G ÉTUDE PRÉLIMINAIRE
estre nécessairement liommes de lettres et d'intégrité très approuvée : tant parce que Ton adjoustoit merveilleusement foy a leurs escritures , que parce qu'ils contracf oient non en idiome vulgaire, mais en langage latin ; façon qui s'est continuée jusques au temps du grand roy François. »
Une situation si prépondérante faite au Barreau ne s'était pas effacée des souvenirs , au sein des anciennes familles de jurisconsultes. Là était pour elles le point culminant de leur ambition , l'honneur et le but d'une existence tout employée à un véritable ministère public (1 ). Il est certain que , lors de l'institution du Parlement dans les premières années du XVP siècle , quand il s'agissait d'assurer l'œuvre de Tunité française en détruisant en Provence les vestiges de la suzeraineté de l'Empire et courbant sous l'autorité du Roi l'indépendance des juridictions seigneuriales , elles avaient été Pinstrument le plus utile entre les mains de la Royauté.
On a déjà vu deux avocats choisis comme arbitres par deux souverains et prononçant en faveur du Roi de France contre le duc de Lorraine. L'und'eux, Accurse Maynier (2), baron d'Oppède, est nommé premier président en 1507.
éner^iqucment contre les flatteries de Nostradamus et contre ses prétentions à vouloir que la noblesse ait e'té compatible avec la qualité de notaire.
(1) Expression dont se sert M. Berryer dans son introduction à l'ouvrage intitulé : le Ministère pu'dic et le Barreau^ leurs droits et leurs rapports; Paris, Lecoffre , 1860.
{2) Accurse Maynier, fils de Gailh. Maynier, célèbre jurisconsulte d'Avig-non, d'abord juge mage de Provence, fut reçu premier présidv:nt au Parlement d'Aix, le 15 juin 1507. Son fils Jean Maynier fut pourvu de la même charge en 1543.
Les biens et le nom de Maynier passèrent dans la famille de Forbin la Fare, qui a donné au Parlement d'Aix deux illustres premiers présidents.
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l);ms riii>tiluii<»iMl(»s con.mîilhîrs fil li>ol, jicHédcs noiii.s (!(» l(''^»'isl('s Icis <jin' Mcl<-lii()r Sc«/iiirîiii , (niilIaniiHî iNi^rct, I^Tlniiid Diiiîiiilv il), (inspîinl I Jupi'-rif»!', s»- lit cc^lui do l.o'iisdc l''(»rl)iii, Hci«rrH*nr du Luc, lils du i^Tuiid l'alaïiiède, donl il a\;iil (Hr It^ licutciiaiit , rtcliar;^''édepuiHd<î plusicurH aiiihassadcs. C'oHt toujours ralliant» des deux noblesses. Ainsi s'('devai(Mit vers la inrinc <'I)0(|U(î les Tril)utiis, 1(îs Coriolis, les (iaulVidi , etc... Simon d(î Trihut iis , ])fjurvu d'un (les j)ivniiers()lllctrs d»^ conseil^M* au Parhunent, était professeur dcdroit , allant rcnsciL-MM'i" di» \ illr m ville. Il Si* li(» î\ Car peut ras avec le sa\ant juriscoiisultf» Hc^rlraiidus, auttMU* d'un livre (|ui lit sa rcnonnnée : Cimsilia Ucvlrandi Cavpenioyncc)\sis\ et il en (épouse la iilhî unirpu* , sous la condition « (pie ceux (pii naîtraient de ce mariage et leurs descendants seraient doetiMirs en dnjit (2). » Condition sing'ulière ! (pii fut sans doute fidèlement exécutc'e ; car Honoré et Melcliior deTributiis, fils et petit-fils de Simon, furent conseillers (1533 , 1573). Ce simple détail fera comprendre comment la science elle-même appelait et créait , non plus par le privilège, mais par la volonté des pères, la conservation et la perpétuité des familles.
