‹ L'Anatomie PathologiqueChapitre 9 sur 12 · GoAette dei Hôpitaux, 5 janvier · texte numérisé non relu

GoAette dei Hôpitaux, 5 janvier

64 RKHIIICHIS SUR L^AXATOMIB PATBOLOGIQUI

mon, da foie, ou une tendance à se produire. — Les organes internes ne sont pas plus indemnes que les organes externes et ne donnent pas davantage lieu aux réactions générales qu'on remarque dans la symptomalologie des lésions que nous venons de signaler. — En un mot, si nous disions précédemment qu'il semblait nécessaire, dans la Paralysie générale, que les organes fussent amenés un à un au dernier degré d'épuisement, ajoutons aussi qu'il semble que toutes les actions morbides se passent une à une sur place, et que c'est leur enchaînement qui fait la maladie (1).

Pour terminer notre esquisse, nous pouvons attribuer l'ataxie de la langue et du voile du palais aux communications avec le ganglion cervical supérieur du glosso-pliaryngien par ses ganglions et ses branches, de l'hypoglosse, par ses filets anastomiques du rameau carotidien, et aussi du nerf lingual par le ganglion de Meckcl. Mais, nous devons dire que cet état pathologi([ue peut fort bien s'expliquer par processus descendant du cerveau ; car, tout en alliichant , en physiologie, aux anastomoses le caractère sérieux qu'elles

1. II. Bonnet. Considérations sur la Paralysie générale ; Paris, V. Masson, 1860 ; — Rapport do Marrt^ {Soc. Médic. — Psych. ; 1860), où il est question de l'état de la circulation.

KT LA aunrn m la faialtsk cinsAix. 65

c(HDportent, noos ne Toolons pas eiagêra leur importance.

Noos poavoDs aussi dire, sans poar cela négfiger ractioo directe de h moelle dont i inâaence ne peat nous échapper, qao la p4}rûon pelvienne da grand sjmpalhiqae et le pleins mIxLe qni rêsnUe Je son union arec les branches sacrées de b moelle, Tanimaâon qoi en ressort aox vaisseaux des membres inférieurs, nous expliquent h pertorbation vaso-motrice et, par suite, les penrersions de nutrition ; d*oà Tincoordination des mouvements, Tempdtement de la marche, la titubation, les troubles dynamiques divers. — Là, conun3 dans tout le reste de Téconomie, il y a ca'de incessant et connexe des processus morbides.

En résumé, le grand sympathique, s'Q n'a pas par lui-même — ce qui n'est pas encore prouvé — d^acâvité propre de sensibilité et du mouvement, préside aux actions vaso-motrices et possède au summum les propriétés réflexes. — Toutes ses qualités étant entravées par sa déjtnére5cence,rantagoni5me vital que pourrait exercer Taxe cérébro-spinal atlciat lui-même du reste secondairement se trouve enrayé, et les fonc* tions meurent une à une.

Le grand sympathique, étant dégénéré, se trouye par le (ait en état de paralysie et n'a plus le pouvoir

d6 lETJiEîlCIEâ STR L i5^T0XIK PAlBDIJJGIQn

de «:oQdiiire les impressioiiâ et de raivoyar les rnoovements aux fonctions àe la vie végétative.

S"d est m pins haut point oondacteor île senabilitè et de mouvement, les impressions vers les centres nerv eux et rL-xcitation .iirwte sur les organes ne se font, «iiins Tetat piivsioiodipie. «lu avec lenteur. — Aussi s'explupie-t-iju bien par La cette lenteur de la marche progressive de la Paralysie générale.

aTj^îimecLilîoQ Cii^ci i é:ê :'f-rrt.r far l± dicicar Ach. For^Ie.

soQ extvLi^iiî îraTill s^ir lis timecirs s^^iin-es da pavillon de r»jreûle, n>ai n'éproaTim-js accone surprise. Maïs, fl T a entre loi el nous quelques poink de dissidence.

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de conduire les impressions et de renvoyer les mouvements aux fonctions de la vie végétative.

S'il est au plus haut point conducteur de sensibilité et de mouvement, les impressions vers les centres nerveux et l'excitation directe sur les organes ne se font, dans l'état physiologique, qu^'avec lenteur. — Aussi s'explique-t-on bien par là celte lenteur de la marche progressive de la Paralysie générale.

Nous n'ajouterons que peu de chose aux considérations précédentes.

En 1868, lorsque notre travail fut présenté à la Société Médico-Psychologique, et depuis, une seule argumentation nous a été offerte par le docteur Ach, Foville.

En principe, le docteur Ach. Foville est entièrement d'accord avec nous. — Connaissant, du reste, son excellent travail sur les tumeurs sanguines du pavillon de l'oreille, nous n'éprouvâmes aucune surprise. Mais, il y a entre lui et nous quelques pointe de dissidence.

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Les idées du docteur Foville cadrent trop bien en général avec les nôtres pour que nous ne relations pas ici son travail sans y rien corriger de peur d'amoindrir. — Le lecteur, en tenant compte de quelques objections auxquelles nous ne ferons qu'une réponse succincte, pourra se pénétrer d'une façon complète de la valeur de nos importantes recherches qu'une longue expérience ultérieure ne fait que corroborer.

MM. Bonnet et Poincarè, dit M. Foville, ont passé en revue les symptômes de la Paralysie générale, et il leur a paru que la plupart d'entre eux dénotaient un trouble dans les fonctions du grand sympathique et dans celles de ses filets vaso-moteurs. Cest là une opinion fort juste.

Les faits sur lesquels s'appuie la doctrine ont été physiologiqucmcnt relatés par nous et nous croyons avoir démontré, comme on le verra encore dans nos observations, que les examens pathologique et cUnique viennent pleinement corroborer les célèbres expériences dont le premier honneur revient à Cl. Bernard. — Depuis, de nombreux travaux ont eu lieu dans le but d'éclairer les conditions fonctionnelles des nerfs vaso-moteurs et la physiologie de la circulation capillaire par Brown-Séquard, Schiff, Donders, etc.

Cest, dit M. Foville, grâce à ces travaux qu^on

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admet aujourd'hui sans contestation : i"* que, toutes les fois que les fonctions du grand sympathique sont suspendues ou abolies» il se produit une augmentation de la vascularité, de la cakrification et de la scnsibilité; 2** qu'au contrairey toutes les fois que ces mêmes fonctions sont exaltêeSy il se produit une action inverse, cest-à-dire une diminution de la vascidarité, de la calorification et de la sensibilité. — Dans le premier cas, les nerfs vaso-moteurs ont été frappés de paralysie, hs tuniques contractiles des vaisseaux se sont relâchées, et ce relâchement des capillaires a amené à son tour une hypérémie qui peut aller jusqu'à produire une véritable inflammation avec son cortège de produits d'exsudation et de suppuration!

