CHAPITRE II ARCHITECTURE
Les fouilles d'Aboba-Pliska nous ont fourni des données très précieuses sur l'art de bâtir chez les anciens Bulgares de l'époque païenne. Malheureusement, les constructions que ces fouilles ont permis de dégager, sont dans un tel état de délabrement qu'il n'en reste plus que les fondements et la partie basse des murailles. Ainsi, est-il bien difficile de se faire une idée plus précise de l'aspect extérieur de ces constructions.
Nous en avons déjà cité les plus importantes, à savoir le « grand palais » et le « petit palais » qui datent du commencement du ix^ siècle ' . Ce sont deux constructions rectangles en pierres de taille, aux plans strictement réguliers, sans parties saillantes, orientés exactem.ent vers le nord et l'est.
Le « grand palais », ayant des dimensions 52 mètres de longueur sur 26^,50 de largeur, paraît avoir eu deux étages. A l'étage inférieur on voit une abside en hémicycle aux dimensions assez considérables (6n\20 de largeur
I, Bulletin de l'Institut archéologique russe à Constantinople, X, 1905, p. 62 et suivantes.
sur4°^,40 de profondeur), marquant probablement l'emplacement du trône. Cette abside est placée, à l'instar de quelques basiliques païennes romaines, à l'intérieur de l'édifice, au milieu du mur septentrional.
Presque tous les compartiments de l'édifice ont été couverts de voûtes en berceau, construites en briques. Ivcs murs qui, à certains endroits, ont été plaqués de marbre, ne présentent aucune moulure, ni ornement. lycs colonnes et les piliers font également défaut. A en juger d'après les formes lourdes, les murailles épaisses (de I «1,60 à 2 mètres) et les surfaces entièrement unies, il faut conclure que cet édifice porte un caractère purement oriental et diffère nettement des constructions byzantines aux traits hellénistiques.
C'est aussi par la disposition intérieure que le « grand palais » offre une similitude remarquable avec les palais perso-sassanides (Hatra, Firousabad, Sar\àstan). I^eur trait caractéristique est marqué par la grande salle oblongue voûtée au milieu de l'édifice (connue sous le nom de iwan), flanquée de deux compartiments étroits, également voûtés, en forme de corridors. Ce sont précisément ces particularités-là que nous retrouvons aussi dans le plan du « grand palai:--) à Aboba, à cette différeuvce près que ce dernier a, au centre de l'édifice, deux grandes salles oblongues voûtées, au lieu d'une.
Le « petit palais » à Aboba, avec ses nomL'reuses dépendances, est disposé, par analogie aux palais sassanides, dans une vaste cour rectangle, entourée de fortes murailles. La construction principale, attenante
à la muraille septentrionale de l'enclos, mesure 22^^,90 de longueur sur 19 mètres de largeur. Elle a un plan plus com-pliqué où, cependant, apparaissent les mêmes éléments que dans le « grand palais ». L'édifice se compose de deux moitiés presque égales. Chacune de ces dernières a, au centre, une vaste salle oblongue, divisée en deux parties et flanquée d'étroits corridors voûtés. Le « petit palais » semble s'être terminé au faîte non par un toit en pente, mais i^ar des terrasses découvertes.
Si, par conséquent, les constructions de l'époque païenne en Bulgarie conservaient encore leur caractère purement oriental, l'adoption officielle du christianisme par l'Etat bulgare en 864 renforce considérablement aussi l'influence de Byzance, notamment dans le domaine de l'art religieux. Sur la foi de sources littéraires, sous le règne encore du premier roi chrétien bulgare Boris (853-888), en Bulgarie ont été bâties sept cathédrales. Une d'elles se trouvait à Ochrida, une autre à Prespa, en Macédoine.
Malheureusement nous ne possédons aucun autre renseignement plus détaillé sur ces sept églises : on ne connaît ni leur emplacement exact, ni leurs dimensions, ni leur plan de construction. Mais les fouilles d'Aboba- Pliska ont permis de mettre à découvert les restes d'une grande basilique, dont les fondements seuls sont conservés et qui date certainement des premiers temps du christianisme en Bulgarie ^
I. Bulletin de l'Institut archéologique russe à Constantinople, X, 1905, p. 104 et suivantes.
C'est une église à trois nefs et trois absides, d'une longueur d'environ 49 mètres sur une largeur de 29, y compris le narthex. En outre, à l'ouest, il 5^ a un atrium de 50 mètres d'étendue, de sorte que la longueur totale de toute la construction atteint presque 100 mètres. ly'a trium n'a de portiques ouverts qu'au nord et au sud. Aux angles, il 3'- avait vraisemblablement des tours carrées. Les nefs latérales de l'église proprement dite sont séparées de la nef principale par de lourds piliers, entre lesquels, à intervalles réguliers, s'élèvent des colonnes en marbre. C'est une disposition qu'on retrouve dans l'ancienne architecture chrétienne de l'Orient. Il n'y avait de galeries, semble-t-il, qu'au-dessus du narthex. L'édifice tout entier était vraisemblablement voûté. On a trouvé dans les ruines de la basilique plusieurs chapiteaux et quelques bases de colonnes. Ils ont tous des formes différentes, ce qui fait penser qu'on les a rapportés d'autres bâtiments détruits plus anciens.
