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L'Effort

lij'j. l'anahchie littéhaiue

que le spectacle de la vie et dans les sentiments que les idées des senliments ». Par là, un des premiers, il a protesté contre la vanité de la science, l'orgueil de comprendre. «Une illusion grossière, écrivait-il, aseulepufaire de l'intelligence une créatrice d'harmonie : elle n'est qu'une ouvrière de désordre et de division, puisqu'elle réduit tout à d'irréductibles antinomies. Comprendre, ce n'est même pas expliquer ! L'intelligence a tué l'intuition. Elle a donné à l'homme une sorte d'impuissance devant la vie : elle a rompu ses antiques fiançailles avec la nature, et cet amour qui jadis lexaltait vers elle d'une si héroïque énergie. »

Ainsi la pensée ne peut être une suffisante raison de vivre, faute d'avoir un terme et de pouvoir se reposer dans l'absolu. Reste l'action. Mais, pour agir avec joie et utilité, il faut croire aux objets de son action. Or, le seul objet et le seul principe d'énergie collective, c'est l'argent. « Dès que nous avons commencé d'agir, nous avons rencontré une société entièrement gangrenée par l'argent, le suffrage universel aussi vicié dans sa matière que dans sa forme, les députés moins vendus que les électeurs n'étaient achetés, la bourgeoisie ruinée par le luxe et rintolleclualisme, le peuple ruiné par l'alcool et par la haine; partout l'égoïsme individuel et la guerre sociale ; en haut la ploutocratie et en bas l'anarchie ; une complication si inextricable d'intérêts, de rancunes et de misères qu'aucune volonté ne pouvait même en soulever

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la trame ! Contradictions entre le cosmopolitisme et la patrie, contradictions entre la pensée et le peuple, entre la science et la justice : antinomies non moins redoutables que les autres, et où Tintellectuel n'a pu que se donner du mouvement sans trouver une raison de vivre. »

Cette raison, M. Bérenger croyait la rencontrer dans l'Effort, qu'il ne sépare pas de la douleur, ce qui est juste, mais qu'il confond avec l'amour, je ne sais pourquoi. Aussi ne parvenait-il pas à répondre à l'objection qui lui était faite, et qu'il se faisait à lui-même : L'effort ne se peut-il pas appliquer au bien comme au mal, à l'égoïsme comme à l'altruisme? L'amour ne peut-il s'égarer? A quelle loi impérative et décisive soumettrez-vous cet élan intérieur qui, pour vous, est la forme même de la vie ?

De ce livre, il ne restait donc qu'une très noble tentative d'élever les âmes de la jeune génération au-dessus de l'égoïsme ambiant, en les arrachant à leur égoïsme spécial, l'intellectualisme. A défaut d'un remède précis, cette éloquente dénonciation d'un mal redoutable pouvait compter pour un effort salutaire du malade, une volonté de se guérir, cette volonté qui, en morale comme en pathologie, est le commencement même de la guérison.

D'où vient donc que M. Bérenger, après cette critique de l'intellectualisme, ait écrit l'année suivante \ Aristocratie intellecliielle, où, reprenant.

bien qu'il s'en défendît, le rêve de Renan, il voyait le salut social dans le groupement et le gouvernement des intellectuels? Je ne parviens pas à comprendre cotte contradiction. Sans doute, M. Bérenger parlait d'une aristocratie intellectuelle idéale et telle qu'elle devrait être. Mais comment espérer que cette élite si profondément viciée par l'intellectualisme et l'individualisme, livrée à tous les caprices d'une raison anarchique qui ne parvient pas à s'accorder avec elle-même, sera jamais capable de s'entendre sur un programme quelconque? Que serait une assemblée parlementaire toute composée d'hommes intelligents, savants, artistes, écrivains ? Je ne sais quoi d'amorphe et d'incohérent, oii s'agiteraient, et se neutraliseraient les unes les autres, des individualités trop tranchées pour faire corps. Il ne pourrait y avoir de majorité. Il n'y a de majorité, et par suite de gouvernement, que là oii se rencontrent quelques centaines d'imbéciles ou do moutons pour deux ou trois hommes supérieurs, ceux-là étant aussi nécessaires que ceux-ci ; il faut, en politique, beaucoup plus de menés que de meneurs. En écrivant V Aristocratie intellectuelle, M. Bérenger s'est laissé entraîner par une espérance généreuse, oii le rêve oubliait trop la réalité. Cette générosité souvent chimérique, qui, vous le voyez, est la très noble marque des livres de M. Bérenger, devait le conduire à la satire. Et c'est en effet une satire que La Proie, son dernier