Tous ces jurisconsultes avaient travaillé à devenir et étaient devenus effectivement les chefs d'illustres familles parlementaires. D'autres , nous en avons offert en quelque
(1) Les Dnranty, plus tard, sei^'iieurs de la Calade. ont fourni plusieurs consuls à la ville d'Aix et de nombreux conseillers à la Cour des Comptes de Provence. — V. sur les Duranty et autres familles parlementaires que nous citons : V Histoire héroïque de la noblesse de Provence, l'Etat de la Provence par l'abbé Robert, et Y Histoire manuscrite du Parlement, par M. dHesmivy de Moissae.
\ï) Critique du nobiliaire de Prove)ice, article Tributiis. — C'est à Simon de Tributiis que Bonifaeo de Ség'uiran . flls de Melchior, dédia en 151o la Practicajudiciaria in criminalibiis.
38 KTUDK riniLIMINAIRE.
sorte le type dans les Decormis, s'étaient distiug-ués après eux et avaient suivi leur exemple. L'Ordre des avocats avait mis à profit la faveur dont on Tcnitourait, surtout depuis la séparation faite en 1530 entre lui et le corps des procureurs (I). « Alors la digniité d'advocat du lioy ne donnoit aucun advantage par dessus celle d'advocat du commun (2). » Alors on recherchait les honunes pour leur mérite; « il ne falloit pas qu'ils advanrassent aux estats par arg-ent, sous peine de croupir éternellement en la poussière du palais. » Enfin , pour tout dire en un mot, la vénalité, cette monstrueuse vénalité, contre laquelle les publicistes du XVP siècle n'eurent qu'un cri d'indignation , que L'Hôpital appelait dans son Trailé de la Réformalion de la justice « un infâme trafic , vrai sacrilège , )) n'avait pas encore détruit les traditions de la chevalerie es lois , interdit aux avocats les charges et dignités; elle n'avait pas ravalé leur profession et envahi l'élat social comme une hvdre à un million de têtes.
« Lorsqu'il fut question de faire une coefi^e à la lune , écrivait Loyseau (3), il ne se trouva point d'ouvrier qui voulust entreprendre de la tailler , dit Plutarque , pour ce
(1) Consuît. la Notice historique sur l'Ordre jadiciiire en Provence, par M. Charles Giraud.
Un banc, portant leur nom en g-rosses lettres, fut assig-né aux procureurs clans la grande salle du palais. Ils devaient s'y trouver le matin, à la rentrée de ]Messieurs de la Cour (à cinq heures en été et à six en hiver), et demeurer présents tant que Messieurs tiendraient audience. On rég-la leurs salaires pour qu'ils ne demandassent aucune chose « soubs couleur de divers dons et autres dépens extraordinaires, qui ne seroient nécessaires pour la déduction de la cause. » Un édit de 1620 établit définitivement que les charg'es de procureurs seraient en titre d'office cl en limita le nombre.
(2) Dialogue des Advocals, par Loisel.
(3) Droict des Offices, Avant-propos.
KTIJDK PUICIJMINAIIIK. M
([iiola liiiKî (;liîm;^M'j()iiriu*lleinent (1(î tonne. Ksl-ce pas une <4*i*aii(lr, ('iilri'pri. (^ dr vouloir HC(!oiiiiiio(I<*r un di'oict au coniiïu^rc(; (l(\soHic('s, (jui, di'jxîudant tic; la l'auLaisie, voiro frénaisio du |)<Mi|)le , n\'st f:ç'u6rcH moins Huject à chanffoinent (\\n) \<i lune;? »
Cette {ifrando (Mit reprises dont parle pitloresquement Loyseau uc pouvait naître (ui effet d'un système rationnellement conçu. I^ille fut le i)ro(luit liyhride de dcnix faits, (le deux nécessités : le besoin d'arf^ent cjui renaissait toujours plus pressant sans qu'on voulût convoquer les Etats g*énéraux , et l(^s itU'ies d'indépendance profondément ancrées dans la société française de l'ancien ré^'ime , alors même qu'on attaquait avec les offices la liberté , l'initiative , la vie intérieure des corps constitués sur la base de la tradition ou de l'élection.
