‹ L'anatoxine staphylococcique et le traitement des affections à staphylocoquesChapitre 17 sur 33 · DOTE · texte numérisé non relu

DOTE

culose disparaît alors complètement jusqu’en avril 1935. D’avril à juin, elle a reparu par intermittence, et, pendant cette période, le malade a reçu deux nouvelles séries d’anatoxine pure, la dernière de valeur antigène élevée. À partir de juin, il n’a pas présenté un seul nouveau furoncle. Cependant, nous avions fait quelques réserves sur la solidité de sa guérison car son sérum n’a jamais contenu plus de 2 unités antitoxiques. Et l'avenir nous a donné raison, puisque le même malade est revenu le 16 octobre 1936 avec trois furoncles. Sa glycémie est, à l’heure actuelle, de 1 gr. 57.

Deux autres de nos malades, hyperglycémiques eux aussi, ont vu leur furonculose évoluer de manière identique, avec une récidive. Leur glycémie était, chez l’un et chez l’autre, supérieure à 1 gr. 50. Nous avons pu cependant les guérir en leur prescrivant un régime antidiabétique convenable, qui a fait tomber leur glycémie au taux normal.

Comme chez notre premier malade, nous avons constaté que la production d’antitoxine sous l'influence des injections d’anatoxine se faisait mal.

Parmi les autres causes d’insuccès de l’anatoxithérapie nous avons rencontré l’azotémie et les troubles endocriniens.

En effet plusieurs malades, dont lazotémie variait entre 1 gr. 63 et 1 gr. 77, ne purent être améliorés qu'après avoir suivi un régime et une thérapeutique appropriés.

Les troubles endocriniens ont entraîné, au moins, une récidive chez quatre sujets, tous atteints de maladie de Basedow confirmée par la clinique et le laboratoire. Nous citons ici une observation d’un de ces malades.

Mme Marguerite Min... âgée de 36 ans, vient nous consulter à l’hôpital Pasteur, en février 1936, pour une furonculose remontant à cinq ans. Chaque poussée surgit tous les deux mois, par série d’une dizaine de furoncles.

L'état général est passable. Nous avons été frappé chez elle par une exophtalmie assez prononcée, qui lui donnait un regard brillant, et par un goitre volumineux. Nous avons recherché, en particulier, le tremblement, qui était très discret, et la tachycardie. La malade se plaignait, d’ailleurs, depuis longtemps d’être très essoufflée, de « sentir battre

son cœur ». Nous lui avons fait faire un métabolisme basal, qui s'est montré de 20 % supérieur à la normale.

Nous l'avons soumise au traitement anatoxique, et en même temps nous lui avons conseillé de suivre un traitement iodé intensif.

L'antitoxine staphylococcique n'avait jamais dépassé chez elle trois unités, malgré deux séries d’injections d’anatoxine, mais peu à peu les poussées de furonculose se sont espacées et, actuellement, elle n’en souffre plus depuis quatre mois. Signalons que chez elle le taux d’antitoxine vient de s'élever brusquement à 15 unités.

Nous recherchons systématiquement chez tous les sujets réfractaires au traitement anatoxique les troubles endocriniens.

Il n’est pas douteux, d’autre part, que certains états de déficience organique nuisent considérablement au succès de l’anatoxine.

Ainsi, une de nos malades, Mme G.., âgée de 25 ans, qui allaitait son enfant depuis cinq mois, a fait un nodule de mammite qui a cédé rapidement grâce à l’anatoxine.

Mais elle a présenté une série de furoncles et un panaris grave qui n'ont guéri qu'après cessation de l'allaitement. Cette malade était très fatiguée et vivait dans un sous-sol, dans des conditions d'hygiène déplorables.

Tout récemment, M. GERNEZ, de Lille, a signalé que les Parkinsoniens semblent résister à l’anatoxithérapie. Ces malades, en particulier, ont, malgré le traitement, des taux d’antitoxine relativement faibles et guérissent difficilement.

Toutefois, il est certain que certaines causes d’échecs sont encore pour nous bien obscures.

Ainsi, l’un de nos sujets, traité dans de bonnes conditions apparentes, a fait une récidive dans des circonstances qui nous ont surpris. Il s’agit d’un adulte qui présente de la furonculose depuis cinq ans, furonculose qui a résisté jusqu'ici à tous les traitements.