La basilique se trouve en dehors de l'enceinte intérieure de la ville à une distance d'environ i kilomètre. L'époque de sa construction ne peut pas être établie avec certitude. Mais différentes raisons militent en faveur de la fin du ix^ siècle ou du commencement du x6. Elle doit par conséquent être une des plus vieilles églises que les Bulgares aient bâties après leur conversion officielle au christianisme.
* * Le premier Empire bulgare atteignit son apogée sous
le tsar Siméon le Grand (893-927). Elevé à Constantinople, Siméon n'était pas seulement un excellent général et un homme d'Etat consommé, mais aussi un protecteur éclairé des arts et des sciences, et lui-même ne dédaignait pas d'écrire. Sa résidence était Preslav en Bulgarie du Nord-Est. Un écrivain bulgare d'alors. Ivan Exarque, en traits sommaires mais caractéristiques, décrit cette ville et surtout la somptueuse magnificence de la Cour. Or et argent, pierres en couleurs, marbre et cuivre, fresques et sculptures sur bois, étaient prodigués et s'étalaient à profusion dans les différentes salles du palais superbement décorées. De toute cette magnificence, il n'est pour ainsi dire rien resté. Quelques chapiteaux et des frises en marbre richement ornées, ainsi que d'autres fragments d'architecture moins importants en rappellent seuls le souvenir. Les frises, régulièrement réparties en champs quadrangulaires, avec leurs ornements strictement sjTnétriques et vigoureusement stylisés, d'une facture très pointée, évoquent dans notre esprit des types orientaux. La croix qu'on trouve sur une des plaques indique déjà des influences byzantines qui s'affirment d'ailleurs dans l'ornementation de la frise. Cette ornementation conserve néanmoins en général le caractère oriental de l'art bulgare le plus ancien.
C'est à cette époque que remonte l'établissement d'un couvent dont les ruines ont été mises au jour dans la région de Patleina, à 7 kilomètres au sud-est de Preslav, au sommet d'une montagne recouverte d'une
épaisse forêt'. L'église, dont les murs se sont conservés sous les éboulis presque dans leur hauteur primitive, est de peu d'importance. Mais elle avait à l'origine à l'intérieur un revêtement en plaques d'argile, vernissés en couleur, qui sont une des plus importantes et des plus surprenantes révélations de l'ancien art bulgare. lycs ornements, qui rappellent en partie les plaques en marbre de Preslav, sont peints en couleurs différentes (rouge, jaune, vert, brun clair et foncé), le plus souvent sur fond blanc. Dans quelques cas, ils sont aussi appliqués en relief. Malheureusement, les diverses plaques sont tellement effritées qu'aucune d'elles ne peut être reconstituée complètement. La plupart sont arquées et servaient de revêtement à des moulures, qui vraisemblablement couronnaient les murailles. A côté d'éléments purement ornementaux, empruntés au règne végétal, on trouve sur elles encore des figures d'hommes et d'animaux. Le grand buste d'un saint, apparemment saint Théodore, qui se compose de quelques-unes de ces plaques, mérite une mention particulière comme un m.onument unique en son genre.
On a découvert également dans les ruines de Patleina l'atelier où ces plaques ont été fabriquées, contenant du verre fondu, des couleurs en poudre, etc. La provenance locale des matières a été confirmée également par l'analyse de l'argile.
Les plaques d'argile vernissées de Patleina et l'emploi
I. Bulletin de la Société archéologique bulgare (en bulgare), IV, 1915, p. 113 et suivantes.
qui en est fait rappellent les antiques monuments assyriens. Il est surprenant de voir combien la technique est semblable dans les deux cas, quoique les monuments f ssyriens et ceux de Patleina appartiennent à des époques si éloignées. Comme l'on sait, le revêtement des murailles avec des plaques d'argile vernissées a été remis en honneur plus tard par l'architecture de l'Islam, ce qui nous autorise de considérer ce procédé comme une coutume tout à fait orientale. En cela aussi, nous pouvons de nouveau constater l'étroite parenté de l'ancien art bulgare et de l'art oriental.
En l'an 963, par suite de querelles dynastiques, l'Empire bulgare se trouva partagé en deux moitiés autonomes. La moitié orientale tomba bientôt après d'abord sous la domination russe et plus tard, soit en 971, sous la domination byzantine. I^a moitié occidentale qui se composait de la Macédoine, de l'Albanie, de la région de la Morava et des environs de Vidine et de Sofia, a gardé son indépendance sous les Chichmanides jusqu'en l'année 1018. Pendant tout ce temps, qu'a rempli presque en entier le règne long et mouvementé du tsar Samuel (977-1014), le centre de gravité de la vie politique bulgare se maintint en Macédoine. C'est aussi dans cette région que nous trouvons les monuments les plus importants de l'art bulgare d'alors.