Dans la Paralysie générale, et le regretté Marcé Tavait bien pressenti, l'inflammation n'a pas lieu ; les produits d'exsudat et tous les autres éléments nécrobioliques s'expliquent fort bien par les perversions du sang ; il y a une dénutrition générale progressive se reliant intimement aux troubles centraux vaso-moteurs et les phénomènes d'assimilation aux limites inGnitésimales ne se font plus d'une façon conforme aux lois de la normale, la désassimilation l'emporte; d'où il est facile de constater par l'examen microscopique des apports qu'on voit nettement dans l'intérieur et autour des capillaires et qui mettent

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arrêt à la réformation des cléments naturels des divers organes.

Les nerfs vaso-moteurs fortement excités, continue M. Fovillc, amènent la contraction convulsive des parois vasculaircsy et ce spasme des vaisseaux produit à son tour Y ensemble des symptômes habituellement désignés aujourd'hui sous le nom d'ischémie et qui peuvent aller jusqu'à la gangrène.

Ce furent, en grande partie, toutes ces considéralions qui depuis longtemps arrêtèrent notre esprit et déjà, en 18G0, l'un de nous (1), sans encore se déclarer aussi formellement qu'aujourd'hui sur un point très-important de la pathologie du grand sympathique, appelait sérieusement Tattention sur Tétai du cœur, les trouhles de la circulation capillaire non encore décrits, les vicialions de sécrétion, les dégénérescences graisseuses généralisées, les gangrènes à marche et caractire tout spécial ; celles-ci n'étaienl jusqu'alors, si nous ne nous trompons, qu'attribuées au décubitus dorsal.

Ainsi que Font dit MM. Bomiet et Poincaré, ajoute M. Foville, la rougeur, la chaleur , la congéstion quelquefois si grandes des parties extra-crâniennes de la tête et qui, sans doute, existent en même temps à r intérieur du crâne; les modifications si fréquentes des pupilles; les troubles généraux de la

1. 11. Ponnet. Comid. sur la Paralysie générale. Paris, V. Masson 1860.

nutrition que Von voit se produire pendant le cours de cette maladie sont absolument comparables à ce que Von observe chez les animaux après les lésions du grand sympathique et s^expliquent, comme chez ces derniers, par la paralysie des nerfs vasomoteurs et le relâchement des capillaires qui en est la suite.

Avec M. Foville qui nous vient de plus en aide, nous sommes parfaitement d^accord que la physiologie expérimentale fournit à notre thèse des arguments très-nombreux. Sans doute, nous pouvons en avoir oublié quelques-uns; toutefois, nous avons essayé d'entrer dans Texplication des phénomènes morbides les plus saillants de la vie de relation et de la vie végétative. Par instants, certaines belles expériences comme celles de M. Goujon sur la ligature de la carotide et la section du cordon cervical du sympathique nous ont échappé ; mais elles nous semblent devoir toujours affirmer notre travail bien que nous ne partagions pas, en ce qui regarde le point pathologique ACTUEL, ses idées sur l'inflammation et surtout rinflammalion suppurée que des centaines d'autopsies ne nous ont jamais fait voir.

Quant aux altérations amenées dans les glandes par la paralysie du sympathique et professées depuis longtemps par Cl. Bernard, nous n'avons eu garde de ne pas nettement les appliquer à la pathologie du grand sympathique, et nous avens

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relaté an chapitre précédent ainsi que dans nos observations, les attributs propres des dégénérescences ressortissant aux organes de sécrétion.

Après avoir dit dans son argnmenlalion qu'il ne pouvait que confirmer et même étendre nos idées, M. Fovillc arrive à une sévère objection. — Sans cependant être concluant, il ne serait pas éloigné, si nous ne faisons erreur, de donner au centre vasomoteur du cerveau une première influence (1).

Nous, nous refusons au cerveau le point de départ, le primum movens, pour Tattribuer au grand sympathique; ce ne serait que plus tard que cerveau, moelle et grand sympathique viendraient former un cercle pathologique indiscutable en se corroborant mutuellement par les troubles de sensibilité, de motililé, de nutrition... etc.

n faudrait établir, énonce en dernier lieu M. Foville, pour que la doctrine fut imposée aux convictions :

1**. Que les altérations anatomiques du grand sympathique et les troubles fonctionnels sont un phénomène constant dès le début de la Paralysie générale et qu'ils précèdent toujours tous les autres ;

2"* Qu'ils ont, dans cette maladie, un caractère propre qui ne se rencontre pas dans d'autres affec-

!• Foville. Ann, médic(hphyrioL, Sept 1868.

IT LA NATURE DE LA PARALTSIB GÉ!fÉRALB. 73

fions et qui leur donne une valeur vraiment spéci^ fique.

On sait qu'on n^à pas d'occasion de nccropsies an débat de la Paralysie générale. Dès lors, l'âge des altérations anatomiques est un point de repère des inductions.

Nous dirons ensuite, chose de la dernière importance, que le mésocéphale n'ayant aucune altération, nous ne pouvions prendre comme origine l'action vaso-motrice du cerveau.

Nous résumerons enfin par les réflexions suivantes :

Dans les sciences médicales, les vérités absolues forment l'exception.

En disant que la Paralysie générale débute par une décadence vaso-motrice et par des altérations des ganglions cervicaux du grand sympathique, nous avons voulu formuler efficacement le mécanisme le plus naturel de cette affection.

Nous ne nions pas, le moindrement, l'existence

de^ cas rares ou la démence paralytique a pu être, du moins en apparence^ le premier phénomène.

Nous ne refusons pas non plus, sans être en désaccord avec nous-mêmes, aux cellules des hémisphères cérébraux le droit d'éprouver spontanément la dégénérescence graisseuse en dehors de Tinfluence indirecte des ganglions cervicaux, puisque le fait se produit dans le ramollissement pur et simple. — Il est bien évident que l'altération, soit primitive, soit consécutive, donne lieu aux mêmes symptômes intellectuels, parce que, dans l'un et l'autre cas, le fonctionnement spécial des cellules cérébrales se trouve matériellement troublé de la même manière. Mais, dans les circonstances exceptionnelles signalées — et M. Foville le dit lui-même — les phénomènes congeslifs finissent toujours par apparaître tôt ou tard. — Eh bieni pour nous, à ce moment-là seulement, le malade est devenu un véritable paralysé général. A ce moment là seulement apparaissent les troubles de nutrition générale qui spécialisent l'affection ; à ce moment-là seulement les altérations cérébrales, singulièrement précipitées par la paralysie des vasomoteurs, donnent aux symptômes cérébraux leur intensité caractéristique. Le sujet est devenu nettement parésique quand le sympathique s'est formellement accusé ; et ce dernier s'altère sur place de par lui-même, et non par un processus morbide à marche descendante ainsi que nous l'établirons plus loin.