M. HENRY BERENGER

ouvrage. Dans ce roman à thèse, qui est le premier panneau d'un diptyque, où il rêve « de fixer la physionomie tourmentée de la nouvelle France » , M. Bérenger a ébauché le portrait de l'ambitieux, tel qu'il nous apparaît sous la troisième République, homme de proie qui devient la proie de ce qu'il conquiert, et que la souffrance seule ramènera, dans la suite que nous promet l'auteur, à l'humanité normale. C'était une bonne occasion de flageller l'hypocrisie fiévreuse de ces parlementaires pour qui les principes, l'amour du pays, l'éducation du peuple, et toutes les grandes phrases sonores, ne sont que des prétextes à faire de bonnes aff'aires et de bonnes spéculations, à commencer par le mariage riche. C'était une non moins excellente occasion de montrer à quel point la ploutocratie règne en maîtresse dans le milieu des gouvernants. Et M. Bérenger ne s'est pas fait faute de satisfaire par là la juvénile indignation qui dictait dans \ Effort l'éloquente page que j'ai citée. Le personnage de Rozel lui a servi à incarner l'âpreté de tous les vautours du pouvoir. Mais Rozel n'est encore qu'un petit vautour qui n'a fait ses serres ni son nid. 11 n'en est qu'à la période d'avidité. Il promet beaucoup d'ailleurs. Il a renversé un ministère pour commencer, ce qui est la vraie manière de débuter en politique. Son succès lui a gagné la considération du sénateur Guermantes, un vieux vautour tripoteur qui voit dans le jeune député une force à ménager, et par con-

séquentà acheter, d'autant plus que Rozel cherche à parvenir par la vertu, et menace de dénoncer les panamistes. Le moyen de Tenchaîner et de le mettre en cage s'offre de lui-môme.

Rozel a jeté les yeux sur la belle dot de Marcelle Guermantes dont il veut faire l'alliée de son ambition. C'est là que l'attendait le riche sénateur, le véritable homme de proie du roman. Il ne donnera sa fille à Rozel que contre garanties politiques.

Dans une scène remarquable et qui ferait au théâtre un grand effet, une discussion s'engage entre les deux hommes. Naturellement, Guermantes l'emporte. Rozel finit par accepter la condition qui lui est imposée : il épousera Marcelle, mais il s'engage à ne pas interpeller contre les tripoteurs et à défendre la « politique d'affaires », qui est avant tout l'argent des autres. La jeune fille ne se doute guère de cet étrange marché, mais pourtant son amour pour Rozel éprouve quelques craintes, quand elle le voit si indifférent et si étranger en réalité aux œuvres sociales, sur lesquelles il parle à la Chambre avec tant d'éloquence et d'enthousiasme. Elle l'épouse, mais elle ne se fie à lui qu'à demi, et l'on voit que le malentendu ne tardera pas à éclater.

Le roman de M. Rérenger, comme roman, est fort intéressant ; quelques parties en sont supérieurement traitées. Je ferai cependant quelques réserves. La physionomie de Rozel, dont l'auteur

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a voulu faire un homme de proie, manque du relief nécessaire. Il a des indécisions, des naïvetés et des scrupules qui s'accordent mal avec l'emploi que M. Bérenger a voulu lui donner. De plus, il aime sincèrement Marcelle, ce qui est une défaillance dans son rôle. Oh ! je sais bien pourquoi M. Bérenger ne Ta pas modelé plus fortement. C'est qu'ayant l'intention de le convertir, ou, comme il l'annonce, d'en faire un homme nouveau, dans un second roman, il devait préparer dès le début cette future transformation. Le sujet ne comportait pas, il me semble, un pareil dénouement. L'homme de proie véritable peut être brisé, il ne peut être changé, puisque sa rapacité a pour premier effet de lui faire perdre tout sens moral et par conséquent le ressort nécessaire au salut.

Sur les natures incapables de bonté et de générosité, telles que celle de l'ambitieux sans scrupules, la souffrance elle-même est impuissante. Elle les endurcit ; elle ne les épure pas. Pour assurer la vraisemblance d'un renouvellement moral chez Rozel, M. Bérenger a été obligé de modifier le type qu'il avait conçu, ou plutôt d'enlever à ce personnage de premier plan ce caractère d'incarnation que le titre du livre faisait attendre et qui eût été de mise dans un élude satirique comme celle-ci.