Louis XI avait commencé par rendre les offices de judicature perpétuels, sauf le cas de forfaiture jugée (14G7) ; FrançoisP'"et le chancelier Duprat les vendirent; Charles IX alla jusqu'à autoriser les héritiers à en disposer. Les édits de 1546 et 1547 soumirent bien les magistrats à un examen préalable, et l'ordonnance de Moulins (1566) exigea qu'ils fussent présentés ou élus par les compagnies. Le prix des charges , augmentant de jour en jour, interdisait aux avocats tout avancement. L'ordonnance de 1535 pour la réformation de la justice en Provence avait disposé (( qu'aucun ne pourrait faire ou faire faire don ou promesse d'or, d'argent ou autre chose équipollente , et en ferait serment à sa réception. » Ce serment, connu sous la rubrique de pecunia non numerata , était devenu une vaine formalité. — « Tombant de fièvre tierce en chaud mal , dit le vertueux Pasquier, il ne nous reste que le parjure
4Ç!.r KTUDE PRELIMINAIRE.
(tout lions saluons la conipagniie avant d'entrer dans i exercice de nos estats. » Le parjure finit par être aboli en 1597 (1). LV'dît de la Pauletle (lOOi) acheva bientôt de consacrer le mal. Dès ce moment, l'acquittement rnnuel d'un droit, montant au soixantième du prix des charges, devait assurer la propriété entière des offices et leur transmission dans les familles.
Une nouvelle aristocratie, celle de la robe , s'était constituée, aristocratie plébéienne d'oriyine , mais qui avait pris gTaduellement les mœurs etleshabitudesdela noblesse de race , en les mêlant à ses propres traditions. L'esprit de caste, le recrutement exclusif des corps dans un certain nombre de familles, avaient enlevé aux jurisconsultes le fru't de leurs sueurs, la récompense des luttes de la parole. La révolution était consommée dans la dernière moitié du XVIP siècle. Elle avait marché de pair avec l'abandon du droit romain et l'oubli des principes qui avaient fait la vie publique des sociétés municipales du moyen âge. Tout un Ordre chevaleresque avait dès-lors disparu au Barreau. Il n'y avait plus eu , siég-eant sur les fleurs de lis , des chevaliers es lois , se disant tels et portant au palais l'austérité et la vaillance des vieux paladins. Les officiers du Roi affectaient de s'isoler de plus en plus du corps des avocats. Messeigneurs du Parlement possédant fiefs , terres , châteaux, à belles manières, luxueux, fastueux, de moins en moins aptes à goûter le latin du Digeste et du Code , sein-
(1) Il faut le dire à 1 lioiiiieur du Parlement de Provence; il essaya, mais en vain, d'cmiêclier que le serment ne fut une lettre morte. C'est ainsi que Pierre Puget triompha des oppositions de la (our, en obtenant des lettres de provision royales, bien qu'il fût reconnu avoir donné '},:3no livres pour roffice de conseiller (1 mars- 11 octobre 1577.)
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l)l;ii(Mit \()iil<)ir iMclictcr Ifiir |mm de sciciicr par la poinpo (icîs (JistiiK lions ri (puililirutioiis lioiH)iili(|iM's. liraucoup ((^t (Muaient, les |»liis jeunes) n'allé;»*uairiit (pu' l'équité, {.'Hlii' /'(lusse cl S('(luiSft!ih' r(inih\ (jiiaïul «'lir IM'St pHH ré^îCO ])ar la loi , c! cnitrc la(|iicll«' d A^'-iir.sscaii rnit (l(îVo:r a'élovcr dans sa nicrcnriahî : Dr l'esprit ri dr l<i s'.iciuc du UKKjisIrnt.