' D'âillears, l'innervatioD vaso-motrice delà téte n'est pas sous la dépendance exclusive des ganglions cerneaux.

Dans tout le système végétatif, chaque ganglion représente un centre ayant de Taction dans une cir- . conscription plus ou moins étendue suivant son volume et sa âtuation. Autour d^un ganglion volumineux se trouvent disposés çà et là, dans sa sphère d'action même, des ganglions plus petits ; ceux-ci forment à l'entour des contres dç circonscriptions plus restreintes sur lesquels ils peuvent agir, tantôt sous l'influence du pouvoir supérieur auquel ils sont soumis, tantôt en vertu de leur propre autonomie.

Au cas particulier, qu'est-ce qui prouve que les ganglions crâniens n'ont pas précédé les ganglions cervicaux dans la dégénérescence qui doit devenir générale plus tard, et n'ont pas produit ainsi une congestion intérieure à laquelle échapperaient les organes extérieurs de la tête?

Partant d'une opinion à peu près classique et qui place le centre d'innervation des vaso-moteurs dans le mésocéphale, le docteur Foville a été tenté de considérer les lésions de la Paralysie générale comme se développant primitivement dans l'encéphale et se propa-

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géant après coup au grand sympathique. — Ce dernier ne deviendrait général que parce que le bulbe et la protubérance qui sont pour lui un foyer d'alimentation auraient 6té envahis par la dégénérescence des lobules cérébraux.

Or, même en nous plaçant à ce point de Yue demiclassique, il nous sera facile de démontrer que les choses ne se passent pas ainsi.

Dans notre ëxposé général de l'anatomie pathologique, nous avons dit :

Jamais les cellules ne sont altérées dans le cervelet. — Il en est également de la protubérance, même sous le rapport de la pigmentation. — Les cellules du bulbe peuvent présenter des granulations graisseuses; mais y ce n'est pas constant. Par contre, elles nous ont offert toujours des granulations à teinte ferrugineuse plus abondantes que chez les individus sains.

Une extrême prudence nous dictait ces lignes qui vont certainement au-delà de la vérité.

Ayant multiplié tous nos termes de comparaison.

Cr LA NiTURB DE LÀ PAIULTSIB GÉXiRÀLI. 77

nous Dous croyons en droit de déclarer que le bulbe, de même que la protubérance, reste presque toujours, sinon toujours y à l'état normal, dans la Paralysie générale. — Mais, les lésions de ces s(^ments seraientelles ce qu'on veut dire qu'elles seraient encore trèsinsigniGantes en présence des altérations profondes et constantes du grand sympathique, et qu'il serait toutà-fait impossible d'assigner aux premières le rôle de cause vis-à-vis des secondes.

Mais, en supposant que le sympathique puise dans la protubérance et le bulbe la force dont il ne serait que le collecteur et le dispensateur, nous n'avons fait qu'entrer dans les idées générales de la contradiction.

Nos CDnvictions au sujet du mécanisme derinnerYction sont tout autres.

La doctrine qui divisait le système nerveux en organes actifs ou créateurs, et en organes passifs ou conducteurs, est bien près d'avoir vécu. — Il n'y a pas un fluide engendré en un point et transporté ensuite à la périphérie par un trajet plus ou moins compliqué.

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Il y a une série d'actes moléculaires qui s'enchaînent entre eux en se suscitant les uns les autres d'un point quelconque vers un autre point. — Les expériences de MM. Vulpian et Philippeaux nous ont montré que les nerfs peuvent récupérer de par eux-mêmes toutes leurs propriétés physiologiques, tout en restant séparés des centres nerveux.

Que ne peut donc pas faire alors le sympathique, lui qui possède des cellules nerveuses, l'élément générateur par excellence?

Partout où elle se montre, la cellule peut et doit manifester sa puissance spontanée. — Les cellules du sympathique peuvent, aussi bien que les cellules encéphaliques, être l'agent initial de certaines manifestations physiologiques. Le sympathique peut, comme l'encéphale, être le point de départ d'un processus morbide ; car, il a sa vie propre, et ses anastomoses avec l'axe cérébro-spinal sont plutôt des moyens de relations réciproques que des voies d'apport.

Laissons là, du reste, ces vues qui peuvent être, pour le moment, un point de sentiment plutôt qu'une démonstration susceptible de s'imposer.

Nous devons dire, en résumé, que nous nous

croyons autorisés à placer le point de départ de la Paralysie générale dans le système sympathique parce que nous avons rencontré dans ce dernier des lésions beaucoup plus conslanles et beaucoup plus avancées que partout ailleurs, et parce que les altérations sont toujours plus considérables dans les ganglions qui tiennent sous leur dépendance l'innervation vaso-motrice des lobes cérébraux.

C'est la série d^bsemlions suivantes qui a déterminé notre doctrine. — Les premières n'ont été que le jalon.

Dans les dernières que viennent corroborer les planches on trouvera tous les éléments nécessaires a l'appui de nos idées.

Le nommé F..., homme de lettres, arrive à TAsile de.... dans un état avancé de paralysie générale. — Embarras de la parole, tremblements de la têlc, affaiblissement de la motilitc avec frémissements, difficulté très-grande de la station debout et titubation dans la marche qui se fait très-péniblement et par soutien ; affaissement du tronc avec courbure ; perte de l'intelligence, de la mémoire, des sentiments affectifs. — Le malade est atteint de démence avec réactions maniaques qui se manifestent surtout la nuit; dès-lors, peu de sommeil. — La sensibilité tactile est considérablement émoussée ; les sens spéciaux ont beaucoup souffert. — F... se relève constamment la nuit, est en proie à une grande agitation, se couche par terre, et Ton a beaucoup de peine à le remettre au lit. — Un peu de

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calme survient ; puis Texacerbation maniaque réapparaît et F.*., passerait toutes ses nuits à terre si on ne le surveillait.