Il est regrettable que cette préoccupation d'un second roman ait un peu gâté le premier et lui ait fait perdre une partie de sa signification.

M. GABRIEL TRARIEUX

Ce serait aller au devant d'un mécompte que de voir dans la renaissance de l'idéalisme le symptôme avant-coureur d'un réveil nécessairement prochain du sentiment moral si délibérément exclu de la littérature par l'école réaliste. L'épicurisme, comme le diable, se déguise parfois en ange de lumière. Changer de costume n'est pas changer d'àme. L'idéalisme n'est bien souvent que l'utilisation poétique de la satiété, le bain rafraîchissant où se retrempe la volupté fatiguée. Surgit ajnari aliquid de fonte leporimi. En cultivant soigneusement cette amertume particulière, on peut lui faire produire des fleurs de pureté, témoin M. G. d'Annunzio écrivant avec le même art passionné ses « romans du lis » après ses « romans de la rose », et passant, sans la moindre transition ni la moindre gêne, du sensualisme effréné de sa première manière au mysticisme extatique de sa seconde.

M. GABRIEL TRARIEUX

Voici pourtant un poète dont l'idéalisme me paraît exempt de tout mélange équivoque. M, Gabriel Trarieux ne s'inspire pas pour faire œuvre poétique, comme la plupart des jeunes écrivains de sa génération, des défaites de l'âme, mais uniquement de ses combats et de ses victoires. Il y a de l'ascétisme à la racine de son idéalisme. Je serais presque tenté de dire qu'il s'est fait le poète de la chasteté, si le mot n'avait été ridiculisé trop souvent. A ce point de vue, M. G. Trarieux doit être cité comme ayant un accent propre et bien à à lui.

Après une œuvre de début, Confiteor, où son originalité morale ne se dégageait pas encore, il a entrepris une série de recueils qui se relient les uns aux autres par une suite logique. C'est d'abord la Chanson du Prodigue, qui pourrait s'intituler plus exactement le Retour du Prodigue, ramené au bien par des souvenirs: souvenirs d'enfance, souvenir du cher temps oii la famille se groupait encore autour de l'aïeul ; souvenirs de fêtes mondaines, souvenirs de chutes honteuses. Mais, à peine tombé, le Prodigue s'est relevé virilement. 11 a découvert un autre amour:

11 est un autre amour plus subtil et plus fort, Pour les âmes qu'unit un même élan d'extase. Il est un autre amour, le vainqueur de la mort, Qui veut des cœurs d'or pur et solide pour vase.

Dans la Retraite de vie le poète se recueille pour fortifier et purifier son cœur. Ce recueillement,

il le cherche dans la solitude de la nature libre. Il a écouté et suivi les conseils virils de Tolstoï : être pur, vivre en soi, fuir la ville :

Voici, dans l'ombre vile, Les masques frémissants d'êtres pâles... et puis Les fourrures, la chair, le sang... et la débile Prière des flambeaux plaintifs, au deuil des nuits... Les corps, spectres d'effroi... les jours, comme un argile Qui s'émiette en la main... — Ah ! j'ai fui ! Ah ! j'ai fui !

Puis il a dit à son âme :

0 mon Ame farouche et toujours incertaine. Tremblante, quand un rêve, au passage, t'effleure, Viens, mon Ame, pencher ta détresse aux fontaines. Regarde s'agrandir ton ombre, aux sables vagues. Et marche au bord des mers, en épiant aux vagues Les lumières des jours mourants, — et prie, et pleure.

Maintenant, retrempé et sanctifié par la méditation solitaire, loin des villes corruptrices, le poète est prêt pour le grand et pur amour qu'il a souhaité dans ses rêves, comme le salut de sa vie. Il peut rencontrer Béatrix. Elle lui apparaît enfin. Il s'unit à elle. Le dernier recueil de M. G. Trarieux, La Coupe de Thulé, qui vient de paraître, chante son bonheur nuptial. Ici, la voix du poète, un peu rude et sombre jusque-là, s'éclaircit et se réchauffe. Sa gravité se détend. Un souffle de lyrisme donne à son vers ce qui lui manquait parfois, le mouvement et la clarté :

.Te ne veux plus mourir, ayant un jour vécu! L'éternité, le vent du sort, les temps vaincus. Le néant, toute l'ombre immense, et Dieu lui-même Ne peuvent plus toucher ce jour où j'ai dit: J'aime:

