CHAPITRE VIII
TECHNIQUE
L’observation suivante, trouvée dans un périodique américain, touche à l’un des points caractéristiques de l’émancipation impressionniste.
« Toutes les formes des techniques anciennes doivent être considérées par nous, artistes, comme des moyens d’expression seulement et jamais comme des choses admirables en elles-mêmes. Il est indispensable de les connaître, mais je pense que nous devons nous défendre de les admirer trop ou de nous familiariser trop avec elles. »
Cet avis est sensé, car il vise une tendance qui était beaucoup plus forte, il y a quelques
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années que maintenant. Les sujets et les idées étaient considérés de peu d’importance, l’objet principal étant d’exceller dans les qualités techniques, le métier et les trucs de toute espèce. « Un coin de mon atelier » figurait si souvent comme titre dans le catalogue ou « Une étude; tête ». « Effet d’après-midi, étude », et tout cela sur de si grandes toiles, que le spectateur se sentait enclin à demander : Pourquoi un homme qui peut peindre si bien ne choisit-il pas un sujet digne de son talent? Il semble ridicule de représenter un champ, grandeur nature, avec un enfant jouant à la balle et une blanchisseuse étendant une centaine de mètres de linge de famille, tandis que, ramené à des dimensions raisonnables, ce sujet, avec ses qualités de technique, pourrait être tout à fait charmant. C’est comme si l’on donnait un grand concert pour n’y jouer que des « berceuses ».
N’est-il pas préférable, pourtant, de voir le linge de famille, l’enfant et le ballon bien peints, que d’assister au spectacle d’un effort dénué de technique et dans lequel se constate
l’absence de connaissance technique à un tel point que nous nous écrions : Quoi ! cet enfant aurait mieux fait d’apprendre à marcher avant d’essayer de courir; il ne sait pas seulement dessiner une ligne droite (pour employer la phraséologie vulgaire de n’importe quel épicier qui n’a pas la moindre idée des moyens requis pour produire un tableau)?
Que reste-t-il à entendre d’un violoniste qui ne sait ni ses gammes et joue faux et sans mesure? Ceux qui trouvent que tel soliste a du feu ou de l’expression n’ont pas une bonne oreille et prennent pour de la vigueur un très irritant et vraiment mauvais coup d’archet, commençant avec une violence hystérique à la pointe de l’archet et finissant de même au talon.
L’impressionniste, en jouant du violon, est certainement répréhensible. Que diraient les abonnés et le public aux concerts Lamoureux et aux concerts populaires, si une bonne moitié du programme était exécutée par de très médiocres amateurs? Pourtant le public est obligé de payer pour entrer dans nos
innombrables expositions d’amateurs enfantins. Un homme n’est pas supposé, dans aucune branche de l’art, musique ou littérature, se préoccuper trop de technique ; mais le conseil de la maxime citée est bon seulement pour ceux qui ont déjà acquis une connaissance suffisamment profonde pour donner une base solide à l’expression de leur pensée.
Je maintiens que c’est une maxime quelque peu dangereuse, car, en toute chose, il est si difficile de désapprendre et de rompre avec de mauvaises habitudes, — et cela s’applique non seulement aux arts, mais à tous les jeux qui demandent de l’adresse : billard, tennis, golf, aviron, patinage. Si l’on apprend « dans un mauvais style » ou trop tard, il devient impossible, même avec la meilleure instruction, de corriger une routine acquise. Combien dangereux alors n’est-il pas de se contenter d’acquisitions superficielles et de négliger, par paresse ou à cause du désir maladif d’être original, tous les avantages que procure une éducation complète de l’œil et de la main 1
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