ly'esprit guerrier de l'époque se traduisit par la cons-
traction de nombreuses forteresses appelées à ser\dr de point d'appui à la résistance contre la supériorité numérique de Byzance. Un des meilleurs types de ce genre d'architecture nous est fourni par la citadelle d'Ochrida, où le tsar Samuel avait momentanément transféré sa résidence. La porte principale, avec ses puissantes tours rondes, est encore fort bien conservée de nos jours. De même, la grande église consacrée à saint Achille, église que vSamuel fit bâtir sur l'île du même nom du lac de Prespa, pour y conserver les reliques du saint, a échappé en partie également à la destruction \ C'est une basiHque à piliers de plus de 40 mètres de longueur, avec trois nefs, trois absides et des galeries latérales. Elle dénote dans son ensemble une proche parenté avec la vieille basilique de Mésembria. L'abside principale, en partie ensevelie, ajourée de trois hautes fenêtres, était surtout d'un effet puissant. Des fresques qui décoraient autrefois l'intérieur de l'église, il ne reste plus aujourd'hui que des vestiges insignifiants. Une inscription, découverte et déchiffrée en son temps par des savants russes, inscription aujourd'hui presque complètement eft'acée, énumère les diocèses soumis à l'obédience du patriarche bulgare. Cette inscription confinne la supposition que l'église a réellement servi d'église patriarchale.
L'église Sainte-Sophie d'Ochrida — dont la partie occidentale, avec les tours latérales, ne date que de l'année 1317 — est, dans ses éléments les plus anciens,
1. Bulletin de la Société archéologique bulgare, I, 1910, p. 67 et suivantes.
également à peu près de la même époque. Dans tous les cas, le tsar Samuel a transféré de Prespa à Ochrida le siège du patriarchat en même temps que sa résidence, et il n'est pas impossible que l'église Sainte-Sophie ait été, elle aussi, construite pour ser\'ir d'église patriarchale, quoiqu'une source littéraire attribue sa construction à l'archevêque Léon d'Ochrida (1037-1056). C'est également une basilique voûtée à piliers, avec trois nefs et trois absides ^ Elle offre sous plus d'un rapport des traits d'étroite parenté avec l'église de Sainte- Achille à Prespa, à cette exception près toutefois qu'elle est dépour\me de galeries latérales. Ayant été transformée plus tard en mcsquée turque, sa disposition intérieure fut complètement m^odifiée. Des vestiges de son iconostase primitive en marbre n'ont été découverts que récemment. Ce sont de petits piliers quadrangulaires, enrichis de reliefs ornementaux, qui jadis séparaient les unes des autres les différentes images saintes de l'iconostase. Il existe encore d'autres plaques de marbre agrémen' ées de reliefs, plaques qui contribuaient aussi, primitivement, à l'ornementation de l'église, mais que les Turcs ont depuis lors enfouies dans le sol. De même, les fresques qui recouvraient toutes les parois de l'église avaient été badigeonnées à l'époque turque, mais ont été depuis peu remises partiellement au jour ; leur examen plus
I. Bulletin de V Institut archéologique russe à Constantinople, IV, 1899, p. 86 et suivantes; N. P. Kondakoff, La Macédoine {voyage archéologique), Saint-Pétersbourg, 1909, p. 228 et suivantes; G. Millet, L'école grecque dans Varchitecture by\antine, Paris, 1916, p. 41 et suivantes.
approfondi fournira sans doute aussi des indications sur l'histoire de cette église.
I^e mimbar turc, construit de' différents fragments appartenant à la décoration primitive de l'église, mérite une attention particulière. Il se termine par un couronnement de marbre à quatre colonnettes formant baldaquin, très richement orné (pi. II), lequel a dû servir probablement à l'origine soit de ciborium, soit de chaire (ambon). Le motif principal du devant de ce baldaquin est constitué par deux oiseaux (paons) vigoureusement stylisés et symétriquement placés. Les autres côtés sont recouverts d'entrelacs de belle allure. La décoration est d'une exécution technique tout originale. Les ornements sont taillés à plat et les creux sont remplis d'une matière noire (niello), afin d'obtenir une surface unie ; les ornements qui sont en blanc se détachent alors sur fond noir de la manière la plus heureuse. On serait tenté d'attribuer encore au xi^ ou au xii^ siècle ce travail bien oriental tant au point de vue de la technique qu'au point de vue de l'ornementation. Mais les monogrammes de l'archevêque Grégoire qui s'y trouvent apposés — cet archevêque est, paraît-il, le même qui fit construire la partie occidentale de l'église — montrent que l'œuvre ne remonte qu'au début du xiv^ siècle.
Ce qui est particulièrement important à constater, c'est que dans les ruines des vieilles constructions bulgares d'Aboba, de Preslav 'et de Patleina datant du ix^ et du x^ siècle, on a retrouvé des blocs de marbre semblablement ornés. Il s'agit donc bien ici d'un pro-
cédé courant de l'art bulgare le plus ancien, en harmonie parfaite avec les autres traits orientaux de celui-ci. Cette circonstance a une signification capitale pour le jugement à porter tant sur la chaire que sur les autres plaques ornées de Sainte-Sophie d'Ochrida ; elle atteste décidément leur caractère bulgare.
