DES SUBSTANCES ANAPHYLACTISANTES EN PARTICULIER
1° Sérums. — Les recherches d’Artuus, de Tutopatp Smiru, d'Orto, de Rosenau et Anperson, et de la plupart des auteurs, ont porté sur l’anaphylaxie par les sérums, de sorte qu'une bonne partie des faits indiqués plus haut se rapportent a l’anaphylaxie sérique.
Rosenau et Anperson ont bien étudié la dose de l'injection préparante, et ils ont découvert ce fait extraordinaire qu’avec des quantités minuscules de sérum on peut anaphylactiser des cobayes, soit, dans un cas, avec 0,000 001 de sérum. Pour se rendre compte de la faiblesse de ce chiffre, il suffit de songer que la quantité de substance
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active contenue dans le sérum n’est tout au plus que d’un centième, peut-être d’un millième, peut-être moins encore, de sorte qu’il s’agit la de la dose tout à fait petite de 0", 000 000 001 *.
En.général cependant, il faut des doses de sérum plus fortes, de 08,01, sous la peau, ou 0,001 dans le cerveau pour obtenir une anaphylaxie constante, sans exceptions individuelles.
Avec des doses plus fortes l’anaphylaxie met plus longtemps à apparaître. J/ semble gui ne puisse y avoir anaphylaxie que lorsque toute la substance préparante a dis- . paru. Le fait est important à retenir; car il explique les remarquables faits que Bes- REDKA a observés dans l’étude de l’antianaphylaxie, faits sur lesquels nous aurons à revenir.
4. J'ai montré que des doses extrêmement faibles d’un sel © métallique, de chlorure de vanadium par exemple, agissaient sur la fermentation lactique, à la dose minuscule de ~ 0 gr. 0000000004 par litre (Trav. du lab. de Physiologie, 1909, VI, 353).
Fr.
La dose déchainante doit être en général plus forte que la dose préparante. C’est l'inverse de ce qui se passe avec l’anaphylaxie par les toxines.
La spécificité des sérumsestremarquable.
Autrement dit la substance déchainante doit être la même que la substance préparante. Nous avons vu plus haut que ce n'est qu'une apparence, puisqu’en réalité elles sont différentes. Mais il n’en est pas moins vrai qu'un cobaye, à qui du sérum de cheval a été injecté, n’est pas sensibilisé pour le sérum de bœuf, ou de lapin, ou de chien, ou d’anguille, et inversement. Cette proposition, qui est incontestable, n’est cependant vraie que dans de certaines limites.
BRuyNOGHE a vu que, dans quelques cas, des cobayes ayant reçu une injection préparante de sérum de vache réagissent d’une manière intense après injection massive de sérum de cheval: de même avec sérum de mouton.
Comme Gay et SOUTHARD, BRUYNOGHE a
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cherché à isoler la ou les substances anaphylactisantes contenues dans le sérum.
Nous reproduisons ici ses conclusions, qui sont importantes.
1° Les substances dialysables du sérum n’anaphylactisent pas.
2° Le filtrat obtenu après précipitation totale des substances albumineuses du sérum est sans action anaphylactisante.
3° Les divers albuminoïdes du sérum, isolés par le procédé de Hormeisrer, hypersensibilisent, — et tous avec la même intensité, — pour une injection massive de sérum (ainsi que l'avait déjà vu de WAELE).
4° Les euglobulines ne produisent pas une hypersensibilité plus marquée que les pseudoglobulines ou les sérines (contrairement à l'opinion de Gay).
2° Lat. — Les expériences d’Artaus d’abord, de Rosenau et ANDEersoN, puis de BesrenkA, établissent nettement l’anaphylaxie par le lait.
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Rosenau et Anderson ont montré la spécificité de cette réaction. Des cobayes sensibilisés avec du lait de femme ne réagissent qu’au lait.de femme, et non au lait de vache ou de chèvre, et inversement.
La spécificité est bien nette, mais elle n’est pas absolue; et elle l’est d’autant moins qu'il s’agit d'espèces animales plus voisines ; le lait de vache anaphylactise un peu contre le lait de chèvre; de même avec plus de netteté encore lelait de brebis contre le lait de vache, tandis que le lait de chienne n'anaphylactise nullement contre le lait de vache.
