DANS
3° Furonculoses accidentelles (datant de moins de 3 mois). Premiers essais. — Au cours de nos premiers essais, de
décembre 1934 au mois de mai 1935, nous avons traité 42 malades du premier groupe. Sur ce nombre, 37 furent guéris complètement.
Sur les 22 cas de furonculose chronique simple, nous n’avons eu aucun échec.
Enfin, tous les malades du troisième groupe, au nombre
de 17, furent également guéris.
Presque tous les consultants, surtout ceux du premier
tuer
groupe, avaient été soumis auparavant à des traitements variés : vaccins microbiens, bactériophage, levure de bière, étain, sulfate de cuivre, et cela sans résultats appréciables.
Pour illustrer les résultats que nous avons obtenus, nous avons groupé en deux tableaux des observations prises au hasard.
FURONCULOSES TRAITÉES PAR L'ANATOXINE DILUÉE (jusqu’en mars 1935)
Numéros | Age du Nombre Quantité des malade Caracttres d'iajec- d’anatoxine Résultats oberva- [en années de l’aflection tions reçue tions en cc.
[ 49 Date de 2 ans. 10 12 au 1/10 Guérison.
2 53 Remonte à 8 ans. 10 12 au 1/10 Guérison. 3 50 Date de 3 ans. Traitée sans succès par vaccin microbien. 12 15 au 1/5 Guérison.
4 42 Furonculose dep. 7 ans. 8 10 au 1/10 Guérison. 5 39 Date de 3 ans. Localisée au nez. 8 10 au 1/10 Guérison.
6 37 Dâate de 2 ans. Accalmie d'un mois. 6 8 au 1/5 Guérison.
7 68 Date de 5 ans. 16 — 8 au 1/50 + 9 1/5 + 2 pure.| Une récidive.
8 45 Date de 2 ans. 15 — 8 au 1/50 + 9 1/5 + 2 pure | Une récidive.
9 38 Date d’un an. 7 8 au 1/50 + 2 pure. Une récidive.
10 60 À répétition dep. 7 ans. 12 15 au 1/5 Une récidive.
Dans un deuxième tableau, nous avons consigné les résullats obtenus grâce à l'emploi de l’anatoxine pure de mars à mai 1935.
II. — FURONCULOSES TRAITÉES PAR L'ANATOXINE PURE (de mars à mai 1935)
Numéros | Age du Nombre Quantité des malade Caractères d'injec- d'anatoxine Résultats oberva- [en années de l'affection tions reçue tions I 42 Date d’un an traité sans succès par vaccin microbien. 3 3 1/2 pure. Guérison.
2 48 Date de 8 mois. 3 3 1/2 pure. Guérison.
5 40 Date de 3 ans. 5 3 1/2 pure. Guérison.
4 5 Date de 15 mois. 3 3 1/2 pure. Guérison.
5 26 Date de 6 mois. 3 3 1/2 pure. Guérison.
6 48 Remonte à | an. 3 3 1/2 pure. Guérison.
7 18 Récidive depuis | an. 5 3 1/2 pure. Guérison. 8 39 Date de 3 ans. 3 3 1/2 pure. Guérison.
9 29 Date de 2 ans. 3 3 1/2 pure. Guérison.
10 46 Date de 2 ans. 3 3 1/2 pure. Guérison.
La comparaison de ces deux tableaux montre que nous avons pu réaliser un gain très appréciable en employant des doses relativement fortes d’anatoxine staphylococcique non diluée : diminution du nombre des interventions, réduction des difficultés de traitement, et cela sans que les réactions locales ou générales des malades soient plus violentes. Dans ces conditions, la guérison de la poussée de furonculose survient en général peu après la deuxième injection ; le plus souvent, elle est complète après la troisième injection.
Nous avons terminé au mois de mai 1935 la première étape de nos essais et en publiant nos résultats un mois aprés, G. RAMON, À. Bocacr, R. RIicHou et nous-même disions « Nous avons suivi, en somme, les mêmes principes qui ont
ART: eu.
présidé à l'établissement de la méthode de vaccination par l’anatoxine diphtérique. Conformément à ces mêmes principes qui ont, en outre, guidé les perfectionnements successifs apportés à cette étude, nous poursuivons actuellement au laboratoire l'obtention d’anatoxines staphylococciques de valeur antigène élevée qui nous permettront sans doute d’améliorer les conditions pratiques du traitement anatoxique des staphylococcies, tout en accroissant encore l'efficacité déjà certaine de ce mode de traitement ».
Nous nous fixions aussi une ligne de conduite pour continuer nos essais de traitement par l’anatoxine staphylococcique ; c’est elle qui a guidé notre étude depuis le mois de juin 1935 jusqu’à aujourd’hui.
ESSAIS ULTÉRIEURS. — Durant cette période, plus de cinq cents malades atteints de furonculose ont fait, de notre part, l’objet d’une observation complète et prolongée.
La plupart d’entre eux étaient rebelles à tout traitement couramment employé et souffraient de furonculose depuis plusieurs années.