La Bulgarie est restée sous la domination byzantine jusqu'en 1186. Ce n'est qu'après de rudes combats que les premiers Assénides, comme chefs du soulèvement bulgare, réussirent à restaurer l'Empire et à lui conserver son indépendance. Le gouvernement énergique d'une suite de souverains remarquables valut très rapidement à l'Etat' de recouvrer sa puissance d'antan, si bien que, déjà sous le tsar Ivan Assen II (1218-1241), la Bulgarie était à l'apogée de son expansion, La capitale de l'Empire était à cette époque Tirnovo, ville fortifiée et cité d'origine des Assénides.
D'importantes innovations s'opérèrent à cette époque dans le domaine de l'art ; c'est une rupture éclatante d'avec les vieilles traditions qui s'ensuivit. La recherche de l'imposant, exprimée de façon si caractéristique dans les édifices du premier Empire bulgare, disparaît dans les créations du xiii^ et du xiv^ siècle. On s'efforce maintenant, sous l'influence de l'art b^^zantin, de donner aux formes plus de finesse et de parvenir à une exécution plus soignée. On s'attarde volontiers sur les détails
et on attribue fréquemment une grande valeur aux enjolivures. Par conséquent, l'ornementation est en particulier l'objet de développements très riches pour devenir finalement presque la chose principale. Les grandes constructions basilicales se rattachant à l'architecture chrétienne primitive, comme celle d'Aboba- Pliska, de Prespa et d'Ochrida, disparaissent à cette époque pour le plus souvent faire place à de petites églises cruciformes à coupole. I^eur forme extérieure est caractérisée par deux voûtes en berceau, se coupant à angle droit. Au-dessus de l'intersection s'élève d'ordinaire la coupole reposant sur un tambour élevé. On bâtit beaucoup mais ordinairement de toutes petites églises. C'est ainsi, par exemple, que sur la colline fortifiée de Trapésitsa à Tirnovo, sur un espace extrêmement restreint, on n'a pas découvert moins de 17 églises provenant toutes du xiii^ et du xiv^ siècle. A Mésembria, à Varoche près de Prilep et à Ochrida, même abondance de petites constructions.
On a beaucoup bâti à cette époque dans la nouvelle capitale de Tirnovo, qui au cours de deux siècles, c'està-dire jusqu'à sa conquête par les Turcs en 1393, est demeurée le centre politique et intellectuel de l'Empire bulgare. La ville était, dans ses grandes lignes, bâtie sur deux hautes collines, Tsarévets et Trapésitsa, dont les pentes tombent à pic de tous côtés et sont séparées par les sinuosités du fleuve lantra dont le cours à cet endroit affecte la forme d'un « S » et les enlace comme des presqu'îles. La citadelle elle-même, avecles bâtiments publics
les plus importants, se trouvait sur le Tsarévets, la plus grande des deux collines, laquelle était fortement défendue, Trapésitsa avait aussi son mur d'enceinte. Dans la vallée, entre les deux collines, le long des deux rives du lantra, s'étalait la ville basse. Des murailles delà forteresse il reste encore des parties importantes qui peuvent nous donner une idée suffisante de leur aspect primitif, ainsi que de leur architecture \
Il est beaucoup plus difficile de se représenter l'aspect des maisons bourgeoises d'alors. Il y a peu d'années, il subsistait dans la ville basse encore trois modestes maisons dont le style paraissait remonter au xiv^ siècle. Iv'une d'entre elles qui, d'après l'inscription taillée audessus de la porte, était connue sous le nom de maison de « Dame Boïka », était particulièrement intéressante. Malheureusement, toutes ces maisons ont été complètement détruites par le violent tremblement de terre de 1913. Mais dans le bourg voisin d'Arbanassi, nous trouvons encore quelques maisons semblables qui, bien que d'une époque ultérieure, ont fidèlement gardé le type primitif. lyC rez-de-chaussée où l'on pénètre par une grande porte n'a pas de fenêtres et sert d'ordinaire de cave. Une deuxième grande porte mène par un escalier en bois à l'étage supérieur où se trouve l'habitation proprement dite. Les chambres ont de minuscules fenêtres en petit nombre et à arceaux à leur partie supérieure.
L'architecture religieuse est beaucoup plus richement
I. Bulletin de la Société archéologique bulgare, I, 1910, p. 127 et suivantes.
représentée. A Tirnovo même, il convient de signaler tout d'abord l'église de Saint-Dimitri, qui, d'après les témoignages contemporains, aurait été bâtie en 1186 par les premiers Assénides, Il ne reste plus aujourd'hui que la partie orientale de la construction primitive avec l'abside. Plus importante était l'église des « Quarante- Martyrs » qu'Ivan Assen II (1218-1241) avait édifiée '. Elle a été tellement modifiée et défigurée ultérieurement qu'une reconstitution de sa forme première est impossible sans des mises au jour préalables. C'était dans tous les cas une église en forme de basilique avec colonnes monolithes, en partie tirées des ruines d'Aboba-Pliska. On trouve aussi des pièces antiques encastrées dans l'église. Les chapiteaux en marbre, lesquels servent maintenant de bases aux piliers en bois du parvis ouvert qui fut annexé à la façade nord de l'église, lors de sa transformation en mosquée, reposaient primitivement sur des colonnes à l'intérieur de l'église. Ils affectent, à côté de formes byzantines, aussi des formes de la basse époque antique et proviennent de constructions plus anciennes '. Iv'église des Saints-Pierre-et-Paul à Tirnovo, avec son intérieur pittoresque, était, il y a peu de temps encore, un des monuments artistiques les mieux conservés de la Bulgarie ^ Malheureusement le tremblement