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Je vis!... Les eaux, les monts, les cieux furent témoins ! Mais les cieux s'éteindraient qu'il n'en serait pas moins, Puisque l'éternel vent qui fait tous les naufrages Ne peut rien pour éteindre, en l'abîme des âges. Un seul sanglot de ceux qu'il lui faut engloutir, Puisque l'univers tremble à jamais d'un soupir, Puisqu'il faudrait qu'un peu de l'Etre éternel meure, Pour qu'une âme où brûla son esprit, même une heure, Disparût sans laisser de trace dans la nuit ! Et maintenant, je puis te suivre sans ennui, Souffle qui fait pencher nos jours sur l'eau profonde ! Etreins-moi, ravis-moi, n'importe où, hors du monde, Puisque, sous ce soleil qui voit tout se flétrir, Ayant vécu ce jour, je ne peux plus mourir !

Belle envolée, où Texpression s'égale, sans défaillance, à la noblesse de la pensée. J'en dirai autant de la pièce qui termine le volume :

Jetons aux survivants la coupe d'or féconde Où nous bûmes l'extase aux soirs calmes d'été, Où fumant à jamais, bout le sang du vieux monde, .Jetons-la aux grands flots d'où naquit la beauté, Et qu'elle aille, épanchant toute ivresse à la ronde. De lèvre en lèvre, et jusqu'à l'immortalité !

L'idée centrale, on le voit, autour de laquelle tourne la pensée de M. G. Trarieux est celle, je ne dirai pas du rachat ou de la réhabilitation par l'amour, mais de la préservation de l'àme par un amour unique et chaste venant arracher l'adolescent à l'obsession trop forte du désir. Cette idée, qui est l'âme de sa poésie, qui lui donne son sens particulier et en fait la valeur,

l'a reprise dans un drame remarquable, le Fils de Don Juan, qu'a publié l'excellente Revue de

M. Pujo, VArt et la Vie. Le Fils de Don Juan, Silvio, est élevé par son grand-père, Don Luis, dans la solitude dun vieux château. 11 ignore ses tristes origines; on les lui cache soigneusement. Mais le sang de son père bout dans ses veines. Un instinct le pousse à quitter la silencieuse retraite où a grandi son enfance, à s'en aller vers les villes maudites. Il va partir. En vain, son grand-père essaie de le retenir. « L'erreur de ton rôve, lui dit-il, est de croire le monde meilleur par delà l'horizon. Le monde est ce que chacun le crée ; il n'y a qu'un monde meilleur, c'est celui auquel on travaille, pour l'amour quotidien devant soi... Pour ceux qui luttent, il y a des grâces... l'impossible devient possible... il y a un miracle du bien. Nos fautes, nos défaites même peuvent être les aspérités de la roche où l'on met ses mains, pour monter encore. » Ces belles et profondes paroles, l'apparition d'une jeune fille idéale recueillie au château, Béatrice, la filleule de la sœur de Don Luis, rien ne peut retenir au foyer cet autre enfant prodigue. Il part, mais en chemin il rencontre des hommes venus de la ville lointaine qui apportent un cercueil au château, le cercueil de Don Juan. Silvio apprend de leur bouche l'histoire honteuse de l'aventurier, et sa propre naissance. Il comprend maintenant d'où lui venait l'obscure tentation qui le faisait courir à sa perte. Pour la vaincre, il n'a plus qu'à s'enfermer dans un cloître. Mais Béatrice survient, et sa grâce est la plus forte. Silvio restera

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auprès de Béatrice, L'amour a prévenu le mal.

C'est là une noble pensée dont on ne peut contester ni la beauté ni la justesse. Elle est à la fois morale et poétique, et satisfait également la conscience et le sentiment artistique. M. G. Trarieux saura-t-il s'en détacher après l'avoir épuisée? Aura-t-il assez de souplesse pour varier son inspiration? S'il aborde le théâtre, pourra-t-il concilier les qualités de son style avec les exigences scéniques ? Sa gravité naturelle, son habitude des longues méditations et des rêves lents s'accommodera-t-elle aux nécessités de l'action dramatique? Je l'ignore. Mais qu'il soit déjà maître de son art et de sa langue, que cette langue soit harmonieuse et pure, que, d'année, en année elle se dégage toujours plus des imitations voulues, qu'elle se débarrasse des expressions prises dans les lectures ou préparées d'avance sur un cahier de notes, c'est ce qui me parait hors de doute.

