‹ L'anatoxine staphylococcique et le traitement des affections à staphylocoquesChapitre 26 sur 33 · MÉTHODE INTRA-DERMIQUE · texte numérisé non relu

MÉTHODE INTRA-DERMIQUE

Basée sur l’action dermotoxique de la toxine staphylococcique, la méthode intra-dermique consiste à rechercher la dose de sérum qui ajoutée à une certaine quantité de toxine neutralise son action escarrifiante pour le derme du lapin. Dans ce but, on injecte dans la peau d’un lapin préalablement épilé, et sous le volume de 2/10 de cc., des mélanges de sérum ou de dilutions du sérum à titrer et des quantités de toxine correspondant à la dose d’épreuve cutanée (1) ou à des fractions de cette dose.

(1) La dose d’épreuve cutanée (dose-test) est la quantité de toxine qui, mélangée à 0,1 unité antitoxique, détermine sur le lapin une nécrose légère, mais caractéristique.

La lecture des réactions est faite au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures.

Voici, par exemple, l’un de nos essais effectués avec une toxine dont la dose d’épreuve cutanée est 0,025.

TITRE CORRESPONDANT 1 UNITÉ 2UN. 3 UN. 4 UN. ToOXMeENtEN CC ee 0,025 0,025 0,025 0,025 SÉLUMEÉNN CC) re 1/10 1/20 1/30 1/40 RÉACHION ARE RC re » » > Nécrose

Titre du sérum : +3-4 unités.

La méthode de floculation ne peut être employée que pour des sérums relativement riches en antitoxine staphylococcique, titrant au moins 5 unités au centimètre cube.

La technique est simple. Dans des petits tubes contenant une dose connue de toxine staphylococcique, par exemple, 2 cc. de toxine ou de dilutions de toxine titrant 5 unités, soit 10 unités au total, on introduit des quantités variables de sérum à litrer. On place les tubes à l’étuve à 45°. D’après le principe de la méthode, la floculation initiale indiquant le mélange dans lequel la toxine et l’antitoxine se sont mutuellement saturées, donne le titre de l’antitoxine.

Voici un schéma de titrage :

Quantité de toxine en uni-

léSRANTISÈNES ET 10 10 10 10 10 10 10 Volume”dn sérum arfitrer. 22,06 2215 001 00/70 0/0 Titre correspondant du sé-

rum (en unités antitoxi-

0 EM MORU SE LS O0 I 2) RES Floculation initiale .: . ... (SE)

Le titre du sérum examiné est donc : 10 unités antitoxiques.

AUTRE PROCÉDÉ PRATIQUE DE RECHERCHE DE L'IMMUNITÉ. L’INTRA-DERMO-RÉACTION A LA TOXINE STAPHYLOCOCCIQUE CHEZ L'HOMME

Le dosage de l’antitoxine staphylococcique, soit par la méthode intra-cutanée, soit par la méthode hémolytique que

nous venons de décrire, ne pouvait être effectué jusqu'ici que par des laboratoires spécialisés et rompus à ce genre de recherches. Il exige, en effet, des animaux de laboratoire nombreux et des manipulations précises et longues.

Or, nous souvenant des avantages apportés par la réaction de SCHICK pour la détermination de l’immunité anti-diphtérique, nous nous sommes demandé avec le Docteur BOCAGE si une intra-dermo-réaction à une substance d’origine staphylococcique pouvait nous renseigner sur la sensibilité ou sur l’immunité au staphylocoque. Des essais faits par l’un de nous, il y a deux ans, avec des émulsions de corps microbiens tués par la chaleur, n'avaient donné que des résultats confus et contradictoires. Divers auteurs se sont déjà préoccupés de cette question : KoBak et PILOT ont étudié les réactions des nourrissons et des adultes à l'injection intradermique de filtrats de staphylocoques dorés et de vaccins ; les nouveau-nés et les jeunes nourrissons ne réagissent pas, alors que les adultes présentaient une réaction positive dans 95 à 98 Z des cas ; le pourcentage des cas positifs chez les enfants s'élevait avec l’âge. Plus récemment, Robert DEBRÉ, BONNET, THIEFFRY et SABETAY ont fait, à des sujets d’âge différent, des injections intra-dermiques de toxine. À leur avis, la réaction cutanée qui apparait en quelques heures pour disparaître rapidement ne peut être qu'une réaction d'allergie. CARLINFANTI a étudié chez le cobaye la relation entre la teneur du sérum en antitoxine staphylococcique et la réaction du derme à la toxine staphylococcique. Il conclut à une correspondance assez stricte entre l'intensité de l’intradermo-réaction et le degré d’immunité.