A la visite de la veille on n avait constaté aucuns accidents spéciaux. — Le lendemain, sans que rien Tait pu faire présumer, une gangrène apparaît brusquement, et, sans suivre aucune loi, envahit les deux pieds d'une façon intense. — Ils sont froids, insensibles, d'une teinte noire violacée ; de larges pblyctènes existent à la région dorsale ; le mal suit très-nettement la ligne d'articulation de la première rangée du tarse avec la seconde pour le pied droit. — Comme état général, la chaleur est augmentée; le pouls est petit, vif, à 100; la face est vultueuse ; la respiration haletante.

Le soir, même état ; œdème considérable des parties inférieures ; douleurs atroces qui semblent réveiller un peu Tintelligence. Le malade a Tair de comprendre sa position ; ses réponses ont, par moment, un caractère de netteté qu'on n'avait jamais vu auparavant.

Le lendemain, même état local. — L'état général est trèsgrave; pouls, 144; chaleur animale extrême, faciès vultueux ; tremblements spasmodiques de tous les muscles du visage ; yeux très-bislrés, difficulté de relèvement des paupières ; pupilles rétrécies. — Respiration haletante et entrecoupée ; râle trachéo-laryngien ; diminution de son dans toute l'étendue des poumons ; k droite, au sommet, rhonchus entremêlés de roucoulements ; à gauche, la matilé est plus considérable qu'à droite ; râles muqueux à grosses bulles, bruit de conque en bas. — Le foie déborde de deux travers de doigt les fausses côtes ; le ventre est libre ; un peu de gargouillement dans la fosse iliaque droite; quelques soubresauts tendineux.

Une inflammation éliminatrice a circonscrit les parties mortifiées en s' arrêtant au-dessus des articulations précitées par un gillon ulcéreux à bords tranchés.

Les jours suivants, même état local sans modification.— L'état général n'offre qu'une aggravation du côté de la poitrine.

Mort à la suite d accidents tétaniques.

Autopsie.

Pied droit. — A la face dorsale, téguments noirâtres dont la teinte allait en diminuant des orteils jusqu'aux articulations larso-métatarsiennes et d'une couleur rougeviolacée à partir de ce point jusqu'à la jambe. — Ulcération sinueuse, large d'un travers de doigt, disposée en courbe parabolique dont le plein était aux articulations de la première avec la deuxième rangée du tarse et les extrémités à la partie postérieure du calcanéum. — Tout ce qui était en avant de ce sillon, intéressant toute l'épaisseur de la peau, n'avait pas participé k la gangrène ; peau noire, tissu cellulaire rouge-noirâtre, rempli de matières pultacées, sans odeur, qui baignait les tendons et qui entrait aux articulations.

Pied gauche. — A la face dorsale, même sillon produit par rinflammation éliminatrice, mais dont le plein parabolique tombait aux articulations tarso-métalarsiennes, les extrémités partant également de la partie postérieure du calcanéum. — En avant de ce sillon les téguments étaient

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noirs, gangrénés ; en arrière, ils étaient plus ou moins rouges, mais non alteinls par la gangrène dont la séparait l'inflammation éliminatrice. - La plante du pied présentait dans toute l'étendue les mêmes désordres qu'à droite. Les jambes étaient très-œdématiées.

Cerveau, — Crâne très-mince; pas d'adhérence des méninges ; épanchement séreux intra et sous-arachnoïdien avec état gélatiniforme ; piqueté rouge de toute la substance cérébrale, principalement dans les parties centrales; un peu de ramollissement du plancher des ventricules ; état gélatiniforme du plexus choroïde et de la membrane interne des ventricules.

Cavité thoracique. — Adhérences anciennes pleuro-costales, surtout le long des gouttières vertébrales où l'on voit de larges plaques blanchâtres fibro-albumineuses entourant, dans beaucoup d'endroits, les tuyaux bronchiques. — Pneumonie au premier degré, surtout en arrière, en bas et à gauche ; un peu de pneumonie lobulaire au sommet.

Foie. — Le foie déborde de deux travers de doigt les fausses côtes et présente de la dégénérescence graisseuse.

C<Bw. — Normal ; légère ossification à Tune des valvules de l'aorte; caillots fibrineux légèrement ossifiés dans Tartére-pulmonaire.

Abdomen. — Diminution notable des parois du gros intestin, surtout dans le colon ascendant et TS iliaque où il s'en faut de peu qu'on n'ait affaire qu'au feuillet péritonéal.

Réflexions.

Le malade, comme on Ta vu, était arrivé dans an degré très-avancé de parésie. — Il y avait abolition presque complète de la sensibilité générale, obtusion très-grande des sens spéciaux. — Les fonctions de la vie de relation avaient à peu près cessé ; la vie organique ne conservait qu'en apparence son pouvoir. — La mort devait nécessairement et fatalement venir avec rapidité sans que la science pût enrayer sa marche.

Le fait extrêmement important pour la cause qui nous occupe, l'action vaso-motrice, est la gangrène dont l'apparition instantanée se fit, sans aucun précédent, dans l'espace d'une nuit, affecta une forme

galopante et arriva de suite au dernier degré : coukur noire, huiles phlycténoïdes, froid complet, insen^ sibilité. — Il y avait cependant encore de Talgésie. — Une gangrène aussi forte, agissant o'une façon galopante sans aucuns symptômes précurseurs et arrivant de suite à sa dernière période présente évidemment quelque chose de tout spécial. — Une action vasomotrice à caractère particulier peut seulement l'expliquer.

Le système nerveux étant sidéré en raison de Taffaissement des fonctions de relation et de celles de la vie organique, les modes de circulation et de nutrition étaient considérablement en souffrance. — Rien donc d^clonnant à ce qu'une gangrène se soit offerte et ait eu son siège aux extrémités inférieures qui, plus éloignées des centres, doivent subir plus vite la conséquence de la cause morbide. — Mais la brusquerie d'apparition du mal est un ûiit remarquable de la surprise que peut occasionner sur l'économie un dé- • faut général de vitalité. — L'initium vient surtout d'une action inflammatoire vaso-motrice, primitive, passive et spéciale, dont une sur-acuité continue a vite épuisé l'action organique.

