de vue quant à la perception des couleurs s'il émet un avis contraire pour celle des ressemblances. Il est vrai qu'il a examiné les enfants sans la distinction du sexe, qui joue un rôle. Nous nous trouverons d'accord avec Claparède, Pérez, James Sully et Queyrat. On verra plus loin que le comportement différent au point de vue du sexe, provoque des orientations différentes comme le montre l'expérience d'Odessa (Joum. psych., 1928, 425).
CARACTERES GENERAUX
L'enfant de cet âge n'est plus V infans, au sens latin, puisqu'il sait parler. Il parle français ou bien patois, mais l'étape préverbale est franchie. On lira avec profit, sur ce point, les études de H. Delacroix et Karl Bùhler (Journ. de psych., 1926, page 597), c'est vers 4 ans que commence à se manifester l'attention disciplinée ou scolaire. Ceci montre bien que nous n'avons pas besoin, pour notre sujet, de descendre au-dessous de cet âge. Si l'enfant de 4 ans sait déjà bien se servir de ses yeux, — ce qui dépend beaucoup de l'éducation qu'on lui aura donnée, comme Marc D..., qui, à 4 ans 3 mois, me reconnaissait, en uniforme inconnu, sur une toute petite photographie de guerre, — il est encore monoperceptif. Faute d'activité synergique suffisante, les anastomoses indispensables restant encore à créer, il perçoit, d'une manière discontinue, sans ordre dans la suite de ses percepts. La catégorisation spatiale manque encore. Pendant longtemps, et jusqu'à 4 ans d'après certaines institutrices d'école maternelle, le bambin ne peut acquérir la notion du nombre 3. Ce que nous avons remarqué dans les dessins de cet âge fait ressortir les mêmes lacunes.
Vers cette époque cependant, une synergie plus complète s'établit entre la vision et la dactylésie. Il en résulte un schématisme visuel qui se révèle dans les deux sexes. C'est ainsi que les formes sont mieux perçues que les couleurs et que, dès 6 ans, les croquis sont mieux compris que les images complètes. Nous avons souvent constaté ce fait dans les classes maternelles et enfantines. Un croquis très sommaire, au tableau noir, est tout de suite identifié s'il évoque les aspects caractéristiques d'un objet visuel ou d'un animal familier. Nous placerons donc à cette époque la genèse du schématisme sous sa première forme visuelle avec précocité féminine marquée.
L'importance de l'image mentale, base indispensable de la première élaboration psychique, est capitale chez l'enfant. M. Delacroix (Le langage et la pensée, io5, 107, 385, 388, 436) l'explique tout en formulant, à propos des opinions contradictoires de Binet, en la matière, une appréciation qui confirme
la nôtre1. L'enfant qui regarde des gravures, fussent-elles d'Epinal, apprend à penser, à ordonner et schématiser ses percepts. Il acquiert ainsi par vue d'ensemble que l'on a nommée syncrétisme, des moules, des formes, des sortes de gabarits intellectuels qui, comme dans la formation du langage, lui permettront ensuite, à mesure qu'il acquerra la faculté d'analyse, d'en tirer mieux parti. Nous sommes d'accord avec Luquet sur ces points essentiels. D'autres psychologues ont distingué les perfectionnements du dessin (gribouillage, fragments détachés, ensembles logiques) qui permettent les mêmes hypothèses psychogéniques.