Et cependant !'( )rdi(î des jnrisconsultes n'avait ni dégénéré nidéniérité. (Vêlait lui (|ui fournissait lahorieuseinent aux niau'islrals les seuls \ rais éléments de la ({«'cision des ])rocés; (fêlait lui ijui , dans Tassossorat d'Aix et la Procuration du Pays, eontiiniait à porter le fardeau diî l'aduiinistration i)rovinciale. Après les avocats et jurisconsultes d'Aix qui s'étaient illustrés au connnencenient du XVIP siècle, les Cliarkîs-Annibal Fabrot , les Mourj^-ues , les Jac([ues deliautVidi , les Cabanes , les Marlelli , les Debezieux, les Antoine Julien, les Seipion Dupérier, avait surg-i toute lagénéralion de ceux parmi lesquels François Decormis, ]<>'nace et Pierre Saurin avaient successivement cmquis la première place : les deux Peyssonnel , Moulin , Courtes , Barrel , Gailliard, Gautier, Boniface (1). Quand Louis X\y voulut accomplir son œuvre de codification des coutumes, ces jurisconsultes avaient été appelés à l'éclairer de leurs lumières , et ils avaient dressé dans leurs
(l) V., bur (iuol(iLies-uiis de ces jurisconsultes, divers travaux publie's depuis trente ans : la savante Notice sur la vie de C.-A. Fabrot, doyen de l' Université d\iix, par M. Charles Giraud (Marseille, Marias Olive, 1S33) ; la Biographie de Jacques de Gaufridi. par M. Mouan, secrétaire perpétuel de l'Académie d'Aix (Aix, Marius lUy, 185i); enfin VEloge de H. de Boniface, par M. Berlue de Perussis (Aix, 1860).
Cette dernière étude, consacrée à l'auteur des Arrêts notal-Us du Paricnicut de Prwrnce, contient de précieux détails Idourapliiques sur un certain nombre d'avocats de l'époque.
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conférences chez Scipion Dupérier (1660) les cahiers do leurs longues délibérations et de leurs décisions. On ne méprisait pas alors leur science.
La correspondance de Decormis et de Saurin exprime souvent avec éloquence les sentiments d'amertume et de colère vengeresse que soulèvent en eux les tendances , les allures nouvelles de la magistrature. La vénalité des offices leur paraît être toujours la grande faute originelle ; c'est leur Delcnda Carthago.. Acheter la justice , c'est acheter la divinité , disent-ils , quelle témérité !
Saurin va jusqu'à déclarer qu'il a mieux aimé se soustraire par le célibat aux dégoûts que les jurisconsultes un peu délicats éprouvent de jour en jour. — « C'était assez que nous les essuyassions, s'écrie-t-il , sans les perpétuer plus longtemps dans nos races. » Dans ce fier langage , dans ce cri d'un cœur ulcéré qui préférerait la mort à l'abaissement , on reconnaît bien les liommes que le principe municipal et Tesprit de famille soutenu par des traditions respectées avaient formés , loin des corruptions de la capitale. Des traits semblables devaient se rencontrer plus tard dans une correspondance d'un tout autre genre , celle du bailli et du marquis de Mirabeau , à propos de la noblesse sacrifiée et livrée sans pudeur aux fils des maltôtiers sortis des boues de Paris (I).
(l) « Je te demande si la noblesse a un beau rôle à jouer à l'avenir, et s'il est g'raeieux d'avoir des enfants, pour les voir bafouer s'ils sont bons sujets et réduits à ne rien être sinon valets de la cour.» —Lettre du bailli de Mirabeaa au marquis, des 13 et "2-2 juin 17 Cl.
Le bailli revient quelques années après sur le m^me sujet . — <( Je vois que la noblesse se divise et se perd. EUe s'étend sur tous les enfants de sangsues, sur la truandaille de finance, introduite par la Pompadour sortie elle-mhne de ces immondices. C'est bien îa peine de continuor une race pour cela, ou pour se trouver dans
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Après JaiMiurs de (îaiifridi , dont on connaît la présidence orag'ouse et si plciiK^ de contradictions d'abord à la nouvelle Clianihrcî des KtMpitMcs , puis an Parlement Semestre [\\ on ne voit pins de jnrisconsultes élevés du banc de la barre, successivement rabaissé, au siège du magistrat. Nous nous trompons ; il y en a un , mais un senl. Le 2G juin IGÎX) , Pierre d'Azan fut reçu avocat général en ToUice de J.-lî. d(? Gautier. Il avait postulé au Barreau pendant (quarante ans et avec beaucoup d'honneur. Quand il se présenta à la Cour pour être examiné , le premier président Arnoul Marin , au lieu de l'argumenter, selon l'usage, sur la loi qu'il venait de rendre , Ini dit : Pudet vie dociiorcm inlerrogare. Tous les membres de la compagnie imitèrent le premier président et aucun n'osa l'argumenter (2).
