‹ L'anarchie littéraireChapitre 4 sur 40 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

comme une élégance, la marque d'un esprit fin qui a horreur du pédantisnie. Je ne connais qu'un très petit nombre de critiques qui aient le courage d'avoir des principes et de braver l'accusation d'étroitesse et de stupidité : parmi eux, il est juste de nommer M. Brunetière et M. Doumic. Quant à ceux qui pullulent dans la plupart des journaux et des revues, ce sont eu général des amis ou des ennemis personnels des écrivains dont ils louent ou éreintent les livres, sans toujours les lire, au gré de leur sympathie ou de leur hostilité, et vous pouvez penser ce que devient la critique dans ces conditions.

Si les juges abusent ainsi du droit de se contredire et de se moquer du public, il ne faut pas s'étonner que les écrivains s'accordent ce droit sans scrupule. Sous prétexte d'évoluer, ils passent leur vie à se renier. Vous rappelez-vous les aveux satisfaits de Renan, qui est en grande partie le père de l'anarchie intellectuelle de notre temps, quand il raconte, dans ses Souvenirs de Jeunesse, les antithèses de sa nature? « Une de mes moitiés, écrit-il, devait être occupée à démolir l'autre, comme cet animal fabuleux de Gtésias qui se mangeait les pattes sans s'en douter. C'est ce que ce grand observateur, Challemel-Lacour a dit excellemment : « Il pense comme un homme, il sent comme une femme, il agit comme un

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