CHAPITRE II
APPLICATIONS THERAPEUTIQUES DE L'ANATOXINE STAPHYLOCOCCIQUE
C'est seulement en 1933 que commencent les premières tentatives d'utilisation de l’anatoxine staphylococcique dans le traitement des affections staphylococciques. Cette année-là, en effet, DOLMAN de Toronto publie ses premiers résultats, nettement favorables.
La multiplicité des thérapeutiques préconisées jusqu'alors comme moyens de lutte contre le staphylocoque n'est-elle pas la meilleure preuve de leur inefficacité ou de leur infidélité ?
Sans doute, la levure de bière, l’étain, le sulfate de cuivre, les vaccins bactériens, les auto-vaccins pouvaient revendiquer des succès, dans le traitement des staphylococcies cutanées et même, dans l’ostéomyélite ou les septicémies. En 1919, par exemple, R. GRÉGOIRE s'était attaqué à l’ostéomyélite aiguë chez six enfants, qui reçurent des injections d’autovaccin et de stock-vaccin. Il obtint un résultat nettement favorable.
Mais, à côté de certains cas heureux, combien d’affections restaient rebelles à toute tentative.
Et voilà que, peut-être, on va disposer non seulement d’un agent curatif qui se révèle d’une efficacité remarquable dès les premiers essais, mais encore si l’on s'en rapporte aux autres anatoxines déjà connues, d’un agent de prophylaxie de premier ordre.
Aussi, un grand nombre d'auteurs s’attachent-ils à appliquer en médecine humaine la vaccinothérapie par l'anatoxine, qui s'était montrée très encourageante chez l'animal.
De 1930 à 1932, BURNET, d’un côté, O. GENGOU, de l’autre, n’avaient-ils pas constaté que les animaux immunisés par l’anatoxine staphylococcique survivaient plus longtemps que les témoins, quand ils subissent une septicémie staphylococcique expérimentale ?
En 1934, J. TrRAvassos démontre le pouvoir antigène de l’anatoxine sur des lapins et des chevaux. Il applique l’anatoxine staphylococcique en thérapeutique humaine et obtient des résultats excellents dans le traitement de la furonculose, de l’anthrax, de l’ostéomyélite. Il remarque en même temps l’élévation du taux d’antitoxine staphylococcique dans le sérum des sujets guéris.
PaRiSsH, O’MEARA et CLARK démontrent, à leur tour, l’apparition d’antitoxine dans le sérum de lapins immunisés par des injections d’anatoxine staphylococcique (8 cc. au total). Ils injectent du sérum antistaphylococcique à des souris et constatent qu’elles résistent à une suspension de staphylocoques administrés dans le péritoine, alors que les témoins succombent au bout de quelques heures.
Forte de ces différents essais, l’anatoxine pouvait sortir de la période expérimentale pour arriver au stade d’application thérapeutique, en médecine humaine.
NÉLIS el PIÈRARD, J. I. CONNoOR et Mc. KIE, PARISH, O’MEA1- RA et CLARK, DOLMAN à nouveau, puis MURRAY ont donné, tour à tour, les conclusions de leurs études. Les résultats obtenus sont tous encourageants.
De leurs publications, nous retiendrons plus particulièrement celle de NÉLIS et PIÈRARD, et celles de DOLMAN et de MURRAY.
NÉLIS et PIERARD, en 1934, utilisaient une toxine qui tuait le lapin à la dose de 0 cc. 2 par kilog. d’animal en injection intra-veineuse. Ils la filtraient et la transformaient en dérivé anatoxique par adjonction de 5 cc. de formol par litre de filtrat et par un séjour de plusieurs jours à l’étuve à 37°.