APPLICATIONS PEDAGOGIQUES
Pérez, Preyer, James Sully, Rasmussen et d'autres ont montré que l'éducation des enfants peut et doit commencer dès le berceau, M. Henri Piéron (L'évolution de la mémoire, 332) explique aussi, que, dès le quatrième mois après la naissance, la myélinisation des fibres associatives cérébrales suffit à une élaboration psychique. Ces faits sont restés trop longtemps méconnus des mamans et des maîtresses. Celles-là voient dans leur bébé plutôt un jouet vivant qu'une personne en puissance. Celles-ci, jusqu'à l'heureuse impulsion de Mme Pauline Kergomard et aux découvertes de la doctoresse italienne Maria Montessori, se préoccupaient exclusivement, par contre, d'ins-
1. Mme Necker do Saussure (L'éducation progressive, V, ch. I) avait cependant bien montré la voie, il y a plus d'un siècle : « Dégager chaque objet du brouillard qui l'enveloppe, c'est l'éducation du premier âge (5 à 7 ans). L'univers, ajoute-t-elle, est d'une seule pièce pour le petit enfant et pour l'animal. Il s'agit de tout détacher, de tout isoler, au moyen d'une attention concentrée. Que voyonsnous aujourd'hui pour la même période? Des faits de perception globale, trop générale, peu nette, qu'il faut, peu à peu, apprendre à observer, à décomposer. Attention et analyse, voici donc 1 outil unique, mais à double effet qu'il importe de forger, d'aiguiser, d'affiner dèe maintenant progressivement. La psychologie seule nous éclairer assez. » On voit que si le mot syncrétisme doit être attribué à Renan, comme la remarqué M. Piéron, sa découverte remonte à plus d'un siècle.
truire, d'enseigner tout de suite à lire, écrire et compter, en négligeant la période préparatoire indispensable.
Les tout petits sont souvent encore, même pour les éducateurs, des inconnus et des méconnus. Pour bien les connaître, il faut savoir leur inspirer confiance, se mettre à leur niveau, corporellement et verbalement. Parfois, nous les écrasons de notre altitude; nous les assourdissons de mots inintelligibles dont ils ne perçoivent que le murmure confus; nos gestes brusques les effrayent comme des menaces, alors que les leurs sont de vrais poèmes de kinesthésie et de dactylésie. Quand nous voyons naître l'effroi dans les pupilles dilatées du petit écolier, dont la cénesthésie affolée provoque une inhibition paralysante, asseyons-nous à côté de lui; prenons doucement sa main; sachons lui sourire et lui parler lentement des choses qu'il aime. Alors son âme naissante s'ouvrira; il nous fera confiance et nous livrera son secret.
Les organes sensoriels qu'il possède n'ont pas tous atteint le même développement et ne lui sont pas de la même utilité. Nos études expérimentales nous permettent d'établir que la vision, la kinesthésie et la dactylésie agissent surtout en activité séparée d'abord, puis en synergie de mieux en mieux ordonnée et continue. Ainsi, peut-on concevoir, comme Ampère, les perceptions comme des concrétions d'habitudes de plus en plus efficientes et complexes.
Le petit enfant, selon l'expression plus profonde que correcte de Binet, ne sait vraiment que « ce qu'il a agi ». Il faut qu'il voie, saisisse, soupèse, palpe. Il faut même plus : la vérification créatrice qui lui fait reproduire l'objet étudié soit par le geste, soit par le dessin, soit par le modelage. Un instituteur de l'Orne, bon psychologue, M. Delaunay, a patiemment observé, tout en s'éclairant d'une documentation de choix, l'évolution de la perception visuelle kinesthésique chez l'enfant et ses applications pédagogiques (Annales de l'enfance, juin 1928). Il affirme, comme nous,- la supériorité du percept polysensoriel sur le percept monosensoriel. Il voit une dualité d'origine curieuse dans toute perception visuelle qui, selon lui, viendrait s'intégrer à un percept kinesthésique. Pour lui, le syncrétisme se ramènerait donc à une synergie VK. C'est un point de vue intéressant à vérifier.
En tout cas, la mémorisation de ce premier âge scolaire est essentiellement perceptive. C'est l'époque du percept, de l'intuition sensible, de l'enseignement concret par les choses ellesmêmes. Et cet enseignement doit viser beaucoup plus à éduquer qu'à instruire. Le bambin apprend à apprendre : c'est la période d'initiation. Voici la formule de perceptivité possible et déjà multiple que nous proposons pour caractériser cette première étape :
A la synergie déjà majeure, vers 5 ans, de la vision, de Ja kinesthésie et de la dactylésie, nous avons ajouté le symbole de l'activité auditive encore mineure. On abuse pourtant de celle-ci. Aussi la désignons-nous par une minuscule afin de rappeler aux maîtres avec quelle prudence il convient d'en user. Non seulement le petit enfant connaît peu de mots, mais il ne peut saisir aperceptivement que les phrases très courtes et simples. Ces observations, nous les avons faites des milliers de fois, au cours des lectures que nous dirigeons en inspectant nos écoles. Presque tous les premiers manuels de lecture courante sont très mal faits, parce que leurs auteurs sont de bien médiocres psychologues. Une simple inversion, certain jour, dans un texte pourtant familier, arrêta un bon cours élémentaire pendant longtemps. Tout ceci ne s'apprend que par le contact quotidien des enfants.
