‹ L'anarchie littéraireChapitre 29 sur 40 · M. VICTOR CHARBONNEL · texte numérisé non relu

M. VICTOR CHARBONNEL

nombre de jeunes hommes de haute culture, et particulièrement M. Victor Charbonnel. A ceux qui seront l'élite, les supérieurs sociaux de demain, futurs députés, magistrats, écrivains, vaillamment il est allé. Il a écrit dans leurs revues, parlé dans leurs cénacles, il s'est assis à côté d'eux, il a « pris contact ». Par là, dans cette jeunesse qu'on a appelé « moralement abandonnée », que de préjugés ont été vaincus, que de malentendus dissipés, que d'aspirations communes mises en lumière ! Sans doute, parmi les brebis égarées, M. Charbonnel n'oubliait pas le bercail, mais avant tout il travaillait pour le grand diocèse des âmes de bonne volonté, sans escompter le résultat ecclésiastique de sa mission, il agissait pour l'amour de la vérité et de l'idéal, et cela, non seulement nous permet, mais nous commande de lui envoyer un salut reconnaissant et fraternel.

Venons-en maintenant au livre que M. Charbonnel nous présente sous ce titre : La Volonté de Vivre. Je crois avoir assez dit la sympathie que m'inspire l'homme pour pouvoir juger son œuvre en toute liberté et avec toute la sincérité que demande la critique.

Eh bien, pour parler franc, je dirai tout d'abord les défauts de ce livre. Comme beaucoup d'ouvrages d'aujourd'hui, il est fait de pièces et de morceaux composés à des époques différentes, et le titre ne suffit pas à en garantir l'unité. D'un cha-

pilrc à un autre, il n'y a pas de développement, de progrès ; on pourrait commencer la lecture du volume par la fin : c'est un recueil d'articles. Mais ce n'est pas, pourtant, ce que je lui reproche le plus. Car, manquant déjà d'unité dans la composition, il manque aussi d'unité dans l'inspiration et dans le style, ce qui est beaucoup plus grave. Sur une bonne moitié du livre, se fait sentir fâcheusement l'influence d'un écrivain trop admiré par les mystiques de la jeune école idéaliste : je veux parler de Maeterlinck. M. Charbonnel a beaucoup lu le Trésor des Humbles, et il s'en est si complètement imprégné qu'il en arrive à écrire aussi mal que ce belge génial mais nébuleux. De là une affectation, des obscurités, des phrases de rêve, un ton doucereux, une poésie grise qui déparent La Volonté de Vivre, et qui s'accordent mal avec le sujet indiqué par le litre. Ce style manque de volonté et de vie. Il est bon de parler aux jeunes gens la langue qu'ils comprennent, mais il n'est pas nécessaire de parler la leur qui est souvent mauvaise, et d'en imiter à ce point le maniérisme et le mauvais goût. C'est ainsi (jue M. Charbonnel ne craint pas d'engager une conversation mystique avec une « belle àme » qui a (( des yeux de violette, où resplendit une naïveté douce » dans la mélancolie d'un soir « qui se fait presque nocturne » ! Et remarquez que l'entretien avec « les yeux de violette » roule sur des questions dont la gravité devait exclure radicalement

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