‹ L'ancien art bulgareChapitre 2 sur 12 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

nutnents de l'art bulgare. Ainsi, Théodore Schmidt, l'historien bien connu de l'art russe, qui a vécu assez longtemps en Bulgarie et en a étudié à fond les monuments, s'est prononcé en ces termes : « Il ne s'agit nallement, en Bulgarie, d'un art byzantin provincial, mais bien plutôt d'un art qui n'a fait que subir l'influence de Constantinople, d'où il ne provient certainement pas et qui était si vigoureux et si foncièrement sain que, mêm€ sous la domination turque, il a continué à être magnifiquement florissant et à produire des œuvres importantes. »

Mais, les monuments de cet art sont si peu accessibles, qu'à l'étranger on les connaît à peine ' et en Bulgarie aujourd'hui encore des recherches spéciales sur l'ancien art bulgare font presque entièrement défaut . En essayant de donner ici un aperçu général de l'activité artistique en Bulgarie pendant le moyen âge et l'époque de la domination turque, je dois me tenir, par conséquent, dans des limites très modestes et, vu les difficultés actuelles du sujet, j'espère obtenir l'indulgence des lecteurs à l'égard de ce petit livre, qui n'a pas la prétention de traiter la matière d'une manière épuisan'e, ni de donner des conclusions définitives.

I. On trouvera un grand nombre de monuments reproduits dans mon livre L'ancien art bulgare, Berne, Paul Haupt, 1919, in-4'^, avec 58 planches, dont 10 en couleurs, et 72 figures dans le texte.

1,3. situation géographique de la Bulgarie a exercé incontestablement une influence considérable sur le développement de l'art indigène. En effet, située entre l'Orient et l'Occident, en contact immédiat avec les centres les plus importants de la ci\'ilisation antique, facilement accessible aussi bien de l'Est, par la côte de la mer Noire, que du Sud, par celle de la mer Egée, la Bulgarie, depuis les temps les plus reculés, était un point de croisement de divers courants artistiques qui ont laissé une empreinte notable sur les monuments du pays.

Par les colonies grecques de la côte, l'art grec apparut de bonne heure en Bulgarie et ce furent précisément et surtout les produits de l'art ionien d'Asie Mineure qu'on introduisit dans le pays. Mais en même temps un art local était particulièrement florissant à l'intérieur du pays, art dont les adeptes étaient les anciens Thraces. Nous n'avons appris à connaître cet art de plus près que dans ces dernières années, grâce aux découvertes faites dans les tumuli de la Bulgarie méridionale, dont

les monuments se trouvent actuellement conservés au Musée National de Sofia. Cet art a son style propre complètement distinct du stj-le grec. Il rappelle les œuvres Scythes de la Russie méridionale et se distingue par une prédilection marquée pour les reproductions d'animaux fantastiques et par ses tendances purement décoratives. En suite de l'influence que l'art thrace et l'art grec ont exercée l'un sur l'autre, on vit surgir en Bulgarie au cours des derniers siècles avant l'ère chrétienne, ces nombreux monuments dont les form.es grecques cachent souvent une substance thrace.

Lorsqu'au début du premier siècle après Jésus-Christ, le pays devint province romaine, des éléments romains par l'intermède des légions romaines, s'immiscèrent dans l'art local et trouvèrent leur expression surtout dans la sculpture des monuments funéraires. Les pierres tombales façonnées très simplement au début s'ornementèrent de plus en plus au cours des temps. Vrilles et pampres occupent dans l'ornementation de ces monuments une place considérable. Cette activité artistique qui s'est déployée en m' lieu autochtone, bien que très fortement influencée par des modèles grecs et romains, a atteint son apogée au deuxième siècle de l'ère chrétienne. Les monuments de cette époque sont ceux qui se rapprochent le plus des formes dites claisiques que l'art gréco-romain nous a rendues familières.