Ainsi, la disposition morbide de l'individu a amené des modifications profondes dans la composition des fluides et Torganisiitioii des solides. — Chez une autre personne on aurait pu, jusqu'à un certain point, conserver l'espoir de guérir les parties affec-

tées; le travail éliminateur, les granulations bourgeonneuses qu'on voyait à la surface des sillons de séparation l'auraient encore fait supposer ; mais, chez un paralysé général avancé, où le mal est constamment entretenu par le défaut incessant de vitalité, la nature combat encore, mais ne peut aboutir qu'à un résultat négatif. — Que faire contre une pareille asthénie? Du resle^ l'action organique suspendait graduellement son exercice partout. — Tous les ordres d'affaiblissement se confondent et sont simultanés depuis Vinitium : sidéralion progressive de tous les systèmes musculaires des vies de relation et organique ; troubles profonds de sécrétion entièrement généralisés; perturbations extrêmes dynamiques et chimiques de la digestion et de l'absorption ; altérations de circulation; comme pénultième effet, lésions au summum de circulation et d'innervation.

On a vu, dans le résultat de l'autopsie, dégénérescence graisseuse du foie, diminution des parois de l'intestin, thrombus, concrétions, etc. — On peut juger par là des puissantes entraves qui existent dans le stimulus nécessaire aux actions mécaniques et chimiques nécessaires pour l'impulsion du sang et les différents modes d'assimilation des organes. — La dégénérescence graisseuse est surtout un fait curieux de protogénèse qui se généralise peu à peu par la transformation des éléments primordiaux qui constituent naturellement tel ou tel tissu.

RECHERCHES SUR l'aNATOMIE PATHOLOGIQUE

B..., ancien marchand de chevaux, entre à TAsile de....

C'était un homme de forte constitution et d un bon tempérament. — Après avoir perdu toute sa fortune, il est tombé dans rabattement et la tristesse et s'est livré à la boisson. — Sa femme ne donne que des renseignements bien vagues sur la manière dont la maladie a débuté et sur le moment ob il a commencé à divaguer. — Il y aurait, dit-elle, cinq à six mois que la maladie a commencé; et, cependant, B... est en démence complète et au dernier degré de la paralysie progressive.

Voici l'état qu'il offre à son entrée : — Les pieds sont lourds, collés au sol ; les mouvements de propulsion sont profondément incertains. — Il reste assis ou couché dans la position où on le met et n'en sort plus. — La modification subie par les membres supérieurs n'est pas à un degré aussi avancé que les membres inférieurs ; il peut encore porter, en tremblant beaucoup, la cuiller à la bouche ; mais, de suite, il faut lui venir en aide. — La face est vullueuse, vergetée; tremblements fibrillaires des muscles du visage; pupilles petites, tremblotantes, ne bougeant pas sous l'impression du doigt; la pupille droite est plus large que la gauche ; grande gêne dans les mouvements de l'œil, parole des plus tremblantes. — Les questions qu'on adresse au malade lui arrivent avec une extrême lenteur ; il entend mal, fmit cependant par répondre, et Ton voit que l'idée seule qui est restée chez lui en substratum est celle d'argent perdu. — Anesthésie assez prononcée de la sensibilité

ET Lk NATURE DE LA PARALYSIE OÊNBRALB. 91

générale et partielle ; les sens spéciaux ont subi un commencement d'affaissement. — Pleurs tenant à un excès automatique de sensibilité et à rhypersécrétion. — Les fonctions de la peau sont perverties et les jambes œdématices. — Chaleur animale ordinaire; pouls petit, dur, à 90. — Respiration rauque et haletante. — Incontinence d'urine; état gâteux. — Pas de contractures, ni de mouvements convulsifs; par instants, soubresauts tendineux. — Comme on le voit, B... était dans un état ataxo-adynamique très-grave et arrivé au dernier degré de la paralysie. — Comme toujours, les systèmes sensitif et moteur de relation s'éteignaient tandis que le système nerveux de la vie oi|;anique possédait encore une certaine action, plus superficielle toatefois que réelle. — Il était aisé de voir qu'une corrélation intime de décadence s'opérait entre la \ie de relation et la vie d^aniqoe.

Adynamie moscolaire progressive des deux vies, et même ataxie; altératîoa de sensibilité spéciale, conséquenee formelle.

Pour Ja vie oi^aniqne, et en dehors de liions autres (arikmt déleniiiiiaMes. on voit une altmlion extr^ui^ detf tn^m" leaents de la diip^M : {^tVirÏAiM dzm «s^rr^^m* ^ TahsoqilioB intfslîpale:? : trvjL'-^ de >m^)0Âk des muk : tr^i>V< .de eoQlradilîre de la ^ it. i utfihr^,, — g^^t ne peut être qw cwcpiî».. — D va wir< k w*tlw*t *r coaservailûa e, rxiH de i z^^A?: ï kSki^Àî^ f^^iv^v; > hde vt wx}i^^ ytè Kyrsr-^s i*: it sac,;f*r < u r^y^^t pas ét iE-aœi^ f vjwxuLr 'j^î i.!3>, : la a-.v^îiiU

d*(Bdëme. — Huit jours après Tentrée du malade, et les phénomènes relatés s'aggravant de plus en plus, on fut obligé de faire garder le repos continu au lit. L'œdème des jambes augmentait.

Sans qu'aucun symptôme général ou local ait, la veille, rien révélé, on trouva, un matin, les deux pieds arrivés au dernier degré d'une gangrène humide. La face plantaire est plus atteinte que la face dorsale; à celle-ci, cependant, la gangrène est au même degré et limitée par un sillon ulcéreux à bords découpés, d'un rouge noirâtre, au fond duquel est une sanie jaune verdâtre. — Les extrémités sont froides avec abolition de toute sensibilité. — Pouls très-rapide, petit, k ilO; respiration haletante. — Il semble que, dans l'inspiration, les cAtes sont mues par un mouvement de totalité et que les mouvements individuels sont considérablement affaiblis ; dépression xyphoîdienne dans l'inspiration; diminution du murmure vésiculaire; rhoncus humides à grosses bulles entremêlés de sifflements; souffle tubaire à la base des deux poumons.

Pendant quinze jours, même état local et général, sauf une diminution de pouls qui flotte entre 80 et 90 ; pas de contractures, pas de mouvements convulsifs ou réflexes. — Le travail éliminateur de la gangrené est resté entièrement stationnaire.

Brusquement, apparition de congestion épileptiforme intense ; trismus; mort en deux heures.

Autopsie

24 heures après la mort.

Larynx, — Rougeurs très-grandes sans exsudations fibrino-albumineuses.

Poumons. — Droit. — Emphysème circonscrit à la base; gangrène dans plusieurs points ; hépatisation rouge presque partout ; bronchite énorme avec mucosités purulentes.

Gauche. — Hépatisation rouge dans presque toute Tétendue ; gangrène dans plusieurs points, et spécialement en arrière, à la base ; bronchite très-grande ; exsudation albumino-fibrineuse très-épaisse autour des tuyaux bronchiques.

