IILI.UIIMI- A ^\t ItlN
Aix, 2 \ «ieciîhibrc l'io.
Le clianj^ciiiont des lois doit cHro comme imiw^rccpiiMo. Ce n'est pas l:i où il rst |)(;riiiis (\o conjMT l(f ii'iMid g-ordiiMi. Il faut st' coiitenlrr diî découdre».
Il inc sciiihli; (|U(^ M. ('ujas a hicn ohservé sur le titr«î , Quœ si( lotifja consuctudn, l(»s cas uuxciuels la coutume pouvait surmonter la loi et ccllo-ci surmonter la coutume. Pour le droit i)ul)lic , celui de* l'Ftat ou <1(î la r('])ublique doit toujours l'emporter au l)(\soiu et (Mre un titre jferpetuo damans ^ ])our iMi conserver ravanta<,^e.
SAUIUN A nECOllMIS.
♦Saint-Marc, H décembre H^O.
Cette tribte aimée finira, si vous le trouvez bon, nos entretiens sur les lois en général et sur cette frénésie contagieuse qui se renforce de jour en jour. Je veu.'-. parler de la plupart de ceux qui entrent dans le terrible sacerdoce de la justice avec leur seul bon sens... Nous avons assez gémi sur cette sorte de peste qui ne peut donner enfin que la mort au corps civil.
Parmi les fruits que je recueille dans mon petit angle de terre formé par la rivière et les rochers , qui inihi rideret prœler omnes, si la désolation de nos concitoyens ne me faisait pleurer, il va, comme vous savez, modus agri^ non ita magnus horius , vbi et tecto vicinus jugis arjuœ fons , et paulum silvœ. C'étaient les quatre souhaits d"Hc race (I).
(1) oc Mes dig-nite's, mon cre'dit, ma puissance , écrivait le chancelier THôpital retire' dans sa terre de Vig-nav, m'ont laissé pour tout bien une modeste habitation dans la Beauce : mais le champ qui me nourrit est aujourd'hui ma propriété. Ce petit champ me suttit. Je trouve plus beau de le cultiver moi-même que détendre au loin ses limites, aux dépens de mes voisins. Une grande terre annonce les richesses . labondance excessive d'un maître puissant; un petit domaine cultivé avec soin manifeste le caractère et rintellig-ence d'un ht)nune. x
88 CORRFSPONDANCR
J'y troiivoéncortMle la graine de genévrier merveilleuse contre le mal qui nous afflige. X'ous l'aurez vu par la dissertation du médecin de la marine de Toulon que je vous ai envoyie. Je prends la liberté de vous en présenter une boîte pour vos étrennes , je Tai cueillie pro/^nis manibus. Je suis toujours avec la même vénération , monsieur, etc , etc.
Di:C0nMIS A SAUUIN.
AiXj janvier \m .
Vous ne pouviez me faire une plus utile étrenne que de la graine de genévrier, bonne contre la contagion ; je crois que c'est pour le parfum en la brûlant. Vous m'apl)rendrez , s'il vous plaît, combien de g-raines il en faut mettre à la fois, et s'il faut les briser ou les brûler telles qu'elles sont. Car je suis si peu accoutumé aux maux , grâces à Dieu, et aux remèdes, que je n'y ai fait jamais aucune application, n'écoutant nullement les médecins que lorsque je suis notablement malade et par déférence à l'Ecriture : Honora medicumpropter necessitatem.
Votre Tusculum est fort aimable. Il me souvient d'un vers de Virgile : — Laudato ingentia rura, exiguum colilo. Pline, dans une de ses lettres, dit qu'il visitait un ami à sa campagne qui couvrait la table des choses de son crû , et (lapibas mensas oneratas inemplis; ce qui leur donne un meilleur goût. Je crois qu'Horace ou Virgile , au rapport de Cujas , voulaient le bon air, la bonne eau et le bon voisin. Vous avez tout cela; car une abbesse de religieuses ne saurait manquer d'être un bon voisin. J'attends votre instruction sur le g^enièvre et vous souhaite une bonne année : ad muUos anuos.
DIC DIK OllMIS I:T hl'. SAIMIIN. 89
HAIJHIN A DKrOHMIS.
.'-^j'iiit M:iic. li jMi.NMr \''l*
N'éparf^nioz jîhs le jjfenif'vn* , j'rn tniiM-ini ci.cortMlniw mon criiiitai^-c (|U(' j'ai rendu plus ainial)l(î (b'puisiiue \()UA ne l'avez vu. Si je c()in])tais d'y jouir loujoursd'un commerce léj^-al et littéraire» aussi util»? ci aussi doux rjue le vAtre , d'y trouver de (pioi réj^aler mes nmin avec le» (l(i[iibns invmptis de votre Pline, j'y passerais innocemment mes jours, ut i)risr(i (j('nsïw>rtaliuvi.
^\. h Chancelier m'avant fait l'Ijonneur de m écrire, comme j'avais eu celui (hî vous le manjuer il y a deux mois , que j'avais eu tout le mérite du sacrifice en voulant rester à Aix pour y juj^^er avec vous à la place du Parlement , sans en avoir la peine, je crus devoir lui répondre qu'il n'était pas juste que je méritasse sans avoir eu queli|ue peine, et que je travaillerais dans un autre sens au bien (le la justice dans le lieu de ma retraite. Je lui ai envoyé ma première lettre contre la folie ou l'ignorance crasse de ceux qui disent que la r/^publique peut exister sans lois. Je reçus avant-hier l'honneur de .-a réponse où « il approuve, dit-il, le g-enre d'occupation que je me suis j)roposé dans ma solitude. »
DECORMIS A SALRTN.
Aix , 13 janvier 1*21.
Vous m'avez envoyé tant de genièvre que Dieu nous garde que la pesled'Aix durât autant. Un g-rain dans la bouche y laisse de l'amertume pour le reste du jour.
Votre solitude par sa situation est très-aimable, et je ne doute pas que vous n'en ayez augmenté les agréments. Nous pourrions bien un jour y aUer manger, vous et moi,
90 COHULSrONDANClî
011 chaise roulante , un ])ig'eon ou un poulet. La vie des champs a ses douceurs. C'était celle des patriarches en leur simplicité ; mais il ne faut pas que vous vous y plaisiez trop ; car, quand Dieu a doiiiu' de>' talents pour être uti^e à la re'publique, il veut (ju'ou les mette en pratique.
SALUIN A DECOHMIS.
Saint-Marc, 17 janvier 1721.
Je reçois dans le moment votre réponse du 13. Si le mal continue de même à la ville, que deviendrons -nous? Je vous recommande toujours bien l'attention sur vous-même et sur vos gens, afin que vous puissiez venir un jour manger un pigeon qui sera dapes inemptœ, avec le Père Saurin qui me mande qu'il passe ce déplorable temps sur la Bible. Cela s'appelle bien passer le temps.
DECORMIS A SAURIN.
Aix, 18 janvier 1721.
J'ai vu des requêtes au Parlement de l'an 1 564 , présentées par J. -Augustin de Foresta, premier président ( I ) , avec la seule qualification de mattre, et à présent les derniers des trésoriers généraux sont tous Messires. La vanité
(1) Jean-Aug-ustin de Foresta, reçu premier pre'sident du Parlement de Provence le20 juillet 1558. fils de Christophe de Forest ,''et non Foresta), médecin de François P"" et du Dauphin. Voici comment est conçu le don que François P' fit à ce dernier, en décembre 1544, des biens meubles et immeubles de Bernard Boutiquari , seig'ueur de Rougiers, aubain et bâtard : — « Atteudu les bons services que notre amè et féal conseiller et médecin ordinaire de nous et de notre fils le Dauphin, maître Christophe de Forest seigneur et baron de Trets, a fait ci-devant à nous, etc. . . » Ce ne fut qu'en 1552 que François et Jean- AuGTustin, ses enfants, prirent le nom de Foresta dans la transaction qu'ils passèrent, le 1" septembre de ladite année , avec la communauté de Roug'iers, que leur père Christoi^he avait eue par le don des ])iens de Boutiquari. — Cette note manuscrite de la main de Saurin, se trouve à la marg'c de larticlo de .J.-Aup:ustin de Foresta, folio 458, dans V Histoire du Parlement de Provence, par Louvet. Saurin assure avoir vu les i»ièocs. (R.-A.)
hi: DIUOHMIS KT l>K SAl KIS. 91
(l(î|)uis|)(3ii (rjiiiiu''(îSH*estyi fort nccrin* (pi m iiii«»n>*H<*nilil*'M» (l(î lea M. d'Oppi'de , premier jirfHident, et de M. d*» Bout-, premier président aux CompteH, et mitres parents du feu sieur conscMlltT d'Arnaud, étant lu un e«Mitrat où celui-ci avait i)ris la fpnilitf'^ de rhrvalier, M. Dupérier dit (pril fallait nîtranelier les trois dernièn»s lettres.
Bonifart» VIII pouvait bien a|)pel(»r l(\s docteiirs lumen vuwdi , puiscpie TKjjflise, à l'antienne des doctein-s , les compare au soleil : (juonun dortritid fnUjei ecclesid ut sol et hma.
SAUIUN A Dl'CORMIS.
Saint-Marc, 21 janvier 1721.
Je crois bien , monsieur, (pie ce que nous avons dit jusqu'ici et la manière dont nous l'avons dit, avec cette liberté et cette franchise des entretiens familiers , n'est pas trop commun. On ne le trouvera pas sur les grands chemins. Je me suis attaché à ce que j'ai cru et su de plus exquis et , pour ainsi dire , de plus piquant , pour vous récréer Tesprit que ce triste temps pourrait avoir abattu.
Hier, dans le temps qu'après le dîner j'étais autour d'un arbre avec ma serpette , inutiles ramos ampiitans , on vint m'avertir que M. l'archevêque (I) avait fait ouvrir la barrière pour venir me voir et qu'il traversait déjà la rivière. Son carrosse à six chevaux fat en effet tout-à-coup sur moi. Il y était avec M. labbé Lauthier (^2). J'eus grand
(1) Charles G. -G. de Vintimine-du-Luc , successivement évêque de Marseille, archevêque d'Aix en 1708 et de Paris en 17i9. Malg-ré la douceur de sou caractère, il dut sévir contre les jansénistes et fermer le cimetière Saint-Médard, où sopéraient les prétendus miracles des convulsionnaires. Il mourut le 13 mars 1746, àg-é de 91 ans.
(i) Louis Lauthier, chanoine théolog-al de l'égrlise métropolitaine d'Aix. devint prévôt du Chapitre en 173i et mourut en 1737.11 avait de l'esprit et de linstruction et tenait de son père, Tous.saint Lauthier, apothicaire à Aix , un riche cabinet de tableaux, do médailles et de pierres g-ravées. (R.-A.)
•^2 CORUIiSPONDANCE
l)laisir do le; voir venir, se j)ortant si bien , du j)ays de rinfectioii. La première jjarole qu'il me dit fut : s'il ne me faisait pas peur. Je lui dis que si c'était to:.t autre, je n'aurais pu me dispenser de nVenfuir ou de lui faire faire une petite quarantaine avec des parfums, suivant sa condition, mais que mon ])asteur portait son parfum avec soi II me remercia encore fort de la q-énérosité des sentiments de mon frère qui, par la môme lettre, marquait que l'on eût îi presser la quarantaine générale de la ville, sans quoi elle ])érirait à petit feu.
M. Tarclievèque trouva mon ermitag-e fort gracieux et fort agreste. Il me dit qu'il y viendrait quelquefois; et comme je lui appris que c'avait été le lieu de vos retraites avec M. le chanoine de Barrême, conseiller clerc, et que par votre précédente lettre vous m'aviez fait la grâce de me promettre qu'après la peste, s'il plaît h Dieu , vous viendriez y manger un pigeon ou un poulet avec moi , il me répondit : — « Je vous l'amènerai. » — « Si cela est , lui répondis-je, il n y aura plus d'alternative, il faudra mettre et le pigeon et le poulet ensemble ; c'est tout le régal que l'ermitage d'un solitaire réfugié pourra fournir. Je ne saurais où prendre de quoi soutenir décemment de tels convives, tam ingénies umbras. »
A y venir, il faut se résoudre à y vivre en ermite , ou au moins en philosophe. Je vous prie pourtant , monsieur, de lier bien la partie avec lui la première fois que vous irez à l'archevêché. Cependant , par forme d'avancement d'hoirie, vous agréerez que je vous présante une petite corbeille de raisins S'3cs et^de figues pour vos collations. C'est un échantillon de ma frugale provision que j'eus , il y a quelques jours, de Roquevalre, par voie extraordinaire. Les habitants de ce lieu , qui ont encore dix mille quintaux de raishis secs à vendrv^ , n'osent le.s portera
hi-: Dî-roiiMis i:t \>\. >aluin. 9H
notre l)arrièri*. .Ir ne sais .si an nninrlié de (ieiiiaiii il en vi(Mi(lra.
(,)nîin(l Aui^'iisliii dr. Konî.sta , [)nîiiii<»r pnîsiiliînt , en 1;')()i, |)r(Minil la (jualit/' de» inaUrv , c'est parce qu'il l'était véritahlrnirnt . On ncî pouvait mieux lionorer un j)nîinier président. Coipiilh», <|ni écrivait dans ce temps, dit toujours : Maître MmiUnr, fndifrr f^lrtrr lÀzvl ^ iimUrr Christophr (Ir Tlioii. ('es diMix deruiers, comme vous savez, étaient ])nMuiers i)résidents du Parlement d(» Paris. Cep(Mi(lant , j;' vois dans ia Uoclir-Mavin (|Ui» ](îs premiers présidiMits pouvai(Mit ])ort(M* la (jna'it»'- de fnrssirc (I) , ce (pli fut étiMidu aux autres présidents , par^'e (pi'ils se présuj)posaient clicriilirrs m lois.
Il y a vin^S-fin([ ou tn^nte aus que j ai vu uaître l'usage de donner aussi cette (jualitéde mrssire aux conseillers, et j'ai vu feu M. d'Antoine W^nel (2), conseilleur aux comptes, qui s'en UKMjua.t ag-réableuuuit en disant qu'il se croirait fort heureux s'il était véritablement maître,
Mais, pour les trésoriers de France, ils ne sont pas certainement chevaliers en lois (3), et, s'ils prennent cette qualité , ce ne peut être que parc > qu'on les enterrait autrefois avec des bottines et éperons dorés (4). En un mot, comme l-i quaUté de sire qui n'était que pour le Roi , dit !e
(0 La qiinlifiontion de Messire était réservée, au moycn-àge, aux
nobles et elievaUors.