Par contre, dès le début du troisième siècle, apparaissent de nouveaux courants artistiques qui se distinguent par un réalisme plus prononcé reposant sur

une observation plus exacte de la nature. ly'art local commence à devenir « barbare », l'école antique s'efface successivement et est peu à peu supplantée par un art rustique, naïf et rude, qui finit par pénétrer jusque dans les coins les plus reculés du pays. Ce phénomène est sans doute en corrélation avec l'immigration croissante de peui)les étrangers au sud du Danube. Il est vrai que dans les colonies grecques nous trouvons, même à cette époque, des œuvres ayant un caractère purement grec. Mais au point de vue de l'évolution de l'art, ce sont précisément ces" créations autochtones de la décadence manifestant des inspirations tout à fait hétérogènes qui ont la plus grande valeur. Elles dénotent en effet une force de volonté, une vigueur morale qui recèlent plus de germes d'une saine évolution que les oeuvres purement grecques contemporaines caractéri;ées par une froide perfection académique. Tandis que cellesci ne sont autre chose que les derniers raisonnements d'un grand passé, celles-là avec leurs figures raides mais pleines de vie, avec les attitudes cérémonieuses, les mouvements conventionnels et le dessin net de tous les détails, sont déjà les précurseurs du futur stj-le byzantin.

L'expansion du christianisme vint ouvrir à l'art de nouvelles perspectives en lui donnant de nouveaux problèmes à résoudre. Une série de cryptes à fresques, découvertes en Bulgarie, principalement à Sofia, mais aussi dans d'autres localités, témoignent du développement remarquable de la peinture sépulcrale au iv^ siècle,

qui maintenant prend la place des anciennes pierres tombales ornées de reliefs. Mais c'est surtout dans le domaine de l'architecture que les nouvelles tendances artistiques donnèrent leurs résultats les plus marquants. Toute une série d'imposants édifices religieux érigés en Bulgarie du iv^ au vii^ siècle présentent une richesse de formes vraiment surprenante'. A côté des basiliques ordinaires à colonnes ou à piliers et à toitures plates (Hissar-Baiiia, Mésembria, Bélovo, Gradsko), il existe aussi des basiliques cruciformes à coupole (l'église Sainte- Sophie à Sofia). lya grande basilique voûtée de Pirdop, en partie mise au jour tout récemment, présente en outre une alternance rythmée de piliers et de colonnes, caractéristique par excellence de l'architecture romane de l'Occident. Iv'église complètement détruite de Klissé- Kïôï, ainsi que celle connue sous le nom d' « église rouge » à Pérouchtitsa, ont été construites d'après un tout autre plan. La première, dont les fondations ont été mises au jour par des fouilles, affecte la forme d'une croix régulière, ainsi que c'est fréquemment le cas en Asie Mineure, avec un vaste portique du côté de l'Ouest. « L'église rouge » de Pérouchtitsa, avec ses conques puissantes sur lesquelles reposait la coupole, est par contre un édifice circulaire d'effet imposant, dont on trouve les analogies immédiates en Arménie. Dans un cas (à Tchoban-déré) nous rencontrons aussi l'abside en forme de fer à cheval — sans doute le seul spéci-

I. B. Filow, L'église Sainte-Sophie de Sofia (en bulgare), Sofia, 1913, p. 137 et suivantes.

men du genre en Europe — tandis qu'une autre église près de Varna, également mise au jour il y a peu de temps, offre toutes les particularités des églises de l'époque vieux-chrétienne en Syrie, Ces exemples et d'autres semblables prouvent que l'architecture religieuse de l'époque vieux-chrétienne en Bulgarie a été considérablement influencée par l'architecture contemporaine de l'Orient.

Ce court aperçu des' divers courants artistiques pendant l'époque antérieure à la fondation de l'Empire bulgare nous permet aussi de mieux comprendre l'évolution ultérieure de l'ancien art bulgare. L'intense activité artistique de la période pré-bulgare, activité que nous pouvons suivre à travers plusieurs siècles, a créé ici des traditions artistiques qui se sont fait sentir aussi subséquemment.