Cœur. — Un peu de dilatation dans la crosse de Vaorte; ossification d'un centimètre d'épaisseur suivant une ligne oblique de 4 centimètres à partir des valvules sygmoïdes. — Plaque cartilagineuse de la cloison de l'oreillette gauche entrant obliquement d'une largeur d'un centimètre environ dans la cavité de l'oreillette. — Rien à l'oreillette droite. — Dégénérescence graisseuse du cœur plus prononcée à droite qu'à gauche ; il n'y a presque plus de paroi musculaire; les fibres tendent toutes à subir la dégénérescence; en coupant par tranches circulaires depuis la pointe jusqu'à la base, on voit une teinte jaune-verdàtrc des parties musculaires non encore dégénérées ; épaississemenl des colonnes charnues.

Foie. — Gangrène de toute la base; plaques gangréneuses au niveau de l'orifice de sortie de la veine-cave et sur les côtes, puis disséminées le long du bord postérieur du foie ; plaques gangréneuses aux alentours de la veineporte ; dégénérescence graisseuse de toute la glande.

94 RBCHERCHSS SUR L*ANATOMIE PATHOLOGIQUS

Capsules surrénales. — Dégénérescence graisseuse.

Reins. — Ramollissement avec tendance à la gangrène dans toute la substance corticale.

Vessie. — Diminution notable des parois.

Intestins. — Amincissement des parois.

Rate. — Considérablement ramoUie.

Cerveau. — Infiltration gélatiniforme des membranes ; sérosité inlrà et sous-arachnoïdiennes.— Rien dans les circonvolutions et les lames cérébrales, si ce n'est un peu de sablé et du ramollissement à la couche inférieure de la substance corticale. — Ramollissement du plancher des ventricules ; kyste séreux, gros comme une pomme d'api, dans le ventricule latéral gauche. — Infiltration de la toile choroïdienne et du plexus choroïde. — Ramollissement considérable de la voûte, de la couche optique; ramollissement central, presque général et envahissant les pédoncules cérébraux et cérébelleux. — Rien à la protubérance et au cervelet; ramollissement du quatrième ventricule, surtout au niveau du calamus.

Réflexions.

Le^ malade était arrivé au dernier degré de la para-

iysie générale : abolition des mouvements de la vie de relation; anesthésie prononcée; lésions de la vie organique caractérisées par des troubles des fonctions digestives et des altérations dans les phénomènes des sécrétions; assimilation faite, pour la plupart, aux dépens de rindividu lui-même; vie presqu'cntiérement réduite à certaines actions dynamiques et chimiques de la respiration et de la circulation, bien qu'elles éprouvassent des lésions, ainsi qu'aux éléments d'assimilation qui s'y rattachent; ataxie, destruction totale d'intelligence et de moral. — Ces divers états ayant lésé aussi gravement le principe de la vie, il ne fallait pas s'étonner de voir arriver une gangrène: mais, comme pournotre observation précédente, elle a été galopante et, dans l'espace d'une nuit, a parcouru toutes ses phases. — Une action inflammatoire spéciale, se développant avec une surprenante vitesse, a été la seule cause de l'anéantissement de la vie organique et de la mort locale. Les changements profonds dans la composition des fluides et l'organisation des sohdes ont eu lieu directement par suite de l'état morbide du sujet.

Avec un état général aussi grave, un mois se passe sans qu'un peu de mieux se fasse sentir, et l'on ne peut s'empêcher de trouver là des actions vaso-motrices spéciales indéniables. — A la fin, la nature, à bout de résistance, cesse la lutte, et un effet morbide nerveux de nature particulière enraye tout pouvoir

actif de Torganisme. — Que trouve-t-on à l'autopsie? De la gangrène dans les éléments de la vie organique ou une tendance à se faire dans les poumons, le foie, les reins, c'est-à-dire dans des points où l'élection de phénomènes dynamiques et chimiques est le mieux établi.

Il y avait aussi dégénérescence graisseuse établie en beaucoup d'endroits. — Ici, le cas est plus remarquable que dans notre première observation. — Au cœur, en coupant par tranches circulaires depuis la pointe jusqu'à la base, on voit une teinte verdâtre de fibres musculaires non encore dégénérées et qui laisse voir un travail pathologique se caractérisant par cette couleur avant que les fibres musculaires éprouvent la transformation graisseuse; l'envahissement graisseux a remplacé les principes normaux d'assimilation dans le fait de nutrition de l'organe et en occasionnant une résorption musculaire simultanée.

Quant au cerveau^ la partie inférieure de la couche corticale était ramollie ainsi que le centre du cerveau ; les méninges étaient inGltrées. Il y a évidemment un rapport de connexité.

Doit-on attacher une certaine importance au kyste séreux du ventricule gauche? C'est un postulalum; on a vu de ces kystes chez des individus jouissant parfaitement de leurs facultés, et on a vu le contraire. Peut-être font-ils subir, en raison de la place qu'ils tiennent et de la compression qu'ils doivent naturel*

lement exercer, une impression nervosique; mais, laquelle? — Nous avons vu plusieurs fois de ces kystes chez les paralysés généraux ; peut-on y voir une relation de cause à effet ; c'est ce qu'il est difficile de dire d'emblée. — Pourrait-on parfois rattacher à l'histoire de ces kystes certains symptômes, et n'osonsnous pas le faire? Ce sont des questions fort complexes qu^il n'est pas aisé d'élucider, mais qu'il ne faut cependant pas négliger.

Finissons par une réflexion des plus importante dont on ne saurait trouver la clef définitive qu'en se reportant à un métamorphisme spécial physiologique des actions vaso-motrices de l'organisme entier. — Toutes les lésions, et en particulier, celles du cœur, donneraient lieu chez un individu ordinaire à un cortège effrayant de symptômes. — Chez le paralysé général, les rôles d'intercurrence maladive n'entrent pas classiquement en scène ; il semble que la paralysie générale veuille que tout lui soit réservé ; c'est à sa philosophie seule que l'organisme devra d'être conduit au dernier marasme.