(2) Henri d'Antoine Venel. mort en 1701.
(3) Nous avons dit comment la chevalerie avait pénétré le Barreau de son esprit et de ses mœurs, en formant des jurisconsultes chevaliers es lois qui allaient sur le champ de bataille.
Les comnnines d'Arles, de Beaucaire, etc., nous otfrent aussi des chevaliers-bourgeGis existant dans leur sein de temps immémorial. Lorsque l'institution déclina , il advint pour la chevalerie ce qui s'est toujours produit en pareil cas; tous voulurent v prétendre et on alla, vers la lin du XV^^ siècle, jusqu'à créer des chevaliers es marchandises. — Dictionnaire historique des institutions , etc., par Chéruel.
(4) J. Au^i'ustin de Foresta fut enterré le 26 octobre 1588 encore avec la cuirasse et les éperons d'or, marques distinctives de la chevalerie. — Les Rues d'Aix, T. II, p. 511.
cardiuîil de Liica , est tombée pcr comtptelam temporiun jusqnes aux plus petits bourgeois i j'ai encore vu de ces sires et vous encore plus que moi ) , il y a apparence que celle de messire sera ég-alement ravalée par cette même corruption des temps , et celle de maître restera inséparablement adhérente à celle de docteur.
Les docteurs de cette province ont pourtant souffert , per corrvptelam (emporum , que cette qualité ait été ravalée jusques aux gens de robe courte et même aux huissiers. A Toulouh^e , îï Grenoble et aux autres Parlements , les magistrats et les gens du Roi ont été plus soigneux ;i ne pas laisser prostituer une qualification consacrée aux gens de lettres (1), ridicule en ceux qui ne sont pas maîtres et qui n'ont aucun grade.
DECORMTS A SAURIN.
Aix, 23 janvier 1721.
Vous avez fort bien fait de consulter le grand magistrat sur l'ouvrage ; mais je n'aurais pas voulu que vous m'eussiez nommé, parce que je désire rester inconnu, et c'est pour cela que pour le nouveau Dupérier j'ai recommandé qu'on ne me nommât pas. Pour mon ouvragv3 , il sera , s'il plaît à Dieu , sous le nom du doyen des avocats de Provence , ce qui s^^rvira pour l'utilité du débit du livre et me laissera dans les ténèbres : collocavit in obscuris , oblivionidatus, tanquam mortuus a corde.
(1) Les jurisconsultes ou chevaliers es lois avaient été aussi appelés chevaliers de lecture ipeudunt le moyen à^e. Nous citerons les vers suivants du roman de la Rose :
Qui voudra pour la foy défendre, Quelque chevalerie emprendre Ou soit d'armes, ou de lecture.
I>i: hl^COKMIS KT 1)1-: SALUIN. \)l'}
l/otVn; (le M. votre frère de Toulon (ii est fort olilif^(»aiile et fort judicâiMise , et vous avez bien fuit d'en donner eonnaissauce à M. le premier présich^nt et à M. l'arrlipv0(jue. S'il iii'nU dit (|iril vous allait voir, je lui aurai» fait coiniiMo-iiir ; iiuiis je niî m'y en^'-a^^'-erai poin^> j)our la tal)l('; (Ml Licii , un jour, s'il ])laît h Dieu, avec le p<'*re Snurin seul. Ce sera beaucoup (pie ])()ur lui nou.s souffrions un ])i^'*e()n du beau pififeonuier, et non (pie le poulet y soit joint. Il y a p(Mi d'annexés que monsieur le président (l(»(îuey(lau [i\ nio i)ressa d'aller voir î\ Vaîabres le bon M. Arnaud, ])r(Mn», (pii s'y était rendu de Brif^^noles. Je l'accordai h crtti^ condition d'un bon potnji^e de riz, d'un bouilli , ho ut* r\ mouton , et d'un ])lat de liacliis (Si. Point de petits pieds , ni de rayoùt ; et cela fut exécuté avec des fruits du crû. Voilà à (pielle condition y\ vous rendrai visite au beau lieu et non autrement.
M. de Ballon (i), dès (pie M. Dupérier descendait à la place des Prêcheurs, s'approchait pour lui proposer quelque question. Il lui répondit deux ou trois fois. Mais, cela continuant , il lui dit : — ^iQuand je viens à la promenade , cest après avoir étudié tout le jour et pour me délasser. Il vous est bien aisé à vous qui ne faites rien de me venir fatiguer. Ainsi, 7nonsiew\ laissez-moi promener en repos^ et parlez d* autre chose.)) M. de Ballon fut mortifié et fut deux ou trois
(1) Charles de Saurin , capitaine de vaisseau.
(2) Pierre de Gueydan, reçu président de la Cour des Comptes en 1714 , mort en 1734. (R.-A.j
(3) Cette simplicité' de mœurs peut être rapprochée de celle qu'admirèrent chez le chancelier l'Hôpital, dans sa terre de Yignay, le maréchal Strozzi et Brantôme narrateur du fait.
Les deux illustres visiteurs le trouvèrent dînant « avec du bouilli seulement »; car, dit Brantôme , cétait son ordinaire pour ses dîners.
Le Chancelier écrivait à un de ses amis qu'il invitait cà partager son repas: « Le service ne sera pas trop rustique ; vous verrez une salière en argent que ma femme a rapportée de la ville et qu elle y rapporterait de nouveau, si je pouvais y retourner. »
(4) Gaspard Ballon, seigneur de Saint-Julien , reçu conseiller au Parlement en 1660, mort en 1681. (R.-A.)
96 CORIUCSPONDANCE
jours sans s'nppro3lier. Ensuite , il s'enhardit en disant :
— « Bonjour, M. Dupérier, s'entend un honjonr pur ci simple. »
— (( lin ce cas, dit M. Dupérier, /e Vacceple. »
SAURIN A DECORMIS.
Saint-Marc, 23 janvier 1721.
Si jamais j'ai du loisir, je donnerai volontiers au public les plaidoyers , écritures et consultations de M. Dupérier, avec les arrêts qui ont suivi. Sa manière d'expliquer et d'appliquer les lois lui est si propre et sa jurisprudence a je ne sais quoi de si net et de si original, que je ne croirais pas pouvoir faire un plus riche présent au public.
DECOHMIS A SAURIN.
Aix, 29 janvier 1721.
Je suis bien d'avis que la misère et la mauvaise nourriture ont beaucoup contribué au Ûéau et que le proverbe : après la famine la peste, est véritable. Il l'est aussi que c'est une guerre divine où Dieu appesantit sa main sur nous , puisqu'on a vu à Aix plusieurs personnes , ayant toujours le vinaigre aux narines et usant de toute autre précaution , avoir péri par le mal , et d^autrco , sans user d'aucune , ne l'avoir pas pris. Nisi Dominus custodierit cwitatem, frustra vigilat quicustodit eam.
SAURIN A DECORMIS.
Saint-Marc, 1" février 1721.
Si la ville continue d'aller bien , comme on nous l'assura encore hier, j'aurai l'honneur d'aller vous remercier bientôt en personne de la continuation des bontés qu'il
vous a toujiîiii'.s j)lii d'iiNoir pour moi , et nous prciidroiiH la résoliilioii (|uo vouh ju^'orez à propos sur 1 impression de» écritures , i)Ijii(loyorK (ît coiiHullutions (1<; M. I)up(»ri(;r. Je ])eus(î (|U(' deux «^thikIs ouvra;^('s connue le v(Mre qui comj)ortrr}i (1(mi\ volumes in-folio , ainni (pie le «ieur C]kk*([Ui'1 m«' l'a assnn», (»t (!elui de \f. I)uj)érier cpii en eomporlera l)!rn trois, poiirraieut s'(»ntre-détru:re et ne porter coup l'un h l'autre, soit i)our la célérité de l'impression , soit pour !«» (]('*I)it (I).
DHCORMIS A SAUKIN.
Ai\ , 2 février 1721 .
Il est sans doute (jue le droit romain aurait Ih soin d'un sarcloir et c'était ma pensive d'y travailler en second avec feu M. Saurin (2). Je n'avais eu pensée de le faire avec M. **^ qui paraissait plus libre , étant garçon comme moi ; mais , maintenant (ju'il est mort, je puis vous dire que je ne le tenais pas pour jurisjonsulte , mais ])our plus philosophe que légiste.
SAURIN A DKCORMIS.
Saint-Marc, G février 1721.
J'aurais craint que , si vous eussiez mis le sarcloir utile et salutaire entre les mains de feu M. G^*^, il n'eût fait une trop grande dévastation dans le droit, peu nourri
(1) On sait que le Recueil de Consultations parut seulement en 1735, un an après la mort de l'illustre jurisconsulte. Quant à la nouvelle édition des Œuvres de Scipion Dupérier, elle fut fiiite à Toulouse, dans l'année 1721, par les soins de Deeormis. (2 vol. in-»^;•
Une meilleure et dernière édition d s Œuvre>: de Dupërier a été donnée au public par de la Touloubre (Louis Ventre), un des plus savants avocats au Parlement de Provence, pendant la première moitié du XV IIP siècle , et professeur de droit français à 1 Université d'Aix.
(2) Joseph-Ig-nace Saurin dont il a été parlé dans l Elude prélimiiiatre, p. 21. 7
dans la lecture de Cujas qu'il n'avait que parcouru succinctement dans la jeunesse , comme il l'avait avoué à mon père. Il aurait retranché comme inutile tout ce qu'au premier aspect et prima facie il n'aurait pas vu d'une utilité présente et pratique.
La jurisprudence est une matière si profonde , si pleine d'épines et de nœuds, nodosissma scieniia , qu'il n'y faut marcher qu'en tremblant ; il faut s'y défier des beauxesprits adonnés à la critique et aux belles-lettres. Ils s'abandonnent trop aux lumières qu'elles leur donnent , qui semblent leur devoir tout faciliter, jointes à un génie heureux. Aussi, sont-ils sujets h des quiproquo , à tout moment , et à des paralogismes.
C'est un pays raboteux , glissant , parsemé d'épines, où Ton a besoin de tout méditer, d'aller à pas mesurés pour ne pas perdre legitimos tramiles , pendant une si longue et si pénible marche. On n'y peut rien affirmer qu'avec modestie et avec des correctifs : depnitio injure periculosa. Combien de fois , monsieur, ne l'avez- vous pas éprouvé? Il n'y a que les ignorants qui décident hardiment.
DECORMIS A SAURIN.
Aix , 8 février 1721.
Juste Lipse (1) , passant par Aix , y fit un discours oii tout le monde accourut avec tant d'avidité que M. Dupérier me disait que mon aïeul x\rtus Decormis , déjà avancé en âge , s'était mis sous la chaire pour n'en pas perdre une syllabe.
(l) Juste Lij)se, savant philologMie hollandais, né en 1547 près de L^ir'ain, enseigna 1 histoire avec le plus grand éclat d'abord àléna (157-2-74), puis à Leyde (1579-91) et à Louvain; il mourut en 1606.
I»i: hl'COUMIS l'T liK SAIHIN. ^J^J
SATUIN A nKCORMIS.
Saint-Marc, <l frvrifr <7i!
Je savais l)i(»n , monsieur, (jne S(!Hlij^''er (1) avait 0\A dans notre Université fort satisfait' de la ri;^''ucur avo(î laquelle les examens en droit s'y faisaient, niiisi (jn'il léTivitfiM. (U\ Pt;in\s(î , î\ eiwjuo Gassendi rapporte. Je savais aussi que Paeei , que M. de I*eiresf! avait voulu y attirer pour ])rofesserî\ mille écus d'appointements, y avait fait des leçons que mon aïeul avait ent(»ndues. Mais j'ig'norais que Juste Lipse y eût aussi paru.
DECORMIS A SAUHIN.
Aix , 13 févri^T 1721.
Mon clerc est mort, son fils de vingt-deux ans aussi. Les deux autres sont malades h la m.^me infirmerie (2) de l'Arc. Ma servante de quarante ans de service mourut hier dans vingt-quatre heures. Dieu soit béni de tout ! On n'a pas croisé ma maison , parce qu'elle mourut, au-devant de la mienne , chez sa sœur. On la porta le matin à l'infirmerie.
Ce qui m'empêcha d'écrire au commancemeut de mes études , ce fut principalement la crainte que j'eus de marquer des erreurs pour des maximes. Je m'en suis bien repenti, l'expérience m'ayant fait voir qu'à mesure qu'on entre en connaissance on peut corriger.
Je comptais aussi sur les manuscrits de mes oncles , de mon père et de mes aïeux. Mais cela n'égale pas les remarques propres, etqaœ 7ion fecimus ipsi vix ea nostra voco.
(1) Savant célèbre, né en 1484 à Pador.e. mort en 1553
(i) D'après le tableau publié par M. Roux-Alpliéran dans les Hues d'Aix, li08 personnes moururent à ces infirmeries, du 1*' avril 17iO au 31 juillet 17àl.
Je ne devais pas me reposer entièrement sur la mémoire, ayant à tout moment M. Dupérier qui disait : — Hélas! où a passé celle belle mémoire !
Croirez-vous , monsieur, que ne sachant pas tailler les plumes j'avais des clercs, et entre autres Rougier, qui me laissaient des instruments à tout gâter? En un mot , si je revenais au monde, j'écrirais tout et je ne déchirerais rien qu à de bonnes enseignes. J'en ferais comme des dents qu'il ne faut point S3 faire arracher, parce que C3 sont de bons amis dans l'arrière-saison.
Quant à moi, s'il arrive qu3 je me souvienne de quelque chose, c'est à force de l'avoir relue une infinité de fois. Car, n^ayant cessé de lire toute ma vie, j*ai souvent repassé les mêmes livres , et plus ils m'ont paru bons , plus je les ai relus. Voilà ce qui a fait ma réminiscence. C'est à force de coups de marteau sur l'enclume, et non que je l'aie extraordinaire. Dans les classes, j'apprenais facilement, mais j'oubliais de même.
A propos des vendeurs de coquilles dont parle François Pithou, M. Dupérier disait de Mornacque c'était un quincailler, parce que, n'approfondissant rien du droit, il saute d'abord à des coquilles.
SAUUIN A DECORMIS.
Saint-Marc, 15 février 1721.
Votre billet du 13 ne me laisse pas l'esprit assez tranquille pour vous communiquer tout ce que je pensais sur Torigine de notre Université de Provence , sur les Ecoles de droit et sur les savants jurisconsultes qui y ont été nourris. La mort de tous ceux qui étaient auprès de vous me fait tomber la plume des mains. Je ne saurais voir cette cruelle peste vous côtoyer aussi près sans trembler. Il n'y a que
IH' 1)K<()UM1S 1;T Dli SALUIN. 101
votre \y.éié et votre sobriétc^ qui me mesurent ; mais il faut y joindre riiorn»ur pour la commuincation. 11 la faut fuir comme la pester niOiiK».