1. Ouspenski, Bulletin de l'Institut archéologique russe à Constantïnople, VII, 1902, p. i et suivantes.
2. Jos. Strzygowski, By\antinisch-neugrieschisc]ie Jahrbilcker, 1, 1920, p. 17 et suivantes.
3. Ouspenski, Bulletin de Vlnstitnt archéologique russe à Constantinople, VII, 1902, p. 11 et suivantes.
de terre de 1913 a aussi presque complètement détruit cette église. Elle date du xiv^ siècle et constitue avec sa coupole, reposant sur quatre colonnes, le t^-pe classique de cette époque d'une église cruciforme à coupole. Deux des chapiteaux, ornés de feuilles d'acanthes, à relief profondément découpé, grâce à l'excellence de l'exécution, méritent de retenir particulièrement l'attention et rappellent les chapiteaux de Preslav. Mais ils ont été tirés également des ruines de constructions plus anciennes datant du x^ ou du xi^ siècle.
Ainsi que le montrent déjà les trois églises mentionnées de Tirnovo, l'effort des architectes d'alors visait moins à en imposer par de grandes proportions qu'à captiver par une ornementation intérieure et extérieure aussi riche que possible et par une soigneuse exécution des détails. La décoration intérieure était confiée à la peinture , à la mosaïque et à la sculpture sur bois. Pour l'extérieur, on tirait parti surtout des matériaux appropriés, en employant alternativement de petites pierres à parement régulier et des briques rouges. Par la différence des couleurs et la variété des matériaux, on obtenait de beaux effets décoratifs. Parfois, on avait recours aussi à différentes sortes de pierres pour multiplier les couleurs et les briques étaient placées entre les pierres, à la façon d'une mosaïque (pi. III et IV). Tirnovo ne nous offre pas, il est vrai, de bons exemples de cette manière de procéder, mais nous la trouvons appliquée de façon extrêmement artistique dans les églises de Mésembria. Iv'église Saint-] ean-du-Port dans cette ville est notam-
Pl. VII.
SAINT PIERRE ET SAINT PAUL (Peinture murale de l'église des Saints-Pierre-et-Paul à ïirnovo ; Xiv« siècle.)
Pl. VIII.
LE DONATEUR RADIVOl ET SA FAMILLE (Peinture murale du couvent de Krémikovtsi, datée de 149!'
ment un magnifique modèle de cette architecture. Elle offre une richesse d'éléments décoratifs obtenus au moyen de briques et de pierres qu'on ne retrouve nulle part à un si haut degré dans aucun monument de Bulgarie.
lycs églises de Tirnovo nous offrent par contre une autre particularité, à savoir l'emploi de petits C3^1indres d'argile portant, sur l'un des bouts, un x^etit disque ou une rosette vernissés en vert ou en jaune. Ces cylindres, qui servaient également à la décoration des murs extérieurs, étaient d'ordinaire encastrés en arc au-dessus des fenêtres ou des niches, de telle façon que l'on n'en voyait que l'extrémité vernissée. C'est également dans une intention décorative que furent ménagées dans les murs extérieurs une série de niches peu profondes, destinées à rompre la monotonie des grandes surfaces nues
(pi.ni).
Nous retrouvons les mêmes traits caractéristiques dans
les autres constructions religieuses du xiii^ et du xiv^
siècle en Bulgarie. Comme il serait oiseux d'en donner
ici une énumération complète, nous devons nous born:r
à n'en citer que quelques exemples particulièrement
intéressants. Il convient de mentionner en premier lieu
l'église de la forteresse bâtie par Ivan Assen II sur
un sommet élevé près de Stanimaka au sud de Pliilip-
pople, église connue sous le nom de son fondateur
(pi. III). C'est le type d'une église sépulcrale — genre
que l'on retrouve ailleurs en Bulgarie (Boïana, Batch-
kovo) — qui n'était pas destinée au service divin de
ART BULGARE. î
34 LANXIEN ART BULGARE
la communauté, mais devait principalement servir de tombeau aux membres de familles nobles. I^'église a deux étages ; l'étage inférieur, employé comme crypte, et pour cette raison dépourvu de fenêtres, est directement accessible du dehors par une porte sur la façade ouest. L'église proprement dite, située à l'étage supérieur, ne communique pas directement avec la cr3'pte. Un perron en bois annexé à la façade sud 5^ mène. On comprend que les églises de ce genre ne puissent être que de proportions très réduites.