Et qu'enfin la littérature de M. G. Trarieux soit toujours pénétrée d'un profond sentiment moral, quïl ait accompli de vaillants débuts sans chercher un succès facile, c'est ce qui dès maintenant mérite l'attention, et doit être honoré en lui d'une estime toute particulière.

M. VICTOR GHARBONNEL

Ce n'est point un spectacle banal, et plusieurs y pourraient voir « un signe des temps », que celui de ce jeune prêtre qui a quitté son église sans renier ses croyances, et qui, se jetant hardiment dans la mêlée du siècle, a su se faire accueillir, écouter et suivre par les esprits les plus cultivés de sa génération. Ce n'est pas moi qui lui marchanderai l'éloge et la sympathie. Il y a longtemps en effet que je crois avec M. Gharbonnel qu'il faut « sortir » pour semer et que le champ, ce n'est pas l'église, mais le monde. Toute activité religieuse ou morale qui ne franchit pas le seuil des sanctuaires est frappée d'impuissance. Il faut à notre époque, où l'autorité des dogmes officiels est si profondément ébranlée, où le prestige qui s'attachait au prêtre parlant du haut de la chaire, ou plutôt à la chaire elle-même, a disparu avec bien d'autres respects, il faut que les disciples du

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Christ combattent ou se défendent avec des armes nouvelles. Il faut que le prêtre connaisse son temps et qu'il l'écoute avant de lui parler. Que de prédicateurs font sourire par leur ignorance ingénue des idées contemporaines ! Combien qui ne sont « au courant » que de seconde main, bien heureux, quand ils ne retardent pas de vingt ans et n'en sont pas encore à pourfendre le positivisme ou le matérialisme d'antan !

Ce n'est pas non plus d'aujourd'hui que je crois, comme M. Charbonnel, qu'il faut atteindre l'élite et prendre le corps par la tête. Sans doute, on ne doit point mépriser les « masses », et je n'ignore pas qu'elles ont fait de grandes choses : le christianisme est leur œuvre. Mais il ne faut pas oublier non plus que, dans toutes les grandes secousses, réformes ou révolutions, les masses n'auraient rien fait sans quelque grand meneur dont la supériorité sociale ou intellectuelle s'imposait. 11 y a une loi qui régit tous les mouvements collectifs : c'est la loi de rimitation, en vertu de laquelle l'exemple descend, mais ne remonte pas. Autrement dit, ce sont les supérieurs sociaux, pour parler comme M. Tarde, ou ceux qu'on estime tels, qui sont imités et font l'opinion, et cela dans tous les temps, et sous toutes les formes de gouvernement. Jadis, c'étaient les prêtres, les prophètes, puis les hommes de guerre, les princes, les seigneurs qui étaient, dans le bien ou dans le mal, les entraîneurs de la foule.

2U8 LANAMCHIE LITTÉRAIRE

Aujourd'hui, malgré l'égalité du régime démocratique, égalité d'ailleurs plus apparente que réelle, malgré le dédain afî'eclé par ceux qui sont en bas pour ceux qui sont en haut, la loi de l'imitation n'a pas cessé d'exercer son empire. C'est tantôt le plus riche, surtout pour le mal, tantôt le plus instruit, surtout pour l'erreur, qui est imité, et dont la masse reproduit les actes ou les idées à des millions d'exemplaires, avec autant d'inconscience que de docilité. Prenons un exemple. Si, depuis vingt-cinq ans, l'incrédulité a fait tant de progrès dans le peuple, c'est que, depuis vingt-cinq ans, nos gouvernants intellectuels ou politiques ont été plus ou moins hostiles à toute idée religieuse, et se sont servis de leur autorité pour laisser croire que la foi, la piété est une marque d'infériorité de culture. A-t-on assez lutté, parmi les croyants, contre cette fausse conception, et que de fois n'a-t-on pas dû invoquer, pour la détruire, par ses propres armes, les exemples, malheureusement un peu anciens et en quelque sorte usés, des Pascal et des Newton ! »

Si donc on pouvait agir sur l'esprit de ceux qui composent, ou sont à la veille de former l'aristocratie de l'intelligence et du pouvoir, il est évident que l'impulsion qu'elle communique invinciblement à la masse serait toute différente de ce qu'elle a été jusqu'ici, au point de vue des idées morales et religieuses.

C'est ce qu'ont parfaitement compris un certain

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