Accoutumé à (les domestiques (le 40 aiifi, mon souci est de savoir comment vous journz vous accoutumer à de nouveaux. Il faut (|u'ils viciuient d'un lieu pur et d'une main non sus])ecte. Le plus sûr serait de vous enf(;rmer dans la maison de M. le procureur général la Garde, j)uisqu'il vous l'a olR^-te, ou avec M. Tarclievéque qui embrassera cette occasion avec joie, j'en suis assuré. Mais, j'ai peine à croire que vous veuilliez quitter votre maison , à moins que ce ne soit j)()ur aller demeurer h celle de Dieu. J'entends rhr)pital Saint-Jacques ; il me semble qu'il va des appartements destinés i)our des gens de condition , comme était par exemple celui de feu M. d'Aymar du Pinet (I). Je ne doute pas qu'on n'y eût grand soin de vous, quand ce ne serait que par reconnaissance de tant de bien que vous avez fait et que vous faites à cette sainte maison. Vous y respireriez un air de campagne.
Ne négligez pas , je vous supplie, ma pensée. Rien ne vous empêchera de temps en temps de faire de petites courses chez vous pour voir vos livres et en prendre de nouveaux , le tout comme furtivement et sans toucher personne.
DECORMIS A SAURIN.
Aix. 15 février 1721 .
Je suis servi par la nièce de la défunte ; je n'ai jamais mis les pieds dans la chambre de celle-ci , ni h la cuisine. Ainsi , je ne dois pas craindre les corpuscules venimeux , quoiqu'elle fit ma chambre.
(I) Gaspard d'Aymar, sieur du Pinot, l'un des principaux bienfaiteurs de l'hôpital Saint-Jacques d'Aix. (R.-A.)
1 02 CORRKSPONDANCE
A l'ijopital , il n'y a plus de logement de ivserve ; je ne voudra's point être à charge chez M. de la Garde ou chez M. l'arciievèque, ni à personne. Au surplus, les vieillards de plus de quatre-vingts ans sont moins sujets h ce mal , et celui de la servante n'a pas eu de suite à sa sœur même, chez qui elle est morte et qui n'a pas d'nutre chambre. Je vous remercie toujours de vos tendres avis. Les religieuses Mnries (I ) et les Bernardines, où j'ai eu ma sœur longtemps supérieure , voulaient être mes cuisinières et m'apporter à manger.
SAUUIN A DECORMIS.
Saint-Marc, 20 février 1721
Vous ne devric/i pas , ce me semble, refuser des cuisinières si sûres, si propres et si saintes que les Bernardines ou les Visitandines surtout qui sont tcut-à-fait à portée de chez vous et dans Téglise desquelles vous allez d'ailleurs nourrir votre àme.
Dieu veuille continuer à vous conserver ainsi au milieu des flammes, puisque vous voulez y rester! Mais, au moins, ne communiquez pas absolument avec votre cuisinière. Elle peut avoir pris l'infection sur ses habits et n'en pas sentir encore les effets. On ne saurait trop se méfier des tours de passe-passe de cet ennemi rusé.
PECORMIS A SAURTN.
Aix, !20 février 1721.
Vous êtes en peine , monsieur, d'un catalogue de doc-
(1) Ou de la Visitation , dont le couvent e'tait dans la rue Belle- ^arde, là où se trouve aujourd'hui celui des religieuses Ursulines, et par cela même trôs-prcohe de la maison de Decormis située dans Ja rue des Epinaux.
1)1. DllCUUMIr^ i/i DK SAUUIN. 1 03
teiirs (I j. Jiî re^^riitlii plus (lavoir perdu mon calutîr de» sentiiucîuls des juriî-coiisultes et des princiimux docteurs (pli (tairnl faciles h trouver par ordre alpliahétique.
J'ai n('î|4li^ié aussi iiu \irux manuscrit que j'avai» deH bons avo(;uts d'Aix , avant et aprrs l'institution de notre rarliMUiMit , des Hi^(;les 1400 et liiOO. Il mcî souvient qu'il y avait un Pug-et imtc ou afeul du pr(»>i(I(»nt Pu^'-et, cpji fit la procédure de l'érection de la haronnie de Sault en (3omté, un Mayiii<'r, i)ié(li3cesseur d'Accurse et de Jean de Maynier , i)remiers i)résidents, un Thomas de IJeccaris, un l'ierri' St^fiuiran, père du conseiller Seg"uiran d'Auribeau , un (îuiran , sei^^neur de la Brillane , un Fabri, seif>'neur de Fabrèg-ues , Pierre Decormis , fils de Raphaël, ('onstant, notre secrétaire, porta tout cela aux épiciers, ou par avarice ou par étourderie. Le plancher d'une chambre au troiîîième en était couvert, ainsi que des ouvertures de palais de l'avocat général, et des mercuriales dont il composa celle qu'il fit en 1024 ; de laquelle le bisaïeul de M. d'AgMit dit dans son recueil qu il parla durant deux heures avec tant de force et de zèle pour la discipline des officiers que, vers la fin, des larmes découlaient de ses yeux et la voix lui manquait.
Le mal écrit fut cause de la négligence de ces papiers. Il y avait une mercuriale assez bien écrite que je donnai à feu M. Lebret (2), lors:|u'il voulut en faire faire une au-
(î) Deconiiis voulait peut-être parler de Touvrag-e intitulé : Catalo(]Hs E. D. D. Doctorum qui fuerunt rjecollegio celcberrimœ Unirersitatis Aq^tetisifi, ah annn 1409 iisque ad l dievitnaij 1651 ; opéra D. Nicolai de Peyruis I. \'. Doctoris, Aquis-Sextiis, apud Joannem Tholosanum, 1621.
Ce catalo,£rue est eomple'te' par un autre : Catalogus dominorum doctorum celeberritnœ Univcrsitatis Aqvensis, die prima maij 16i0.
(2) Pierre Cardin Lebret, reçu premier président du Parlement de Provence, le 8 octobre 1691, mort en 1710, père de Cardin Lebi alors premier président; l'un et lautre ont été aussi intendant Provence. (R.-A.)
t de j ret, f s de I
\ Oi CORRESPONDANCE
tre. M. (le Mnzaug-ues (I) me la demandait , il n'y a pas long-temps ; il ne la trouva pas non plus cîiez M. Lebret. Voilà il quoi aboutit le travail des hommes , quand on ne le tire pas de la poussière. Je puis avoir deux liasses de plaidoyers de Tavocat général Decormis, importants sur les matières ecclésiastiques, ufie sur les mariages, une sur les testaments , une sur les crimes et une sur diverses matières. Mais la difRculté des caractères dégoûte. Il écrivait bien quand il était posé , mais il était fort pressé ; et de son fils, depuis président , j'ai vu une soixantaine de plaidoyers un peu plus lisibles.
Mon plus grand regret est qu'à sa mort, la présidente , ma tante , voulant se débarrasser d'un nombre infini de sacs, me pria de les parcourir. Il y en avait un tKs-grand nombre de criminels , ou étaient les conclu.-^ions des gens du Roi qui étaient raisonnées et autorisées suivant l'usage de ce temps-là. Je me contentai de les lire comme si je devais toujours m'en souvenir. Je n'avais qu'à les tirer du sac et à les conserver ; j'aurais appris par là tout le fond de la criminalité, et à en faire un livre très-savant et trèscurieux, car il y avait des cas singuliers. Mais alors je n'étais qu'un esprit vadens et non redicns y comme dit l'Ecriture.
SAURIN A DECORMIS.
Saint-Marc, ?o février 1721.
L'usage ( pour les membres du Parlement de professer le droit ) était encore pratiqué du temps de Louis de
(!) Henri-Joseph de Tlîomassin, seig-neur de Mazaug-ues ; savaiit antiquaire, né à Aix le 9 août 1684, reçu pre'sident aux Enquêtes en 1724, mort le 17 février 1749. Sa riche bibliothèque fut acquise par M. d'I'ig'uimbert, évêque de Carpentras, et existe encore dans cette ville, où elle est ouverte au public. On y conserve un grand nombre de manuscrits de Peircsc. (H.-A.)
DE DKCOHMIS IT UH SAIHIN. tOfî
(^orioliw, (Ml 1i)7() (1). Cv rna^n.-trat , aprfc» avoir rendu dcA arrôts h l'îiiKlii^ice coinine t(;nant la \i\Hrv de premier pré- HÎdiMil , :iv;iiit l;i venue d(î M. du Vair, s'en allait h Winversité suivi des ina^'-istrats et du I^irreau y PX|)li'iuer une loi, coinnic avaient fait av;int lui M(îlcIiior Se^^'^uiran et n(d)I(» Jac(|ues (1(^ Woniey.
M(>nie ceux d(^ la plus liaut(» n()l)less(î cpii n'avai(înt pas pris le parti des arni(\s, parecî (pie la qualit('îet la fonction de professeur en lois les menaient aux chargées de la ma^^'is trature, étaient jujres des premières appellations ou des secondes app(dlations , ou juj>'es maf^(*s, clumceliers de nos (vomtes. La simple rt'fii'enre pendant vinj^-t ans les faisait Comtes Piïl(iii)is et de la première Comtesse , Comitivam priîni o/ï///iî5, suivant notre droit écrit (2) que nous gardons en Provence : ce (pii a fait dire aux interprètes qu'une g'rande Comtesse, mofjnn Comitissd, peut épouser un professeur eu droit sans se mésallier.
Vous aun^z vu comme moi, dans une infinité» d'anciens actes des XIIP, XIV*- et XV^' sitcles , que les Villeneuve , les Glandevès , les Grasse. Ic^s Vintimille et autres, pre-
(1) M. d'He^^mivydo Moissao invoque h l'appui de ce fuit le registre des délibérîitionï> derUiiiversite, du l-iiioàt 1378 JJi^loire manuscrite dn Parlement de Provence).
Plusieurs j;rofesse\irs de droit du XVP siè.*le avaient été élevés aux I lus liauU's ehar<;vs de magistrature.
Nous eiierons entre autres (i-i-vais de Beaumont, premier président au Parlement d'Aix (1509); et son sueeesseur, Thomas Cuisinier (1530). Ce dernier avait été professeur de droit à l'Université de l*oitiers.
(2) Les avocats dcvenaivMit Comtes du premier ranir sous les Empereurs romains, après avoir plaidé ving-tans; etconsequuntur Clariisimatùs dignilatem. L. I C.de Advoc. dive> s.judiciurum.
Jean de Matheron , dont le nom a été illustré en Provence par les hautes fonctions de magistrature quil occupa (de 1^C5 à 14u5), ami du roi René qui l'appelait son bon compère, prenait le titre et la qualité de Comte palatin.
On conserve de lui une belle médaille de bronze, frappée au X\ ' siècle. Après avoir appartenu au cabinet des présidents de Saint- Vincens. elle fait aujourd'hui partie des collections du Musée d'Aix et porte l'inscription suivante :
10. MATHARON. D. DE SALIGNACO. EQUlîS. IVKIV. DOCTOR COMES PALATIN. MAGNVS IN PROVINCIA PRKbJlDENS CONSILIA. Q" CAMBELLANUS KEGIUS.
1 06 rOUUESPONDANCE
liaient tous la ([ualité de professeurs en lois, C')mme le titre le plus honorable pour un citoyen qui ne défendait pas d'ailleurs la république par les armes.
Les Dauphins Viennois avaient ordonné que les quatre docteurs régents en droit dans l'Université de Grenoble, aujourdhui transférée h Valenca (1), seraient conseillers nés du Conseil d'Etat , comme il est observé par Chenu , des Offices. — Il y avait beaucoup de jurisconsultes de condition qui étaient en même temps chevaliers (formes et chevaliers ou sires en lois, ainsi que M. le président de Boissieux Tobserve en son Traité des Fiefs, ch. 49.
Nous voyons dans la liste des juges mages de Provence trouvée dans le cabinet de M. de Peiresc plusieurs jages mages ou des secondes appellations , qui étaient qualifiés milifes et lefjum professores. Tels étaient en 1371 Louis Marquisarius et ReymundusFlamengien 1315 (V. Ruffi, en sou FJistoire de Marseille, tome I); Jean Cabassola, en 1316 , est aussi qualifié miles et juris professor (2).
La funeste vénalité s'étant introduite sous François I" dégoûta insensiblement les jurisconsultes qui voyaient que la qualité et les fonctions de professeur ne les menaient plus à rien; et, comme les chaires de TUniversité restaient souvent vacantes et sans docteurs, au préjudice des étudiants et du public, Henri IV établit des chaires royales fixes avec des appointements assurés et le titre de Conseiller du Roi (3).
Le premier de ces profe.^^seurs fut M. de Saint-Marc qui
(1) L'histoire de l'Université de Valence vient d'être publiée par M. l'abbé Nadal , chanoine à Valence; (Marc-Aurel, éditeur, un vol. in-8°.)
(2) V. notre Etude préliminaire, §IV.
(3) L'institution du Collège royal Bourbon et des diverses chaires auxquelles des émoluments étaient affectés fut faite par Henri iV, au mois d'octobre 1603. — V. lu Notice sur iancierine Université d'Aix, par M. Henricy Antoine, avocat.
i)i: DiiCouMis i:t uu salkin. 107
était en in(^ine temps conseiller eu notre l*arleinent. I/on voit après lui notre illustre Annihal T'ahrot ( 1 1 qui fut j)ourva d'un odice de conseillerau Semestre. M. de Hallon, sei^^neur de; Saint- Julien (»t vice doyen du Parhîment , ayant voulu remj)lir la place de premier professeur vacante par la mort de M. Kabrot , mon aïeul (î) Ten exclut , l'atraire ayant été portée au Conseil.
DlîCOKMIS \ SAURIN
Aix, 2.") février 1721
Le professeur en lois après Henri l\\ M. de Saint- Marc, s'appelait, je crois, Honoré. M. le président de Saint-Jean cite des arrêts rendus à son rapport.
La perte des conclusions de messieurs les avocats généraux Decormis père et fils m'est infiniment plus sensible ([ue celle des ouvertures du Parlement et des mercuriales; car, pour celles-ci, on n'eu aurait pas soufi'ert l'impression. Un maître des requêtes qui était îi Aix y voulait assister comme avant voix en la Chambre et à Taudience. Il lui fut dit que les mercuriales étaient secrètes.
