LAON
CaroLi1 et P. MERKLEN paraissent être entièrement favorables à l’anatoxithérapie.
Nous allons voir comment l'étude de la formation de l'immunité, au cours des staphylococcies, et son mécanisme va confirmer cette opinion.
Le sérum antistaphylococcique
À diverses reprises, plusieurs auteurs ont employé, comme nous venons de le voir, du sérum antistaphylococcique pour combattre les septicémies. A première vue, il semble très judicieux de faire appel au sérum pour traiter une infection aiguë. En réalité, l’immunisation que confère le sérum est vraiment peu importante, et d’autre part, l’anatoxine engendre l’apparition de l’immunité dans un délai si court et à un taux si élevé qu’il nous semble préférable de s'adresser toujours à l’anatoxine staphylococcique.
Quoi qu'il en soit, nous allons examiner brièvement comment s'opère la production du sérum antistaphylococcique.
La technique suivie est calquée sur celle établie par G. RaA- MON et couramment employée, depuis longtemps, pour la production intensive de l’antitoxine diphtérique.
Pour l’immunisation des animaux, G. RAMON et R. RIcHOU utilisent successivement l’anatoxine et la toxine staphylococciques, selon le protocole que voici :
Première injection : 20 cc. anastaphylotoxine additionnée
de tapioca.
Deuxième injection : 50 cc. anastaphylotoxine additionnée
de tapioca.
Troisième injection : 100 cc. anastaphylotoxine additionnée
de tapioca.
Quatrième injection : 150 cc. toxine staphylococcique+-ta-
pioca.
Cinquième injection : 200 ce. toxine staphylococcique-ta-
pioca.
Sixième injection : 300 cc. toxine staphylococcique + tapioca.
Septième injection : 350 cc. toxine staphylococcique—-tapioca.
Les injections sont faites dans le tissu conjonctif sous-
cutané tous les six ou sept jours, parfois tous les quatre ou cinq jours.
Les réactions observées à la suite des injections sont très variables. Les réactions locales, le plus souvent assez accusées du fait de la présence du tapioca, consistent en œdèmes plus ou moins persistants. Les réactions générales sont d’ordinaire modérées : température aux environs de 39°, parfois atteignant 40°, inappétence passagère, etc.
Au début de ces essais, G. RAMON avait injecté d'emblée la toxine à l’un des chevaux ; les réactions furent très sévères. Aussi, instruit par cette expérience, effectue-t-il d’abord plusieurs injections d’anatoxine et continue-t-il par la toxine. G. RAMON et R. RicHou ont soin d’ailleurs de choisir, pour la production du sérum antistaphylococcique, des chevaux dont le sérum renferme, avant toute ‘intervention, de l’antitoxine spécifique d’origine naturelle.
Afin d’être renseignés quant à la marche de la production de l’antitoxine staphylococcique, au cours de l’immunisation, on pratique des saignées d’épreuve chez les animaux après chaque injection et immédiatement avant la suivante. Les dosages sont effectués en utilisant soit la méthode hémolytique, soit la méthode de floculation ou les deux méthodes concurremment. L'exemple suivant montre la progression de l’immunité antitoxique :
Taux de l’'antitoxine staphylococcique (unités) :
Avant la première injections..." +2 —3 7 jours après la première injection (25 ce. anatoxine : tAPIOCA) I nb ur +20 — 30
7 jours après la deuxième injection (50 cc. anatoxine-Etapioca) = "MR ee, +40
7 jours après la troisième injection (100 cc.
LOXINE ÉTAPICEMN A Ta EE MERE EN +150 — 200 7 jours après la quatrième injection (150 ce.
tOxXiné EE TADIOCA) NE Set ARE EE OR +175 — 200 6 jours après la cinquième injection (200 cc.
toxiné- ADO tie RE RE ne +200 — 250 6 jours après la sixième injection (300 cc.
toxIne ÉtADIOCA) LE VER RE TE MR EE +200 — 250 10 jours après la septième injection (350 cc.
toxine ÉtADio dus. ne me MER eee +150 — 200
Ainsi, d’après cet exemple, la production d’antitoxine subit donc une progression constante sous l'influence des injections successives d’antigène. On remarque cependant que le pouvoir antitoxique du sérum peut baisser malgré la réinjection d’une nouvelle dose d’antigène, dans l’exemple ci-dessus après la septième injection. C’est un phénomène que G. RA- MON a pu observer maintes fois au cours de la production des antitoxines diphtérique et tétanique.
La valeur moyenne des sérums antistaphylococciques ainsi préparés est comprise entre 150 et 300 unités. Les titres maxima enregistrés ont été de 450 et 500 unités.
G. RamoN et R. RicHou ont eu l’occasion d’immuniser des chevaux avec des échantillons de toxine (ou d’anatoxine) obtenus en partant de souches diverses de staphylocoques. L’antitoxine s’est révélée spécifiquement et quantitativement la méême, quelle que soit l’origine de l’antigène utilisé. Sa valeur s’est, en général, montrée en rapport avec le pouvoir antigène intrinsèque plus ou moins élevé des échantillons de toxine injectés au cheval.
L'action expérimentale du sérum a déjà été envisagée par divers auteurs et en particulier par D. COMBIESCO, G. ISTRATI, A. Por, N. CoMBIESCO et M. ILIESCO, qui ont constaté que le sérum antistaphylococcique injecté au lapin le protège contre l'infection staphylococcique. Pour H. BONNET, S. THIEFFRY et Mile C. MONTEFIORE, la protection est complète. Elle est d’autant plus marquée que l’injection protectrice est plus rapprochée de l'injection virulente. Seuls survivent les animaux qui ont reçu en même temps le sérum et le microbe infectant.
Le sérum injecté 24 heures avant le germe virulent ne protège qu’imparfaitement les animaux. Au bout de quarantehuit heures après l'injection de sérum, le sang circulant ne renferme plus qu’un taux très minime d’antitoxine. Si l’infection d’épreuve est produite à ce moment, l’action protectrice du sérum est complètement inopérante.
L'avenir dira quelle est l'efficacité du sérum et son degré. Mais dès maintenant, on peut affirmer qu’il ne faut jamais injecter du sérum sans l’associer à l’anatoxithérapie qui, seule, réalise comme nous allons le voir dans le chapitre suivant, une immunité élevée et durable, bien supérieure à celle que peut apporter au malade l’immunisation passive au moyen du sérum. Nous verrons d’ailleurs que l'injection d’anatoxine est suivie et cela assez rapidement d’une production abondante d’antitoxine.
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