Si nous passons en revue les édifices religieux de la même époque dans les régions de la Bulgarie occidentale, c'est avant tout Ochrida qui s'impose à notre attention. Ce que Tirnovo est pour l'est de la Bulgarie, Ochrida l'est pour la Bulgarie de l'ouest, à savoir pour la Macédoine. Nous avons vu que le tsar Samuel y avait transféré momentanément sa résidence et le siège du patriarcat. Mais ces circonstances purement extérieures n'eurent en elles-mêmes pas de conséquences particulières pour les destinées ultérieures de Ja ville. Sa grande importance pour la vie intellectuelle des Bulgares découle d'autres motifs. Ochrida et ses environs ont été le théâtre de l'acirivité de deux hommes marquants de l'époque de l'expansion du christianisme en Bulgarie, à savoir Clément (7 916) et son contemporain Naoum, l'un et l'autre révérés comme des saints par l'Eglise bulgare. Ils étaient du nombre des disciples immédiats des saints frères Cyrille et Méthode. A la mort de ce dernier, en 885, ils se rendirent d^ Moravie en Bulgarie à la cour
du tsar Boris qui les envoya en Macédoine pour y affermir la doctrine nouvelle parmi les Bulgares du pays lyC grand prestige que Clément et Naoum surent acquérir par leur activité extraordinairement fructueuse dans le domaine de l'éducation religieuse et morale du peuple, ainsi que les services qu'ils ont rendus au développement et à l'expansion de la littérature et de l'écriture bulgares exercèrent une influence durable et firent d'Ochrida une ville sainte pour les Bulgares. Son importance à ce titre s'accrût encore à la fin du x^ siècle par la fondation du patriarcat d'Ochrida lequel subsista même après la conquête de la Bulgarie par les Turcs, car il ne fut supprimé qu'en 1767. De telle façon, pendant près de dix siècles, Ochrida a été le centre le plus important de la Macédoine pour la vie intellectuelle et religieuse des Bulgares. C'est pourquoi nous y trouvons quelques-uns des monuments les plus importants de l'ancien art bulgare.
Nous avons déjà mentionné la plus ancienne église, Sainte-Sophie d'Ochrida. Des autres églises de la ville qui remontent aux xiii^ et xiv^ siècles, la plus importante est celle de Saint-Clément, bâtie en 1295 (pi. IV). Consacrée d'abord à la Vierge, ce n'est que récemment qu'elle a changé de patronage. Bien que quelque peu modifiée par des adjonctions ultérieures, sa forme primitive est encore facile à reconnaître. C'est aussi une église cruciforme à coupole, qui se distingue de l'église des Saints- Pierre-et-Paul à Tirnovo par le fait que sa coupole ne repose pas sur des colonnes, mais sur de lourds piliers.
36 L'A^XIEN ART BULGARE
ly'impression que produit l'intérieur est, de ce fait, beaucoup plus simple. Pour le reste, nous y retrouvons ce que nous avons déjà constaté en Bulgarie orientale, soit les mêmes combinaisons décoratives de pierres équarries et de briques rouges, bien qu'en plus faibles proportions.
L'église Saint-Jean d'Ochrida, édifice semblable au précédent, impressionne surtout par sa situation pittoresque au sommet d'un rocher élevé surplombant le lac. Beaucoup plus importantes au point de \'~ue de l'histoire architecturale sont deux toutes petites églises — l'église des Saints-Constantin-et-Hélène et la vieille église Sainte-Marie. La coupole y est remplacée par une voûte en berceau rehaussée posée au travers de l'axe principal de l'édifice. L'église du couvent de Saint- Naoum sur la rive sud-est du lac d'Ochrida est aussi remarquable. Elle renferme le tombeau du saint de ce nom. En particulier, le narthex de l'église, avec sa coupole basse aplatie et les deux petites colonnes à chapiteaux trapézoïdes, s'écarte du type architectural courant. En Macédoine, dans d'autres localités, par exemple à Chtip, dans le faubourg de Varoche près de Prilep, ou dans les environs de Skopié, on trouve encore quelques églises de l'époque ; quelques-unes sont encore en part"e fort bien conservées ; des études minutieuses fourniraient des indications importantes sur l'architecture religieuse du xiii^ et du xiv^ siècle en Bulgarie.
Si l'on considère le rôle de la religion dans la vie publique de cette époque, on comprendra que l'architecture
sacrée soit représentée par tant de monuments. Par contre, nous sommes très insuffisamment documentés sur l'architecture profane. Mais ici encore, une étude approfondie des monuments existants, si rares soient-ils, permet d'espérer d'importantes indications. Ainsi, il existe encore un vieux château bulgare du xiv^ siècle dans la ville de Vidine sur le Danube. On l'a récemment restauré partiellement tout en respectant son aspect primitif.
Iva conquête de Tirnovo par les Turcs en 1393 marqua la fin de l'autonomie politique et religieuse de la Bulgarie. Iv- patriarcat bulgare fut aussitôt supprimé et le pays entier placé sous l'obédience du patriarche de Constantinople. C'est alors que commença la domination turque en Bulgarie, qui interrompit brusquement le libre développement du peuple bulgare, paralysa ses forces intellectuelles et mit même momentanément en péril son existence comme entité nationale. L'élite de la population, ceux qui étaient à sa tête, furent cruellement exterminés ou bannis en masse. On espérait de la sorte intimider la nation et la contraindre à obéissance. On comprendra que, dans d: pareilles conditions, l'art bulgare n'ait pu trouver un sol favorable à son développement ultérieur et que des limites étroites aient été fixées à son activité.
