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CHAPITRE II EMBRANCHEMENT DES PROTOZOAIRES CILIAIRES

I. Généralités. — Les Ciliaires sont des animaux iinicellulaires ; leurs appendices locomoteurs consistent en cils vibratiles, ou en tentacules, et non en pseudopodes ni en fouets.

Discussion des caractères. — L'organisme entier de ces êtres se compose d'nne seule cellule. Il ressemble, par là, à celui des Sarcodaires ; mais il s'en distingue par sa plus grande complexité, comme par la nature de ses appendices. Les plus constants de ces derniers, et qui ne manquent jamais, appartiennent à deux types : le cil vibratile, et le tentacule ou suçoir. Les cils vibratiles sont des bâtonnets excessivement fins, implantés dans les zones superficielles de l'économie, mobiles sur leur base, exécutant autour d'elle des oscillations répétées, et répartis d'habitude en grand nombre. Les tentacules correspondent à des expansions cylindriques et simples du protoplasme du corps, relativement volumineuses et munies de contours précis; ils sont très extensibles, au point que l'animal peut, à son gré, tout en leur conservant leur forme générale, les étaler ou les rétracter.

Ces deux sortes d'appendices s'excluent l'un l'autre; un Ciliaire pourvu de cils, en un moment donné de son existence, est privé de tentacules, et réciproquement. Comme la possession de suçoirs n'est l'apanage que d'un certain nombre des représentants de l'embranchement, cette distribution permet de répartir les Ciliaires en deux groupes : ceux munis de cils vibratiles durant leur vie entière, et ceux qui ont, suivant les circonstances ei les phases de leur évolution, tantôt des cils, tantôt des tentacules. Les premiers composent la classe des Euciliés^ et les seconds celle des Tentaculifères. Ceux-là ne portent jamais que des cils sur leur corps; et ceux-ci, le plus souvent, sauf dans leur jeunesse et dans quelques périodes assez courtes de leur vie, que des suçoirs.

70 PROTOZOAIRES CILIAIRES.

Relations des Ciliaires avec les embranchements voisins. — Les Ciliaires se rapprochent des Sarcodaires, par leur nature unicellulaire. Cette communauté de structure permet de rassembler ces deux embranchements en un groupe fondamental, véritable sous-règne, celui des Protozoaires ou des animaux unicellulaires, opposable au groupe des Métazoaires, ou des animaux pluricellulaires. Mais une telle liaison ne dépasse pas cette ressemblance ; elle s'arrête au sujet de la plupart des particularités de Torganisalion. Les Ciliaires se séparent des Sarcodaires par la nature de leurs appendices et par la plus grande complication de leur économie. Ces caractères de diversité ont une telle constance, qu'on est obligé de les considérer comme possédant une haute valeur; d'autant que la nature ne contient aucune forme de passage liant les deux embranchements, et qu'une démarcation complète s'établit entre eux.

Les Ciliaires sont beaucoup moins variés que les Sarcodaires. Ils renferment bien des espèces très nombreuses, mais qui se distinguent entre elles par des détails secondaires. Aussi, tout en jouant dans la nature un rôle des plus considérables, à cause de leur extrême quantité et de leur fréquente pullulation, leur groupe est-il loin d'avoir l'importance de celui des autres Protozoaires.

IL Répartition des Ciliaires dans la nature. — Comme pour le& Sarcodaires, la structure unicellulaire de l'organisme entraîne à sa suite une extrême simplicité des fonctions vitales ; elle oblige la plupart d'entre ellei> à s'accomplir par dilTusion entre l'économie et les milieux extérieurs, et force les Ciliaires à habiter des localités contenant une certaine dose^ d'humidité. Presque tous ces animaux se trouvent dans la mer et dans les eaux douces, courantes ou dormantes, pures ou altérées par des produits de décomposition; dans la règle, chaque espèce vit en un habitat déterminé, constant, et ne se rencontre point partout. Quelques-uns sont parasites et s'établissent dans les cavités naturelles de leur hôte, surtout dans celles de l'intestin, où ils parviennent avec les aliments ; tel est le Balantidiiim coli\ parasite chez le Porc, et observé parfois chez l'Homme.

Les premiers naturalistes, ayant traité de ces animaux, les recueillaient dans des infusions, qu'ils préparaient en faisant macérer dans l'eau des herbes desséchées. Les micro-organismes ne tardaient pas à pulluler, et parmi eux les Ciliaires. Ceux-ci, en ce cas, proviennent de deux sources : soit d'individus, qui se trouvaient attachés aux herbes fraîches, desséchés avec elles, enkystés pour résistera cette dessiccation, et mis en liberté par le retour d'un milieu aqueux; soit d'individus situés dans l'eau de macération. Grâce à l'apport considérable de substances. alimentaires, que la décomposition des matières végétales amène dans ce cas, ces êtres se multiplient rapidement et ne tardent pas à se trouver en quantité excessive ; diverses espèces se succèdent même, suivant la durée de l'opération et la nature connexe des conditions ambiantes, ou suivant les végétaux employés.

— Etant donné ce moyen de culture et de récolte, les naturalistes appelèrent ces êtres les animaux des infusions, ou les Infusoires ; ils comprenaient, sous ce nom, et à la fois, quelques Amœbiens, beaucoup de Flagellaires, et un grand nombre de Ciliaires. Ce terme est encore employé aujourd'hui, à cause de sa commodité ; il vaudrait mieux, cependant, le laisser tomber en désuétude. Il est, en elïet, inexact à plusieurs égards : il assemble, sous une même expression, des animaux tort différents, sans tenir compte des relations véritables; il ne s'applique réellement qu'à un petit nombre des espèces de ces êtres, la plupart des autres n'habitant que les eaux pures, soit douces, soit marines, et ne se trouvant jamais dans les infusions.

Plusieurs Ciliaires sont capables de s'enkyster, en présence de conditions extérieures devenues défavorables, et surtout de la dessiccation. Ils rétractent leurs appendices, ramènent autant que possible leur corps à un état globuleux, et s'entourent d'une membrane cystique, de nature chitineuse. Ainsi enveloppés, ils sont capables de résister pendant longtemps au dessèchement; Balbiani dit avoir conservé, pendant sept années, des kystes de Colpodium, en se bornant à les humecter une fois par an; et, cette période passée, les individus vivaient encore. Leur existence est alors toute latente. Puis, lorsque l'humidité revient, la membrane cystique se laisse traverser par elle, se gonfle, et se brise ; l'organisme regagne l'eau de constitution qu'il avait perdue, produit à nouveau ses appendices, se remet en sa forme première, et se retrouve comme avant l'enkystement. — Cette propriété, exceptionnelle chez les Ciliaires marins, manque presque à tous; elle est, par contre, des plus communes, et presque constante, chez les Ciliaires deau douce, ou chez les parasites. Une telle différence découle sans doute, par un rapport de cause à effet, delà dissemblance des milieux. Les Ciliaires marins ne courent point le risque, du moins dans les circonstances normales, d'être soumis à la dessiccation ; aussi, la faculté d'enkyslement leur fait-elle défaut. Par contre, les autres, dont la plupart habitent des mares et des flaques, sont souvent obligés de subir une sécheresse assez prononcée ; en conséquence, ils s'adaptent à cette qualité de leur habitat, et jouissent de la propriété de s'enkyster.

Aucun Ciliaire n'a été trouvé à l'état fossile. Ce fait n'a rien d'étonnant, car tous ces animaux, sans exception, sont privés d'un appareil de soutien minéralisé.

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