‹ L'anarchie dans l'artChapitre 5 sur 29 · EXAGÉRATIONS · texte numérisé non relu

EXAGÉRATIONS

Les préraphaélites, en Angleterre, bien avant l’invention de l’impressionnisme , s’étaient émancipés de la tradition classique et académique et avaient aboli l’étude d’après l’antique, ou, du moins, ne voulaient-ils pas que son influence fût sentie dans leurs ouvrages. Ils disaient : « Nous voulons voir peindre la nature comme nous la comprenons, voir avec nos propres yeux et fonder une nouvelle école et la seule bonne. »

Il y avait là une idée assez juste ; nous verrons comment ils l’ont réalisée. Avec l’industrieuse sincérité d’un sérieux travail, ils ont produit quelques œuvres très remar-

quables, intéressantes et d’un grand charme; mais, quant à la vraie manière de voir et de rendre la nature, ils ne l’ont certainement pas, et cela peut être prouvé par les simples lois de la nature elle-même, ce que je démontrerai.

On trouve un fini laborieux et une microscopique exactitude dans la construction d’une fleur, dans le rendu des écailles d’un poisson, des plumes d’un oiseau et, s’il n’y avait pas à se souvenir que l'impressionnisme a gagné une telle position dans la crise du jour présent, il y aurait d’amusants exemples des exagérés du préraphaélisme, qui voudraient se servir des rayons Roentgen et nous faire voirie dernier ver que le poisson a avalé et ses organes digestifs, ses vertèbres, ses branchies, et pourquoi pas les microbes qu’il aspire?

Les plus petits objets, à distance, prennent la même importance que ceux du premier plan, pour tout ce qui regarde le fini et les « valeurs », et dans sa recherche du détail, l’œuvre préraphaélite présente une nature

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