L'anastaphylotoxine était utilisée pour le traitement de la furonculose, aux doses de 1/4 à 1 cc. tous les trois ou quatre Jours. La plupart de leurs 26 malades ont été heureuse-
AU
ment influencés. L'action favorable se traduit après quelques injections par une diminution du volume des nouveaux éléments et une évolution plus rapide. Ils notaient, malgré le recul insuffisant qu’ils avaient pour donner un jugement définitif sur la valeur réelle de l’anatoxine, que l’action curative paraissait se prolonger. Ils n’eurent que deux échecs complets.
Les réactions générales dues au traitement étaient peu importantes : lassitude légère, somnolence, température discrète. Les réactions locales consistaient en un placard d’érythème, douloureux, atteignant les dimensions d’une paume de main.
En juillet 1935, P. NÉLis a publié de nouveaux résultats. Il préparait une toxine de pouvoir antigène élevé en utilisant le bouillon de G. RAMON, à base de peptone pepsique de viande de veau. Il a traité, par le dérivé formolé et chauffé de cette toxine, 80 sujets atteints de furonculose ou d’anthrax, en injectant deux fois par semaine des doses croissantes, de 0 cc. 2 à 1 cc, durant cinq semaines, soit au total, 5 à 5 cc. 5 d’anatoxine, en une dizaine d’injections.
Il obtint 61 guérisons complètes, 9 améliorations, 8 échecs et 2 résultats incomplets.
En 1935, DoLMAN a donné dans The Lancet un remarquable mémoire où il a consigné ses nouveaux résultats :
Il additionnait la toxine de 0,1 à 0,15 % de formol et la mettait 14 jours à l’étuve à 37°.
Le traitement de la furonculose comportait des injections HERO RON OP END PER DEMO ce ntd'anatoxinenaides intervalles de 5 à 7 jours.
Une amélioration se montrait dès la deuxième injection, mais il fallait au moins six injections pour amener la guérison.
En même temps, l’anatoxine entraînait l’élévation du taux de l’antitoxine staphylococcique dans le sérum des sujets traités.
L’ostéomyélite, tant chez l’enfant que chez l’adulte, était le plus souvent influencée favorablement. L'antitoxine, déjà
Co
MERCIER
RE NUE mu
élevée au-dessus du taux normal avant la vaccination, montait jusqu’à 50 et 60 unités, mais tombait rapidement.
L’acné pustuleuse, l’anthrax, le sycosis bénéficiaient notablement du traitement anatoxique.
En résumé, l’anatoxine staphylococcique, dont l’activité a été rigoureusement contrôlée, fut utile dans le traitement de 306 cas sévères. L'auteur a établi le parallélisme presque toujours rigoureux qui existe entre l’immunité clinique et le titre d’antitoxine du sérum.
Dans la même publication et à la même date, MURRAY arrivait aux mêmes conclusions que DOLMAN. Il notait également les résultats brillants qu’il avait obtenus tant chez l’homme que chez l’animal, grâce au traitement anatoxique. Les réactions, locales ou générales, étaient discrètes.
MurRAY a constaté, en même temps que DozMaAN, qu'il y a un rapport certain entre l’amélioration clinique et le titre d’antitoxine.
Mais si plusieurs auteurs ont manifesté de l’enthousiasme pour la nouvelle anatoxine, et son emploi dans la thérapeutique des staphylococcies, certaines tentatives faites à l’étranger ont semblé, à première vue, décourageantes.
J. KINDEL et CoSTELLO entreprirent une étude clinique de l’action de l’anatoxine, après la première note de DOLMAN.
Sur 42 sujets atteints de dermatoses staphylococciques (acné, sycosis, furoncles), 8 ont montré une amélioration légère et 34, aucune amélioration. Les auteurs ont constaté des réactions violentes au cours du traitement.
Après eux, CORNBLEET et RATTNER ont traité par l’anatoxine staphylococcique 20 sujets atteints d’acné et de sycosis. Aucune amélioration ne fut constatée.
Remarquons, dès maintenant, la sélection peut-être défectueuse des malades traités par ces auteurs : sur 28 sujets étudiés par KINDEL et COSTELLO, 22 étaient atteints d’acné. Sur 29 traités par CORNBLEET et RATTNER, 20 présentaient de l'acné. Or, l’acné n’est probablement pas une affection purement staphylococcique.