La formule ci-dessus, ces explications utiles données, montre et délimite assez exactement les possibilités physio-psychiques de l'écolier jusqu'à sa sixième année. Elle est l'expression symbolique de l'activité multisensoriellc et synergique première de l'écolier.
Mais le bon éducateur doit songer toujours à l'attention, condition indispensable de tout travail scolaire. Maria Montessori, on le sait, a montré que la première modalité attentionnelle, spontanée, étroitement liée à l'intérêt, née de la cénesthésie, peut être éveillée, cultivée, par le moyen très simple du jeu librement choisi et poursuivi. On se rappelle nos tests à ce sujet. Ceci constitue la première étape indispensable.
Il ne s'agit pas encore d'attention conceptuelle et globale. Nos recherches nous ont amenés à considérer l'attention
comme une sorte de faisceau progressif d'attitudes évoluées à multiples racines. Elle coexiste avec chaque activité sensorielle par l'adaptation synergique à base C indispensable. Elle se révèle dans toute perception et déjà son caractère psychique se dessine. Elle crée ou sous-tend chaque synergie et marque le schématisme de son empreinte. Elle est partout, invisible et présente, telle une divinité familière. Par ses manifestations de plus en plus continues et rapprochées, elle prépare l'éclosion de la conscience1.
Comme tout ce qui constitue la nature humaine, organique et liée modestement à la matière tout d'abord, le dynamisme attentionnel s'en dégage pour la dominer peu à peu. Plongeant dans l'inconscient des viscères2 dont l'activité métabolique ne saurait être méprisée et dont le rythme vital est sa toute première manifestation, l'attention pénètre le subconscient où elle règne même pendant le sommeil, fileuse patiente du réseau complexe des habitudes. Et ce n'est qu'ainsi, sa rançon gagnée, qu'elle se libère et magnifie dans le conscient et par la volonté créatrice3.
Oui, le philosophe scientifique, le psychologue expérimental, le pédagogue qui veut être autre chose qu'un répertoire de formules figées, doivent suivre la genèse de la « psuchè » comme les métamorphoses d'un être merveilleux. Si l'atten-
1. Rasinussen, dans sa psychologie de l'enfant, montre une aube de conscience très caractéristique entre 4 ans 1 mois, et 4 ans II mois (p. 53-164). L'emploi du « Je » est à remarquer à ce point de vue. Il se place autour de 5 ans. Fichte, qui l'avait étudié chez son fils, lui attribuait une valeur déterminante. A ce propos, voir la mise au point de M. Wallon dans le Traité de Dumas (II, 507).
2. Kostyleff (Le mécanisme cérébral de la pensée, 25), dit que les réflexes sur les organes viscéraux sont tout à fait inconscients. C'est ainsi que nous entendons l' inconscient organique. Mais le subconscient commence de se manifester dans les réflexes acquis si les réflexes innés appartiennent à l'inconscient. Ainsi la gymnastique bien comprise crée des réflexes organiques subconscients.
3. Dans V Année psychologique (XV, 430), Alfred Binet approuve Revault d'Allones qui constitue la vie affective par l'union de la oénesthésie et de La tendance motrice. On pourrait donc considérer que, dès l'origine, le dynamisme kinesthésique est conditionné par la cénesthésie. L'acte suit l'action ontogéniquement. Nous l'avons établi précédemment dans notre observation de tout jeune bébé.
tion n'a pas été encore bien comprise, c'est parce qu'on ne l'a guère vue que dans sa forme ultime et sans songer que, cela, elle l'était devenue au cours de notre évolution ontogénique, dans la psychogénie de chacun de nous. Il faut l'apercevoir dans les contractions et dilatations pupillaires, dans l'accom-* modation tympanique, sondée pour la première fois par Heinrich, au laboratoire de Gracovie. Demandons aux physiologistes des précisions sur sa parenté vraisemblable avec le système sympathique tout entier par ses deux aspects antagonistes et complémentaires d'inhibition et de dynamisme.