RECDERCOES SUR l'aNATOMIE PATHOLOGIQCE

P..., cordonnier, cntrcà TAsile de... — D'après les renseignements donnes, il n'a jamais fait preuve d'intelligence. Il a toujours été le bouffon des autres ; il n a jamais eu aucune fermeté de caractère, et sa femme était obligée de tenir les rênes du ménage. — Il est d'un tempérament sanguin, gros, à forte encolure ; la tête est petite, le front bas et fuyant. — Il n'a jamais eu de mauvaises habitudes, ni de passions bien accusées. Son travail était assez bon et soutenu ; sa conduite est exempte de reproches. Son existence fut assez heureuse chez ses parents qui l'aimaient et qui jouissaient d'une certaine aisance. — Un de ses oncles est mort fou. — L'état mental daterait de deux ans au moins. Sa femme remarquait continuellement chez lui de rcxccnlricilé d'idées et d'actes.

L'incertitude et le tremblotement de la parole, l'air hagard de la physionomie, une démarche lourde et chancelante ne laissent aucun doute sur la paralysie générale confirmée.

On ne remarque chez lui aucune idée ambitieuse. Il est atteint de délire lypémaniaque avec grande agitation sans rien de malfaisant. — Un mois après son entrée, il devient gâteux et d'une excessive malpropreté.

On le place bientôt à l'infirmerie pour une plaie contuse du coude qui, dans l'espace de trois jours, était devenue rapidement ulcéreuse et avait amené une presque dénudation de l'olécrâne, ainsi que pour un anthrax très-vaste occupant la région occipitale, la partie postérieure du cou et un peu de la partie supérieure du dos. Cet anthrax était de très-mauvaise nature et s'étendait

profondément. — Nous ne pûmes nous empêcher d'y voir un caractère spécial dû aux désordres de la paralysie générale. — Cependant, et contrairement à nos prévisions, les deux plaies se guérirent ; cela nous surprit fort, eu égard à lavancemont de la paralysie générale. Mais, peu après, on remarqua une inflammation érysipélateuse s étendant de la partie supérieure du sacrum jusqu'au niveau des trochanters ; le sillon des fesses était le plus atteint; pouls ordinaire; aucuns symptômes généraux. — Dans Tespace d'une nuit, une eschare noire et profilée allait à gauche de la deuxième vertèbre sacrée jusqu'en dehors de la pointe du coccyx et rejoignait dans le sillon des fesses une autre eschare beaucoup moins large, mais plus profonde. La première n'avait pas moins de 12 centimètres de long sur 5 de large; la deuxième, 3 centimètres sur 2. — Pas de douleurs ; anesthésie. — La langue est blanche, étalée, uu peu sèche. — Peau rugueuse ; chaleur animale diminuée ; pouls encore assez plein, à 75. — Abolition des sens spéciaux ; perte complète de réceptivité ; pas de contractures ; quelques soubresauts tendineux ; somnolence continue.

Les jours suivants, les plaies n'ont pas gagné en étendue. — L'état général est le même. — On remarque pourtant un commencement de paralysie des muscles du pharynx ; la déglutition s'opère à peine.

De suite, plaque gangréneuse au scrotum, à la verge, aux genoux et aux épaules.

Verge gangrénée dans la moitié de sa longueur vers son extrémité libre.

Pour la première fois ^ le pouls est fréquent, filiforme, presque insaisissable. — Peau chaude et sèche. — La déglutition ne se fait plus. — Le malade a présenté, pendant tout le temps,

100 RBCHERCHES SUR l'aNATOMIB PATHOLOGIQUË

à l*auscultation, des râles crépitants et quelques râles sonores.

Mort de marasme.

Autopsie.

Cerveau peu volumineux. — Congestion des méninges adhérentes à la surface corticale ramollie, surtout à la base de l'hémisphère droit. — Ramollissement assez pro- •noncé des centres, et toujours dans les points indiqués dans les précédentes observations. — Adhérences anciennes des plèvres; poumons fortement engoués; cœur volumineux; foie gorgé de sang noir très-épais. — Estomac et intestins grêles amincis.

Réfxexions.

C'est toujours, comme on le voit, au moment où s'affaissent de plus en plus les fonctions de relation et v^élatives que se dessinent des phénomènes d'incidence pathologique dans une multiplicité de points de Torganismc qui offrent un caractère sui generis accusant de plus en plus un épuisement de tous les systèmes et dont la traduction définitive est la mort.

Lorsque se présentèrent l'excoriation gangréneuse du coude et l'anthrax de mauvaise nature dont nous avons parlé, nous y vîmes une raison toute spéciale à la recherche de laquelle Vinfluence vaso-motrice générale ne devait pas rester étrangère. — Il y eut guérison, ce qui est très-bizarre ; mais, d'autres gangrènes survenant, il devint parfaitement visible que la guérison n'avait été qu'un effort bientôt étouffé d'un organisme prêt à s'éteindre. — Ici, comme précédemment, développement des plus rapide de la gangrène atteignant au plus vite sa dernière phase locale, et le tout sans symptômes généraux d'accompagnement.

— A cause du degré avancé de la paralysie générale, l'esprit ne doit éprouver aucune surprise. — La veille, un érysipèle s^était montré, mais sans que rien pût faire croire à l'envahissement immédiat de la gangrène.

— Pendant vingt jours, malgré les dégâts énormes de la plaie, malgré le dernier terme de la paralysie progressive la vie semble résister ; mais, elle est arrivée à sa limite de force. — Peu d'heures seulement avant la mort quelques phénomènes généraux apparurent ; mais c^est à Tétat morbide primordial dont les effets s'étaient fait simultanément et progressivement sentir partout que fut réservé le droit de mener à lui seul l'organisme au dernier degré de marasme qui devait interrompre son action. — En un mot , la paralysie générale veut finir tout par elle-même.

En voyant les désordres produits dans tout l'être.

102 RKCHEUCUES SUR l'aNATOMIE PATHOLOGIQUE

on est forcément amené à penser qu'il faut de bien grandes perturbations, et des perturbations d'un genre particulier, pour amener de tels troubles.

Si la folie est une perversion de l'électro-dynamisme vital qui entraine fatalement des lésions nerveuses à la suite desquelles des anomalies de nature diverse s'offrent dans la circulation et la nutrition cérébrale et de divers points de lorganisme, la paralysie générale est, pour nous, une conclusion plus frappante encore de celle idée parce que l'être entier est saisi dans toutes les circulations et ses qualités propres d'assimilation ; il est saisi de suite sans que jamais il y ait rôtrogression et, peu à peu, concurremment, toutes les actions physiologiques normales de relation et de végétation sont transformées. — La mort est là par dégradation insensible et simultanée de toutes les particules de la vie.

La Paralysie générale — nous n'hésitons pas à le dire — est fort probablement une des premières, parmi toutes les maladies inscrites aux traités de pathologie, qui brise le plus la nature intime des liquides et des tissus de l'organisme, sans excepter aucune fonction, et qui, sans jamais pouvoir être entravée, cause insensiblement, dans un temps relativement court, la léthalilc de tous les phénomènes hygides.