Ce lait prouve au moins combien les mag-istrats euxmêmes avaient conscience , non de leur infériorité , mais de leur fausse situation en présence d'un glorieux vétéran du Barreau. Le témoignage du président de Reg-usse en
une révolution que la dissolution nécessaire de tous les ressorts entraînera. » —Lettres du même au même, du 2G mai 178J et du 8 mars
(1) L'institution de la Chambre des Requêtes eut lieu en 1641 , et celle du Semestre en 1C48.
(i) Histoire manuscrite du Parlement de Provence, par M. d'Hesmivy de M ois s; 10.
4i' KTUDK PRÉLIMINAIRE.
ses Mémoires (1) nous confirmerait au besoin dans nos appréciations. Lui aussi accuse la vénalité des offices, « qui t'ait qu'on acquiert les charges parla richesse et non par le mérite. » Ce qu'il ajoute atténue , il est vrai, la portée de ces sévères paroles et doit être cité pour l'honneur de notre ancienne magistrature. Le président se constitue le défenseur de l'intégrité , de l'indépendance du juge « qui ne s'ébranle point de la considération des grands, ne se laisse point séduire par la complaisance , ni corrompre par Tintérét. » — « La science , la piété et la générosité nous aident , dit-il , mais le principal consiste en Tesprit de justice dans lequel nous trouvons le repos de notre conscience. »
Nous venons de suivre historiquement les progrès de la vénalité; il faut maintenant essayer de la jug-er. Après avoir vu TOrdre des jurisconsultes exclu par elle des charges de magistrature, et avant de laisser la parole aux deux avocats d'Aix si véhéments contre ses abus , il faut en marquer les effets , non seulement dans la sphère de la justice , mais aussi dans celle des intérêts sociaux. Il faut faire aujourd'hui ce que la situation de Decormis et de Saurin leur rendait difficile : fixer la part du bien et du mal, examiner si l'honneur et l'indépendance n'ont pas trouvé des garanties , là où il semblait que toute dignité , que tout respect de soi-même devaient disparaître. Encore un point qu'il convient d'éclairer dans cette. étude , pour que le lecteur ne se méprenne pas sur la portée de certaines récriminations.
La vénalité , surtout la multiplicité et le trafic des offices, ont été un des plus funestes expédients de l'administration centralisée et fiscale , qui n'avait que trop réussi h
(î) Cha]). 111.
KTIJDIC PUIvMMINAIUr. t.")
(hHniirc on à <*()rrniii|)i'<' m l''raiic«' hs é'i'ineiitrt di* r«»|>ri»s^Mitution , a tous l«'s dc^^ivs , laissas (Iclxiiit dans la riiiiH* des aiicirmics institutions autonornoH et populaires d«» rMiiropc.
( )n ne di'ploi-ci'a J.inius assez (j'ic de tels nir»v<*ns de «^•oiiverneincnt aient |)revaln. On nr pourra jamais trop condamner cet arhitrainMiscal, (pii, sans princip'îs urrôtés, sans vn(»s d'avenir et d'ori^'unisHtion f^^énéralo, souvent pour do, mcMliocrtvs (M petits intén'^ts d'nrpfent , l)attit en i)rècluî les mieurs et les institutions où ('taient autant de i>'ermes de liberté pnl)li(pie, lit des offices une» marcliandine et leur chercha par tous les niovcns di*s ac(piéreurs; dont le résultat fut enfin d'isoler les citoyens dans la propriété d(î charçTS innoml)ral)!es (I), plus encore que cela n'avait eu lieu sous la féodalité pour la propriét:'^ des fiefs. Appli- (piéeà la mag'istrature, la vénalité a établi et enhardi les Parlements dans une indépendance, d'où leur vint le pouvoir de suppléer au remède périodiquement invoqué et toujours ajourné des Etats généraux. Cette indépendance des Parlements a-t-elle été un bi^n en l'absence de tout autre? (vhiile nierait ? Mais , en le constatant , on se demandera si elle n'a pas éloig*né le seul bien durable, la seule liberté substantielle et solide ; on regrettera que ces parlementaires couraaTux jusqu'à Théroïsmo , lorsqu'il
(1) « La moitié dos habitants des viUes est officier. C'est une manie qui nous abrite, une archomanie, une fureur d'offices, — Qui n'aura arg'ent vendra sa terre , qui n'aura assez de terre se vendra luimême , si on lui permet, et consentira d'être esclave, pour devenir officier. » — Loyseau, des Offices, Livre I , Chap. III.