Personnellement, nous avons repris la question en utilisant, sur les conseils de G. RAMON, une toxine de préparation récente, obtenue par lui à Garches, dont la dose-test hémolytique était de 0,125.

Au préalable, R. RIcHOU avail bien voulu effectuer le dosage d’antitoxine staphylococcique dans le sérum de 43 sujets à éprouver. Nous avons préparé extemporanément une dilution au 1/100° en eau physiologique. Une partie fut chauf-

fée à 100° durant 10 minutes. Comme pour la réaction de Schick, nous avons injecté 0,1 cc. à la face externe du bras,

au niveau de la région deltoïidienne — toxine non chauffée du côté droit — toxine chauffée à gauche.

RÉSULTATS. — La réaction positive est précoce. Dès la hui-

tième à la dixième heure, on peut commencer à la lire, avec maximum en 24 heures. Elle est formée d’une papule de diamètre variable, entre 20 et 30 mm., rouge, indurée, le plus souvent prurigineuse.

Elle dure de 3 à + jours et davantage, nous avons pu faire des lectures au bout d’une semaine. Souvent, le cycle évolutif se termine par une fine desquamation. Du côté gauche, où l’on a injecté une dilution de toxine chauffée, il se forme une très pelile papule qui disparait d'ordinaire en quelques heunés:

Si la réaction est négative, il ne se produit, le plus souvent, rien. Nous avons considéré comme négative la réaction formée d’une papule de très petit diamètre s'effaçant en 5 à 6 heures.

Quelquefois les réactions sont identiques aux deux bras les papules sont de même aspect, de même diamètre, et subissent une évolulion identique. Il s’agit de pseudo-réactions d'ordre allergique dues aux substances que renferme le bouillon.

Nous avons résumé quelques observations dans le tableau ci-après, en comparant les résultats de lintra-dermo-réaclion et la teneur du sérum en antitoxine.

En résumé, la réaction est toujours positive quand le taux d'antitoxine est inférieur à trois unités, et le plus souvent négative quand ce chiffre est dépassé. Il y a donc, ainsi que la théorie pouvait le faire prévoir, parallélisme étroit entre les résultats de la réaction du derme à la toxine staphylococcique, et ceux du titrage de l’antitoxine du sérum. Dans un seul cas — il s'agissait d’une ostéomyélite — le malade réagissait encore à la toxine bien que le pouvoir antitoxique de son sérum dépassait trois unités. Le résultat de l’intra-

dermo-réaction ne nous donne sans doute qu’une idée qualitative et non quantitative de l’immunité anti-staphylococcique, mais, pouvant être pratiquée par le clinicien lui-même, cette épreuve lui apportera des renseignements qui pourront être utiles pour l’établissement et la conduite du traitement des staphylococcies par l’anatoxine spécifique.

Age en

Nom du

malade | années

Nature de l'affection

Etat

chnique

Résultats

sérologiques

Résultats de l’intraderdermoréac-

tion

Furonculose.

Furonculose.

Furonculose.

Furonculose.

Furonculose.

Furonculose.

Furonculose.

Furonculose.

Indemne de toute affection staphylococcique.

Ostéomyélite.

Acné

Furonculose.

En traitement.

Guérison.

En traitement.

En traitement.

En traitement.

Guérison.

Guérison momentanée, petite récidive.

Guérison.

En cours de traitement.

En traitement.

Guérison.

+ 1-2 + 30-50 + 0,20-0,50 +-0,20-0,50 Ale HER

Le 2

Positive.

Négative.

Positive.

Positive.

Positive.

Négative.

Positive.

Négative.

Positive.

Légèrement positive.

Positive.

Fausse

RE reaction.

TITRE INITIAL DU SÉRUM EN ANTITOXINE STAPHYLOCOCCIQUE Ç(ANTITOXINE NATURELLE)

Comme nous le verrons dans les tableaux qui vont suivre, nous nous sommes préoccupé de rechercher, dès le début de

MERCIER

nos essais, chez les malades atteints d’affections staphylococciques, l’antitoxine spécifique, avant toute thérapeutique anatoxique.

En moyenne, le titre du sérum en antitoxine varie de 0,1 à 2 unités internationales. G. RAMON, Ch. GERNEZ, R. RICHOU et PANNEQUIN ont recherché également, avant le début de l’immunisation, chez 115 individus le taux de l’antitoxine sérique d’origine naturelle. Il variait entre 0,1 à 10 unités ainsi qu’en témoigne le tableau suivant :

10,1 à 0,2 rire za lRES

5 cas | 46 cas | 28 cas 12 cas

On remarquera que dans 5 % des cas, le taux de l’antitoxine naturelle est particulièrement élevé.