On admet en général que l'Empire bulgare a été fondé en 679, alors que le roi Asparoukh franchit le Danube avec son peuple pour s'établir en territoire byzantin, dans la Dobroudja actuelle. A la suite d'une série de combats heureux, tout le pays compris entre le Danube et les Balkans se trouva rapidement conquis. La population slave qui antérieurement déjà s'était installée non seulement dans ces parages, mais encore dans toute la péninsule des Balkans, fut aisément groupée par les Bulgares en un seul Etat, qui eut désormais à faire ses

preuves au cours de combats incessants contre l'Empire byzantin.

Vu la pauvreté des sources de cette époque, ainsi que le mépris des écrivains byzantins pour les Bulgares, qu'ils considéraient comm.e un peuple absolument dénué de toute culture, il pourrait presque sembler téméraire de vouloir traiter de l'art bulgare d'alors. Cependant, les fouilles entreprises sur l'emplacement de la vieille capitale bulgare de Pliska, dans le voisinage du village d'Aboba au nord-est de la Bulgarie (arrondissement de Choum.en) \ permettent de constater que chez les Bulgares de jadis l'art n'était pas aussi négligé qu'on pourrait se l'imaginer. Ce qui frappe de prime abord, ce sont les deux grands édifices qu'il est convenu de désigner sous les noms de « grand » et de « petit palais ». Indépendamment du plan particulier, d'après lequel ils ont été exécutés, ils sont surtout remarquables par le genre de leur construction. Les murs étaient, du moins dans leurs parties inférieures, form.és de grandes pierres de taille soigneusement raccordées et dont plusieurs assises sont demeurées intr.ctes. Dans l'architecture ancienne de la B :ilgarie, nous ne trouvons rien de semblable et les deux palais d'x\boba sont uniques en leur genre. A l'époque chrétienne primitive, on construisait dans le pays surtout en briques — presque toutes les églises énumérées plus haut sont des constructions en briques — tandis qu'à l'époque romaine on

1. Bulletin de l'Institut archéol. russe â Constantinople (en russe), vol. X, 1905.

LES ORIGINES DE L'ART BULGARE n

employait à côté de la brique principalement des moellons et, plus rarement, des pierres équarries comme revêtement des murs. Il y a lieu par conséquent d'admettre que l'imposante architecture en grandes pierres de taille, telle que nous la vo3^ons à Aboba-Pliska, a été importée p:.i l:s Bulgares et qu'elle doit être considérée comme caractéristique de leurs constructions les plus anciennes. Nous trouvons d'ailleurs des traces du même art de bâtir dans les capitales bulgares ultérieures de Preslav et de Tirnovo, mais seulement dans les parties les plus anciennes des forteresses. Une démonstration en règle des origines de cette architecture doit être réservée aux recherches futures. Nous devons seulement nous contenter de constater ici que cette architecture est complètement étrangère à la période pré-bulgare et qu'elle disparaît aussi totalement dans les époques bulgares ultérieures.

lycs constructions d'Aboba ne sont d'ailleurs pas les seuls témoignages de l'activité édificatrice des anciens Bulgares. Le même sens visant au grandiose et à l'effet puissant se manifeste aussi dans de nombreuses colonnes monolithes trouvées à Aboba-Pliska, ainsi que dans ses environs immédiats, colonnes qui ont fréquemment plus de 6 mètres de hauteur. Elles portent presque toutes des inscriptions au nom du roi Omortag (814-831). La manière vraiment antique d'après laquelle le roi, à l'instar des monarques de l'ancien Orient, cherche à immortaUser par la pierre ses hauts faits, ainsi que la mémoire de ses compagnons, dénote un sentiment