Après la conquête de la Bulgarie par les Turcs, beaucoup d'artistes et d'artisans bulgares ont émigré en Rou-
38 L'ANCIEN ARï BULGARE
manie, où ils ont transplanté les procédés et les traditions de l'art bulgare d'alors. C'est ainsi qu'ils ont exercé une influence considérable sur la formation de l'art national roumain. Comme la langue bulgare de ce tempslà était devenue pour des siècles, jusqu'au xvii^ siècle, la langue officielle et littéraire des Roumains S de même l'art bulgare avait acquis une importance prépondérante en Roumanie et a beaucoup contribué à la création des œuvres d'art d'un st3'le qu'on pourrait désigner comme un style bulgaro-roumain.
En Bulgarie même, c'est surtout dans le domaine de l'architecture que se firent sentir les conditions nouvelles, lycs Bulgares n'étaient plus autorisés à ériger des grands édifices publics, dans lesquels pût se manifester un style monumental. On ne leur laissa une certaine indépendance, d'ailleurs fort limitée, que dans l'édification des églises. Mais, ici encore, les plus grandes et les plus belles des anciennes églises furent transformées en mosquées turques. Les lieux de culte à l'usage du peuple subjugué ne furent désormais tolérés que dans des proportions tout à fait modestes et, avant tout, .leur aspect extérieur ne devait pas attirer l'attention afin de n'éveiller ni la colère ni l'envie des mahométans. C'est alors qu'on vit s'élever ces petits temples, à peine distincts des habitations ordinaires, parfois à demi enfoncés en terre, qui avaient été érigés en hâte avec les matériaux
I. Joan Bogdan, Dokuinente \i regeste privitoare la relatiile tàrii Ruiinnesû eu Brasovul si Ungaria in secolul XY si XVI, Bucuresti, iqo2.
les plus élémentaires. Comme il était de la sorte impossible qu'ils fussent d'une solidité à toute épreuve, ils devaient être fréquemment réparés et transformés ; c'est pourquoi un petit nombre d'entre eux ont résisté à la destruction. Ce n'est que dans certaines localités à l'écart, dans les solitudes de régions montagneuses, loin des regards jaloux des Turcs, que l'on osa se permettre plus de liberté. C'est dans des localités semblables qu'on vit s'élever, au xv^ siècle, une série de couvents ou d'églises isolées. Ces constructions ont encore la forme des anciennes églises cruciformes à coupole, mais l'extérieur en est plus simple ; les murs sont dépourvus des niches décoratives et l'on constate l'absence de la brique et de la pierre en combinaisons variées, d'un effet si décoratif et si caractéristique pour les églises plus anciennes. ly'église du couvent de Poganovo près de Tsaribrod, dans la vallée difficilement accessible d'Erma — église qui date de la fin du xv^ siècle et qui, avec son clocher quadrangulaire, rappelle l'église du tsar Ivan Assen II, près de Stanimaka (pi. III) — est un spécimen caractéristique de cette modeste architecture.
Au cours des temps, la coupole, elle aussi, tombe en désuétude, de sorte que l'église devient finalement une simple salle allongée, sans colonnes, que surmonte d'ordinaire une voûte en berceau. L'église de Baniani près de Skopié, de 1549, celle de Nédobarsko dans le voisinage de Méhomia, de 1614, l'église maintenant détruite de Saint-Georges à Tirnovo, de 1616, l'église Saint-
Nicolas à Marseii entre Prilep et Vélès, de 1694, etc., sont des exemples du genre.
Dans le bourg d'Arbanassi, aux environs de Tirnovo, sont encore debout quelques églises du xvi^ et du xvii^ siècle, qui nous permettent mieux que d'autres monuments de concevoir ce que fut l'architecture religieuse d'alors. Elles comprennent d'ordinaire deuxparties qui ne sont reliées que par une porte. L'autel, avec l'iconostase, est dans la partie orientale, tandis que l'autre, la partie occidentale, réservée aux femmes, remplace les galeries. Devant cette dernière se trouve en outre un vestibule qui se prolonge sur le côté nord de l'église pour aboutir à l'est à une petite chapelle (paraklis). Dans l'église du Sauveur, à Arbanassi, on peut encore voir distinctement que ce vestibule était originairement un portique ouvert dont les arcades ont été comblées plus tard. Dans la règle, toutes ces canstructions sont couvertes de voûtes en berceaux, parfois renforcées d'une archivolte fortement saillante. Ce n'est que dans le chapitre suivant que nous parlerons de façon plus détaillée des peintures dont est orné l'intérieur de ces églises.
En raison des motifs énoncés plus haut, les constructions monumentales sont extrêmement rares à cette époque. D'autant plus remarquable est donc la grande église du couvent de Batchkovo, bâtie en 1604, dans une région montagneuse difficilement accessible, au sud de Philippople. C'est une grande église cruciforme à coupole d'ancien style avec des chœurs hémisphériques, caractéristiques des églises conventuelles. Une petite chapelle,
semblant dater du xv^ siècle, est adjacente à la façade ouest.