Tout ceci prouve l'utilité de notre formule de premier âge scolaire. Cette période pourrait être dite : « auto-éducation ludique », car c'est par le jeu seul (ludus) que nous pouvons déclencher, chez le tout petit, le facteur G primordial.
La formule qui précède, comme celles qui vont suivre, a été discutée dans plusieurs conférences pédagogiques cantonales. Près de 3oo institutrices et instituteurs les ont approuvées et reconnues propres à faciliter et diriger leur tâche.
PARTICULARITÉS SEXUELLES
Elles sont peu nombreuses. La dactylésie se montre plus sûre que la vision, chez les garçons surtout, ainsi que nous l'ont révélé nos tests de dactylésie à l'aveugle. Le premier symbolisme apparaît chez eux également tout d'abord. Cette coïncidence est à retenir. Le perfectionnement dactylésique semble dû, en partie, au schématisme visuel subconscient.
CARACTÈRES GENERAUX
L'enfant de cet âge commence de pouvoir mesurer, comparer; il continue d'acquérir, en le complétant, le schème for mel. Enfin, il réagit mieux au centre d'intérêt qu'au préavis.
Son dynamisme associatif reste donc encore surtout subconscient.
Cette dernière constatation rapprochée de la précédente, montre d'abord un renforcement dactylésique de la formule multisensorielle déjà connue et que nous pourrons indiquer ainsi VKDa, la synergie auditive et verbo-motrice ne nous paraissant pas mériter encore le signe majeur de la majuscule, car elle progresse encore, elle aussi, dans le plan subconscient.
Fait nouveau : L'activité enfantine évolue vers le cycle conceptuel grâce au symbolisme, qui est un premier schématisme visuel, et à l'acquisition d'une première modalité consécutive de jugement liée à la seule catégorisation spatiale. Celle-ci acquise maintenant1, est née, semble-t-il, de ce premier symbolisme visuel dont nous avons remarqué l'éclosion. La formule complète de cet âge pourrait donc s'écrire :
VKDa... + s j.
Interprétons cette nouvelle formule. Les points de suspension sont mis par prudence, afin d'indiquer que nous n'oublions pas l'existence d'autres sens tels que l'odorat, le tact, le goût, qui jouent probablement un rôle synergique subconscient que nous ignorons encore, mais que des recherches ultérieures feront peut-être ressortir..
Une élaboration subconsciente analogue complète et renforce la perception visuelle. Après Binet, M. Delacroix voit le concept et une modalité du jugement dans tout percept complet. En voici la preuve. La vision, après la perception élémentaire et la formation des images initiales, devient capable de schématisation, grâce à l'acquisition, par synergie KD,. du sens spatial. La genèse du jugement est bien dans la catégorisation spatiale. Comprendre à cet âge, c'est voir. Juger, c'est
1. V. dans le Traité de Dumas (II, 10), l'étude de Bourdon (où il ne manque que la contribution importante de son maître Binet), sur la perception spatiale. On voit que la méthode psychogénique suffit à réfuter les théories nativistes de W. James, Hering, etc., comme à prouver que la notion d'espace est acquise empiriquement par synergie kinesthésique et visuelle. Stuart Mill, Bain, H. Spencer, Helmholtz et Taine avaient raison sur ce point, à notre avis.
placer côte à côte et distinguer les ressemblances, ou comparer les dimensions, les aspects2.
