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CHAPITRE IV ARTS APPLIQUÉS

En étudiant les monuments les plus anciens de l'architecture bulgare, nous avons déjà fait allusion à deux branches importantes des arts appliqués au service de l'architecture, à savoir la céramique et l'incrustation des plaques en marbre décoratives.

On a trouvé des fragments de vases d'argile vernissés aussi dans les mines médiévales de Tirnovo, de Kustendil et de Varna. Ils sont décorés tantôt de motifs floraux ou géométriques, tantôt de figures d'hommes ou d'animaux. Mais ces monuments sont encore trop peu nombreux, pour qu'on puisse faire une étude plus détaillée de la céramique vernissée bulgare du moyen âge.

Les monuments de l'art appliqué du temps du premier Empire bulgare sont d'ailleurs très rares. Ils ne deviennent plus nombreux qu'à partir du xiii^ siècle.

L'art appliqué bulgare du xiii^ et du xiv^ siècle s'est consacré avec prédilection au service de l 'Eglise. Ce sont du moins des objets de piété, en majorité de ce genre, qui nous ont été conservés, et bien qu'il n'y ait pas lieu de douter que l'art appliqué se soit également mis au ser-

vice de buts profanes, il n'en est pas moins évident que, selon les exigences du temps d'alors, ses meilleures créations ont été destinées à l'Eglise.

Il faut en premier lieu signaler les ouvrages de la sculpture sur bois, laquelle jouait aussi un grand rôle dans la décoration des vieux palais bulgares, ainsi que nous l'avons déjà constaté (cf. plus loin). Indépendamment des portes et de différents objets servant au culte, la sculpture sur bois avait occasion de se faire hautement valoir sur les grands écrans à trois portes destinés à exposer les saintes images, soit sur l'iconostase qui ferme le chœur des églises orthodoxes. Les vieux maîtres bulgares y trouvèrent un champ d'activité fécond pour le déploîment d'une ornementation extrêmement riche et de vastes conceptions. Mieux que toute autre branche des arts appliqués, la sculpture sur bois nous met en mesure de suivre exactement et à fond le développement et l'évolution de l'art décoratif dans la vieille Bulgarie.

^Malheureusement, il n'a été possible de conserver aucune ancienne iconostase intacte. Nous n'en possédons que des parties isolées ou des objets en bois d'un autre genre. Telle est, par exemple, une porte en bois remarquable provenant de la petite église Saint-Nicolas, à Ochrida, dont l'origine remonte au xiv^ siècle. La porte elle-même est plus ancienne et est attribuée au xii^ ou au xiii^ siècle ^ Elle se compose de plusieurs panneaux sculptés, cloués sur une base commune. Les différentes

I. N. P. Kondakoff, La Macédoine {voyage archéologique), Saint-Pétersbourg, 1909, p. 236-239, pi. III.

figures sont empruntées à l'iconographie byzantino-orientale de l'époque la plus reculée. Il se trouve aussi dans la plate-bande inférieure un centaure évoquant les modèles antiques. On a déjà fait remarquer que cette porte présente ui:e étroite parenté avec le fameux bahut de Terracina. Cela .nous autorise à supposer que nos panneaux proviennent aussi d'un meuble semblable et qu'ils n'ont été affectés qu'ultérieurement à la décoration de la porte.

lycs portes en bois qui se trouvaient il y a peu de temps encore dans une vieille église de Varoche près de Prilep, proviennent d'une époque quelque peu postérieure. Il n'en reste plus que le battant gauche de l'une d'elles. Au milieu, sculpté en relief, se détache un archange qui rentre dans la scène de l'Annonciation, laquelle se terminait sur l'autre battant. Une épigraphe sculptée, en vieux bulgare, figure aa haut de la seconde porte. Cette épigraphe a à moitié disparu avec la partie supérieure du battant de droite. N'existent également plus les peintures dont les champs quadrangulaires qui sont au-dessous avaient été recouverts.

ly'ornementation consiste principalement en entrelacs et en rosettes, bien que nous trouvions aussi d'autres motifs empruntés au règne animal. Tel est, par exemple, 4'aigle tenant un lièvre dans ses serres, qui rentre dans la catégorie des plus anciens motifs byzantins et qui, à cette époque, était particulièrement de mode. Nous le retrouvons aussi sur la porte ci-dessus mentionnée d'Ochrida.

Un chef-d'œuvre magnifique de la sculpture sur bois de la vieille Bulgarie est la porte bien connue du couvent

de Saint-Jean de Rila (pi, XIII). lycs rosettes d'entrelacs et les ornements rubanés sont exécutés en partie dans un travail très finement ajouré. lycs champs perpendiculaires marginaux, au milieu des deux battants, sont en outre animés par des représentations d'animaux bien stylisés et parfois fantastiques. I^es rosettes évidées, en forme d'hémisphère, rendent un brillant témoignage à la grande habileté technique de l'artiste. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que toutes les rosettes qui nous ont été conservées présentent des types différents d'entrelacs.

Au couvent de Rila, également, se trouve le trône dit de Chrel, qui est sans doute l'œuvre du même maître et de la même époque. lyes ornements de la partie supérieure du dossier sont exécutés avec la même finesse et dans le même style, bien qu'avec d'autres motifs.

Des monuments comme la porte et le trône du couvent de Rila montrent l'ancienne sculpture sur bois bulgare à un stade très élevé de son développement. Mais l'ornementation de ces deux œuvres ne semble pas être issue de la technique du bois elle-même ; d'ailleurs la porte fait plutôt l'impression d'un travail en bronze, ce qui s'expliquera suffisamment lorsque nous aborderons l'étude des travaux sur métaux de la même époque.

Ivcs œuvres les plus importantes dans ce domaine de l'art sont les revêtements d'argent de plusieurs icônes de l'église Saint-Clément à Ochrida ^ Ces icônes, au

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