De tels Hiils ne pourront, à notre sens, jamais s'ev pUquer seulement par les divers états hypérémiques de l'encéphale.

ET LÀ NATURE DE LA PABALYSIE GENÉBALE. i03

L'ensemble vaso-moteur, dont l'inilium serait au sympathique, nous paraît devoir uniquement donner la clef du mystère pathologique étudié depuis si longtemps.

Dans les résultats succints de l'autopsie du sujet de notre observation il nous paraît tangible que les états du poumon, du foie, de l'estomac, des intestins doivent entrer, pour ce qui les concerne spécialement, en même ligne de compte que l'état du cerveau, si on veut relier tous les éléments de l'être avec lui-même et ne pas se borner à des localisations qui depuis longtemps nous paraissent beaucoup gêner la philosophie médicale.

J. F., professeur de dessin, vingt-neuf ans, fut envoyé de Bicétre à l'Asile. — Le malade est noté comme atteint de ma- •nie chronique avec paralysie générale. — II a le délire des grandeurs. — Au moment de lentrée, rire fréquent et non motivé ; air de satisfaction ; embarras de la parole ; marche titubante, pas d'état gâteux.

On constate la même situation pendant six mois. — Alors, la démence complète et Tétat gâteux se sont affirmés; Toedème des extrémités inférieures et un aiïaiblissement notable de l'organisme montrent que la paralysie générale a atteint son pénultième effet.

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La décadence s'accentue de plus en plus. — L... n'a plus la moindre conscience de rien ; automatisme complet. — Si on lui parle, la pensée qu on cherche à faire arriver à son cerveau ne se produit pas, et le malade regarde d'un œil terne et hébété ; il ne reste plus dans Tintelligence un léger substratum. — Il faut le faire manger, et la conscience même de savoir remplir l'acte de la déglutition n'existe pas ; les muscles pharyngiens ont subi la paralysie ; ou remplit la bouche d'aliments et ce n*est qu'alors que ceux-ci venant à s'engouffrer dans le pharynx sollicitent une excitation mécanique de ses muscles; le passage se fait pour la majeure partie par une force de vis a tergo. — L... ne peut plus se tenir debout; aucune réaction dans les muscles de la vie de relation; plus de mouvements réflexes acquis ou provoquées ; abolition de la sensibilité tactile ; analgésie assez avancée; obtusion des sens spéciaux. — Incontinence des urines et des fèces ; — tremblement général fibrillaire ; — abolition des mouvements de dilatation et de contraction des pupilles; contractures partielles des bras, des jambes et du tronc.

Les parties inférieures s'infiltrent insensiblement et, principalement, rœdcme des jambes se produit d'une façon intense. — On porte le malade k l'infirmerie.

Bientôt après, une large gangrène se développe rapidement au niveau de la malléole externe gauche ; elle devient une large eschare entourée d'une auréole livide ; la même chose a lieu au niveau du trochantcr gauche qui, en deux jours, est mis à nu dans toute sa hauteur et sa largeur ; les téguments se parsèment de plus en plus de plaques et de sillons bleuâtres, de lignes d'un rouge livide ; gencives noirâtres ; perversion complète des fonctions de la peau. — Abolition des sens spéciaux; pas de mouvemcuts épileptiformes ou convulsifs quelconques; adynamie générale. — Pouls légèrement intermittent, petit, flottant entre

80. el 90. Rien de trop spécial du côté des poumons; bruit de soufile râpeux à la fin du second temps empiétant sur le premier. — Le malade prend végétativemenl tous les aliments qu on lui ingurgite sans que Testomac les refuse. — Diarrhée continue et incoercible. — Le malade ne prononce plus un mot et sa bouche ne s ouvre que lorsqu on y fait entrer, sans même qu'il en ait rinstinctive conscience, la cuiller qui contient les aliments; au moment du manger, on remarque qu'il n'essaie pas de faire le plus petit mouvement pour changer la position souvent trcs-incommode qu'il occupe, et sa figure ne révèle aucune expression. — La démence paralytique est arrivée à son summum ; le néant le plus absolu existe dans les attributs intellectuels et moraux; la ^le e^t essentiellement végétative, et encore ne tient plus qu'à un soufDe.

Trois mois après l'apparition des phénomènes locaux que nous avons signalés, phénomènes dont la marche a été stationnaire, on voit se développer une gangrène de la verge et du testicule qui, du jour au lendemain, arrive au dernier dégré.

Emaciation de plus en plus prononcée. — jMatité de toute la poitrine, plus spécialement en arrière, en haut et à droite ; expansion pulmonaire des plus faible ; murmure vésiculairc trèsobscur ; soufile tubaire à droite dans presque toute l'étendue.

L'épuisement arrive au comble. — Tous les téguments sont d'un pâle bleuâtre ; un bistre noir entoure les yeux cncavés ; la respiration se fait à peine ; la chaleur animale est presque éteinte ; les aliments ne passent plus au pharynx. — Le malade meurt insensiblement, et la mort ne peut que s'attribuer au marasme indéfini de toutes les fonctions de l'organisme prises une à une.

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ÂUTOPSIE.

Enorme épanchement de sérosité sous la dure-mère ; infiltration gélatini forme ; larges plaques blanchâtres de l'arachnoïde épaissie ; pie-mère tomcnteuse. — Cerveau petit, allongé, remplissant incomplètement la boite crânienne.

Substance grise des circonvolutions ramollie, surtout au lobe antérieur de Thémisphère gauche où elle se réduisait facilement en bouillie.

Substance blanche des hémisphères d'une consistance normale ; corps calleux ramolli au niveau des ventricules latéraux, ainsi que la voûte à trois piliers qui se déchirait à la moindre traction ; corps strié, couches optiques, ramollies à leur surface, un peu plus dans le ventricule gauche. — Sérosité assez abondante dans les ventricules. Cervelet considérablement ramolli dans la substance grise et ses attaches au cerveau. — Engouement des deux poumons, surtout en arrière ; hcpatisation très-avancée du poumon droit ; adhérence intime des plèvres, surtout au diaphragme. — Caillots stratifiés dans les cavités du cœur et Tartère pulmonaire. — Hypertrophie concentrique avec dégénérescence graisseuse des ventricules avec un peu d'épaississement de même nature de la cloison. — Foie offrant une dégénérescence graisseuse très-avancée. — De même pour la rate et les reins.

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