BEsREDKA a montré que la caséine séparée du petit-lait pouvait provoquer l’anaphylaxie en injection préparante ou en injection déchainante, que le petit-lait aussi était actif, et dans ce petit-lait la substance albuminoide précipitant parla soude (lacto-protéine?)
D’autres faits intéressants ont été vus par Besrepka, d’abord que l’albuminoïde
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du petit-lait peut produire la vaccination — anti-anaphylactique, même par ingestion buccale, ou par absorption rectale, encore que par les voies digestives jamais il n’y ait de sensibilisation par le lait. Les deux propriétés sensibilisante et toxique ne disparaissent pas quand on a chaufféle lait — à 120° pendant 15 minutes. Mais, chauffé à 130°, le lait ne sensibilise plus, et cepen- | dant il a conservé encore son pouvoir vaccinant. On peut donc par le chauffage à 130° dissocier les propriétés du lait; la propriété vaccinante étant thermostable; les propriétés toxique et sensibilisante étant thermolabiles.
3° Œufs. — tl ya une anaphylaxie par l’albumine d'œufs, et, comme pour le lait, elle est spécifique; mais la spécificité n’est pas absolue. f
Sur le cobaye, Rosenau et Anperson ont montré que l’œuf de dinde est anaphylactisant vis-à-vis l'œuf de poule, et inverse-
|" dé
ment. Au contraire, l’œuf de cane est à peu prèsinoffensif pour des cobayes injectésavec desœufsde poule, etl’ inverse n'est pas vrai (?)
Sur les lapins, Ed. Lesné et L. Dreyrus ont bien montré que les lapins anaphylactisés avec du blanc d'œuf de poule ne sont pas sensibles à une injection déchainante de lait de vache, ou de sérum de cheval, ou même de blanc d'œuf de cane. Mais l’anaphylaxie n’est une réaction spécifique que si on limite le nombre des injections préparantes. Si les injections sont multipliées, les lapins réagissent indifféremment aux injections ultérieures des albumines diverses.
4° Toxines. — Avec les toxines il y aun élément nouveau dont il faut tenir compte:
c'est Vimmunité.
Dès mes premières expériences avec la congestine des actinies, j'avais noté cette marche parallèle de l’immunité et de l’anaphylaxie, et j'en avais conclu que l’ana-
128 L'ANAPHYLAXIE phylaxie est la première étape de l’immu-
nité. En cherchant la raison d’être, d'ordre : biologique, et, pour ainsi dire la cause.
finale de l’anaphylaxie, j'avais été amené
à supposer — ce qui me paraît moins pro- M}!
bable aujourd'hui — que les animaux ont acquis cette sensibilité extraordinaire pour pouvoir, pendant la période anaphylactique, se mettre en garde contre toute nouvelle atteinte du poison. Avec certaines substances, comme par exemple avec la mytilo-congesline, on voit très bien vers le 40° jour l’anaphylaxie diminuer, et l’état d’immunité s'établir.
Doerr et: Ravusirscuek ont vu le même phénomène avec le sérum d’anguille.
La simultanéité de l’anaphylaxie et de l'immunité marchant de pair chez l'animal injecté, il en résulte une curieuse conséquence. Soient un animal neuf et un animal injecté précédemment, si on leur injecte la même dose (mortelle) de crépitine, comme la crépitine ne tue qu’en dix à vingt jours,
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et ne produit jamais, chez un animal neuf, d'accidents immédiats, ce chien neuf n'est nullement atteint par l'injection; il est gai, alerte et ne semble pas avoir reçu la moindre trace de substance toxique. Au contraire, le chien anaphylactisé est extrémement malade : défécations sanglantes, vomissements, ataxie, cécité psychique, si bien qu’on peut le supposer mourant.
Mais souvent il se rétablit, et le lendemain il paraît en aussi bon état à peu près que le chien neuf. En outre, dix ou douze jours après, le chien neuf meurt cachectique, paralysé, misérable, tandis que le chien anaphylactisé (et non immunisé) est revenu à la parfaite santé.