Plusieurs auteurs, tant en France qu’à l’étranger, ont observé que les malades atteints d’ostéomyélite avaient un taux d’antitoxine nettement supérieur à la normale. Nous avons eu l’occasion de titrer plusieurs sérums d’ostéomyélitiques, que nous avait confiés le Docteur FÈVRE, chirurgien des hôpitaux de Paris. En général, le taux d’antitoxine atteignait et dépassait souvent 3 unités.

DoLMaAN a obtenu, dans 59 cas d’ostéomyélite subaiguëé et chronique, un titre initial de 5 à 6 unités et exceptionnellement de 10 unités. MURRAY a trouvé un titre de 11 unités dans 7 cas d’ostéomyélite. Dans 5 cas envisagés par NÉLIS et PONCELET, le taux de l’antitoxine était compris entre 0,8 et 1,5 unité internationale et dans 2 cas, il dépassait 3 unités.

Ainsi l'opinion générale s’accorde à reconnaître que les malades atteints d’ostéomyélite présentent presque toujours

un faux élevé d’antitoxine naturelle. Nous pouvons faire chez l'animal une constatation analogue : des cobayes, en contact permanent avec le staphylocoque, acquièrent peu à peu de l’immunité.

G. RAMmoON, R. RicHou et M. DsouRICHITCH ont bien montré que chez les cobayes qui, dans les conditions d’habitat dans lesquelles ïls vivaient jusque-là, n'avaient pu acquérir l’immunité antistaphylococcique, celle-ci apparaît et se développe très rapidement lorsqu'ils sont placés dans des conditions nouvelles, favorables. En particulier, des cobayes mis en contact permanent avec d’autres qui tous, possédaient un degré relativement élevé d’immunité antistaphylococcique naturelle ont eu un taux d’antitoxine sérique qui est passé en 10 semaines de 0,1 unité à plusieurs unités et qui a même atteint chez quelques-uns 7 unités.

De plus, les auteurs ont cherché à provoquer la formation d’antitoxine staphylococcique chez le cobaye au moyen de l'infection staphylococcique réalisée artificiellement, en badigeonnant à diverses reprises les muqueuses buccale et pharyngée d’un certain nombre de cobayes à l’aide de deux souches de staphylocoques toxigènes.

Immédiatement avant l’expérience, on s'était assuré que ces cobayes ne renfermaient pas dans leur sérum de trace d’antitoxine staphylococcique.

L’antitoxine est apparue dans un délai relativement rapide dans les sérums de 3 des cobayes infectés par voie buccale. Son apparition semble bien être la conséquence de l’infection staphylococcique artificiellement produite.

Ainsi, tant chez l'homme que chez l’animal, l'infection occulte par le staphylocoque entraîne l'apparition dans le sérum d’une antitoxine spécifique.

Que devient l’antitoxine staphylococcique au cours du traitement anatoxique, sans préjuger ici de son rôle dans l’immunisation du malade ?

Dans un groupe d'expériences récentes, fort remarquables, G. Ramon, Ch. GERNEZ, R. RicHou et Chr. PANNEQUIN ont

examiné comment se développait l’immunité antitoxique et ont recherché les facteurs qui entraînaient l’immunisation oplima au cours de l’anatoxithérapie.

Ils ont notamment effectué des traitements de staphylococcies cutanées, à l’aide d’anatoxine staphylococcique, en faisant varier le nombre d’injections, l'intervalle entre chacune d’elles et les doses d’anastaphylotoxine.

Certains sujets n’ont reçu qu’une seule injection. Un autre groupe de malades fut vacciné par deux injections, et ainsi, jusqu’à sept injections.

L’intervalle entre les injections oscille entre deux et huit jours.

Nous citerons quelques exemples, qui puissent être appliqués utilement en clinique.

L'immunisation par trois injections d’anatoxine a donné les résultats suivants :

IMMUNISATION PAR TROIS INJECTIONS D'ANATOXINE

6 sujets ont reçu, à 7 jours d'intervalle, 3 injections d’anatoxine aux doses de 0 cc. 25, 0 cc. 50 et 2 cc. Dose totale : ANCC MO.

Le titrage de l’antitoxine a été effectué 19 jours après la première injection, soit 5 jours après la fin de l’immunisation.

Voici les résultats obtenus :

2) 8 sujets ont reçu, à 2 jours d'intervalle, 3 injections d’anatoxine de 0 cc. 25, 0 cc. 50 et 2 cc. Dose totale : 2 ce. 75.