Rappelons ici qu'ils furent soumis au traitement anatoxique; avec des doses-suivantes 1/4 /deice”,(0fcc45/#Ince: et 2 cc. à huit jours d'intervalle.
Sur les 5060 malades, 43 seulement, soit moins de 10 %, ont fait une récidive dans le trimestre qui suivit le traitement. Nous verrons plus loin les causes de ces échecs parliels.
Nous avons condensé en un tableau toutes nos observations des malades atteints de furonculose, depuis le mois de
Nombre | Nombre Nombre |
Nature des affections de trai- | de gué- | de réci- |
temernts risons
Furonculoses invétérées F. chroniques simples 113 103 | Fe, accidentelles 122 120
CRT Re
mars 1935 jusqu’au mois d'octobre 1936, en conservant la classification que nous avons adoptée lors de nos premiers essais.
Aïnsi, depuis le début des essais de traitement de la furonculose à lhôpital Pasteur en décembre 1934 jusqu’au mois d'octobre 1936, nous n’avons enregistré au total que 49 récidives sur 600 malades.
Les accidents et incidents de l’anatoxithérapie staphylococcique
Personnellement, nous n'avons jamais observé d’accidents sérieux ni de complications au cours du traitement curatif de la furonculose par l’anatoxine staphylococcique.
Nous n'avons remarqué que les incidents Suivants sur plus de 5.000 injections :
Dans 4 cas, dont 3 concernent des enfants, nous avons noté des vomissements et de la diarrhée.
Par ailleurs, un médecin soigné pour une périphlébite subaiguë récidivante, d’origine staphylococcique, a fait durant trois jours de la fièvre avec une température au voisinage de 39° et cela pour chacune des trois injections. Depuis juillet 1935 il n’a eu aucune poussée périphlébitique.
Une jeune infirmière a présenté une poussée rhumatismale sept heures après l'injection, sans température ni autres signes généraux.
Quelques malades atteints de pyélonéphrite ont bien supporté le traitement. L'un d’eux a ressenti, lors de la première injection, un retentissement douloureux sur son appareil rénal, sans suite d’ailleurs.
Cependant quelques auteurs ont attribué à l’anatoxine staphylococcique des méfaits d’une certaine gravité. Ce sont ces différents cas que nous allons passer en revue maintenant.
En février 1936, M. Duvoir, L. PoLLer, H. BouLey et Mlle
MERCIER
HuGuEr ont rapporté l'observation d’un collapsus mortel au cours d’un traitement par l’anatoxine staphylococcique.
Il s'agissait d’une femme de 51 ans, amenée à l’hôpital Saint-Louis le 13 décembre 1935.
Atteinte d’une hidrosadénite de l’aisselle droite, elle reçut à la consultation de chirurgie de l'hôpital une injection de 1/2 cc. d’anatoxine.
Le même soir, elle fit une poussée de fièvre à 39°9 ; son état s’aggravant, le médecin de famille l’a transportée d’urgence à l'hôpital.
A son entrée, elle était dans un état comateux avec cyanose du visage. La température était de 40°4. Mais, fait essentiel, le pouls n’était pas perçu et la tension artérielle n’était pas mesurable. On n’arrivait pas à percevoir les bruits du cœur.
Il n’y avait pas de réaction locale au niveau de l'injection d’anatoxine, pas de foyer pulmonaire. L’hémoculture resta stérile.
On pratiqua une ponction lombaire, qui donna un liquide clair. La tension du Claude était de 14 (la malade couchée). On trouva 10 éléments au millimètre cube, dont 7 lymphocytes.
Le lendemain, l’état de la malade resta stationnaire, malgré la thérapeutique mise en œuvre. Une nouvelle ponction donne un liquide clair, non hypertendu, avec 23 éléments. Polynucléaires et lymphocytes étaient en égale proportion. L’ensemencement resta négatif.
La malade succomba au début de laprès-midi.
À l’autopsie, on trouva macroscopiquement une légère congestion méningée et une hémorragie de la surrénale droite. Au microscope, on vit les vaisseaux centraux dilatés, gorgés de globules rouges avec, en certains points, de vastes nappes d'hémalies.
Bien que certains détails nous apparaissent assez troublants, en particulier l’absence de réaction locale au point d'injection de l’anatoxine, nous ne discuterons pas certes le rapport de cause à effet établi par les auteurs entre l’in-
jection sous-cutanée d’anatoxine staphylococcique et le collapsus.
1 semble que la thérapeutique surrénalienne n’a été tentée que très tardivement et on peut se demander si les deux ponctions lombaires n’ont pas contribué à augmenter considérablement l’hypotension.
Quoi qu'il en soit, nous suivrons simplement M. Duvoir et ses collaborateurs qui, pour expliquer le collapsus, admettent qu'il s'agissait d’une intolérance spécique de la malade à l’anastaphylotoxine résultant d'une sensibilisation naturelle due à son affection.
