I.e Jardin de Bérénice, p
leur dans l'échelle des êtres ». En vous approchant de ces êtres simples, vous verrez comment, sous chacun de vos actes conscients, collabore une activité inconsciente, l'instinct, « bien supérieur à l'analyse », qui seul fait l'avenir. Suivez la voix de cet instinct, obéissez à la « Petite Secousse » de l'Inconscient, communiez avec le Peuple, sous les espèces de Bérénice et de ses humbles compagnons, vous n'aurez plus besoin de recourir aux trapèzes et aux raquettes psychologiques, moyens provisoires « qui ne vous révélaient que vos qualités » ; grâce à l'étude des masses, vous aurez touché la substance de l'humanité, vous aurez plongé vos racines dans l'humus sacré de l'Idéal, et du même coup, comme une fleur bien nourrie, s'épanouira en vous ce « moi » complet qui est votre principe et votre fin, le but, la justification et la récompense de vos longs travaux. La culture deviendra le culte. A l'efTort succédera la grâce. Vous serez l'absolu, vous serez Dieu.
Arrive là, homme libre, homme-dieu, ne croyez pas que tout soit fini. Votre supériorité vous confère des privilèges qu'il est plus facile d'obtenir que d'exercer. Oh! vous pourrez encore vous arranger à l'amiable avec les hommes, qui aiment les dieux, en adoptant le système des accomodations. Toute licence sauf contre ramow\ telle sera votre règle de conduite. M. Renan, nous raconte, dans sa lettre à M. Berthelot, lors du premier ministère de l'éminent chimiste, qu'à l'apparition
de Krichna toutes les bergères devinrent amoureuses de lui. Pour les contenter, le dieu, qui était la bonté même, se divisa en autant de Kriclma qu'il y avait de bergères, et dansa avec toutes. Faites de même. Ne chagrinez aucun être, et donnez à chacun, « des vérités appropriées»'. Mais s'il est aisé de contenter les bergères et de pratiquer, en multipliant ses « moi » la bienveillance envers les hommes, il l'est moins de satisfaire à l'ordre social. Au dessus des êtres, il y a les Lois. Regardez cependant l'ennemi en face. 11 ne vous échappera pas que les lois mettent dans l'univers plus de chagrin que ne ferait la licence : c'est un point hors de doute. Et il est non moins évident que le malaise qu'elles entretiennent provient de leur inutilité actuelle. Les lois, elles étaient bonnes jadis! Quand on apprend à nager, on décompose les mouvements ; mais quand on sait nager on ne décompose plus, on nage. Eh bien, nous hommes libres, nous savons nager. Notre instinct a profité du long apprentissage de notre race parmi les codes et les religions. Codes et religions nous ont mis dans le sang la pitié et la justice. L'aliment assimilé, nous n'avons plus qu'à expulser les détritus : superflus et gênants, ils détermineraient des défaillances inélégantes'. Quand Claire Pichon-Picard, épouse légitime d'André Maltère, eut compris que son degré de culture