Louis XIV créa quarante mille charges de 1693 à 1709. Dès 1G64 , lors de l'enquête faite par Colbert, dit ^I. de Tocqueville, il se trouva que le capital eng-ag'é dans cette miséi'able propriété s'élevait à peu près à 500 millions. — L'Ancien Régime et la Révolution, p. 1G2.
40 ÉTUDK PUlCLIMiNAllîK.
s'ngissait de maintenir certains droits nationaux identifiés aux leurs , aient eu un si médiocre souci de la formation des mœurs représentatives en France.
(( La vénalité est le grand obstacle au dessein du despotisme (1), » écrivait en 1705 le marquis d'Argenson , employantle mot sacramentel du siècle. Obstacle évidemment trjs-réel, quoique artificiel; mais, obstacle qui devait empêcher toute tentative de réforme, toute action légitime et efficace du pouvoir, en substituant à la vie collective de corps doués de mouvement et bien équilibrés les vanités, les susceptibilités et les résistances de chaque individu. Il n'en avait pas toujours été ainsi. En d'autres temps oii Ton parlait moins de libertés et où Ton savait mieux sauvegarder celles qu'on avait acquises , la vente des charges n'avait pas été l'inévitable moyen d'assurer Tindépendance du magistrat. Alors le droit de présentation était utilement et vraiment exercé. Les règlements de Charles VI (1400-7) et de Charles VII (1440) exigeaient qu'à chaque vacance de conseiller les Chambres s'assemblassent, en présence du chancelier, pour élire un, deux ou trois candidats ; les membres juraient sur l'Evangile , avant l'ouverture du scrutin , de ne suivre que les inspirations de leur conscience. — « Ce fut le beau temps de la magistrature, ajoute sur ce sujet un auteur moderne (2) qui a analysé à fond la constitution des anciens Parlements et particulièrement de celui de Toulouse ; les présidents furent choisis dans l'élite des conseillers, les conseillers dans l'élite de la
(1) Considérations sur le gouvernement delà France, p. 186.
(2) M. le vicomte de Bas tard- cl' Es tan g", conseiller à la Cour impériale de Paris, dans son livre intitulé : les Parlements de France ; Paris, Didier, 1857: T. I, p. I23-12'4.
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inayihtrature iuferitMini et du Hancau ; tout fut j^iîmIih* et normal... Mais tout fut ino'Jitic'î par la vrnalitô des of.iccH 60US Louis XII et par celle; (](î.s charges de ju.stice sous Franroi.s I''. ]a\ drcut (1(^ présentation w'éteif^nit j)eu h pou, et il ne resta i)lus(|U(; le droit d'examen ré.servé comme lo geul contrepoids di' la vénalité derjcliarï^'-es. »
Les fruits de conservation nés de la vénalité pouvaient donc se produire sans elle. Il n'y avait profit (pie i)our le Trésor dans la vente et le trafic des offices. La libre initiative des corps de maj^istrature coml»inée avec la force inhérente à laconstitntion de la famille, sousTemnire de Tautorité paternelle et des traditions , eiU prévenu ces tendances exclusives, cetesprit un peu étroit de caste, fpii furent Técueil de l'autorité et de la liberté parlementaires; elle eût beaucoup plus sûrement empêché le pouvoir de faire , selon l'expression de M. Royer-Collard, la conquête du droit (I). Vains regrets, nous le savons bien, que ceuxlà! Plaintes inutiles, après le cataclysme qui a mis en poussière les fondements de l'édifice ! Nous dirons de même des reg'rets qu'émettent Uecormis et Saurin sur la perte de l'ancienne chevalerie es lois , et de ceux qu'il y aurait lieu d'exprimer sur l'abdication politique et judiciaire de la noblesse. Heureux eût été notre pays, s'il eût été possible d'arrêter cette irrémédiable décadence du corps aristocratique ! Heureuse eût été la France , si la noblesse de ses communes et de ses provinces, dans laquelle la nation , au jugement de l'homme qui a le mieux aperçu la marche et la raison historique de notre révolution sociale, avait une portion nécessaire de sa substance et dont
(■) Vie publique de Roycr-Coîlard . par M. L^^on Ving'tain, p. 243.