Au recueil que l'avocat g-énéral Pierre Decormis a fait intituler : du Parlement et dans le chapitre : des Mercuriales^ il a noté ce qui résultait des anciennes mercuriales, selon leur date; mais celle de 1624- qu'il fit et qui les comprenait toutes a été enlevée au greffe et on ne l'y trouve plus,
(1) Charles-Annibal Fabrot, né à Aix le 15 septembre 1580 , mort ft Paris le 16 janvier 1659. l'un des pins savants jurisconsultes deson époque. (R.-A.) — Consult. sur sa vie et ses travaux la notice publiée par M. Charles Giraud, Marseille, Marins Olive. 1833, in-b° de 242 pages.
(2) Antoine Saurin. premier professeur en droit à l'Université d'Aix, mort en 1668. Il avait prononcé en 161 3, à la mort de Jean de la Cépède premier président de la Cour des Comptes, un discours qui a été imprimé. (R.-A.)
feu M. Lebret ayant égaré mon extrait. Si j'avais tiré des .^:acs les deux ou trois cents conclusions signées des quatre gens du Roi , Farinacius et les autres criminalistes ne nous seraient plus no^cessaires. Les deux avocats généraux signaient avant les deux procureurs généraux (^1), et alors on n'aurait pas entrepris le changement qui fut fait du temps de messieurs Gautier et Boniparis.
Le dialogue de Vasquier et les opuscules de Loisel sont fort agréables. M. Dupérier disait que toutes les bonnes et grandes familles de robe de Paris venaient du Barreau, et on le voit efiectivement dans la liste que Ton trouve dans ce dialogue.
Il fallait que, durant le XVP siècle , TUniversité d'Aix ne fût pas si fameuse ; car Pierre Decormis, mon trisaïeul, fut étudier sous Philippe Dèce qui , en 1519 , lui donna le bonnet et dit : « Hic est jiHus meus dilectus , m quo mihi bene complacui. » Il avait si bien étudié qu'il devint le conseil du comte de Tende , notre gouverneur, qui fut parrain de son fils. Claude Decormis et mon aïeul Artus Decormis furent étudier à Turin en 1 590, et Pierre, le puîné d' Artus, à Toulouse , sous Berengarius Fernandus.
(1) n y avait déjà deux procureurs généraux sous les Comtes de Provence (édit de Louis III, du 20 novembre 1424). Supprimé lors de l'édit de reformation , le second orfîce de procureur général fut rétabli en 1554. Un ariêt du Conseil statua que ces deux magistrats seraient chargés alternativement par année , l'un du civil , l'autre du criminel (9 novembre 1G7I).
Aux procureurs généraux , la plume; aux avocats généraux, la parole : telle était la règle ancienne (Ordonn. de 1479, art. G2.) Tous ensemble formaient un collège, où les conclusions étaient prises par commune délibération. Hors des affaires administratives, en cas de partage , l'avocat général « faisait les conclusions verbales selon son avis, et les procureurs généraux le\irs conclusions par écrit selon le leur » (Arrêt du Conseil de 1671.)
Le même arrêt disposait que les avocats généraux porteraient la parole en toute rencontre , sans que les procureurs généraux s'en pussent entremettre, sinon en cas d'empêchement légitime des avocats généraux.
En 1745, par arrêt du Conseil, le second office de procureur général fut définitivement supprimé.
\)K I)1-:(<»I(\(I l'i hl \\ l;|\ |l)«J
SAÎJRIN A Dl'COUMlS
Saint Mfiro , 27 ff'vrier ITlM
J'npprcMuls iwrc plaisir i)ar \r, mot de IMiilipjXî l)tîc • : I/ic est filins meus dilccius, ([\u' vous ** tes son di'scendant puur ainsi din^ siiivaut hi loi , puisfiue I*i<»rr(î Dccorrn:» votre trisaïeul dont Dèce parlait était son fils f»n droit; et pu is(jue ce célèbre docteur, en lui donnant le bon net, prononça ces parole> : in (juo hcnr ronijiliïnii^ (pielîe ^satisfaction n'aurait-il pas eue, s'il avait \)\\ voir son illustre postérité? Elle aurait été aussi vive (pie l'est la doulcnir qut» nous ressentons de voir finir en vou^ xUos viros ub aniifjua stirpe Icfjilinia pvoccdentes. Dans tous les temps , nous avons vu des familles illustres consacrées aux lois et nées , ce semble , pour les faire connaître et pour les faire respecter.
Vous savez que Coquille ne se lasse point de dire qu'il fut l'auditeur à Padoue de Socin le Jeune. C'était la mode, dans ce temps-là , d'aller apprendre le droit en pays lointain et de suivre les professeurs qui s'étaient acquis le plus de réputation en Europe, s?ns que cela formât aucun préjugé désavantageux aux Universités de France.
N'avons-nous pas vu encore de nos jours les pères magistrats et soigneux de l'éducation de leurs enfants qu'ils destinaient à la magistrature ou au Barreau , faire le voyage d'Italie? Nous avons vu aussi qu'insensiblement la corruption, la fainéantise et parconséquent l'ignorance, firent dégénérer ces voyag'es pour TécUde du droit en voj^ages de plaisir, et que le voyageur ne rapportait de sa course que quelque connaissance du monde, de la peinture et de la sculpture.
L'enlèvement au greffe de la célèbre mercuriale de 1 624, fait apparemment par les ennemis de la discipline du palais qui se voyaient trop hideux dans ce miroir, donne
1 10 COURESPONDANC'K
encore plus de regrets sur la perte de Torig-inal de Tavocat général Decormis. On aurait bien pu la faire imprimer ail'eurs sans permission , aussi bien que les trois cents
conclusions raisonnécs sur les matières criminelles
Permettez-moi de vous dire que vous êtes responsable au public de la perte de tous ces savants originaux, et que vous devez, dès à présent, prendre de justes mesures pour empêcher que les beaux morceaux qui en restent encore ne tombent pas en mains ignares qui , à coup sur, les vendront à la beurrière pour le moindre ducaton , comme celui de la fable.
Consultant , il y a cinq ou six ans, sur le testament de M. Fabre, jurisconsulte de Marseille , contemporain et ami de M. Uupérier, je remarquai qu'il y prenait la qualité de cheimlier jurisconsulte. Mais -ces qualiScaticns honorables sont devenues aussi rares aujourd'hui , par l'indolence, pour ne pas dire la faiblesse, des avocats oppressés par la multitude des acheteurs d'offices , que Tétait du temps de Pasquier la robe d'écarlate, puisqu'il remarque que le vieux bonhomme Raoul Spiphane , avocat, Tendossait toutes les années à l'ouverture du Parlement de Paris (I) avec le chaperon doublé d'hermine ; en quoi, dit Pasquier, il était plus honoré que messieurs des Enquêtes, n'y ayant que messieurs de la Grand'Chambre qui puissent porter le chaperon d'hermine, pièce d'honneur dont messieurs du Parquet de Paris sont très-jaloux.
(1) « Voulant reprendre ou tenir lîmcicnne marque d'honneur des advocats et conseillers g-éncranx du Parlement, il se presentoit à prester le serment aux ouvertures qui s"en faisoient à la Saint- Martin avec une robe d'escarlate : ce que je n ay veu faire qu'à luy, encores que , comme je vous ay dit cy devant, aux anciennes représentations qui se voyent aux'ég-lises , les advocats se trouvent eu pareils et semblables habits que les conseillers. » — Pasquier. Dialogue des Advocats, etc.. p. 524 des Opuscules de Loisel.
Au quatorzième siècle, dit M. le vicomte de Bastard d'Estang" {les Parlements de France, T. I, p. 170), le manteau rouge place' sur la soutane noire appartenait aux avocats consultants: le manteau d écarlate violet, aux avocats i)laidaîits; le manteau blanc, couleur de noviciat, aux avocats écoutants.
hi: dkcjjkmis kt di: maluin. I I I
Je nîiiiîirqiuii.s , l()rsr|uo j(» suivais les audieucch , qia; MM. D'Af^'^uessouii , Portail i;t Joly île Kleury ne man-
C|uai('iit jamais d'avoir \r fliapcroii aux andieiKMvs du vf>\i'
DICCOUMIS A SATiniN.
Aix. t mars 1721 .
M. l)ui)(^ri(M* eu consultant cherchait les raisons de l'ahseut. Il était incouiplaisaut ; et c'est comme cela (pi'il faut (^trepour \h\ i)as enj^^af^-or lt\s i)artu\s ei» pnwès : si honiinibus [)lacert!fn^ servits Clirisli mm cssem. Lors'|u'uu(; partie lui avait dit un fait , il ne soutenait rien aux écrits (jui fût contraire à ce fait , ayant vu plus d'une fo"s (|ue la partie se plaignait de ne lui avoir dit le fait (pie jxiur lui et uou pour atlaiblir sa défense.
La profession d'avocat est si didicile que rarement le fils suit l'exercice du père. M. Dupirier disait qu'en Provence on n'avait vu qu'en notre famille le père , le fils et le petitfils bons avocats. Il S3 restreig-nait môme au père et au fils, quoique M. Peyssonnel (I) eût sou fils (2;; mais il le tenait pour trop hasardeux , de quoi M. Peyssonnel se corrigea assez dans la suite. Celui-ci le consultait sur le faux Adaoust, et M. Dapérier lui dit: « Aoec vos subtiliiés , vous le ferez pendre ; » ce qui arriva en effet.
Depuis , votre famille a eu cet avantage pour la probité
(1) Jean Peyssonnel, assesseur d'Aix en K)58-j9 , fils de Jacques Peyssonnel, "docteur en droit et avocat au Parlement. Il était né dans la ville de Drag-uignan , y fut baptisé le 4 juillet 1604, et mourut à Aix le 12 septembre 1682.
(i) Jacques Peyssonnel , fils du précédent et de Marg-uerite de Raimondis, né également à Draguignan et baptisé le 29 mars 1626 , mort le 27 septembre 1705.
C'est l'auteur du Traité de l'hérédité des fiefs. Il fut deux fois assesseur d'Aix en 1676 et 1683, et défendit le faux Adaoust que le Parlement condamna, le 23 avril 1664, à être pendu comme imposteur.
Nous devons la communication des détails mentionnés ci-dessus sur l'origine et la naissance des ceux Peyssonnel à M. Mireur, l'erudit secrétaire et archiviste de la mairie de Draguignan.
I 12 ("OUIŒSPONDVNCH
et la capaciti'. Il laut l'uiie et l'autre; vir bo)ius dicendi peritu^. Je ne parle pas de MM. Barrel , car ni le père , ni le fils , ne me paraissaient pas grand chose.
Je crois aussi que ce qui fait que le fils de l'avocat n'est pas avocat , c'est que le père gagnant au Barreau achète au fils une charge de conseiller, et le fils du conseiller se fait président (I). Les hommes sont des écureuils qui toujours montent et grimpent , comme celui du pauvre M. Fouquet, dont In devise était : Qao non ascendam? et peu s'en fallut qu'on n'ajoutât : ad pntibulum^ sans MM. d'Ormesson et de Roquesante ri) ses juges.
J'ai un regret infini sur la perte de ces trois cents conclusions de l'avocat général Decormis , raisonnées et élaborées. Mais , si en ce temps-là j'avais eu la pensée de rimpression , j'aurais retenu copie de tant de travaux meilleurs , selon l'idée générale et confuse qui m'en reste, que ceux que je puis donner. Quant aux manuscrits qui resteront, j'ai ordonné par mon testament qu'ils vous soient remis pour empêcher qu'ils n'aillent k la beurrière. Il est clos du mois de septembre 1718, notaire Reynaud. Vous y êtes nommé l'un des exécuteurs testamentaires.
Laurent de Coriolis l'aveugle, fils de Louis, ayant eu sa maison rasée, fut en Espagne, 0:1 il faisait (de mémoire) des lectures publiques des lois dans les Universités. Son fils l'abbé (3), son conducteur, le laissait souvent sans guide
(1) L'appréciation de Decormis paraît être ici un peu exa^i^éréedans la forme. Si on excepte certaines familles, la plupart des magistrats de l'ancien régime ne cherchaient pas, comme on dit aujourd'hui, à avancer. On vit Pothier rester toute sa vie modeste conseiller au présidial d'Orléans , après avoir été conseiller au Chàtelet.
(2) Pierre Rafélis, seig-neur de Roquesante ; né en 1619, reçu conseiller au Parlement d'Aix en 1641, mort en 1707. Il fut député parle Parlement d'Aix pour faire partie de la Cour de justice qui jug^ea le surintendant Fouquet et le condamna au bannissement.
(3) Jean-Baptiste de Coriolis, prieur de Grambois , fut enveloppé dans la disgrâce de son père le président de Coriolis et condamné comme lui par contumace à pérore la tête, par sentence du 29 octobre 1632. (R.-A.)
hi: hr.CollMIS KT DM SAURIN. MU
pîir j(3ini(»ss«». Il |)iMji()iï(;a 1« fii'iuîiix arn^t <liî r>^h»ineïit (1(* Kil i sur l(îs (îiifaiils mis vu la <Ioiil)!e coïKliiiini.
On otVrit a M. (I(î Fabrè^JTue.s (h, (vlrhrcî avorat mort fort vi(Mi\('u liiH», lin oflic' (!•' |jn''-^i(I<*:it h niortiiT, s'il vonlait donner i,()()l) livres. Il w*. vt^ulnt pas (îi. Il n'ac- (•om|)a«^Miait 1<»8 (îonsc^illcîrs et prc'rtidentH (jn<^ jn.H(jnofl à la porti^ (le SI chambr»' ou iU*. soncHnchî , (ît alors on était pluft 8c.Tnpul('u\ pour le o/rcMnonial (pi'à prrs(»nt.
Le chaperon d'hemiim* des avocats était la maninc; rprila étaient du corps de la Coi;r. Vax 10G2 , lorsque je vins au Barreau, et long'tcMups après, le lieutenant f^énéral n'aurait o>é le pnMulre. A i)résent le plus petit conseiller du Siéf^-e le porte à la InHe-Dieu.
SAURIN A DECORMIS.
Saint-Mîirf', mars 1721.
I/inconiplaisance de M. Dupérier pour ses clients leur était salutaire. Ce n*est pas pro amico que l'on doit consulter, niaispro verilatc, quand l'ami devrait le trouver mau-
(1) Louis Ful)ri, sieur do Fabrèi^uos, quatre fois assesseur d'Aix. \\ a laissé d{}>i Mémoires. — \'. Touie II des Addilious à l'Histoire de Provence, par Louvet. Sa tille, Antoinette de Kabri-Fabrèg'ues . épousa en lOOl Pierre Decorniis , depuis avocat général. (R.-A.)
