Lts Co7itemporains, Revue Bleue, 22 sept
soi et, comme on Ta dit, par une « duperie » profitable à l'ordre universel et qui dès lors n'est plus duperie. Le don ou le pouvoir de vivre sur cet acte de foi implicite, je crois qu'il peut être développé ou diminué par l'éducation ou par l'expérience, mais que rien ne peut le communiquer aux créatures manquées ([ui ne l'apportent pas en naissant ou qui n'en ont pas du moins un petit germe, et qu'ainsi il y aura longtemps encore, dans le grand œuvre, un énorme déchet de forces inemployées ou nuisibles, mais que tout de même le grand œuvre se fera. »
Je remarque aussi que M. Lemaitre combat très vivement les auteurs dont la morale est équivoque ou relâchée, ce qui n'est guère d'un bon dilettante. Malgré sa très grande admiration pour A. Dumas, il ne craint pas de lui reprocher de retomber dans ses pièces, après des préfaces d'une austérité très roide, « aux indulgences et aux conventions de la morale du monde ' ».
Enfin M. Lemaitre ne peut souffrir qu'on se serve des choses saintes pour en tirer des émotions purement sentimentales et esthétiques. Il en veut à Lacordaire d'avoir fait de l'histoire de Madeleine le roman divin d'une amitié trop passionnée pour être pure *. Il conserve une gêne devant les scènes où l'Evangile est mis en vers parnassiens et livré aux bouches d'interprètes