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la ruinea énervé mômci ses ennemis (I), avait pu être pliée par une main ferme sous la toute-puissance du droit et partag-er le ministère aug*uste de l'interprv^ter avec les familles du Tiers-Etat! Son passé lui ei\t g*aranti son avenir. Il n'eût pas été besoin de la vénalité pour recruter les Cours souveraines. L'exemple donné en Provence , aux XIIP et XIV^ siècles , par les Villeneuve , les Glandevès, les Grasse , les Vintimille, etc., méritait d'être imité aux XVIPetXVIIP.
« Les non nobles ne nous ostent les estats de judicature, disait déjà en 1538 le maréchal de Tavannes (2); c'est l'ignorance qui nous en prive. La porte est ouverte à tous ceux qui font étudier leurs enfants. C'est l'honneur de plaider et de juger. Les seigneurs romains s'en sentoient honorés. Sotte est l'opinion des brutaux que les présidents et conseillers ne sont g-entilshommes. Plusieurs sont de cette qualité ; et c'est estre vraiment noble que de faire la justice. Ce sont eux qui ont puissance sur les biens et la vie des autres. C'est estre serf que d'estre en estât privé de judicature qui est marqu3 de sup.^riorité et de souveraineté. >^
Au commencement du siècle suivant , Sullv exhortait (( les princes , ducs , pairs , officiers de la couronne et autres seig-iieurs d'illustre extraction , de quitter les cajoleries , fainéantises et baguenauderies de cour, de s'appliquer aux choses vertueuses , et , par des occupations sérieuses et l'intelligence des affaires , se rendre capables d'être honorablement employés f3). »
(1) L'Ancien Hégime et la Révolution, p. 171. (-2) T. I de ses Mémoires, p 97.
(3) V. Touvrag-e déjà cité de M. Oscar De va liée, sur Antoine Lemaistre et ses contemporains , p. 389.
• irijui? i»ui':mminaiiik. 49
Plusieurs i\r. ces vi^M'itùs ne devaitMit péiiétnT etéinouvoir leBprit pnhlic, elles us |»rovo<|iitMviit un ehiu n'^parateur qu'à la veille <le 178» , c ent-ii-dire, comine il arrive souvent pour les plus sagcîs conseils, lors(pril «'•tuil trop tard. Déjà , le coup était ])orté vi la eofrnée était h laracin<; du grand chêne séculaire. I/Ordre administratif avait pris le pas sur rOrdre judiciaire ; l'intiMidant avait depuis lon^rtenî])s la haute main sur toutt^s l(»s(piestions, dont l'intérAt se subordonnait de plus en plus h la rcMloutahle (juestion des finances; son action s'était étendue d'autant plus rpie l'isolement des ma^-istiats, nuil;^'*ré la popularité éphémère de leurs oppositions, avait énervé et faussé leur part de concours dans la police «ifénérale. Déjà, on s'était habitué à ne voir, ;ï ne solliciter, à la place des mandataires élus du Pays, que Ta^rent direct, immédiat et révocable, du pouvoir central. Les réformateurs de l'époque semblèrent eux-mêmes n'avoir qu'un programme, qu'un but : introduire la liberté dans l'administration. On célébra les avantages des Etats provinciaux (1) ; on en énuméra les bienfaits matériels et au point de vue du crédit. C'était une pensée féconde que celle de vouloir associer partout les citoyens à la discussion et à la gestion des intérêts communs. Mais il était bien tard pour les mesures qui préviennent et qui fondent. Il était plus chanceux encore, lorsqu'il n'y avait en dehors des Parlements aucun organe autorisé des préoccupations publiques, de tenter l'entreprise dont le chancelier Maupeou fut le faible instrument, isolé et bientôt sacrifié. La réforme de 4771 avorta à Tins-
(1) Consult. le curieux ouvrag-e publié en 1738. à la suite et sous le titre de VAmi des hommes , par le marquis de Mirabeau; nous voulons parler du Précis de iorganisation ou Mémoire sur les Etats provinciaux.