N'oublions pas que, dans toutes ces opérations, l'enfant rapporte tout à sa propre mesure (plus grand, plus petit, trop gros) à ses goûts et à ses besoins : de là, des modalités qualitatives naissantes et à remarquer; de là, cet égocentrisme fort bien vu par M. Piaget et qui marque déjà l'opposition hégélienne de l'être au non-être. Mais nous ne croyons pas, comme cet auteur, à une période prélogique. L'enfant possède sa logique comme les peuples primitifs, et faite à sa taille, pour ses besoins. Cette logique puérile est complète, mais réelle. On la retrouve facilement chez nombre d'hommes quand leur intérêt personnel est en jeu. La logique évolue chez l'enfant comme elle l'a fait dans l'histoire humaine. L'ontogénie est bien une réplique rapide de la phylogénie.
En réalité, la logique de chacun résulte de la norme sociale contemporaine et paraît fonction de son niveau psychologique. Celle de l'enfant de cet âge est encore assez basse. Son horizon est beaucoup plus borné que le nôtre. Encore peut-il, dans son étroit domaine, juger parfois aussi bien, sinon mieux, que l'adulte : Binet l'a montré. Pour la chasse et la pêche, le sauvage dépasse le savant. Tout est relatif.
Résumons-nous. L'enfant de 6 à 7 ans est encore surtout perceptif. Sa logique première, basée sur l'évidence, au sens étymologique, s'en ressent. Tout comme saint Thomas, si bien absous par Jésus, il se réfère à sa vue et à son toucher, à moins de jouer au perroquet. Préférons sagement la première manière. Le réel donc, pour lui, c'est ce qu'il voit et palpe. La logique, c'est ce dont l'image se juxtapose à ses images acquises. Au fond, c'est le semblable ou le ressemblant. Sachons nous en contenter. De ià, méthodiquement, le bon éducateur saura faire atteindre le critérium de Descartes. Mais il
2. Rasmussen {La psychologie de V enfant, p. 21), montre que la fillette R., à 6 ans et 4 mois, place côte à côte des fouilles de fraic>i&r et d'autres de ficaire pour ne plus les confondre. R. ajoute quelle n'a bien distingué la main du singe de celle de l'homme qu'après lea avoir vues, à côté l'une de l'autre, dans une image. Ceci mon Le 1& naissance onbogénique du jugement analogique, ce que l 'auteur nr dit pas.
faut le temps. Vouloir aï 1er trop vite, brûler les étapes, c'est provoquer souvent des infirmités intellectuelles irrémédiables, déformer des esprits pour jamais. L'éducation intellectuelle doit être rigoureusement psychogénique.
APPLICATIONS PEDAGOGIQUES
On les prévoit d'après ce que nous venons de dire. Elles existent en partie dans les instructions ministérielles de 1923, que la plupart des instituteurs, osons le dire, ne comprennent pas assez. Combien de fois avons-nous constaté, dans nos inspections, même chez des maîtres consciencieux, que les vieilles méthodes, les vieux procédés, dont ils ont subi l'empreinte comme élèves, jadis, se perpétuent, malgré tous les efforts, par cette force obstinée des habitudes anciennes ancrées dans le subconscient au dynamisme latent, mais constant.
Il importe de perfectionner ce que M. Delvolvé nomme justement, — sans préciser assez, d'ailleurs, — la technique éducative. Art et science à la fois, elle doit être d'abord scientifique. Pour cela, il lui faut des formules claires et précises, faciles à retenir et appliquer dans tous les instants de la vie scolaire : celles que nous avons proposées, ou d'autres meilleures dont nous souhaitons sincèrement la venue.
L'enfant de 6 à 7 ans n'est plus seulement monoperceptif. Si son travail, encore forcément matériel, concert, dactylésique, toujours au contact de l'objet ou de son image, mémorise surtout dans le plan subconscient (ainsi qu'il est facile de le constater par des questions d'intelligence et de contrôle après récitation parfaite), des éclairs de conscience, résultant du dynamisme attentionnel qui toujours évolue, viennent l'illuminer de temps à autre. Alors l'écolier manifeste sa joie. Cette réaction cénesthésique qui rappelle la joie du bébé reconnaissant un visage ou un jouet, doit être notre guide. Pour reprendre l'image célèbre de Bergson, le collier de perles, symbole de la conscience, commence de se former. Les perles se multiplient et se groupent par endroits. Le fil sous-jacent se forme peu à
peu. Ainsi se modifieraient (cellules géantes) et s'anastomoseraient progressivement les neurones d'après les travaux de Golgi et de Ramon y Gajal. Gomme les cartes et coupes si utiles au géographe, des progrès plus rapides dans la topographie nerveuse aideraient singulièrement toute psychogénèse.