D'autre part, les auteurs n’ont donné aucun renseignement
sur le mode de préparation de la toxine et de l’anatoxine. Les filtrats toxiques étaient, semble-t-il, très peu actifs. La détoxication fut sans doute défectueuse, si l’on tient compte des réactions très importantes des malades en traitement. Aucun essai sur l’animal ne fut entrepris, le pouvoir antigène de l’anatoxine ne fut pas évalué.
Ces constatations nous amènent à revenir sur les conditions du succès dans le traitement ou la prophylaxie par les anatoxines.
G. RAMON a, depuis la découverte de l’anatoxine diphtérique, fréquemment et longuement insisté sur l'intérêt primordial qu'il y avait à apprécier les qualités des anatoxines : leur innocuité et leur pouvoir antigène élevé.
Il faut convenir que les auteurs, qui ont publié de nombreux échecs dans le traitement des staphylococcies par l’anatoxine spécifique, semblent n'avoir pas tenu compte suffisamment de la valeur de leur anatoxine.
Essais personnels
C’est au mois de décembre 1934 que nous avons commencé à employer l’anatoxine staphylococcique, sous la direction de nos Maîtres, le Professeur G. RAMON et le Docteur A. Bo- CAGE, chez les malades de la consultation de dermatologie à l’Institut Pasteur.
La majorité des consultants était à ce moment et reste essentiellement formée de malades atteints de staphylococcies, le plus souvent rebelles à tout traitement et, pour cette raïson, envoyés à l’Institut Pasteur par leur médecin traitant. Jusqu'en 1934, nous utilisions volontiers deux thérapeutiques : le sulfate de cuivre et les vaccins microbiens — quelquefois en les associant. Les résultats obtenus étaient extrémement variables : tantôt, d’incontestables succès, tantôt des récidives et, souvent, des échecs complets.
Aussi, fûmes-nous incité à entreprendre des essais de traitement avec l’anatoxine staphylococcique, sur des malades en
quelque sorte sélectionnés, puisque la plupart d’entre eux ne tiraient aucun bénéfice durable des traitements couramment appliqués.
Dès l’abord, nous avons cherché à vérifier l’innocuité de l’'anatoxine pour l’homme, en étudiant les réactions des malades à de très faibles doses.
Nous nous souvenions, en effet, que l’anatoxine diphtérique, qui se montre parfaitement atoxique pour l'animal d’expériences, peut provoquer des réactions locales et générales chez des sujets en état d’allergie spécifique en particulier chez les convalescents de diphtérie.
Nous sommes parti d’une dilution préalablement chauffée à 100°, au bain-marie, durant cinq minutes. Puis, nous nous sommes servi de l’anatoxine non chauffée et de moins en moins diluée. Les premières injections, faites dans le derme, à la face externe du bras, n’ont jamais donné de réactions locales, ni générales.
Fort de ces indications, nous avons commencé ensuite des injections sous-cutanées d’anatoxine diluée au 1/10°, puis au 1/5° de cc., dans la fosse sus-épineuse, à doses progressives de 1/2 à 2 ce, à raison d’une injection par semaine.
À partir du mois de mars 1935, l’anatoxine fut injectée pure aux doses d’un demi, un et deux centimètres cubes, dans la fosse sus-épineuse, à raison d’une par semaine.
Nous avions surtout en vue le traitement de staphylococcies externes telles que furonculose, onyxis, ecthyma, hidrosadénile, sycosis, acné pustuleuse. En général, les trois injections ont suffi pour atteindre le résullat cherché. Mais, parfois, lorsqu'il s’agissait d’infections invétérées, il a fallu faire une ou plusieurs injections supplémentaires, de 2 cc. pour obtenir la guérison.