Le titrage de l’antitoxine a été effectué 12 jours après la fin de l’immunisation.

Chez 5 sujets, un dosage ultérieur a pu être effectué, pour les uns 19 jours, pour les autres 79 jours après la fin des injections d’anastaphylotoxine.

Voici les résultats obtenus :

| No des teas No 59 No 60[N° 61/N° 62/N° 63/N° 65 [N° 66/N° 67

IN Taux initiale, 0. 0,75 | +10 | 0,5 | 0,5 | 1,5 | 0,5 | 0,15 | 0,15 Abrés l2Jours. 1.2. 22.501225 1027.51 17.521185 L85 1175010125 Après 19 jours... 17,5 8,5 |

| Après 79 jours...... 17,5 6 8,5 6

3) 10 sujets ont reçu, à 2 ou 3 jours d'intervalle, 3 injections d’anatoxine de 0 cc. 50, 1 cc., puis 2 ce. Dose totale : 3 cc. 50 en 4 à 6 jours.

Pentitrage a été effectue. une première fois 2 Jours: une deuxième fois de 5 à 7 jours ; une troisième fois de 19 à 30 jours ; une quatrième fois de 60 à 90 jours après la fin de l’immunisation. Voici les résultats obtenus :

Macias 4110715 I0SNINIE 2 SAONE Après 2 jours... 5 AM) 7/5 NI

Après 5 à 6 jours | 8,5 PSI DA GANTS 6 Après 30 jours ..| 12,5 SNS UE? AD@MI2,5 1125 Après 60 jours .. 7

Après 85 jours ..| 8,5

4) 2 sujets ont reçu, à 2 jours d'intervalle, 3 injections d’anatoxine de 1 cc. ; 1 ce. puis 2 ce. Dose totale : 4 cc. en 4 jours.

Le titrage a été effectué une première fois 4 jours et une deuxième fois 19 jours après la fin de l’immunisation.

Le sérum du sujet n° 55 a pu être titré une troisième fois, 80 jours après la fin de l’immunisation. Voici les résultats obtenus :

Numéro des cas N° 56

Taux initial 0,35 Après 4 jours : 125 Après 19 jours 15 Après 80 jours

L'immunisation par 7 injections d’anatoxine a engendré les taux d’antitoxine que nous allons indiquer :

3 sujets ont reçu, à 7 jours d'intervalle, 7 injections d’analoxineauxidosestdemi0cCM2 5 MDECC IMC RCC 2,6c..2 Ce Dosentotale —="10"ce.79;.

Les dosages ont été pratiqués 4 jours après la troisième injection, 5 jours après la sixième et 11 jours après la dernière.

Voici les résultats obtenus :

Numéro des cas N° 16 N° 20

Taux initial 0,75 0,75 4 jours après la 3° injection 7 10

5 jours après la 6° injection 8,5 12,5 11 jours après la fin des injections .... 17745 12,5 12,5

Enfin, G. RAMON, Ch. GERNEZ, R. RicHou et Ch. PANNEQUIN ont étudié l’immunisation par association du vaccin antityphoparatyphoïdique et de l’anastaphylotoxine.

7 sujets ont reçu de 1 à 3 injections de 1 cc. de vaccin antityphoparatyphoïdique T. A. B. de l’Institut Pasteur, mélangé extemporanément à des doses variables d’anastaphylotoxine.

1. Un premier sujet (n° 93), dont le taux antitoxique initial était de + 0,35, reçoit une seule injection de 1 cc. d’anato- Xineisli cc. T, AB.

Le taux antitoxique s'élève à 22 unités, 19 jours plus tard.

2. Deux sujets (n°* 88 et 103) reçoivent, à 7 jours d'’intervalle, 1 cc. T. A. B. + 0 cc. 25 d’anatoxine, puis 1 cc. T. À. B. et 0 cc. 50 d’anatoxine (dose totale d’anatoxine : 0 ce. 75).

Le taux initial passe chez le premier de 2 à 6 et chez le second de 6 à 27,5 unités, 12 jours après la 2° injection.

Le taux du n° 103 atteignait 40 unités, 37 jours plus tard.

3. Enfin, 4 sujets reçoivent, à 7 jours d'intervalle, 3 injections comprenant chaque fois 1 cc. de T. A. B.+0 ce. 25, 0 ce. 50 et enfin 2 cc. d’anatoxine (dose totale d’anatoxine : 2RCC 70).

Les taux antitoxiques ont été recherchés 5 jours après la troisième injection.

Voici les résultats obtenus :

Numéro des cas

Taux initial d2520003%) 40751 5 jours après l’immunisation 25 (25827775

32 jours après l’immunisation 275

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