Cette expérience, quoique paradoxale en apparence, est absolument certaine, et je Yai répétée un grand nombre de fois.
(Voy. in Trav. du laborat. de physiologie, 1902, V, 514, l'expérience sur Arlequine, Colombine, don Luiz et Gorgibus.)
On l’expliquera d’ailleurs sans peine en
Ricuet. — Anaphylaxie. 9
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admettant qu'il se forme en même temps.
dans le sang des antitoxines (pour l’immunité) et des ¢oxogénines (pour l’anaphylaxie). (Cela a été vu plus tard par Dozrr et RaupitscHex avec le sérum d’anguille.) Contrairement à ce qu’on observe après les injections de sérum, il faut une dose relativement forte de toxine pour préparer.
Avec des doses de congestine inférieures »
à 08,001, on n’anaphylactise pas, tandis que « cette dose est absolument suffisante pour déchainer les accidents anaphylactiques. Il 4 est vrai que l’expérience dans ce cas est faite — sur Le chien, tandis qu'avec le sérum l’expé- — rience a été surtout faite sur le cobaye. Mais | je me suis assuré que sur le cobaye la dose” préparante de toxine doit être aussi forte que l'injection déchainante, de sorte que w cette différence entre le sérum et les toxines injectées tient à l’antigène injecté, et non à l'espèce animale sur laquelle l'injection . est faite.
[1 est certain que selon la nature des .
+ ER dia A eel Oe tah -
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toxines on trouvera de grandes différences entre elles, quand on les aura étudiées méthodiquement les unes et les autres.
Pour ne parler que de celles que j'ai étudiées (mytilo, actino et crépito-congestines) l’anaphylaxie a disparu vers le soixantième jour pour la mytilo-congestine. Pour l’actinine et la crépitine, non seulement au soixantieme jour l’anaphylaxie n’a pas disparu, mais elle est devenue de plus en plus intense. Même, au cent cinquantième jour, avec la crépitine, elle est très forte encore; mais les accidents qui se développent n’ont pas le même caractère.
3° Bactério-anaphylaxie. — On pouvait supposer a priori que les albumines bactériennes, toxines, endotoxines, sécrétées par les microbes pourraient produire des phénomènes anaphylactiques. De fait, les expériences sont trés nettes et établissent d’une manière indiscutable qu'il y a une
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bactério-anaphylaxie. (Nous ne parlerons { pas ici de la sensibilité à la tuberculine qui — mérite d’étre envisagée a part.) Labactério-anaphylaxie a été vue d’abord « par Wozrr Eissner, puis par Rosenau et ANDERSON, et, avec grande précision, par Kraus et Dozrr. | | Tout d’abord il importe de distinguer deux cas assez différents. En effet: 1° on peut . extraire des bacilles ou de leur liquide de » culture une toxine qui servira aussi bien — pour l'injection préparante que pour l’in- « jection déchainante; 2° on peut inoculer des cobayes avec un microrganisme virulent, lequel développera des toxines, et alors remplacera l'injection préparante, — et injecter, en injection déchainante, le « liquide de culture (stérilisé) de ce même microbe.
La première méthode est d’une applica- « tion facile. On peut injecter soit des cultures stérilisées par la chaleur, soit des toxines précipilées par l’alcool et dessé-—
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chées, soit des corps microbiens stérilisés (endotoxines). Les résultats sont toujours positifs; c’est-à-dire que les animaux présentent des phénomènes d'intense anaphylaxie, quand on les réinjecte 20 à 25 jours après l'injection préparante.
Si, au lieu d’injecter en injection préparante une culture stérilisée, on injecte des bacilles virulents, l'injection ultérieure d’une culture donne les mêmes résultats que si l’on avait, en injection préparante, injecté la toxine comme antigène.
Voici comment Dorrr décrit les effets de cette bactério-anaphylaxie.
« On traite les cultures sur agar par une ‘solution de soude à 10 p. 100, et on les laisse au contact pendant 24 heures, puis on injecte par la veine jugulaire.
Les cobayes sont alors en proie à une forte dyspnée; puis ils tombent sur le flanc, en moins d’une minute, dans un état de coma grave, rendant de Vurine et des matières fécales, etils meurent au bout