Dans certains cas, nous nous trouvions en présence de sujets chez qui nous redoutions des phénomènes par trop accusés d’hypersensibilité spécifique, il nous a paru indiqué de réduire à 1/4 ou même à 1/10° de centicube le volume de la première injection. Cetle injection, d’une faible dose d’anatoxine, renseigne sur le degré d’hypersensibilité du su-
2 toys
jet, elle prépare l'organisme à l’action stimulante de la deuxième injection, faite sous le volume d’un quart de cenlicube. Tous les traitements ont été précédés d’une recherche préalable d’albumine et de sucre dans l’urine du malade et nous avons résolument écarté les albuminuriques.
Posologie
À l'heure présente, après avoir traité plus de mille malades, sous le contrôle de G. RAMON et A. BOCAGE, nous avons adopté les doses suivantes d’une anatoxine qui titre au minimum dix unités au centimètre cube.
RÉeIRTC CHAN COTON ee eue 74 dercc:
Dénienennnection et... 1/2 CC:
RTOIS MENTION ec 1 (ei LA OA lEremMeNMIeCOD Eee AT 2 ce:
Les injections ont été réduites de moitié, chez les enfants de moins de cinq ans. Chez des nourrissons, à partir de six mois, nous avons injecté le quart des doses de l’adulte, sans observer de fortes réactions.
Les injections ont été faites dans le tissu sous-cutané, de préférence au niveau de la fosse sus-épineuse ou encore audessous de l’aisselle sur les dernières côtes, point où la gène conséculive à la réaction locale possible est minima en raison de l’absence de muscles, d’une part, et, d’autre part, de la laxité des vêtements à ce niveau.
INTERVALLES. — Normalement, les injections ont été espacées d’une semaine. On peut d’ailleurs, sans inconvénients, les espacer de dix à quinze jours, et même, pour renforcer une immunité fléchissante, avons-nous fait des réinjections à longue échéance. Nous verrons plus loin que, d’après les essais réalisés réceminent avec G. RAMON, A. BOCAGE et R. RI- CHOU, en liaison avec GERNEZ, l'intervalle optimum paraît être de 4 à 5 Jours.
Suites habituelles des injections d‘'anatoxine staphylococcique Réactions au cours du traitement
La plupart de nos malades ont fort bien supporté les injections d’anatoxine diluée ou pure.
Localement, l’anatoxine staphylococcique, comme les autres anatoxines d’ailleurs, entraîne dans les quelques minutes qui suivent l'injection une sensation de cuisson, qui est due à ce que le bouillon anatoxique n’est pas isotonique et contient aussi quelques traces d’aldéhyde formique non combiné.
Les réactions locales qui peuvent apparaître ultérieurement sont réduites le plus souvent à un placard rouge de faibles dimensions, disparaissant rapidement. Quelquefois, c'est une véritable nappe d’érythème que l’on observe avec, dans certains cas, une petite adénopathie transitoire. Nous n'avons jamais observé, jusqu'ici, les blocs pseudo-phlegmoneux signalés à la suite de l’administration de certains vaccins.
Les nombreux praticiens qui ont bien voulu adresser au Professeur G. RAMOX les résultats de leurs essais personnels, et les auteurs étrangers, s'accordent dans leurs observations. Comme nous, ils constatent, dans les heures qui suivent l’injection, l'apparition d’une zone d’érythème, de diamètre variable, jusqu’à la dimension d’une paume de main. Elle s’efface en général en 24 heures.
La douleur, vive dans les minutes qui suivent l'injection, s’atténue, disparaît en dix à douze heures
Les réactions focales sont souvent nulles, à peine apparentes cliniquement. Elles se traduisent parfois par une légère congestion transitoire des lésions, dont l’évolution est accélérée. Tel furoncle torpide, dont le bourbillon ne s'était pas constitué en dix à quinze jours, se ramollit brusquement et se vide en quarante-huit heures. Les éléments plus jeunes s’affaissent sur place. On nous a montré chez un sujet atteint
d'ostéomyélite une réaction focale violente au niveau d’une fistule jusque-là torpide.