{i) La lettre qu'Etienne Pasquier éerivit vers la môme époque à M. deBasmaison. avoeat au Sié^e présidial de Riom , est une des plus belles ijrotestations inspirées par le sentiment de l'indépendanee du Barreau eontre les tendanees de certains avocats à acquérir des olHces.
« Pauvre malheureux que vous estes I lui dit-il : quelle opinion nouvelle d'ambition est-ce qui vous a surpris, de vouloir quitter cette belle qualité d'advocat en laquelle vous estes roy en vostre ville, pour entrer sous un nouveau joug* de servitude déjuge? 11 y a trente ans et plus que vous tenez l'un des premiers lieux entre ceux de nostre Ordre en vostre païs, estant chéry et aimé des grands, respecté du commun peuple, vivant en une honneste liberté sans abdication de vostre conscience. Et maintenant qu'estes arrivé sur l'àg'e , désirez , ains çois ambitieusement poursuivez d'estre lieutcînant de province! »
Au X\ IP siècle, on conservait encore quelque retenue dans cette poursuite des otiices; mais, au XVllP siècle, le torrent déborde , et chacun selon son état, dit un contemporain, veut être quelque chose de par le Roi. • La plus grande dit^érence qui se voie en cette matière entre les temps dont je parle et les nôtres, écrit sur ce
vais. Il n'y a que trop de plaideurs qui sont bien aises d'être pipés, sibi quœnint magislros prurientes auribus, comme dit Tapôtre; mais le jurisconsulte ne doit pas s y prêter.
Il y a bien deux cents ans que les premiers présidents du premier Parlement de France tenaient à grand honneur de prendre, comme les avocats, la qualité de maître. Aujourd'luii le plus petit des conseillers du Royaume laisse cette qualit:^ de martre aux avocats et se donne hardiment la qualité de méî.9,9i>e , celle de chevalier. J'en ai vu qui sont allés jusqu'à celle de haut et puissant seigneur. L'écureuil de M. Fouquet monta-t-il jamais si haut et si vite ?
Il n'}^ aurait qu'à rire de ces fantastiques distinctions et qualifications , si elles n'étaient pas réellement pernicieuses à l'administration et au bien de la justice. Les questions de préséance et sur choses honorifiques ne sont pas toujours de simples questions de vanité et de superbe ; elles décident quelquefois du fond , elles montrent et veulent dire que telle ou telle fonction est plus respectable qu'une autre. C'est à peu près la pensée de Sénique , de Bénéficias. Si on soufl^re l'introduction de ces distinctions entre le juge et l'avocat, il arrivera que les honnêtes g-ens et les savants de condition s'éloigneront peu à peu de cette espèce de milice , dès qu'ils ne la trouveront plus si honorable qu'autrefois.
Il faut, comme vous l'avez encore vu, monsieur, que cette milice soit composée de gens qui aient de l'éducation, de l'élévation et de la probité , autant que de savoir et de lumières. Il faut des têtes libres et fermes (c'est pourquoi l'avocat parle couvert) qui puissent militer ouvertement
sujet M.de Tocqueville. c'est qu'alors le g-ouvernement vendait les places, tandis qu'aujourd'hui il les donne. Pour les acquérir, on ne fournit plus son arg-ent ; on fait mieux, on se livre soi-même. » — L'Ancien Rériime et la Révolution, p, 143.
i)i: i)i:(oi(Mis i:r in-: </\i itiN. H5
contriî 1 injii>ti(r, de (|iH'l(|m' pîii'l (|U«-ll<î \iriih.', saiifl acc(î[)ti()ii (l<î ixTsoniH'.s ot en toute silrott'.
La fonction de 1 uvoi^at (îsl un(î partie du niinistèrcî de la justic(»>, aussi nrcîessairc rt aussi essentielle (|ue celle de jug'e('l). Us ne font riiscinhlc (ju'uu si*ul rt uic^nie tout. L'avocat est poiir allé^^urr la justice» et la niettnî dans son jour ; car, couiuie disait le preinii^r [irésidiîiit ('hasseneux dans un de ses Conseils, livn» d(;vcnu assez rare : « La justice périrait dans le monde s'il n'\ avait pas d'avocats ([ui l'allég'uassent , justitin iwvivvA in inuwlo si non cssetU advocati. » Le juj^*(; (îst pour la faire valoir. L(» premier en est pour ainsi dire le père en la mettant au jour, et le second eu est le tuteur. L'avocat est pour combattre l'iniquité , ce monstre qui fait tant de ravages dans Tordre do la société civile, et le juge est pour achever de le terrasser.
Le juge n'a rien de plus sur l'avocat que la piéséance. Ces deux portions du sacerdoce de la justice , à cette préséance près, sont d'ailleurs parfaitement égales. Les preuves s'en présentent en foule.
Le Barreau du Parlement de Paris qui paraît être d'un boisage de plus de quatre siècles, est presque de la môme élévation que le siège des juges. Les avocats y sont assis sur les fleurs de lis comme eux.
L'hermine dont Ils sont couverts aux audiences fourrées, tout comme les juges, est enœre une autre preuve delà presque égalité et de la noblesse de ces deux fonctions (2).
(1) V. la beUe introduction placée par M. Berryer en tête d'une publication récente : Le Ministère pub' ic et le Barreau, leurs droits et leurs rapports. Paris, LecoftVe, 1860. — « La mission que l'avocat reçoit du libre choix de ses concitoyens , dit M. Berryer, est aussi un ministère public. Entre celui qui accuse et celui qui justifie , les droits sont ég-aux , et, je le sens , la lutte est ég-ale. . .»
(i) Le chaperon est l'orig-ine de Vépitotje ou chausse que portent aujourd'hui les ma^^ristrats. les avocats et les professeurs. C'était une coiffure servant de bonnet et de vêtement de cou , en drap bordé de fourrures . avec une long'ue queue qui retombait par derrière ; le drap était roug-e pour les magistrats, noir pour les avocats et de
1 IG CORUKSPONDaNCK
Vous dites, monsieur, qu'en 1602 , année où vous entrâtes au Barreau , le lieutenant civil n'aurait osé paraître aux audiences du rôle avec le chaperon d'hermine, qu'il était porté seulement par les avocats comme étant du corps de la Cour. A^ous entendez sans doute du corps de l'audience , c'est-à-dire comme faisant partie de cette assemblée solennelle formée par nos Rois pour administrer la justice dans leurs palais , en public et à la face, pour ainsi dire, de toutes les nations ; or, ce droit de représenter ainsi la majesté du prince n'a été donné qu'à la Grand' Chambre.
lime souvient qu'au commencement de ce siècle messieurs de la Grand' Chambre délibérèrent dy porter le chaperon ; mais ce zèle n'y dura pas longtemps. Ils craignirent de trop honorer par là les avocats qui le portaient plus assidûment qii'aujourd'hui. Depuis lors , nous avons vu chez eux une affectation marquée pour rabaisser cette presque égalité qu'il y avait entre ces deux sortes de ministres de la justice. Non contents d'avoir leurs sièges de l'audience presque une fois plus hauts que ceux de la Grand'Chambre du Parlement de Paris, ils ont ôté les tapis fleurdelisés et rembourrés au banc qui vient après celui des gens du Roi, destiné pour les anciens avocats (^li, et qui est autour du parquet de l'audience. Un traitement si indigne contribuera encore plus à éloigner du Barreau
différentes couleurs pour les docteurs, licenciés et bacheliers des diverses Facaltes.
Le chaperon, après avoir été très en usag-e aux XIV® et XV'' siècles, fut conservé seulement depuis Charles VII par les g-ens de robe et les universitaires. Il était le sig:ne de la chevalerie es lois. — Consult. le Dictionnaire déjà cité de M. Chéruel et les Varlemenis de France, par M. deBastard.
(i; Il y avait plusieurs bancs dans la Grand'Chambre : celui des gens dulloi où les marquis avaient le droit de se placer, mais sans épée, et, vis-à-vis, un autre attribué aux simples g-entilshommes. Au-dessous du banc du doyen, étaient les g'rettiers et secrétaires de la Cour, etc. . .
Après le banc des gens du Roi se trouvait celui des anciens avocats.
Ies;4*^*ii8 (llioniitiiir et (ruii certain état , .m ic •^'■umiTuciiienl ([ui n'a assiir'iiKînt pan de |)arl (Jaiis ces <întrej)ri.se.s faites dans son jjalais'^et ins|)iré(îs |)ar monsieur votre ami, le |)rocnrcnr Hr-ént'îral dr la (ianh') nr remtît le» choses dans leur premier rtat
|)|',( «tUMiN A >AI HIN.
Aix , ïiinrs 1721
Lessyndirs auraient d\\ ])arler à tVu M. Liîbrtîl du tapis ([ui ;>(M'vait nuMu»' de décorât ion an par juet d;î 1 audience, mais tout a été né^'-Ii'ifé. Les avocats sont fort peu considérés ici. En cette sall(» des pas perdus , combien de temps ne fait-on pas perdre pour attendre l'audience [\ ) ! A Paris, cela est réj^lé; à (îrenol)le , on sonne une cloche et chacun étudie chez soi justju'alors. Ce fut en partie ce qui me fit quitter le })alaisà la vingtième année, n'étant pas possible de devenir savant en perdant toutes les matinées. Vous avez bien fait aussi de quitter. Le contentement de l'esprit est préférable au lucra. L'insol.nje des laquais est sans égale à l'appel des avocats ; ils crient : à la civado ri)! Je donnai un jour un grand soutHet pour cela. Messieurs
(1) D'apiès rordoniuiiK'o de François \", les avocats devaient « se trouver es audiences à l'heure accoutumée de l'entrée de la Court , et aux anltres jours que n'y a audience une heure avani l'issue de la dicte Court du matin, pour faire les consultations sans y faillir, et s'en venir prêts et résolus pour faire les dictz playdoyés au tour de leur rolle. .. , àpeine de vingt-ctnq solz d'amende. »
(2) Expression provençale signifiant à l'avoine. — Bouehel rapporte {Bibliothèque du Droit français) qu'en 1579 il assistait à une plaidoirie entre Claude Mang'ot et Pierre ^'ersoris. Mang-ot , interrompu, dit à son adversaire dans la chaleur: « Maître Versoris . vous aves tort de jn'interrompre , vous avez dit assez pour ijayntr voire avoine. » Versoris offensé demanda réparation. Après 1 arrêt prononeé , le premier président de Thc^u dit. i( Maître Claude Manyot^ ta Cour m'a donne charge de vous dire que (e qui se donne aux avorats
ur leur labeur. n'ci<t poi)it par fornii' d'avoine, maisc'est un honoraire, i
ne sont pas assez rigoureux ; il faudrait plus que la prison d'une heure dont ils les punissent (I).
M. Dupérier aurait encore resté quatre ou cinq ans au Barreau, car il s'y plaisait fort; mais^I. le premier pré.-^ident de Mesg-rigny entrait fort tard (2», déjeûnant avec un chapon, avant d'aller à l'audience. Il ne pouvait souffrir la parte d^ tant de matinées. Le lundi, c'étaient les causes du rôle telles qu'eHos étaient, mais, les jeudis, c'éiai Mit toujours de grandes causes. On avait beau les régler pour avoir des épices, M. l'avocat général Decormis les faisait dérv^gler et enrôler pour l'audience.
Il y avait un3 aimablr» émulation entre le Parquet et le Barreau ; et au Carême, on quittait même le sermon (3) pour se trouver à l'audience. Vous savez qu'à Paris les avocats généraux prient serment à la tête des avocats du Carreau.
SÂUUIN A DECORMIS.
Saint-Marc, \i mars I7i1.
Le Barreau , dit-on , est une porte ouverte aux dignités qui lui servent de récompense. Mais est -ce une récompense
(1) Le Parlement de Bourgog-ne . pour en finir avec les perturbateurs et particulièrement avec les laquais qui troublaient les abords de l'audience, avait donne à ses huissiers pleins pouvoirs pour les fnstig"er à coups de verges et les livrer aux exécuteurs de la justice, s'ils osaient résister. — Le Parlement de Bourgogne, par M. de Lacuisine , président à la Cour impériale de Dijon, Paris, Durand, 1857; tome 1 . p. 112.
(2) Cinq heures du matin en été, et six en hiver, étaient les heures fixées par l'ordonnance pour l'entrée au palais ; mais les magistrats ne paraissent pas avoir été toujours très exacts. Nous les voyons admonestés plusieurs fois au XVIP siècle, parce qu'ils ne se rendaient qu'après sept heures et que le président n'ouvrait pas l'audience souvent avant neuf heures.
(3) Les audiences étaient fixées en carême à huit heures du matin, à cause du sermon. On piêchait trois fois par semaine pour Messieurs dans l'église des Jucobins. Un disait toute l'année deux messes dans la chapelle du palais, l'une avant, l'autre après l'audience.
Les magistrats avaient dans l'église des Jacobins, outre un banc réservé à la famille de chacun d'eux, une estrade avec accoudoir et tapis bleu ])arsem(^ de lis d'or. Le premier président nommait le prédicateur,
011 uiu; (IcTihion , si ctîtttî porte lui crti luiijours t'«Tiné«? Nous u(î l'avons vu s'ouvrir eu France , (hinmt ce lony; rc^-iKî (lo Louis \l\', (lu'cn fav(Mir de M. Leinaitre, do notre illustre Anuihjil l'ni^n»! , |j;ratific d'un oftice de conseiller an S(;nicstrc, td de M. Ausanet, honoré du vaiu titre (1(^ conseiller d'Mtat, «ans entrer dans ce Conseil, sans avoir pu v répnndrc» ses lurnières.
Pn'trndrji-t-on quVn attendant les honneur.-^ dus h la vertu et lous lesj(»urs usurpés par rijfnf)rance , un avocat doit se contenter de ci; (|u'il peut ^'•a^'-ner ;iu Harrean ? l/ari^-cnt est-il bien la récompense naturelle de cette noble profession? .Ii^ crois, pour iii:i i)art , que. plus il y a de lucre, plus on en fait -nitir «riKinîiriir et de splendiMir et plus on sMiuinil:(\
Tout nictit'r doit nourrir son niaitrc, nu nie c(*lui de pontife, niénic celui de Roi, pour parlerconime Montaigne. — Mais je crois ces belles raisons plus utiles et phis à la mode qu'honorables, ([uand on est bien rempli de la g-énérosité on cette noble profession seml)le avoir pris naissance. Le jurisconsulte, àme du corps civil, destiné aux premiers emplois, ne peut que rougir intérieurement en se ravalant h prendre de Targent , non des mains de l'P'tat , mais de celles de chaque particulier qu'il voudrait servir gratuitement ( *).
