‹ L'ancien barreau au Canada [microforme]Chapitre 6 sur 16 · J. BTE. LEBRUN · texte numérisé non relu

J. BTE. LEBRUN

‘“ J'espère que l’on voudra bien me pardonner cet article que je me trouve contraint de donner public par les propos continuels que tient cet homme, ne pouvant trouver aucun autre moyen pour arrêter le flux de “a langue. ??

Certes, il faut avouer que M.,Lebrun avait une langue bien pendue et que plus d’un pourrait lui envier aujourd’hui.

Mais quel était donc le sujet de cette noire colère ? L'histoire en a gardé le secret. On peut lire entre les lignes, cependant, le nom de l’ennemi de Lebrun. C'était ce bon M. Jean-Claude Panet qui nous a laissé une relation si naïve du siège de Québec.

M. Lebrun n’était pourtant point ce parangon de vertu qu’il voulait paraître, et deux mois après sa longue diatribe, le gouverneur Carleton le cassait aux gages en lui enlevant la c. mmission de notaire qu’il tenait depuis 1766. L’ordre qui fut alors donné est conservé dans nos greffes.

La note la plus intéressante que l’on puisse donner de Lebrun de Duplessis, c’est qu'il fut le grand-père de l’historien Ferland.

Antoine-Jean Saïillant de Collégien, qui fut admis avocat en même temps que Lebrun en 1765, était le fils d’un avocat au parlement, conseiller du roi et contrôleur de l’hôtel de ville de Paris. Nommé notaire royal du gouvernement de Québec en 1749, il fut appelé au barreau par le gouverneur Murray. Parmi les principaux clients de Saillant, on peut citer Bigot,

Péan, Duchambon de Vergor et les Duchesnay. Saillant, qui appartenait à une excellente famille, hérita d’une fortune assez considérable, mais il ne sut ni faire profiter son bien, ni le conserver.

Il était si pauvre, en 1775, pendant le blocus de Québec, que son beau-père Hyppolite Laforce dût lui prêter une portugaise afin de l’aider à vivre. Saillant avait un frère qui s’est distingué dans l’armée française. En 1768, ce frère fut nommé gouverneur de Sully, dans l’Orléanais. L'avocat Saillant, très fier de cette nomination, ne manqua pas de le faire savoir aux lecteurs de la Gazette de Québec, dans le style am. gourique du temps.

Saillant pratiqua quelque temps de société avec l’avocat Michel Amable Berthelot d’Artigny. Voici l’annonee qu parut dans les journaux de 1771 : ‘“Mtre. Amable Michel Berthelot d’Artigny a été reçu avocat pour toutes les cours de la Province par le commandant en chef. Il s’est associé Mtre Antoine Saillant, notaire et avocat de Québec. Sa résidence est chez M. Dubarry, chirurgien, et le plus souvent en l’étude Saillant avec qui il travaille.??

Cette société fut dissoute en 1774, Voici en quels termes Saïillant le fait savoir au publie :

‘ Antoine Jean Saillant, notaire et avocat à Québec, donne avis au public que sa société avec M. Berthelot d’Artigny, aussi notaire et avocat, est finie et résolue le 12 de ce mois : Ceux qui auront confiance en celui des deux, s’adresseront à lui séparément et dans son étude. ??

On ne peut rompre une société en de meilleurs termes.

Saillant, tout pauvre qu’il était, s'était donné le luxe d’une belle collection de livres qui fut vendue quelque temps après sa mort dans l’automne de 1776.

En 1779, il y avait une dizaine d’avocats dans

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Québec. C’étaient MM. Joseph Antoine Olry, Jacques Pinguet, Michel Amable Berthelot d’Artigny, Jean- Antoine Panet, Jacques François Cugnet, Charles Stewart, Robert Russell, Louis Deschenaux, Charles Thomas. Ils résolurent de se former en société sous le nom de ‘‘la Communauté des Avocats.” Cette décision fut prise dans la maison de M. Olry, qui était le doyen du corps, le11 mai1779. On devait se réunir le premier lundi de chaque mois, les uns chez les autres, à quatre heures du soir. Les avocats qui ne tenaient pas maison particulière étaient exempts de tenir l’assembléé du corps. Les règlements les plus minutieux furent rédigés pour l’observance de la discipline. Celui qui n’arrivait pas à l’assemblée dans la première demiheure après quatre heures payait un écu d’amende, On appelait cela la demi-heure de ‘* surchéance.”’ Il fallait payer cinq chelins pour chaque absence totale, Celui qui manquait de donner l’assemblée payait aussi l’amende. Le secrétaire devait transmettre le procès-verbal de la Aernière assemblée, la veille du jour fixé pour la nouvelle réunion, sous pénalité d’un écu. Il va sans dire qu’en fidèles fils de la basoche, tous passèrent à tour de rôle au crible de la censure. Rien de plus curieux que de relire après coup ces vieux procèsverbaux où chacun s’impose la pénalité voulue par les constitutions pour le moindre manquement à la discipline. Et tous la payent de bonne grâce, car elle contribue à former un fonds de secours pour les confrères qui pourraient tomber dans le besoin. Un jour, Mtre Louis Deschenaux se fait exeuser de ne pas assister à la réunion parce qu’il a été la veille en campagne et qu’il est incommodé d’une migraine. Ce tour de campagne suivi d’une migraine, tout vieux qu’il est de cent années et plus puisqu'il se passait en 1782, a la saveur d’une bonne bouteille de vin retrouvé derrière les fagots.

Quel était le but de cette société ?

Les constitutions et règlements sont malheureuse:ment disparus, et ce n’est que par des fragments échappés au naufrage que nous pouvons en rétablir l’histoire. Faire respecter la profession, s’aider mutuellement, discuter des choses intéressant le barreau, sauvegarder ses prérogatives, prendre des mesures disciplinaires contre ceux qui manquaient à l’honneur, voilà ce que l’on se proposait.

On me permettra de citer quelaues exemples :

Mtre Jacques Munro, dans un plaidoyer écrit, avait attaqué le caractère et l’intégrité de M. Panet. Le 11 mai 1779, la communauté décida qu’il raierait les paragraphes incriminés et déclarerait son ééplaisir à Mtre Panet de son indiscret avancé. Munro s’y refusa, et l’on fut bien obligé d’en appeler au tribunal. Voici dans quels termes, on le fit :

ADRESSE du corps des avocats résidant à Québec, à l'honorable cour des plaidoyers communs, par Maître Olry, le plus ancien avocat et doyen élu de leur corps.

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