Perfectionné par le jeu constant des activités synergiques (jeu qu'une pédagogie scientifique devrait préciser bientôt), l'esprit enfantin conçoit maintenant, après les avoir maintes fois perçues : la parité, les dix, puis les cent premiers nombres. La dizaine, tout comme les chiffres symboliques romains V, II, III, Y et X, naît de l'observation de ses doigts1. Grâce aux ingénieuses méthodes actuelles de manipulation d'objets, de réalisations individuelles de chaque nombre, d'opérations réalisées également par comptage de matériel agréable, dans la synergie polysensorielle — VKDa — qui désigne le percept par un nom et l'opération par un verbe, tous les facteurs collaborent harmonieusement. C'est ainsi que la perception auditive (en termes objectifs : l'enseignement verbal) peut maintenant commencer de prendre sa place, encore prudemment, après maintes perceptions multisensorielles patiemment répétées, car la mémorisation reste fugace sans ce mécanisme.
Que l'on exploite sagement le goût des enfants de cet âge pour les fables, les contes, les récits qu'ils préfèrent à la lecture plus morne. C'est facile à constater dans les leçons de morale. Mais point de verbiage confus, défaut capital de l'enseignement actuel. Toujours le percept auditif doit s'associer à un percept kinesthésique, dact\ lésique, visuel ou à une image visuelle. Nous pourrions nommer cette étape : iconologique, à cause du rôle encore constant et capital des images visuelles.
1. Les barres représentent les doigts; le V, la main à cinq doigts; le X est formé de deux V superposés et correspond à deux mains ou 10 doigts: telle est l'interprétation que nous proposons de l'origine de ces chiffres, nés par conséquent, tout comme le système décimal, de la dactylésie.
PARTICULARITÉS SEXUELLES
Après s'être montrés d'abord plus visuels, les garçons de cet âge accusent deux fléchissements caractéristiques de cette activité dans les tests de dactylésie. Il y aurait donc lieu de rechercher, dans des laboratoires outillés à cet effet, si un optimum visuel ne se produirait pas vers la huitième année.
La dactylésie permet de faire encore une discrimination au point de vue du sexe. Les fillettes paraissent atteindre un maximum dès 7 ans, alors que les garçons n'y parviennent que deux ans plus tard. Ceux-ci, en outre, semblent alors moins bien doués pour le sens quantitatif. Nous croyons pouvoir induire de ces faits que la genèse de ce sens et de la modalité de jugement qu'il implique nécessairement, est bien liée à la synergie dactylo-visuelle. Cela résulte aussi des méthodes employées dans l'enseignement du calcul à l'époque précédente et de leurs conséquences éducatives dont nous avons assez longuement parlé.
D'autres caractéristiques féminines se révèlent encore. Moins sensibles à l'attention suggérée ou différée (test d'auto-correction), les fillettes se montrent supérieures au point de vue de l'audition. Elles réagissent mieux au préavis qu'au centre d'intérêt, ce qui confirme l'importance du facteur auditif et le progrès du schématisme verbal chez elles. Enfin, leur supériorité se révèle encore pour la cénesthésie. Tout ceci leur confère une supériorité générale indiscutable. Elles sont plus évoluées, à cet âge, que les garçons.
CARACTERES GENERAUX
Un coup d'œil sur notre premier diagramme, d'après Lasoursky, montre la prédominance encore, à cet âge, de la synergie VK (et implicitement D que nos tests n'avaient pas encore isolée); l'audition vient après, mais avec une proportion de i à 4 vis-à-vis de la vision, et de i à 3 à l'égard de la kines-
thésie. Le tact, le goût, l 'odorat, sont comme inexistants encore; on l'a vu.
