‹ L'anarchie littéraireChapitre 34 sur 40 · UN POÈTE PHILOSOPHE, M. SLLLY-PRUDHOMME · texte numérisé non relu

UN POÈTE PHILOSOPHE, M. SLLLY-PRUDHOMME

notre nature et une des perfections de la sienne: la bonté. N'est-ce pas ce qu'il y a en l'homme de plus que l'homme? Par là, l'Etre inconnaissable peut se révéler partiellement. S'il est libre, et M. SuUy-Prudhomme le reconnaît, qui osera dire que son essence l'empêche de s'abaisser jusqu'à nous, puisque la nôtre nous empêche de nous élever jusqu'à lui?

M. Sully-Prudhomme n'a pas cru pouvoir aller jusqu'au bout de sa première, de sa seule dérogation à la méthode purement intellectuelle qu'il s'était prescrite. C'est donc avec un regret que nous fermons son livre viril, mais c'est aussi avec une profonde et respectueuse sympathie pour celui qui l'a écrit. Ils sont rares ceux qui, seulement par scrupule d'intelligence, se privent des secours et des consolations de l'espérance. Le devoir peut remplir la vie, mais il ne remplit pas le cœur, et il faut un singulier courage pour aller à la bataille sans savoir qu'il y a, au-dessus des mêlées humaines, quelqu'un qui voit les blessures et récompense tous les combats. M. Sully-Prudhomme a eu ce courage, et voilà pourquoi, parmi les écrivains de ce siècle, il est peut-être le seul qui ne nous oblige pas à distinguer dans notre admiration le poète et l'homme, et qui nous montre indissolublement unies la beauté du génie, la profondeur de la pensée, et la noblesse du caractère.

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