Les réactions générales sont des plus variables. Dans certains cas, elles sont complètement absentes. Souvent apparait une légère élévation thermique sans frisson avec courbature passagère. Plus rarement il existe un mouvement fébrile marqué, température montant brusquement en clocher, alteignant ou dépassant 39° pendant 24 heures, céphalée, malaise.
Il est exceptionnel qu'on observe d’autres troubles. Nous y reviendrons plus loin.
Dans l’ensemble le traitement est parfaitement supporté et l’état général du malade est peu touché par l’anatoxithérapie. Si certains sujets se sentent fatigués au cours du traitement, d’autres se trouvent au contraire transformés par les injections : « Ils se sentent revivre maintenant », suivant l'expression de l’un d’eux.
A noter qu’on n'a jamais vu jusqu'ici d’urticaire ni d’érythème et que la numération globulaire faite chez un grand nombre de malades ne nous à jamais montré d’altérations importantes de la formule sanguine, à part une légère leucocytose.
Les cliniciens qui ont effectué dans leur clientèle des essais de traitement à l’anatoxine sont d'accord avec nous pour noter la discrétion des réactions.
Si l’on veut bien considérer le nombre considérable des injections d’anatoxine faites en France à l'heure actuelle (une centaine de mille), il faut conclure que les réactions sont toujours peu importantes, quel que soit l’âge ou le sexe du malade. L’anatoxine est un traitement inoffensif. Nous allons essayer maintenant de montrer sa haute valeur thérapeulique.
EFFETS DU TRAITEMENT DES STAPHYLOCOCCIES EXTERNES PAR L'ANATOXINE STAPHYLOCOCCIQUE
Nous passerons d’abord en revue nos résultats personnels et nous les confronterons ensuite avec les observations d’autres expérimentateurs et cliniciens.
Furonculose
Evolution du furoncle et de l’anthrox
sous l'influence de l’anatoxithérapie
Le fuconcle traité par lanaloxine staphylococcique à son début reste le plus souvent à l’état de saillie rouge acuminée ; les symptômes inflammatoires restent localisés puis régressent en un jour ou deux, en même temps que les signes subjectifs s’atténuent ; la douleur se calme, le malade retrouve son sommeil. La température générale ne s’élève pas. Le furoncle ne suppure pas, et disparaît en trois à cinq jours.
Si le furoncle est arrivé à maturilé, c’est-à-dire si on commence à voir par transparence à son sommet le point jaune sphacélique, le traitement anatoxique active et augmente la suppuration. Le bourbillon, formé de débris de cellules nécrosées, de leucocytes et de la colonie compacte de staphylocoques qui lui a donné naissance, tend à s’éliminer en un temps très court, en un à deux jours. Le bourbillon éliminé laisse une cavité qui mettra quelques jours à se combler pendant que inflammation voisine s’éteindra. Les symptômes douloureux cessent à l'ouverture du furoncle.
ce 70 ee
L'évolution totale de chaque furonele est considérablement raccourcie.
Le plus souvent, dès la troisième semaine il n'apparaît plus aucun élément nouveau. La poussée de furonculosé est terminée.
Chez certains malades que l’anatoxithérapie ne guérit pas dès la première semaine on assiste à une transformation de l’évolution du furonele : au lieu de donner naissance à des bourbillons durs, difficiles à éliminer, il forme des abcès fluctuants à pus fluide, qui se fistulisent rapidement.
Nous avons traité par l’anatoxine staphylococcique des malades atteints d’anthrax volumineux du type même qui imposait jusqu’à aujourd’hui une intervention chirurgicale.
Sous l'influence du traitement, et parfois dès la première injection, nous avons vu l’anthrax se ramollir ; le pus devient plus fluide et les signes généraux s’atténuent peu à peu.