élevé de sa valeur, une haute estime personnelle ainsi qu'une forte dose de présomption résultant d'une puissance politique et morale considérable. Une des inscriptions relate entre autre la construction artistique d'un pont et la décoration du palais avec deux lions en bronze, placés entre les colonnes de l'édifice. On peut en conclure que les Bulgares d'alors ne se contentaient pas seulement de constructions d'utilité générale, mais qu'ils se souciaient encore de leur donner un aspect artistique et qu'ils tenaient par conséquent l'art en honneurplus que nous ne serions disposés à l'admettre selon les rapports défavorables des écrivains byzantins ou d'après les monuments qui ont subsisté jusqu'à nous Les monuments bulgares les plus anciens, ainsi que nous n'avons pu nous en rendre compte que dans ces dernières années, montrent de façon générale que la vieille civilisation bulgare, lors de sa première apparition dans la péninsule des Balkans était aussi autonome q.r.e très développée. L'opinion généralement répandue que les populations slaves de la péninsule étaient culturellement supérieures à la population bulgare de l'époque et que par suite elles l'ont très rapidement absorbée, se révèle inexacte. Le fait que les Bulgares ont si facilement pu grouper en un puissant Etat ces populations fortement divisées, prouve, au contraire, qu'ils possédaient non seulement une meilleure organisation politique, mais encore qu'ils étaient matériellement plus civilisés, ainsi que l'indiquent les constructions les plus anciennes de la vieille Bulgarie.

Cette civilisation bulgare est attestée aussi par des renseignements littéraires. Une chronique syrienne de 555, en énumérant les peuples païens entre la Méotide et la mer Caspienne, mentionne aussi une tribu bulgare, les Bourgârê, habitant dans le nord de Caucase qui, quoiqu'ils fussent des « barbares », possédaient néanmoins des « villes» '. C'est d'après les ruines d'Abobr.- Pliska que nqus pourrions nous faire une idée de ces villes des anciens Bulgares.

lycs monuments de cette époque sont, il est vrai, très rares. C'est pourquoi le grand bas-relief taillé à une hauteur considérable dans une paroi de rochers à pic près du village de Madara, non loin d'Aboba, mérite d'autant plus d'attirer notre attention. Ce bas-relief, qui, d'après l'inscription qui y figure, provient du ix® siècle, représente un roi bulgare à cheval, accompagné de son chien, à la chasse. I^e roi, à droite, dans une attitude tranquille, conduisant son cheval au pas et tournant la tête vers le spectateur, perce avec sa lance un lion qui se trouve sous le cheval.

IvC bas-relief de Madara est un monument unique en son genre en Europe. On avait tort de croire pendant quelque temps qu'il représente le « cavalier thrace », le dieu principal des anciens Thraces, dont les monuments sont si nombreux en Bulgarie. I^e costume, l'attitude, tous les détails de la composition sont tout à fait différents dans les deux cas. De plus, le « cavalier thrace » a

I. K. Ahrens et G. Krûger, Die sogenanute Kirchengeschichte des Zacharias Rhetor, Leipzig, 1899, p. 253.

comme arme toujours le javelot, et la lance ne se trouve pas une seule fois sur ces monuments. Si l'on veut établir des analogies avec le bas-relief de Madara, les plus immédiates qui s'imposent, tant au point de vue de la conception que de ïa composition et de l'exécution, sont les bas-reliefs sassanides sculptés sur les rochers en Perse. De sorte que ce monument, lui aussi, confirme ce que nous sommes disposés à admettre a priori, vu l'origine des Bulgares, à savoir que l'art bulgare le plus ancien est de provenance asiatique.

Dans cet ordre d'idées, il convient encore d'attirer l'attention sur les vases somptuaires en or, trouvés en 1799 à Nagy-Szent-Mikliis en Hongrie, qui font partie du trésor connu sous le nom de « Trésor d'Attila » '. Ces vases, déposés au Musée de Vienne, portent en partie des inscriptions indéchiffrables et sont richement ornés de figures d'un style oriental bien prononcé, représentant des scènes S3^mboliques et des animaux fantastiques. D'éminents savants autrichiens et hongrois, en étudiant ces vases de près, se sont persuadés qu'ils sont d'origine bulgare. Bien que cette explication soit pour le moment plutôt une présomption, il est incontestable que ces vases répondent réellement aux idées que nous nous faisons de l'art bulgare le plus ancien.

lyC caractère bien nettement oriental de ses manifestations est le signe le plus distinctif de cet art. Dans ses monuments les plus anciens, se remarquent des par-

I. Jos. Hampel, Die Alterthiliner des frilhen Mittelalters in Ungarn, Braunschweig, 1905, vol. II, p. 401-423, pL 288-319.