On ne construisit d'édifices religieux plus considérables qu'à partir du commencement du xix^ siècle, soit au lendemain de la paix d'Andrinople de l'année 1829, lorsque la liberté religieuse des peuples chrétiens de l'Empire ottoman eut été officiellement proclamée. Partout où les circonstances et les ressources le permirent, on s'efforça de remplacer les anciennes églises par des constructions plus grandes et plus belles, d'ordinaire en forme de basilique voûtée avec ou sans, coupole, comme par exemple l'église de la Vierge à Tatar-Pazardjik, construite en 1832. Dans la plupart des cas, la coupole ne faisant pas organiquement partie de l'édifice, on ne la laissai-: subsister que par respect des traditions. Bile ne servait plus de recouvrement, mais de décoration ; c'est pourquoi elle est en général très légère afin d'é\'iter toute pression sur les murs, et il n'a par conséquent pas été nécessaire de changer l'aménagement de l'intérieur par l'adjonction de soutiens particuliers, ly'intérieur est communément divisé en trois nefs par deux rangées de colonnes. I^es chapiteaux en forme de corbeille, richement ornés et offrant une grande variété, sont dignes d'attirer tout particulièrement l'attention. Ils rappellent de loin seulement l'ordre corinthien ; nous retrouverons également les éléments composant leur ornementation dans la sculpture sur bois de la même époque.
lyC couvent de Saint-Jean de Rila est le monument le
plus important de l'architecture bulgare du début du xix^ siècle (pi. V). Le 13 janvier 1833, un violent incendie en a détruit la plupart des constructions provenant du milieu du xiv^ siècle. lycs autorités turques ont autorisé la reconstruction du couvent, mais à condition que l'on conserverait l'ancien plan et que l'on réédifierait les divers bâtiments dans le style et la manière d'avant l'incendie. Pour ce motif, bien qu'il y ait lieu d'admettre que ces prescriptions n'ont pas été observées à la lettre et que l'église principale, notamment, comme on peut le constater, a été considérablement agrandie, les constructions actuelles du couvent de Rila nous donnent néanmoins une idée de l'ancienne architecture des monastères en Bulgarie. La réédification, qui s'opéra de 1834 à 1837, ^^'t lieu sous la direction du maître bulgare Paul, du village de Krimine, près de Kostour en Macédoine du sud. Ainsi, la direction des travaux n'était pas confiée à un architecte de profession, mais à un maître sorti du peuple et formé par la pratique, comme tous les constructeurs bulgares de cette époque.
ly'église principale, à laquelle on a conservé la forme d'une ancienne église cruciforme à coupole, est entourée d'un portique ouvert (pi. V). Par l'emploi de différentes sortes de pierres et de briques rouges, d'usage courant dans l'ancienne architecture de la Bulgarie, on a obtenu un effet particulièrement pittoresque. L'intérieur comme l'extérieur de l'église ont été peints par des artistes indigènes, sortis de l'école locale de Samokov. L'iconostase richement ornée, dont nous nous occuperons encore.
et d'autres sculptures sur bois, contribuent à augmenter l'effet magnifique de l'architecture. Les bâtiments d'habitation d'alentour sont à plusieurs étages et flanqués de colonnades ouvertes du côté de la cour (pi. V). A l'aide de la peinture on }■ a également imité différents matériaux de construction. L'étage le plus élevé est particulièrement typique, avec ses colonnes en bois et ses balcons saillants.
Nous sommes très insuffisamment renseignés sur l'architecture profane des Bulgares à l'époque de la domination turque, surtout aux premiers siècles de celle-ci. Il est évident que les maisons d'habitation en général étaient, elles aussi, très simples. Bâties la plupart en moellons et en bois, elles ne pouvaient pas durer longtemps ; aujourd'hui, il n'en existe presque aucune remontant à plus d'un siècle. Il ne nous est donc pas possible de suivre le développement de la maison d'habitation à cette époque en Bulgarie. On ne pourrait tirer des conclusions que d'après les constructions du début du xix^ siècle, en prenant également en considération le type de la maison d'habitation du xiv® siècle (cf. plus loin) qui, avec peu de modification, s'est conservée à Arbanassi jusque dans le courant du xviii^ siècle. Dans les régions boisées de la montagne, comme par exemple à Drénovo, les maisons étaient souvent bâties exclusivement en bois. Dans les grandes villes, elles étaient ordinairement à plusieurs étages, les étages supérieurs faisant saillie, en général, sur les inférieurs. L'extérieur était très simple. Ce n'est que dans les temps modernes, par
suite d'influences occidentales, qu'on a commencé à attribuer de l'importance à une ornementation plus riche de la façade, ce qui a très souvent amené un pêle-mêle de formes autochtones et de formes occidentales.
Par contre, l'intérieur des maisons riches dénote la sollicitude d'un aménagement plus artistique. lycs plafonds en bois étaient, dans la plupart des cas, richement ornés de sculptures. Des armoires encastrées dans les parois et un foyer bas, parfois aussi des niches semicylindriques ou un grand poêle, donnaient aux pièces un aspect original. I/Cs murs des chambres étaient habituellement blanchis.
On pourrait dire en général que c'est une architecture assez primitive et pauvre. I^a maison bulgare, tout en gardant quelques particularités locales, ne diffère guère de la maison conventionnelle de l'Orient.