CHAPITRE III PEINTURE
L'image du saint Théodore de Patleina, composée de plusieurs plaques d'argile vernissées dont nous avons déjà parlé plus haut, pourrait être désignée comme le monument le plus ancien de la peinture bulgare, datant du début du x^ siècle. Mais on ne connaît actuellement pas d'autres monuments de peinture de répot[ue du premier Empire bulgare. Nous sommes, par conséquent, obligé de commencer notre étude par les monuments du xm^ siècle.
lya construction de nombreuses églises au xiii^ et au xiv^ siècle a considérablement stimulé surtout la peinture murale religieuse, favorisée par la coutume d'alors de couvrir complètement de peintures l'intérieur des sanctuaires. D'autre part, cette habitude a abouti à des exécutions de peintures murales hâtives trahissant davantage l'artisan que l'artiste ; mais à côté des productions médiocres de la majorité des maîtres d'alors, on trouve cependant des œuvres témoignant de réelles dispositions artistiques.
Ces peintures, bien qu'elles soient couramment dési-
gnées du nom de fresques, ne sont en réalité pas exécutées dans la technique de la fresque proprement dite, mais bien plutôt dans celle dite de tempera, en usant du blanc d'œuf comme liaison. Une mince couche de chaux blanche très fine, que l'on étendait sur toutes les parois, formait le fond. Non seulement les murs, mais aussi les voûtes, coupoles, piliers, encadrements de fenêtres et de portes, étaient peints de telle sorte qu'aucune surface ne restait sans décoration. lyorsque les images subissaient l'injure des temps, ce qui était inévitable vu la technique adoptée, on recouvrait simplement la partie endommagée d'une nouvelle couche de chaux que l'on repeignait fraîchement. C'est pourquoi d'ordinaire l'on retrouve, dans les vieilles églises de Bulgarie, plusieurs couches de peinture murale superposées et on y peut constater que les plus anciennes sont souvent les mieux conservées.
Parmi les plus importantes et les plus belles d'entre ces vieilles peintures murales, il convient de mentionner tout d'abord celles de l'église de Boïana, petit village situé sur le versant septentrional du Mont Vitocha, à 8 kilomètres au sud-ouest de Sofia. Au xi^ siècle encore, fut bâtie dans cette localité une toute petite église à coupole, église qui fut ornée de peintures. Ainsi qu'en fait foi l'inscription conservée, elle fut agrandie en 1259 par le noble bulgare Sévastokrator Kaloïan, dont la résidence ancestrale était, paraît-il, à Boïana même. On peut voir encore actuellement les restes d'un vieux château au sommet d'un rocher élevé au pied duquel
la Boïana précipite ses flots. Pour agrandir, on annexa directement à la muraille occidentale de la construction primitive une nouvelle église, sorte de mausolée à deux étages du type de l'église d'Ivan Assen II ci-dessus décrite (voir plus loin). De cette façon, le sanctuaire primitif, remontant au xi^ siècle, constitue maintenant la partie orientale de toute la construction; il n'est accessible que par la nouvelle église, soit par son étage inférieur sans fenêtres, qui sert de crj^'pte mortuaire. Kaloïan fit repeindre l'église la plus ancienne en même temps que la nouvelle, de sorte que la plupart des peintures murales subsistant aujourd'hui dans les deux parties furent exécutées en 1259. O^ Y trouve encore dans la partie orientale des vestiges des peintures murales du xi^ siècle . En outre, quelques parois de l'ancienne et de la nouvelle construction furent recouvertes de peintures aune époque plus récente, vraisemblablement au xvii^ siècle. Dès que ces additions eurent été éloignées les anciennes peintures qu'elles cachaient et qui sont encore en état parfait de conservation, ont été mises au jour.
lycs peintures les plus intéressantes sont celles de l'année 1259 5 nous ne nous arrêterons qu'aux plus importantes d'entre elles. A l'étage inférieur de la construction de Kaloïan, sur la muraille septentrionale, se trouvent les portraits presque en grandeur naturelle de Kaloïan, représenté en instaurateur de l'église, tenant en mains le modèle de l'édifice, et de sa femme Dessislava. Le vêtement somptueux de celle-ci est fort remarquable. Il est orné de trois groupes de deux lions héraldiques, donnant
l'impression d'être brodés. Sur la muraille opposée, celle du sud, se trouvent, revêtus de riches vêtements royaux, avec couronnes et sceptres, le tsar bulgare d'alors, Constantin Assen (1258-1277) et sa femme Irène, fille de l'Empereur Théodore lyascaris. et petitefille, par sa mère, du tsar Ivan Assen II. Toutes ces peintures, bien que d'une raideur solennelle, suivant la mode de l'époque, trahissent un effort évident en vue de rendre les parliculari.és individuelles ; c'est pourquoi elles peuvent être considérées comme de véritables portraits.
Dans une niche de la même muraille, on remarque une composition plus grande, représentant le Chris-, adolescent qui s'entretient dans le temple avec les docteurs de la loi (plt VI). Cette œuvre n'a été mise au jour que récemment, après l'enlèvement des piiniures ultérieures qui la recouvraient ; elle frappe par son de :sin extrêmement fin et l'expression de vie qu'elle traduit. Il y a lieu de noter entre autre la tête du Christ aux beaux traits réguliers et dans la partie droite du tableau le groupe des juifs, aux visages excellemment caractérisés et animés d'yeux regardant curieusement.
Dans la partie orientale de l'église, les peintures sont disposées les unes au-dessus des autres en trois registres. Au haut de la muraille septentrionale, nous voyons tout d'abord la Sainte-Cène ; en-dessous, l'un à côté de l'autre le Crucifiemeni^t Iq. Résurrection. Le registre inférieur contient quatre grands portraits de saints debout. Le tableau du Crucifiement est une des plus belles œuvres
Pl. IX.
LES MIRACLES DU CHRIST Peinture murale du narthex de l'église du Sauveur à Arbanassi. (xvii» siècle.)
Pl. X.