ARCHITECTURE
reliefs, maladroitement sculptés et peints; mais, malgré cela, depuis la plus ancienne pyramide jusqu’à l’apogée de l’art, sous le règne de Séthos et de Ramsès II, l’architecture égyptienne constitue un tout homogène. Le petit temple d’Abydos est une perle, la suprême fin de leurs recherches artistiques. Karnak est leur Parthénon ou l’équivalent de nos innombrables cathédrales gothiques. Puis vient une décadence qui finit avant la conquête d’Alexandre. Mais la décadence n’est due à aucun mouvement socialiste de la part de leurs artistes et architectes; c’est simplement la suite naturelle de la grandeur : quand on cesse de monter, il faut descendre.
Les modernistes exagérés disent que l’architecture est en retard, qu’elle n’est pas « dans le mouvement ». Ce qui est maintenant nécessaire, c’est quelque extravagant exemple, même grotesque, n’importe quoi en fait qui serait une nouveauté de construction et de style. Mais il y a des lois en architecture, comme en art, aussi immuables que les lois de la nature.
ao.j. L’ANARCHIE DANS L’ART
En art, l’absolu est le bon dessin et la proportion, et le caractère individuel, suivant la nature de l’espèce humaine.
En architecture, les lois fondamentales sont identiques et régissent aussi bien le massif égyptien ancien, l’ornemental persan, arabe ou moresque, le simple et élégant grec, le roman et le gothique fleuri ou les styles les plus modernes. L’ « extérieur » seul diffère, non les principes fondamentaux : de nouvelles combinaisons de colonnes, d’arches, de plafonds, de toits et une infinie variété d’ornements; mais il serait tout aussi raisonnable, de la part de l’architecte, d’abolir tous les styles antérieurs, les formes et les proportions, et retourner à la période de construction préhistorique, qu’il l’est pour le barbouilleur maladroit et sans instruction d’essayer en peinture de nous faire croire que d’imbéciles efforts sont le résultat d’une profonde et sérieuse étude.
Si l’impressionnisme ou le réalisme a mené à voir la nature sous un jour plus vrai et plus lumineux, il est tout aussi facile et logique
architecture
d’assimiler cette indéniable qualité aux principes rudimentaires de l’art sérieux, qu’il l’est d’adapter de nouvelles combinaisons d’ornements aux plans horizontaux et aux lignes verticales en architecture. Mais ce que les extrémistes et les blasés essayent de faire est de détruire la clef de voûte de l’art et d’essayer de nous faire croire que" la voûte peut subsister sans elle.
Les bombes en politique et les outrages en art sont également inutiles, car le progrès en architecture a été tout à fait remarquable, si nous considérons les immenses changements qui sont venus, sans les exemples grotesques désirés, spécialement en Amérique, dans ces vingt dernières années.
Souvenez-vous des frontons stéréotypés en pierre brune, et, pis encore des atroces linteaux et des encadrements de fenêtres en fonte, pour ne rien dire du style tapissier, qui a été remplacé par les beautés de la nouvelle décoration intérieure formant réellement une nouvelle époque dans cette partie de l’art.
En France aussi, voyez combien les mono-
tones horreurs bourgeoises dans les papiers de tenture, les imitations de Boule (le vrai est déjà assez mauvais), l’acajou poussiéreux et la grossière camelote de chêne sculpté cèdent maintenant la place à l’élément artistique.
Tout ceci suffit à prouver qu’il y a des limites absolues à certaines possibilités. Par une sérieuse connaissance de tout ce qui a été fait auparavant, le jeune architecte peut tout aussi bien décider que quelque chose de nouveau reste à découvrir, mais qu’on ne le découvrira pas en marchant sur les traces d’une certaine classe de peintres vaniteux et excentriques d’aujourd’hui.