La deuxième injection entrainait souvent l'évacuation complète du pus et la cicatrisation commençait. Ainsi, l’évolution de lanthrax élait-elle beaucoup plus rapide, il cessait de s'étendre et se résorbait en un très court délai.
Pour ïllustrer l'action de l’anatoxine staphylococcique, nous allons passer en revue quelques observations qui nous permettront de suivre l’évolution de la furonculose, sous l’influence du traitement.
Mme D... âgée de 32 ans, fait une poussée de furoncles en décembre 1934. Après une série de vaccins bactériens survient une accalmie de trois semaines. Puis une deuxième poussée surgit. Il en est ainsi jusqu’en juin 1935, moment où elle vient nous consulter. Elle nous montre alors 3 furoncles de ia nuque. Par ailleurs, son état général est excellent, ses urines ne renferment ni sucre, ni albumine. La malade reçoit 3 injections d’anatoxine staphylococcique, à une semaine d'intervalle. Dès la première, les bourbillons s’éliminent. Au cours de la série, quelques petits furoncles apparaissent encore, mais ils suppurent très peu et ils ne font plus de bourbillons. Actuellement, quinze mois après son traitement, elle n’a pas eu de récidive,
alors
Sœur C.. vient nous consulter; en juillet 1935, pour des furoncles très douloureux du conduit auditif externe, dont elle souffre depuis un mois. Antérieurement, elle a eu plusieurs anthrax. Rien à signaler dans son état général; les urines sont normales. La guérison est complète dès après la deuxième injection.
M. M..., âgé de 50 ans, souffre presque tous les mois de furonculose généralisée. Son état de santé est assez bon, sa tension artérielle est à 17-12, sa glycémie à 1 gr. 10, son urée sanguine est normale. Des traitements antérieurs variés ont été sans efficacité : levure de bière, étain, sulfate de cuivre, vaccins bactériens en plusieurs séries de 18 injections. Ce malade est mis en traitement par l’anastaphylotoxine le 30 juin 1935. Il vient de nous écrire qu’il n’a eu aucune récidive.
M. G..., âgé de 25 ans, est atteint d’orgelets presque en permanence depuis un an. Divers traitements ont échoué, notamment la levure de bière et l’étain. Urines normales et état général excellent. Il a reçu trois injections d’anatoxine staphylococcique qui ont entraîné la disparition complète des orgelets depuis le 17 juin dernier.
Amia… Maurice, âgé de 36 ans, vient à la consultation de l’Hôpital Pasteur en août 1936, porteur de onze furoncles qui siègent à l’avant-bras, au bras, sur la nuque. Un fait est à noter : il manipule, depuis quinze ans, des caractères d'imprimerie en plomb et en étain, et les premiers furoncles apparurent au début de son travail.
On nous permettra, en passant, d’attacher une confiance médiocre en la valeur thérapeutique de l’étain pour traiter la furonculose, puisque nous voyons le malade, en contact quotidien
Leds
avec ce métal, présenter des poussées de furonculose presque permanentes. Nous avons déjà pu faire une constatation. analogue chez un autre sujet.
Le malade qui fait l’objet de la présente observation avait été soumis, depuis plusieurs années, à des traitements fréquents et variés : étain, sulfate de cuivre, vaccins, pommades -— sans résultat heureux. Son état général est excellent. Les urines ne renferment ni sucre, ni albumine.
Nous lui avons alors conseillé de suivre le traitement anatoxique. Dès la deuxième injection, faite le 25 août dernier, il a vu disparaître complètement la furonculose. Nous l'avons revu tout récemment, en octobre 1936, parfaitement guéri.
Mme Suzanne P.., âgée de 27 ans, fait en août 1935 une poussée de furonculose. Le 4 septembre, survient un volumineux anthrax de la nuque qu’on incise sous anesthésie générale.
Dans les mois qui suivent, d’autres furoncles apparaissent, malgré des traitements divers. Au contraire, il semble que le staphylocoque soit devenu plus pathogène encore, car c’est une véritable « explosion » d’anthrax et de furoncies qui criblent le visage et le dos. L’état général devient médiocre. La malade est très asthénique, elle perd 7 kilogrammes.