L'expérience des diverses vaccinations par les anatoxines nous montre que l’anatoxine tétanique n'entraîne que des réactions insignifiantes alors que l’anatoxine diphtérique en donne quequefois. Ce fait est très explicable si on se rappelle que les sujets vaccinés n’ont jamais été en contact antérieur avec le bacille tétanique, mais qu'ils l’ont été quelquefois avec le bacille diphtérique, d’où la sensibilisation visa-vis de ce germe.
Pour le staphylocoque, les sensibilisations latentes et les immunités partielles sont très fréquentes. Il n’y a donc rien d’extraordinaire que l'injection d’anatoxine stapllococcique risque de déclencher chez certains sujets des accidents de choc qui puissent à l’occasion être d’une certaine gravité.
Peuedeliempstapres A'STIZANCR, 2H} P--RLOTZ etrAI UNE GREANU ont présenté l’observation d’une malade atteinte de néphrite qui aurait été déclenchée par l’anatoxine staphylococcique.
Il s'agissait d’une femme de 43 ans, atteinte de furonculose depuis trois ans. Elle reçut des injections d’anatoxine staphyloccccique espacées de huit jours aux doses de 0 cc. 25, 0 cc. 5, 0 ce. 5 et 0 cc. 5. Les réactions générales se traduisirent par une température de 38°.
La réaction locale fut assez importante, à chaque injection.
Quinze jours après, la malade présentait un œdème malléolaire, puis généralisé ; l’albumine était à 8 gr. 50. La tension artérielle à 18.12.
sérine L'urée sanguine était de 0 gr. 30. Le rapport globuline
à 1,4 et le dosage de cholestérine donna 3 gr. 60. La lipidémie était de 13 gr.
Dans les urines, on trouva des cylindres hyalins. Sous l’influence du régime déchloruré, les œdèmes disparurent. L’albumine tomba à 2 gr.
Dans les antécédents, on note que le père était mort des suites d’une néphrite chronique. La malade, elle-même, a présenté une albumine légère au cours de deux grossesses.
Pas d’angine, de grippe ou de scarlatine dans les antécédents personnels.
Il est certain, comme le disent les auteurs mêmes, qu’il peut y avoir eu une simple coïncidence.
En tout état de cause, une action spécifique de l’anatoxine staphylococcique n’est pas ici démontrée.
Bien d’autres agents thérapeutiques auraient probablement pu déterminer des accidents du même ordre chez cette femme ayant une affection rénale héréditaire et dont le rein avait été déjà antérieurement touché.
TzaANck constate que les malades atteints d’affections staphylococciques très anciennes ne font pas de réactions plus fortes que les infectés récents.
Aussi, est-il porté à croire que les réactions à l’anatoxine sont des réactions d’intolérance, plutôt que des manifestations d’allergie spécifique.
TOURAINE, RENAULT et BOYER ont rapporté l’observation d’un homme de 52 ans qui, après 4 injections successives d’anatoxine de 0 cc. 25, 0 ce. 80, 1 ce. et 1 cc. 50, fit une anémie pernicieuse aplastique. Le nombre des hématies tomba en six jours à 1.360.000, celui des leucocytes à 3.200.
Il s’agissait d’un ancien paludéen ayant, à un certain moment, été exposé à des vapeurs de benzol, facteurs qui ont pu fragiliser ses organes hémopoïétiques.
Nous avons tenu cependant à contrôler le nombre des globules rouges des sujets que nous traitons. Chez 30 malades, nous avons fait, avec l’obligeante collaboration de Mile Bour-
CART, une numération globulaire et une formule sanguine avant et après vaccination.
En aucun cas, nous n'avons constaté d’anémie.
Les formules, en négligeant les variations légères sur lesquelles A. BOCAGE avait insisté, ne présentent aucune différence notable avant et après le traitement. Voici un exemple de formule :
Avant le traitement Après le traitement
Globules rouges ... 5.800.000 | Globules rouges ... 5.880.000 Globules blancs .... 11.500 | Globules blancs ...… 13.600
Polynucléaires |[Neutrophiles . 83| Polynucléaires |Neutrophiles . 80 000 Fosinophiles . | all DE Basophiles.... | Basophiles .. |
Mononucléaires |[Lymphocytes. Mononucléaires | Lymphocytes. IS RSS Moyens I9R0S Moyens Grands Grands
L'observation de TOURAINE, RENAULT et BOYER reste donc actuellement un fait unique, vraisemblablement exceptionnel et tous nos essais montrent l’innocuité habituelle de l’anatoxine staphylococcique. Il ne faut donc pas craindre de l’employer, dans tous les cas où elle est indiquée.
Peut-on éviter ou tout au moins atténuer les réactions ? Cela n’apparaît guère possible dans l’état actuel de nos connaissances. Comme nous l’avons dit, on peut, non pas les prévenir, mais en diminuer lintensité en réduisant le volume de la première injection à 0 cc. 1. Peut-être, pourrat-on chercher à purifier l’anatoxine staphylococcique, en éliminant les substances inactives. Mais même ce faisant, on ne peut guère espérer supprimer complètement, par ce moyen, les réactions. Nous avons déjà à cet égard l'exemple de l’ana-