(1) Lf propre de la noblesse, dit Loysoau , est de vivre de ses rentes. Aussi les avorats soutenaient-ils que leur <rain était plutôt honoraire que mercenaire. En lo39, le l^arleuient avait taxé les salaires et vacations des avocats à trente sols, en matières non excédant cent florins, et à (Quarante sols, dans les autres matières, « pour venir visiter les procès et faire la plaidoirie et corriger si besoing est. »
Les avocats de l'ancien i-ég-ime ne semblent pas avoir tous et toujours observe ces rig-oureux principes de désintéressement. A Paris en leoi, à Aix en 1703, une (lécision du Parlement qui les obligreait à mettre au bas de leurs écritures ce qu'ils percevaient des parties provoqua une véritable révolution.
« Quand vous viendrez à la défense d'une cause . leur avait dit du Vair (Ouverture de la Saint-Remy, 1597). n'estimez pas que ce soit la sollicitation d'une partie ou la lueur d'une pièce dar^'-ent qui vous y convient; mais estnnez que c'est la justice mesme qui von? somme et vniis interpelle de venir à sa défense. >-
Vous vous souviendrez, monsieur, que c'était ce que mon père trouvait de plus raorlifiant dans la profession. Comme j'aurais inspiré à mes enfants une délicatesse aussi ruineuse, s'ils avaient été jurisconsultes, j'ai mieux aimé le célibat et soustraire par là ma postérité, comme vous avez soustrait la vôtre, aux dég-oûts que les jurisconsultes un peu délicats éprouvent de jour en jour. C'était assez que nous les essuyassions nous-mêmes, sans les perpétuer plus long'temps dans nos races de génération en génération. J'ai cru qu'il était plus court de rompre le fil de cette succession légale, que d'attendre le jour où la jurisprudence aura repris parmi nous son ancien lustre ; ce qui n'arrivera apparemment que quand il plaira à Dieu de rempli' avec abondance les coffres du Roi, pour qu'il puisse rembourser cette multitude effrénée d'officiers.
On sait qu'en épousant un jurisconsulte, les filles portaient en dot un cours de droit écrit de leur main , coutume que nous voyons dans Nostradamus (I) avoir été longtemps pratiquée par les filles de qualité en Provence.
DECORMTS A SAURIN.
Aix, 13 mars 1721.
A Paris, un président entrant toujours tard, M. Talon lui dit que , s'il n'entrait pas à l'heure de l'ordonnance , il en avertirait le Roi.
(1) Histoire et Cronique de Provence, p. 516. - « Un fort vieil instrument de ce même temps (1392), de foy irréprochable, lait mention que Alazaric de Plexis , dame de llomolîes , femme du mag-niflque Boniface de Castellanne, baron d'Allemas'ne, faisant son dernier testament, laissa à une jeune damoyselle sa fille certaine quantité de livres où estoit escript tout le corps du droit, formé et peint en belles lettres de main sur parchemin ; rencharî^'eant que au cas
au'elle vînt à se marier, elle eût à prendre un homme de robe lon^me, octeur jui'isconsulte , et que à ces fins elle lui laissoit ce beau et riche thresor, ces exquis et délicieux volumes en diminution de sa dot. »
I'l'<« « Ml.lll«~> li » i'i
M. d<; Mes^irif^Miy cuirait tard ; mais, ù neuf ht-urcs, TaudiciKte s'ouvrait. ('(î fut la peste de \iVM) «|ui fut lacaune de ce rehlelienirut.
Je savais 1<» proverlx* : (jui (imlltt le juthiis , lit jkiI ii6 Ir f/ui/^'. Mais j'aimais mit;u\ tilelier de dcîveiiir savant <jue riche; car jiMjuittai lorsijUt^ j'aurais en tout remjdoi du Barreau les IVvssonuel et les (iaiitier en étant Hortis. Je no m'en repens pas. \ Ous xwkva pris h* hon parti en prenant celui du cahinc^t et du célihal. Il n'y a (pi à .-e tenir l):en avec Dieu cl tout prospère.
Tous les dt'iifoiMs du Marreau procèdent eu partie de la lâcheté des syndics, car s ils se plai^»-naient on y ferait attention; mais lep^is souvent ce sont de fort petites (fens. Au commencement d(^ 1()()0, on y avait plusieurs gentilshoniUK^s, les Fabn^iics , les Matheron-Sali<rnac, les Dupérier, les Gaufridi , i)remier président aux Uecpiôtes , puis au Semestre, les Coriolis, les Uiauville, les Cabannes- Viens, les Guiran-la-Brillane, les deux frères Decormis, ]es Beccaris et plusieurs autres.
Au Par(piet(l), on dépêchait plus de causes qu'aux audiences et, dès qu'un avocat s'y présentait , on faisait retirv3r les procureurs , eussent -ils commencé à plaider.
Quani l'avocat général de Porcellet d'Ubaye (2) fut devenu Vancien du Parquet par la résig-nation de Pierre
(1) Le Parquet des gviis du Koi , dit Miraulmont. était ainsi appelé parce qu'il lojjeait dans un parc de inrnuiseric à côté du Parlement. D'après AJ. Chéruel [Dictionnaire des Institutions, etc.), c'était primitivement une enceinte réservée, et on nomma ainsi par extension le lieu où siéireaitleju^e, puis spécialement l'enceinte où siég'eaieiit les <:-ens du Koi.
Une séance qualifiée de la dénomination de Parguef était tenue, avant l'institution de la Chambre des Requêtes , pour expédier des affaires de minime impc^rtance et surtout celles de procédure. Les avocats ne pouvaient i)laider qu'ajjrès s'être accord(»s préalablement au Parquet sur les laits et qualités, en présence du pr<XMirenr général.
(2) Reçu avocat g«'néral le 10 décembre IG3i.
Decormis à son fils Louis (\), il voulut que les avocats plaidassent sans gants. Louis Decormis s'y opposa, vint cliercher à la salle M. Dup.'^rier qui avait dit qu'il n'irait pas à Taudience sans ses gants, et la fit boire à M. d'Ubaye son ancien et à tout le Parquet.
M. Ausanet n'eut le brevet de conseiller d'Etat que pour avoir travaillé à l'ordonnance de 1667 à la suggestion de M. Colbert.
Si, en 1661 ou 1662, il y eut eu guerre, i)eut-êtreje n'aurais pas pris le Barreau. M. Dupérier me disait : « Ou la robe ou l'épée et profitez du reste de ma vie. » Celle ci dura encore cinq ans.
L'émulation et la jalousie sont quelquefois cause de l'aversion des juges contre les avocats. M. le premier président de Bernet (2), qui avait été bon avocat au Parlement de Bordeaux , en avait pour M. Dupérier. Il l'interrompait souvent et lui disait de conclure. Voyant qu'il continuait, il se couvrit le visage ave3 les mains. M. Dupérier fut sur le point de prendre congé de la Cour (3), puisqu'il cessait de lui plaire, et il louait Dieu de lui avoir ôté sur le champ cette tentation. Au contraire , le grand M. Antoine Thoron lui dit à la fin d'un plaidoyer : — « Si je ft avais pas un fils, mon office ne serait que pour vous. »
Jésus-Christ se contentait du nom de maître , et les
(1) Pierre Decormis avait rësig'iié à son fils Louis l'office d'avocat général en 1635, sous la réserve de cinq ans de survivance.
(i) Il avait été reçu en 1636 et fut exilé à Bourg*es en 164-2. en suite de ses démêlés avec le comte d'Alais , g^ouverneur de Provence, il mourut premier président du Parlement de Bordeaux.
D'après de KSiitze (Histoire du Gouvernement du comte d'Alais). M. de Bernet aurait dit un jour tout haut à Dupérier : « que la Cour entendait très-bien la loi sans toute sa rhétorique et qu'il n'avait qu'à conclure.))
;3) Les anciens jurisconsultes s'indignaient beaucoup contre la précipitation des juges. Loisel [Institutes cou lumière s) l'appelait maràtre de la justice; Ayrault [Sentences) s'élevait de même contre les juges branle-teste. — « Un juge interrupteur, avait dit Bacon [De Officio judicis), vaut moins qu'une eyinbale résonnant à propos. »
in: I M,« ' 'Il >j 1^ i;> 1 l 'i.
conseillers d'Aix iw, s'ni coiiUîiitriit \mA. Mui.s y: ne ^ ruhs pasd'uvisdiî les siiivir diins leur folie et de se (junli!ier rnessirr ou chi'valwr m his. I/f.Hprit d'orf^iieil est celui du diSinon : fjul (inlmi sr liuniilidt rxaltdbitui
Jecrois (pi(î M. (K; Kjil)r(Lv'ii'*s uvuit ïi;^''i dans l;i Li;4'iiu par /(Me pour lu ndi^ioii catholiqiuî, ronnueTavocat ^Mièrai du LîiuriMis (I) (|ui tiuitun j()urs(>nouv(»rture de SaiiitliiMuv par cfvs mots : Urrf (inc tout p 'risse ^ mais qur la relifjiofi (hnnnirr. Kraurois I)u|>6ri(T, mon aïeul maternel, étant députi' au roi IUmum IV^, celui-ci lui dit: — « Que [ail le hnnliommr L'uirons'.^ Il (*lait (jrdud li(/ueiu\ fort contre moi ; jwiis je. or hti en s(tis point (ht }nanrnis tjrè , t7 ne le faisait point pour les (luisr, mais pour la rcVujion. » Kt, aui>sitot a])rrs, il le lit ;irclirv»^<|U(' d l'!iiil)ruii
SAUUIN V UKCOKMIS.
Saint-Mîirc, 17 iu\\v< \'-l\
Ce n'était pas apparemment pour faire plus d'honneur au Barreau que messieurs du Parquet tirent naître, du temps de Hupérier, la contestation sur les gants dont je n'avais jamais ouï parler. J'avais toujours cru que si les avocats les étalaient dans le temps qu'ils parlaient, ce n'était que pour donner plus de g-râce à leur action , àme des discours publics. Il paraîtrait efFe::tivement contre la décence de l'action de voir une main g^antée se promener dans les airs ; et c'est ce qui fait que l'on ne voit }X)int aujourd'hui nos avocats avec les g*ants, quand ils parlent, mais seule-
(1) Honore du Laureus, né à Tarascon le 7 mars 1534, fut reçu avocat jrénéral au Parlement d'Aix en 1581 , et se distingua par son zèle pour la Ligue qui le déi)uta à Rome. Il était frère de Guillaume du Laurens archevêque d'Arles, et d'André du Laurens médecin de Henri IV. En JGOO, Henri IV le nommaarchevequcdEmbrun.il mourut à Paris le 54 janvier 161-2. (R.-A.)
V. dans les Mémoires de l'Académie ci' Aix, T. VH, une notice sur Honoré du Laurens par M Mouan.
ment les avocats g'énéraux. Leurs g-esticulations devant être imperceptibles, ainsi que leurs prissions , !a difibrmité de la main gantée ne paraît pas tant.
J'avais remarqué , quand j'étais au Barreau , l'affectation que quelques uns de ces messieurs avaient de temps en temps de bien relever les manches de leur robe, pour faire paraître leurs gants; cela me fait comprendre aujour d'iiui que vous m* apprenez le fait de M. l'avocat général d'Ubaye, qu'ils y entendaient finesse. Ils voulaient par là mettre une distinction entre le Parquet et le Barreau , quoiqu'ils ne fussent ensemble qu'un môme corps dont ces ces messieurs savent si bien dire qu'ils sont la tète (I) , quand ils croient que cela doit leur donner plus de relief.
Il y a eu bien d'autres distinctions imaginées depuis que vous avez quitté le Barreau. Feu M. Gastaud me fit remarquer un jour à l'audience, quand je commençais ;i la fréquenter, que messieurs du Parquet s'y étaient ménagé vin petit marchepie.l de quatre doigts de hauteur, et il se plaignait avec raison que cette petite élévation était une entreprise sur les avocats , dont le banc venant après celui du Parquet est sans marchepied. Effectivement étant allé ensuite à Paris en 1699 , j'y remarquai fort bien que messieurs les gens du Roi , fort élevés sur ceux des Parlements des provinces, étaient pourtant h plein pied du parquet de l'audience, ayant ouï plusieurs fois M. D'Agnesseau, notre illustre Chancelier, debout sur ce parquet. S'il avait des gants, jen'en sais rien ; comme il ne tenait aucun mémoire à la main, quoiqu'il parlât deux heures de suite» on ne s'en apercevait pas si facilement que nous nous apercevons des mains de nos avocats généraux. Ceux-ci ne
(l) Ou connaît les paroles prononcées \e±l janvier 1687. au sein de la Grand Chambre, par Denis Talon, sur le plus grand avanlag^ des charges que les avocats généraux ont Chonneur d'occuper, qui est d'être les premiers de V Ordre des avocats.
Orner Talcn, père de Denis, avait exercé dix-huit ans aulVarreau, pour mieux aborder les difficiles fonctions du ministère public.
pensent pas (pi'en faisant parade» diî la main fifftnl(';<t rpii tient l(î ini'iMoin', ils dé •()ii\ r.'nt en MK^nn* tennps (pi'ilrt ne sauraient p'îiider d(î iMt*. (irand snjot dMnuniliation en des innn;*istrats (pii , plus (pie les aiitn^s, Hont oblig-és h avoir tout prissent à I(Mirs yeux !
J'avais aussi ontcMidu plaideur M. Benoit dn Saint-IV)rt, avocat pénéral au ^M'and Conseil , très-lxd esprit ot fort I^Tacienx , sans aueun mémoire ; ce que ces messieurs refifardent, pour ainsi dire , comme cliose (pii les déshonorerait.
Cette usurpation du petit marchepied leur a servi comme d'un de<>Té ])our se barricader ensuite dans leur Panpiet. Ils ont mis h la porte une espèce d'huissier de robe courte, de récente création, n'en pouvant avoir d'autre, lequel fait déclarer leur nom m>meaux avocats qui veulent y entrer et qui aussi n*y mettent plus g-uère le piel. Je ne doute pas que ce ne soit par leur instig-ation que le tapis fleurdelisé et la rembourrure du banc des anciens avocats furent ôtés, il y a neuf ou dix ans, tout comme le tapis du banc des g-entilshommes qui vient après. Ce dernier n'a pas eu un meilleur sort, et Ton voit la même affe::tation à s'élever au-dessus de la noblesse.