ticularités de style, ainsi que divers motifs qui rappellent directement l'Orient et ne peuvent pas être arrivés en Bulgarie par Byzance, mais qui ont plutôt été apportés par les anciens Bulgares de leur patrie primitive suivant les rives septentrionales de la mer Noire, Grâce aux recherches minutieuses de M. J. Strzygowski, nous avons commencé dans le dernier temps de mieux comprendre la haute importance de cette voie pour la migration des idées artistiques et pour l'influence de l'art de l'Asie sud-ouest sur l'Europe pendant les premiers siècles du moyen âge. Les monuments les plus anciens de l'art bulgare, rappelant directement des monuments asiatiques, sont encore indépendants de l'art byzantin, bien que l'influence byzantine n'ait pas tardé à se faire sentir. Cette influence s'affermit ensuite de plus en plus, mais le fond oriental des productions artistiques bulgares subsista. Sans entrer dans le détail, je me bornerai ici à signaler sommairement quelques-uns des plus anciens monuments qui font preuve de ces croisements de divers courants artistiques sur terre bulgare. Je signale en premier lieu deux plaques en grès rouge découvertes près de Stara-Zagora, en Bulgarie méridionale, et qui datent du vii^ ou du viii^ siècle (pi. I, i et 2) . Iv'une représente un aigle bicéihale, l'autre un lion ; toutes deux sont encadrées simplement. Ces deux images exécutées en un relief à plat v-vement découpé se rattachent techniquement plutôt à la sculpture sur bois qu'à la sculi)ture sur pierre. lya stylisation extrêmement vigoureuse des animaux et la composition strictement

i6 L'ANCIEN ART BULGARE

symétrique de l'aigle sont des traits purement orientaux. Remarquons au surplus que l'aigle bicéphale passe pour être un produit de l'art antique de la Mésopotamie où nous le trouvons comme symbole de la ville lyagache. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'il apparaît aussi à Byzance et se répand notamment à partir du x^ siècle.

C'est aussi de Stara-Zagora que provient, à peu près de la même époque, un chapiteau en marbre représentant dans un stj^e barbare un éléphant attaqué par un griffon. Ici encore, nous nous trouvons en présence d'un sujet singulier, qui est incontestablement d'origine orientale. Il est intéressant de constater encore, que le chapiteau de Stara-Zagora, qui se trouve maintenant au Musée National de Sofia, rappelle beaucoup par sa forme de dé les chapiteaux romans.

Mentionnons enfin les fragments d'une frise en marbre, encastrée dans la vieille église de Drénovo, près de Prilep en Macédoine. L'église a été soumise à une complète restauration au xiv^ siècle. La frise, ainsi que d'autres fragments d'architecture encastres dans l'église actuelle, appartiennent à un édifice beaucoup plus ancien. Sur l'une des plaques de la frise (pi. 1,4), on voit un griffon dont les ailes ne sont pas parallèles, comme dans les représentations habituelles de cet animal, mais dont l'une s'élève tandis que l'autre s'abaisse. Le même motif extraordinaire se retrouve dans le domaine de l'art oriental. Citons comme exemples un oiseau, représenté en relief sur la porte dite de Kharpoute à Amida (Diyarbekir en Mésopotamie), datant de 909-Qio, et

un griffon d'une frise de l'église de Skripou en Béotie, datant de 873-874, édifice influencé également par l'art de la Mésopotamie. Quant à la seconde plaque de Drénovo (pi. I, 3), le lion couché à droite de la croix mérite avant tout de retenir notre attention. I^a tête étrangement contorsionnée de cet animal est un trait bien oriental, visiblement emprunté aux représentations d'animaux fantastiques de l'Orient.

Il serait facile de citer encore d'autres exemples semblables qui sont particulièrement caractéristiques de l'art bulgare le plus antique, tel qu'il apparaît en pays byzantin pendant les premiers siècles de l'Btat bulgare. C'est pourquoi des monuments de ce genre, ainsi que le bas-relief de Madara, méritent toute notre attention. Nous y trouvons la meilleure preuve pour l'origine asiatique de l'art bulgare le plus ancien, importé en Europe par les Bulgares de leur patrie primitive.

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