En juillet 1935, il reçoit trois injections d’anatoxine et semble guéri. Le taux d’antitoxine est à ce moment assez

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élevé. Fin septembre, il présente à nouveau un gros furoncle du cou et quelques folliculites de la narine, bien que le taux d’antitoxine soit encore relativement élevé. On lui fait à nouveau deux injections d’anatoxine et il présente une amélioration seulement transitoire.

De tels cas, il faut bien le dire, sont rarissimes.

Récidives tardives

Indépendamment des 500 malades traités à l’hôpital Pasteur, de juin 1935 à octobre 1936, nous avons cherché le plus souvent possible à revoir les sujets traités tout au début de nos essais.

Sur 100 malades, qui ont fait l’objet de nos premières études, 18 ont fait des récidives, tardives par conséquent. Dans l’ensemble d’ailleurs, les lésions étaient beaucoup moins importantes qu'avant le traitement et ces malades n'avaient reçu pour la plupart que de l’anatoxine diluée qui possédait une faible valeur antigène. La proportion d’antitoxine chez les sujets traités était d’ailleurs relativement peu importante. Chez 3 malades nous avons pu, en recherchant systématiquement les causes des échecs, trouver une hyperglycémie manifeste. Chez les autres, notre étude resta négative.

Nous envisagerons par ailleurs le mécanisme même de limmunisation antistaphylococcique et nous verrons comment l’antiloxine, qui joue le rôle primordial dans le traitement anatoxique, finit par diminuer et tend à disparaître de l’organisme.

Aussi, nous guidant sur l’enseignement de la vaccination antidiphtérique, nous nous sommes proposé de faire à tous ces sujets une seule injection complémentaire d’anatoxine staphylococcique. Dans tous les cas, ils ont guéri complètement en même temps que nous constations chez eux une brusque élévation du titre antitoxique du sérum.

Nous avons ainsi pu, avec G. RAMON, A. BocAGE et R. Ri- CHOU, tirer de ces exemples une conclusion pratique : dans la majorité des cas, en présence de récidive, il suffira de faire une ou deux « injections de rappel » (de 2 ce.).

Ainsi, à l'heure présente, depuis deux ans bientôt d’'analoxithérapie staphylococcique, nous pouvons affirmer la supériorité incontestable de l’anatoxine staphylococcique sur tous les autres traitements employés pour combattre la furonculose. Elle seule est capable de guérir en un minimum de temps dans les conditions pratiques les plus commodes l'immense majorité des malades (plus de 90 %) et de leur donner une immunité durable.

D'ailleurs, notre opinion est confirmée comme nous le verrons plus loin par d’autres expérimentateurs.

Les autres staphylococcies externes peuvent également tirer un bénéfice certain de l’anatoxithérapie. Nous allons les passer successivement en revue.

SYCOSIS.

Sous celte rubrique nous classons les pyodermites chroniques (de la barbe et de la moustache) avec folliculites profondes, plus ou moins confluentes et d'évolution torpide, c’est-à-dire sans élimination bruyante de bourbillon, et à l’exclusion des pyodermites impétigineuses superficielles, sans infection du bulbe pileux dans sa profondeur.

Nous avons pu constater chez 14 malades l'influence particulièrement heureuse et prompte de l’anatoxine, sur le sy- Cosis.

Sur ces 14 sujets, 11 ont été guéris à la troisième injection. 2 autres ont été beaucoup améliorés par cinq injections et le dernier a été réfractaire au traitement. Pour mieux suivre l’évolution du sycosis, nous prendrons une observation recueillie à l'hôpital Pasteur.

M. François B.., âgé de 37 ans, présente un sycosis de la moustache depuis quatre ans.

Son histoire a commencé au stade clinique habituel, c’està-dire par une blépharite ciliaire, puis il a souffert ensuite d’une rhinite chronique. Enfin, à la troisième phase la rhinite a ensemencé la lèvre supérieure. Il a essayé des traitements variés : pommades soufrées, lotions diverses, épilation, radiothérapie, sans aucun résultat permanent.

Il est venu nous consulter en juin 1936 à l'hôpital Pasteur.

Nous l’avons soumis au traitement anatoxique.

Le résultat fut vraiment remarquable puisqu’un mois plus lard les croûtes disparurent et que le sycosis guérit complétement, sans aucun traitement adjuvant. La guérison s’est

maintenue depuis cette époque.

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