Le cycle conceptuel s'ébauche par un bourgeon assez accusé sur le rayon quantitatif. Il décèle l'existence d'un schématisme VKDa suffisamment formé et actif au préalable, comme nous Tavons expliqué.
Dans le troisième cycle, l'esthétique seule commence de se révéler. L'esthétique, d'après notre méthode analytique, résulte d'une synergie Vsj aperçue déjà, mais à laquelle commence de s'ajouter, par subjectivisme inévitable, C. Ce facteur cénesthésique existe déjà, ne l'oublions pas, sous une modalité subconsciente, discontinue, mais réelle, dans l'égocentrisme et l'égoïsme analysés ci-dessus. Il ne tardera pas à se révéler tout à fait.
Complétons cette première vue d'ensemble par la contribution de tous nos tests.
Le rapprochement des courbes visuelles, dans les deux sexes, à cette époque, renforce notre hypothèse précédente d'un optimum visuel vers la huitième année. L'observation d'une fillette de 7 ans et demi, pendant les vacances de 1928, confirme encore ceci. Ce perfectionnement visuel doit avoir des conséquences non seulement pour la perception, mais pour le renforcement du facteur synergique visuel dont nous venons de voir l'importance dans la genèse du jugement spatial. L'évolution de l'attention doit aussi en subir l'influence.
« L'enfant vit dans le présent, déclare F. Challaye (Traité de Dumas, II). Sa vie est unie et harmonieuse, toute orientée vers le présent » (p. 71 5). Ceci est une conception globale et statique qui oppose trop catégoriquement l'enfance à l'adolescence. Ce n'est que partiellement exact, parce que momentané. Il importe, en psychogénèse de toujours apercevoir les phénomènes précédés, longtemps à l'avance, de manifestations discontinues et non négligeables.
Essayons d'établir maintenant la genèse de la deuxième catégorie fondamentale, celle de temps. L'évolution du seni
quantitatif est spatiale d'abord, on l'a vu. Mais elle se complète et s'applique au temps, dans la suite.
Ce point, très délicat, qui a fait l'objet de plusieurs thèses et de nombreuses études, est intéressant à sonder par notre méthode.
Les besoins organiques du bébé font naître, dans l'inconscient d'abord, par cénesthésie confuse, puis dans le subconscient, par le jeu des synergies attentionnelles primitives, un rythme régulier qui sert de premier canevas, qui fournit de nombreux points de repère. Non seulement, les pulsations du cœur et le rythme respiratoire jouent ce rôle, ainsi que Pavlov l'expliquait récemment dans le Journal de Psychologie, mais toutes les fonctions du métabolisme vital fournissent matière à sensation et même à perceptions, dont la suite régulière et la répétition forment palier d'accès du subconscient, en temps normal, au conscient, dans les périodes de crise. L'enfant, soumis au rythme régulier des tétées, dès sa naissance, accuse un rythme digestif très net dès le quatrième mois et souffre d'un changement quelconque. Ces perceptions cénesthésiques rythmées constituent le substrat initial de la catégorisation temporelle.
Kant avait conçu le temps comme la forme du « sens interne » ou « l'intuition de notre état intérieur ». Guyau en voit la genèse dans la perception des différences. Il établit une connexion intime entre l'intensité, le degré et le moment II distingue le pâtir de l'agir. Il explique la localisation des images qui suppose, comme nous le prouvons ici, l'antériorité de la notion d'espace. Et quelle belle part ne fait-il pas à la cénesthésie, sans la nommer, quand il écrit (La genèse de Vidée de temps, 4o) : « C'est le jeu des sentiments, des plaisirs et des douleurs qui a organisé la mémoire en représentation présente du passé, et divisé ainsi le temps en parties distinctes. » Et un peu plus loin, il ajoute (4 7) : « C'est le mouvement dans l'espace qui a créé le temps dans la conscience humaine. Sans mouvement, point de temps. » Enfin (74), il précise le point qui nous retient : « Le sens externe qui a le plus servi, après les sens internes (nous dirions aujourd'hui : cénesthésie), à tirer le temps de l'espace, à lui donner une dimension à part, c'est l'ouïe, précisément parce que l'ouïe ne localise que très
vaguement dans l'espace, tandis qu'elle localise admirablement dans la durée. L'ouïe, dégagée progressivement des formes spatiales, en est devenue une sorte de numérateur rythmique; elle est, par excellence, le sens appréciateur du temps, de la succession du rythme et de la mesure » (75). Nous étions donc fondé à rappeler les rythmes organiques de la toute première enfance. Pour nous, C prépare la discrimination auditive, due nécessairement à un schématisme, donc à un dynamisme synergique dans lequel l'ouïe joue un rôle prépondérant.