Le 17 mars 1936, elle reçoit sa première injection d’anatoxine et immédiatement la furonculose rétrocède. On lui a terminé ses quatre injections et, dès lors, aucune nouvelle manifestation staphylococcique ne s’est produite.
M. Jean M..., âgé de 26 ans, vient nous consulter en janvier 1936 pour une furonculose qui remonte à trois ans. Il fait une poussée saisonnière, surtout au printemps et en automne.
li est syphilitique.
Les urines sont normales — ni sucre, ni albumine. Traité par quatre injections d’anatoxine staphylococcique, qu’il a parfaitement supportées, il guérit complètement.
Nous avons recherché, chez ce malade comme chez treize autres, si le traitement anatoxique pouvait modifier les réactions de la syphilis. Toutes nos constatations ont été négatives.
role
Mme H. Chedhomm.…, âgée de 41 ans, couturière, a présenté en juillet 1935, une première poussée de furonculose, puis en sep-
tembre, elle eut un anthrax — puis un panaris. Elle vient nous consulter en décembre 1935 et nous lui prescrivons le traitement anatoxique.
Son état général est assez bon. Les urines sont normales.
A la troisième injection, les furoncles disparaissent. Depuis lors, quelques petits furoncles surgissent, mais ils se sont résorbés rapidement, sans constituer de bourbillon.
Dès le mois de février 1936, la malade n’eut aucune autre atteinte de furonculose.
M. G.., âgé de 61 ans, nous consulte en avril 1936 pour une furonculose rebelle à tout traitement depuis dix ans.
La furonculose est à l’état endémique, la plus longue accalmie observée entre deux poussées de furonculose n’excédant pas deux mois.
Il a reçu en avril et en mai 1936, quatre injections d’anatoxine qu'il a supportées fort bien, malgré son état asthmatique — et il fut guéri complètement. Revu en octobre 1936, il n’a jamais refait un seul furoncle.
M. Jean-Jacques R.…, âgé de 47 ans, est diabétique et syphilitique ancien — sa glycémie est à 2 gr. 50. Il a déjà présenté plusieurs poussées de furonculose généralisée et il vient nous consulter en mars 1936, porteur d’un volumineux anthrax de la nuque, large comme une paume de main, dur, extrêmement douloureux.
Il reçut, le 17 mars 1936, une injection d’un demi-cc. d’anatoxine staphylococcique. Trois jours après, l’anthrax était ramolli, un pus fluide s’en échappait par six orifices.
Six jours plus tard, l’anthrax était vidé complètement et cicatrisé.
Statistiques générales
Voilà donc une nouvelle observation entièrement favorable au traitement analoxique, car cel anthrax était de ceux que les chirurgiens incisent largement.
Comme il est facile de le constater en lisant les tableaux qui vont suivre et les observations, l’anatoxine staphylücoccique est un agent curalif de premier ordre et nulle autre thérapeutique ne peut se prévaloir d’un tel succès.
Nous alions exposer maintenant nos statistiques générales qui s'appuient sur deux ans d'essais de traitement anatoxique. Le nombre des sujets et le recul indispensable dont nous disposons à l'heure actuelle permettront de se faire une conception exacte de la valeur de lanatoxithérapie chez l'homme.
Nous avons soigné, depuis le mois de décembre 1934, plus de six cents malades atteints de furonculose, à la consultation de l'Hôpital Pasteur. Tous ont été traités à l’aide d’anatoxine staphylococcique soit diluée au début de nos essais, soit pure à partir de mars 1935.
Certains sujets souffraient de furonculose depuis plusieurs années, d’autres étaient infectés depuis peu de temps.
Aussi avons-nous classé les malades en trois catégories :
1° Furonculoses invétérées (durant depuis plus de 2 ans) ;
2° Furonculoses chroniques simples (datant de 3 mois à