Mais la salle de l'audience publique est la salle du Roi et un des appartements de son palais 1 1), quoique Sa Majesté n'y réside pas (2); et on doit regarder comme un attentat à la liberté de toucher au rang et à la décoration que les Rois y ont établis pour tous les Ordres, qui doivent
(1) La Grand'Chambre est appelée dans de vieux actes émanés du Parlement d'Aix : a Le lieu saint. , consacré par la présence de Dieu et représentation de la majesté da Roy » , où les mag"istrats doivent se considérer comme étant « de ce sacré Collège et compagnie des premiers chrétiens qui n'avaient qu'un cœur et qu une âme. »
(2) Il y avait, au milieu du bureau de la Grand'Chambre, un fauteuil vacant devant lequel avaient seuls le droit de passer en montant les degrés, les présidents, le doyen de la compagnie, le gouverneur, les évéques. Ce fauteuil était luf-même l'image du trône du Roi.
former cette assemblée aug-uste représentant toute la mnjesté du prince.
Je croirais que messieurs les syndics des avocats joints , sMl le fallait , à ceux de la noblesse , devraient profiter de la transférence du Parlement h Saint-Remy pour faire remettre ces tapis comme ils étaient. Il faudrait qu'ils se donnassent 1 honneur d'en écrire à M. Lebret et qu'ils lui demandassent qu'au cas où il ne voulût pas prendre sur lui ce rétablissement , il ne trouvât pas mauvais qu'on le demandât à M. le Chancelier et au Roi.
Je crois , monsieur, que si le Barreau n'était pas flétri par les gens de robe eux-mêmes (ce qui est étonnant), vous auriez pris le meilleur parti en vous déterminant pour la robe. Ce qu'il y a de bien sur, c'est que ce fut le meilleur et le plus utile pour la Provence votre patrie et pour les pauvres. A épouser ce parti , je crois aussi qu'il faut, comme vous, répudier le mariage, non pas seulement à cause de ses charges que quelques docteurs s'avisent de fixer à soixante, quand elles sont plus nombreuses que les arbres d'une forêt { Silvœ nuptiulis, c'est ainsi que Nevizanus (I), jurisconsulte d'un esprit agréable et célibataire courageux, a intitulé son traité du mariage), mais encore parce que l'attachement pour les enfants détache des vrais
(0 Nevizan (Jean) , jurisconsulte, n(5 à Asti, professa le droit à Turin. 11 publia en 15-21 son livre deux fois re'édite' depuis en 1526 et 1572 : Silvœ nuptialis libri sex, etc. . Saurin a beaucoup trop d'e'Iog'es pour l'auteur de cette pesante et indig-este élucubration dont les conclusions sont souvent peu morales.
« D'après les re'cits de François de Billon, champion plein de candeur du beau sexe dans son Fort inexpugnable de l'honneur féminin (1555), Névizan , chasse' par les dames de Turin h coups de pierres, n'aurait obtenu son pardon quen le sollicitant cà g-enoux et portant attachées sur son front ces deux lig-nes, témoig-nag'e de son repentir;
Rusticus est verè qui turpia dicit de muliere ; Nam scimus verè quoi omnes surnus de muliere.
«( Le naïf écrivain, pour compléter l'invraisemblance de son conte, dit que Nevizan, malgré l'amnistie à lui accordée, jusques à son Irepas ne sceut onc trouver fem.ne pour vieille qu elle feust. qui lui dressast la paille de son lict. » — Biographie universelle ancienne tt moderne de Aliihaud, tome 31. Piiris, 1822.
liK DKCORMIS KT I)K SU lilN. Ml
iiitrnHs i\r la profrssion (|ih* l'on sacrifie trop B4mvi'iit pour IK» pas Iniir utlircr «les alfain's. Ainsi, tout bien coiupti'* , jc! crois avoir fait iin'rvrill<» dr iir^'^IVrcr la srjlitude du c<^libat 2\ la sollicitude du inaria^^e.
nrrouMis a ^aiuin.
Monsieur, faute de papier et de valet pour eu aller prendre , je vous écris sur ce chilVou.
Le f>*aut , je \r tenais à la main ^'auclie avec mou iiu'tmoire; aux lectures des autorités, je lirais seulement le bonnet eu les commençant, et, aux (pialités, je coupais court. A Paris, autrefois, le président disait : Gens du Uni, soyez couverts.
Ce que vous dites de MM. D'Aguesseau et Benoît de Saint-Port plaidant sans mémoire est extraordinaire. M. Talon avait son papier; Pierre Decormis, un grand papier contenant samma capila et les citations. C'est une misère de dépendre de sa mémoire. Sans cela, parler en public serait charmant.
Je crois que si messieurs les syndics des avocats et de la noblesse écrivaient à M. le premier président pour le rétablissement des tapis qui même décoreraient l'audience , il PaoTéerait, surtout s'il n'en coûtait rien au Roi. Les svndics devraient le faire dans cette absence du Parlement , quand ils devraient nous y faire contribuer, quoique nous n'y allions plus.
Ce fut M. de la Garde qui introduisit ce portier. Autrefois, le Parquet était si ouvert qu'à tout instant plusieurs 3' entraient et sortaient , parce que Paffluence des affaires faisait la multitude.
La vérité est que ce n'était pas par vaine gloire que je tenais le g-ant à la main gauche, mais parce que je Tai toujours eue plus sensible au froid.
SAURIN A DECORMIS
Saint-Marc, 4 avril 1721.
Vous savez, monsieur, que le Parlement de France avait acquis dansl'Europe une si grande réputation de capacité et d'intégrité que les souverains étrangers y avaient autrefois recours pour y faire juger leurs différends, non comme à des juges, ce tribunal n'ayant aucune juridiction sur eux , mais comme à des arbitres également savants et équitables , ainsi que Dumoulin Ta observé en ses notes sur le stile de ce Parlement. Plût à Dieu que les souverains fussent encore aujourd'hui dans le même goût, au lieu de se complaire dans leurs armées qui n'aboutissent qu'à désoler le genre humain en tout sens ! Mais il faudrait un tribunal , en France ou ailleurs en Europe, qui fût digne de toute leur confiance, et que la fierté, la vengeance et le prétendu héroïsme ne s'en mêlassent pas.
SAURIN A DECORMIS.
Saint-Marc, 1 6 mai i 72 1 .
Je crois pour moi que ce qui fait encore plus fort appesantir la main de Dieu sur notre ville , cVst la manière dont on y fait la fête que l'on y appelle Fête-Dieu^ quand c'est tout Topposé. L'occasion est triste, mais elle ne saurait être plus belle, pour mettre fin à un désordre qui ne peut qu'irriter le Seigneur, à tant de profanations, de folies et de puérilités qui nous rendent non-seulement la
hl hlîCOUMIS KT DK SAIItlN. 129
risée (les libertins et de nos voisins , niais enctuc ni/'jjrisnhles chez les nations étranfif»'»reH (1).
Messienrs les eonsnls s(M*ont niS])onsnl)Ies, s'ils laissent écluipper cette occasion (I(î denuinder un Roi par M. do Heaninont notnî dépnté h Paris (jn'il loi |)lais(» d'ordonner, dans ce temps de calamité snrtonl , «jur la procession sera faites modestement av(»c 1(» s(ml clerf^é, lesliApitanx et les confréries , sans ces représentations ridicnles et indécentes , sans mons^pieterie et sans tambonrs, jns^pi'j'i ce qne SaMajestéen ait antrement ordonné et ait remis les choses conformément anx pieuses intentions de notre bon roi René , fondateur. (îar cette procession tout(î sainte» et toute belle dans son institution est insensiblement devenue un monstre; desinit in pisccm inuUer formosa sripernr.
Nous avions voulu l'abattre ce monstre dans le temps di^ notre c )nsulat en 1700. Nos successeurs l'ont aussi tenté , mais vainement. La fadaise a ses protecteurs tout comme les meilleures choses.
DECORMIS A SAURTN.
Aix, 17 mai 1721 .
Feu M. de L'Estang*, recteur du Corpus Dominx, et moi, en Tannée du grand hiver, fîmes ce que nous pûmes auprès de feu M. Lebretpour la suppression de la dépense et des profanations de notre Fête-Dieu. M. le président Duchaîne {%) s'y aida beaucoup. Mais on ne put en venir
(1) On sait comment les Jeux de la Fête-Dieu furent institués vers 1462 par le roi René; mais ce qu'on sait moins, c'est le discrédit dans lequel le changement des mœurs, des habitudes de folles dépenses et les licences excessives des Licteurs de ccb scènes, les avaient fait tomber dès le XVIP siècle Saurin et Decormis expriment là-dessus les sentiments de leurs contemporains. Avant eux. le philosophe Neuré avait écrit sur le même sujet sa Querela ad Gassendumde parum christianis provincialibus, livre qui parut en 1645 et fut réimprimé à Genève en 1648.
(i) Antoine d'Albert Duchainc, reçu président à mortier au Parlement d'Aix en 1694, mort en 17-26.
1 30 COUTŒSPONDANCE
à bout Les consuls n*out pas toujours été si bien intentionnés que vous sur ce sujet; car leur autorité s'y montre quelquefois avec un peu d'intérêt chez eux ou chez leurs domestiques. Ils disent pour raison que la ville se dédommage des deux mille livres de dépenses par l'attrait des étrangers. L'offense de Dieu dans les Jeux n'est pas mise en considération.
Cette année, la suppression sera forcée , l'intention de M. l'archevêque étant qu'il n'y ait que Saint-Sauveur h la procession. 11 faudra, quand il sera à PariS; qu'il obtienne un arrêt du Conseil du Roi qui n'admette que le clergé.
Je vous écris bien mal , ne sacliant tailler les plumes, et le papier que mon pourvoyeur m'apporte ne valant rien.
SAURIN A DECORMIS.
Saint-Marc, 20 mai 1721.
11 aurait été à souhaiter que notre ville eût conservé les cérémonies de notre procession de la Fête-Dieu dans la sagesse , la piété et la pureté de son institution. Je ne doutais pas que les folies, la licence et l'irréligion que la corruption des temps y ont introduites, ne vous eussent souvent fait gémir. Mais j'ignorais que, joint à quelquesuns de messieurs du Parlement , vous eussiez fait des mouvements qui opérèrent d'abord de faire tirer le Saint- Sacrement de l'autel , dans le temps que tous ces profanes passent devant le chœur. Chose étonnante que Dieu soit obligé de se cacher le jour même de son triomphe et où on prétend l'honorer le plus ! Croit-on donc en sa présence réelle ? Où est le sens commun en tout cela ?
bi: hiaoUMIS HT DM SAUUIN. 4 iH
DKCOItMIS A SAIIIIÏN.
Aix , ii riini I7il.
Si M. 1 nrclu'vi'^Jiiir iH» se. iiniiiit (ruiMirnH, raiiii('*<» prorliainc !<• l'arlciin'iil r\ Icîrf consul.i rrlahliroiit c(!.s folicn. M. (l(î (iriiiijildi coirniHMini , je crois, k faire eiifcirmer i(î Saiiil-Sacreiiiriit à la fin cK» la iiies.se, lorsqu'il s(; retirait , ri on lie l\'X|)()sait (le liouveaii ^[nh sou retour pour la marche (I).
La vilh» va assez hien , ynlces h Dieu. Je ue .sors que l)our all(\* à ré«^''lise , à riioj)ital et de la à rarclievCcIié , mais pour les lettres et pai)iers It» vinaig-re chez moi n'est ])oiiit employé , cela me paraissant trop létrer pour prcMidre ou donner la j)esti\
^l)Lo roidi* l;i Ha/oclic ('tait, on Jt^ sait, un dis principaux .irtours (le CVS JiMix. Oïl \v noiiunait cliaiiiie aniKM» j)ariiii les rlorrH de pr(»cinours ou tlo nutairc^s dans uihî ass(Miil)l«'t^ dos syndirs dos doux corporations, ot il choisissait ensuite s(»s odlcii^rs : le connectable , l'amiral, le «^•riind-niaîirc , les chevaliers d'honneur.
Tue ipiestion s\\st posiHMiaturellenient sur cotte ('pluMnôrc royauté. Jouissait-elle à Aix dt^s mêmes attributs ipi'a Paris, à Lyon, aTou- Ious(V à Orli^ans ci dans beaucoup d'autres villes? La Bazocho f-e trouvait-elle or^*anisee dans le ParlenuMit d'Aix avec une autorité ot une juridiction spéciales? Les Jeux do la Fètc^-Dieu ot les plantations de mais (Haient-eUes les seules occasions où elle se montrât? — Consult. le curi.nix ot savant travail do ^L Adolphe Fabro intitulé : Etudes hisloriques sur les Clercs de la Bazoche : l^iris. Potier, 1856; ot celui de M. Auti'ustin Fabro sur le Hoi de la Bazoche à Marset'.le; — Hevue de Marseille, juin i857.
M. Kouard nous a signalé une pièce inédite (manuscrits de la I3i- ))liotho(|ue Mt^janos, liasse 1072\ qui attostoToxistence à Aix d'une certaine juridiction bazochiale au moins à propos des Jeux. Le t) mai 1577, Toussaints « ])ar fortune de bonheur .Roy do Bazocho .. ordonne que quatre sols seront levés sur chaque suppOt pour la décoration di^ la procession, ot mande a à tous officiers, justiciers ot suposts » qu'ils lassent exécuter son édit. — Mais voici un document plus important.
11 est marqué dans un registre des délibérations du Parlement d'Aix que, le ±0 mai 15S4, uncr contestation fut jug*oo au Parquet de raudionco entre les audionciers, les clercs du a*reffe et h^s notaires, à propos dudroit de porter les torches à la procession. Les doux parties firent valoir leurs droits devant le roi de la Bazoche et les conseillers commissaires. Le snotairos alléizuèrent « qu'ils ctatent prieurs de la Bazoche et présidaient aux assemblées d'icelie a — Les audionciers et les clercs du g-reffe exposèrent à leur tour « quUls eiaient greffiers et secrétaires de l'Etat de ladite Bazoche, qu'ils en étaient les premiers et principaux suppôts, prenant part aux charges et dépenses pour son état et soutènement. »
Ce registre appartient à M. dePortis, conseiller à la Cour d'Aix.
1 3 i COimKSPONDANCK
SAURIN A DKCOHMIS.
Aix, 8 juin 1721.
Vous aurez peut-être les conseils de Court-le- Vieux , Curtius senior, parmi vos vieux livres, si vos ^ens ne les ont pas fait passer chez les beurrières ou les pâtissiers qui font un grand dég'ât de nos anciens docteurs.
Mon père regardait ces destructeurs des ouvrages des anciens comme une espèce de fléau. Car on y trouve une infinité de cas singuliers que les modernesn ont point vus ou dont ils n'ont point eu occasion de parler. S'ils l'ont fait , c'a été peu exactement , et ils ont été redressés par leurs contemporains dont les ouvrages périssent tous les jours. Il est bien apparent que ces originaux gothiques ne seront plus réimprimés , leur perte est irréparable.