Le problème que Guy au, après Kant et tant d'autres, élève au plan métaphysique, nous essayons de le résoudre beaucoup plus modestement dans le plan psychogénique. Nos deux points de vue se confirment semble-t-il. Parallèlement, synergiquement, l'audition contribue à la genèse de la notion dynamique de temps qui, par analogie progressive, s'ajoute à la notion statique d'espace. Tous les bruits monotones, répétés (moulin, pendule, horloge, changement de cours et d'exercice), viennent souligner, renforcer le rythme cénesthésique fondamental dont nous avons parlé1. La parole elle-même, par son rythme spécial, surtout dans les prosodies primitives, offre des relations frappantes avec les oscillations de l'attention (dactyles, spondées, accent tonique, temps fort ou faible) et la courbe ondulatoire de la mémorisation auditive. Dans le discours parlé, entendu, écrit, l'intonation expressive qui met en valeur, comme au somment d'un anticlinal, le mot expressif, essentiel, émergeant de la grisaille du contexte, tout cela établit, à la longue, dans le jeune esprit qui se forme, une sorte de substrat gradué, nuancé, proche parent de la catégorisation spatiale, sur quoi les faits s'échelonnent dans le temps que réalise symboliquement un espacement en profondeur, du présent vers le passé. Certains graphiques ingénieux, usités en histoire, serviraient de caution, s'il en était besoin, à notre théorie, puisqu'ils aident beaucoup à la chronologie. Wundt n'a-t-il pas écrit : « L'ouïe a spécialement le rôle d'un
1. Après avoir écrit cela, nous sommes heureux do lire dans Wundt (II, 39) : « ... lintuition de temps, à la vérité, est déjà, ébauchée clans la représentation de mouvement, mais son développement supérieur est absolument lié au sens de l'ouïe. »
sens qui éveille le temps, qui dirige vers l'intuition de temps?1 »
Ce trait particulier de l'activité auditive sous toutes ses formes, perception simple, discours intérieur (qui joue un si grand rôle dans notre vie mentale et morale), réalisation adéquate enfin, par la parole, dans l'acte complet de la pensée, comme l'explique bien M. Delacroix2, tout cela se complique encore d'une autre conséquence, non moins importante, étroitement liée aux catégorisations précitées par les liens multiples de la schématisation créatrice de symboles : l'abstraction. Celle-ci est majeure dès qu'elle peut évoluer dans la durée comme dans l'espace; et cette époque commence.
Après Alfred Binet3, M. Henri Piéron, dans les derniers chapitres de son Evolution de la mémoire, a indiqué, et M. Delacroix, dans son étude profonde du langage, a fort bien analysé la collaboration indispensable que la parole apporte à la pensée. C'est grâce au langage, d'abord simplement affectif, proche du cri animal (nous l'avons prouvé après d'autres), mais de plus en plus évolué, grâce à la vie sociale surtout, que l'intelligence humaine a pu probablement franchir les bornes de l'instinct ou de l'intellect rudimentaire des animaux. C'est grâce au langage aussi (l'histoire de l'enfant perdu du Gévaudan sous la Convention le prouve, avec Laura Bridgeman et d'autres, comme toute la technique des écoles de sourds-muets) que l'enfant devient un être psychique supérieur après avoir été semblable aux animaux. Ainsi, encore une fois, au psychologique comme au physiologique, l'ontogénie procède de la phylogénie. En d'autres termes, au premier symbolisme, étroitement visuel qui caractérisait l'enfant de 6 à 7 ans, vient s'ajouter, de 7 à 9 ans, une autre forme complémentaire de