Aussi, je conserve soigneusement tous ceux qui me restent et qui ont échappé aux quenouilles des femmes , aux beurrières , aux pâtissiers et épiciers. Ces g-ens-là feraient impitoyablement main basse sur les bibliothèques les plus anciennes et sur tous les manuscrits, s'ils tombaient entre leurs mains.
DECORMIS A SAURIN.
Aix , 21 juin 1721.
Je n'aurais -pas voulu que M. de Launoy eût employé son savoir à prouver que sainte Madeleine n'a pas été en Provence ; car, quand une dévotion est établie par temps immémorial, pourquoi troubler des esprits dociles, tels qu'il le faut être en fait de religion? Captivantes inielledum in obsequiuni fidei docibiles Dei,
Le sieur Caranove me marque que le Dupérier est achevé, qu'on imprime les errata. Vous le recevrez le premier.
i»i: i)i:(oi(Mi.s KT iiK SAi aiN. \'M
Suiut-Miirr . i'.i juin \li\.
JesuiHl)ien iinpaticiit (!<• xoir l<; noiivciii Uiiixîrier. Je vous fôli(!it(î dit riiiipression <»t vous rernercii», jmr avance, (lu présent (|u<' vt)us voulez l)icii ino faire du premier cxeinpluinî c|ue le sieur (.aranovo vouh enverra. J'aurais encore plus (liî plaisir, si c'était un (1rs volumes de votre ouvraL!*c (jui serait imprimé aujourd'hui .sans ci; terrible lléau. Lr mnl n'.iura peuf-(>tn»p')s éparf^né nos imprimeurs ou leurs yarrons.
Mou frt'^re l'abbi' m»' cliar^n» de vous assurer de la continuation de s(îs respects, et de vous dire (pie tous les jours il V a dans son bréviaire une pri('re i)our votre conservation.
DKCOUMIS A SATIUN.
Ai\, 28 juin 17*21.
Pierre Decoruiis était si attentif à toutque, M. de Guî.se notre gouverneur ayant voulu faire dorer le tableau peint par le roi René (I) en sa chapelle des Carmes , il Tempôcha de peur que, se l'attribuant , il ne conservât quelque pensée à la succession du Comté de Provence que Palamède de Forbiu fît donner à Louis XI. Car on n'ig-norait pas que
(1) Ce tableau en (juelque sorte national par l'attribution qui en a éiQ faite jusqu'à ce jour au roi Re'né n'est pas de lui. Il présente tous 1 y. les caractères de la peinture de Jean Van Eyck , dit Jean de Bruj^'-es. et. d'après l'avis de M. Waagen de Berlin,* le meilleur juge en ces matières, il est bien l'œuvre de ce dernier.
Le panneau central du tryptique , où la figure de la Sainte Vierge tenant l'enfant Jésus est pl'acée dans le buisson ardent, a été dessiné par M. Ha^vke pour le grand ouvrage de M. de Quatrebarbes et trèsexactement décrit par M. Jules Renouvier ; — V. l'étude de ce savant iconophile intitulée : Les peintres et les enlumineurs duroi Rêne , Montl)ellier, 18o7. —Les volets portent l'image du roi René déjà vieux et celle de Jeanne de Laval qu'il épousa en 1453. M. Renouvier constate qu'ils sont d'une exécution postérieure.
L'églisLî des Carmes, dans laquelle le roi René avait sa chapelle, posséda longtemps ce tableau qui appartient aujourd'hui à l'église métropolitaine d'Aix.
\^^ rORHKSPONDANCK
Henri IV, donnant le gouvernement de Provence à M. de (juise , lui dit : — « Mon cousin , il ne faudrait pas penseï' à voire ancien droit, vous trouveriez un homme qui s'y opposerait vertement. » Cet homme était le premier président du Vair. Si IMerre Deoormis avait vu les Carmes donner cette chapelle du roi René à leur médecin, ce que feu M. Saurin ne pouvait souffrir, je crois qu*il leur aurait fait un procès en profanation; et cet ancien monument pour lequel nos pères avaient tant de vénération resterait encore sous le titre de chapelle royale.
SAURIN A DECORMIS.
8nint-Marc, 30 juin 1721.
La maison de Lorraine n'a jamais cessé de tourner les yeux du côté de la Provence, comme descendant de la fille du roi René (1). Les bonnes raisons que notre illustre profrsseur et conseiller en l'institution de notre Parlement, Melchior Seguiran, donna dans sa savante consultation pour établir que cette maison n'y avait rien à voir et que le droit que Louis XI tirait de René était incontestable , n'ont pu encore la faire revenir de sa prétention.
(1) Le roi René avait réglé sa succession en donnant à son petitfils René, fils de sa fille Yolande, les duchés de Bar et de Lorraine, et eu instituant pour héritier en Provence son neveu Charles comte du Maine. Après la mort de René , le duc de Lorraine essaya de provoquer par les armes un mouvement national dans le Comté. Ses troupes s'emparèrent d'abord d plusieurs villes, et il est probable (jue si Louis XI , contre lequel au fond se faisait la guerre, n'eût secouru Charles III , celui-ci aurait succombé.
\'. le Hesumé de l'histoire de Provence, par le conseiller Ronchon, dont la mort (1" avril 1861) vient d'enlever à notre j^ays un des hommes qui personnifiaient encore parmi nous les mœurs de nos jurisconsultes patriotes et qui perpétuaient les traditions des anciens publicistes; consult. aussi les remarquables it^/arfe? historiques sur la ville de Manosque au moyen-âge, par M. Damase Arbaud; Guichard, Digne, 1859.
M. Damase Ai baud a éclairé paroles faits non moins importants (ju'ig-norés la lutte engag-ée entre le parti lorrain et le parti Irançais. c:es faits attestent que toute la haute Provence, une partie de la basse et une fraction oonsidérablr de la noblesse se prononcèrent pour la cansp lorraine
1)1-: DKCUUMIS KT lili hALHIN. \ôU
Il 111(5 rtouvieiit, en ettV't , criivoiroui diroà f«Mi iiioii|jère (ju'étaiitdéputù de la iKjhlr.sHc de I^ruveiire ii Parin, coiiiine Hyndie, il avait ru l'IioniMMir de voir qiiel<niefoi« M. le duc d'Ariiiairnae, ^^raiid ikuyor. Le duc avait «es terre» ea Provoneiîct dans lu conversation lui jiarairisait fort curieux dcHavoir si li» nv \v dt» la nation «'tait |)our sa nuiimm. Nouh voyions dans ce lemps-là l)iîiiucou[) de Lorrain» venir étudier en droit h notre Université.
11 \\\r s()ii\ii»nt encore, co unie vous dites, d avoir vu mon père se niclnT di» cette profanation (pie les Carrntîs , puni»sables dans les honiu^s rèj^les , avaient fait de la chapelle de ce Roi , respectable par s(îs entrailles (|ui y sont enterrées et par h^ lahleau peint de sa propre main. Ch(jse rare de la part d'un i)riiice ! Les armoiries (ju'il eut la bonté de donner à notre famille, pour les services de Pierre Saurin, secrétaire de ses commandements, ainsi (ju'il lefjualifie dans ses lettres patentes de LtTO (1), sont aussi peintes de sa main avec autant de délicatesse (jue de propreté. Las peintres qui les voiiMit adminnit dans ce bon ])rin(*o une jîatieMice qu'iV n'auraient pas eu\-mOmes.
SAURIN A Dl^lCOKMlS.
Saint-Marc, juillet 1721.
.l'ai toujours reg'ardé coinuie un grand coup pour le bien de la justice , si le Roi obligeait les juges à exprimer leurs motifs. C'est ainsi qu'on le pratique en divers Etats de TEurope. Les bulles de Pie IV et de Pie V y obligent les
[\) Lettres danoblissoiueiit accordées par le roi Keiie', le 4 avril 1 wG, à Pierre Saurin, cinquième aïeul de notre avocat. Elles lurent enreg'istre'es à la Chambre des Comptes de Provence seulement le 4 juin 1710, en vertu dautres lettres accordties au mois d'avril de la même année par Louis XIV. en faveur de Joseph -Ig'nace Saurin. (R.-A.)
Le roi René avait peint les armoiries de plusieurs autres famille.^» de Provence.
\ 36 COUUE^PON DANCE
Sénats d'Italie; la Rote de Rome en use de même, et vous avez vu quenotre Imbert, ensa pratique, exalte foi-t M. de Montliolon sur sa louable coutume de marquer en prononçant ce qui avait déterminé la Cour.
Par là, on empêcherait l'abus des citations indig-estes de tant d'arrôls dont on ne sait ni les circonstances ni les motifs , qui ne laissent pas d'engager malheureusement les parties en des procès ruineux , embarrassent leurs avocats, allongent leurs défenses , séduisent l'esprit des juges , comme saint Cyprien s'en plaignait déjà , et confondent enfin les maximes les plus assurées; n'étant que trop certain que cette pernicieuse science de ran^esioloyie^ selon l'expression de M. Cujas, est la science des clercs. Les avocats de nos jours ont cependant pour elle un grand penchant et commencent ainsi Tédifice par le toit, selon l'expression du cardinal de Luca. Elle éloigne de la science du droit qui doit être le fondement solide et fait perdre insensiblement les principes de vue.
D'ailleurs , par cette nécessité de marquer les motifs, on forcerait les juges à se mettre en état pour une étude sérieuse , à ne pas donner des motifs qui les exposeraient à la risée , à la censure et à la destitution de leurs charges , peines naturelles des ignorants.
DI^:C01lMIS A SAURIN
Aix, 16 juillet 1721.
Quant aux motifs marqués dans les jugements, jetàche, lorsque je dresse une sentence arbitrale, de faire connaître par quelque expression la cause impulsive. Il serait sans doute utile de déclarer les motifs , on éviterait bien des équivoques en l'explication des arrêts et bien des ambigu'i-
i»K hi:( oKMis i:r dk saluin. 1'(7
tAs ; mais nos jii^*(îs H'iina^'iiHîiit <jue ce «erail déroyer h
loiir i\\i\(ii'\\é , juhntl //•./•, //o// disjitih't.
Depuis l(>4(», |)(.iiit (l'.irnH ff^'iirral (IJ. Du trin|)s de M. (lu Vair, il n'en ct.iii pnsaiiiHi. Il 1«»h proiioiirait |>ar (•(tMir, tout ((tumir \ (MIS les voyez, fixant sa vue Hur l'avocat (iiii t'iait à son o|)|)()sit(» , Hans brailler ni reinn«T, en sort(î (pTil seuil)l:iit (jue l;i justice , Tlicrnis , prononçait «eft oracles (ij. Mais, si apprendre par co'uret prononcer de niOnie ctait trop p(''nil)le, pour^pioi m*. ])as les l'aire ])ul)lier par le ;^rellier, comme à Paris, à la ('liandeliMir et aux antres jours d'audience solennelle où l'on puMie les arnHs de conséuncnce faits consnltis classibus."* lN)ur(pH>i nej)as les faire imprimer? Mais nul n'a plusf.-iim et soif de la justice.
Je vous ai dit antnd'ois (jne >[. de N'ale^^rand (3), notre archevêque après (itMiehrard , pins avancé en Ajre rpu» Uomanns (il Ie(pud mourut à tn^nte ans , n'oubliait rieii de ce ([u'il lisait. Après avoir lu un livie, il pouvait le jeter au i\'\i conuni^ lui étant inutih.».
(l) Les ariets ^'('iiéiaux ou en robe rouf/e (»ti\iciit dr v(*ritaljles orilumiances, ayant force di} lois dans le ressort de la Cour sur les matières dadniinistration , de diseipline et de police, sur les points eoiitroversés en doctrine (*t jurisprudence. Hs associaient dans une certaine limite les Parlements à l'autorité souveraine et lég'islative; on trouve en eux les vestiyi'es de la juridiction romaine du prêteur.
Une disposition spéciale, ajoutée à des arrêts individuels importants, en taisait des ariêts généraux ayant force de lèg'lement. Messieurs de la (\Mir(surtont les rapporteurs) furent souvent admonestées, u quand ils auraient un beau procès, de le faire entendre à messieurs tes présidents, pour s'y apprêter chacun en son rang. » Il avait été dit dans les mercuriales que des arrêts ^vnéraux seraient prononcés par les I)résidents et selon leur ordre, trois fois l'an : à Noël , à Pâques et avant les vacations; mais, ici comme ailleurs, un usag-e excellent tomba en désuétude, à mesure que s'éteig'nirent l'esprit d'initiative et la vie intérieure des corps.
(i) Les Arrests prononcés en robe rouge par lepremier président du Vair ont été insérés dans la collection de ses GEuvres.
(3) Paul Hurault de l'Hôpital de ^'alegTand, archevêque d'Aix en 1595, mort en 16i4.
;4) Pontanus surnonnné /?o;»anf/5 , jurisconsulte de .Spolète. Sa mémoire était si heureuse qu'il citait les lois du Code comme s'il avait le livre ouvert devant ses veux
' UnKl\M'U?sDAM li
SAUllIN A DECOHMIS
Saint-Marc, 16 juillet 1721.
Ce grand homme (Onjas) dont l'esprit nourri et éclairé des plus pures lumières du droit n'était pas barbouillé du fatras de Varr*istolofjie, n'était pas non plus étourdi de la nomomachie des docteurs du commun qui, loin d'éclaircir les points obscurs du droit, obscurcissr^nt souvent ceux qui sont clairs ; m re facili mulii et in di/ficili muti^ dit M. Cujas qui a pensé effectivement comme vous.
La prononciation des arrêts en robe rouge parle trèssavant magistrat du Vair devait être un beau spectacle. Je crois qu'il en fut prononcé sept de son temps , et depuis soixante-dix ans nous n'en avons pas vu prononcer un quoiqu'on en eût grand besoin en plusieurs cas.
DECORMIS A SÂURIN.
Aix, 23 juillet I72Î.
La minute de votre lettre à M. le Chancelier doit être corrigée sur mon chapitre. Vous y dites bien des choses qui me surpassent , à cela près le reste est excellent. Si la lettre 62™^ lui est agréable , l'entretien 63 pourra lui être envoyé à loisir ; il est encore plus curieux que le précédent (I).
SAURIN A DECORMIS.
Saint-Marc , juillet 1721 .
Je fis partir la lettre pour M. le Chancelier, au moment où je vous en envoyais la minute. Je me défiais de votre modestie et craignis qu'elle ne m'obligeât à y retrancher ce qui vous concerne , comme vous me le demandez en effet.
(P, Saurin y avait trriito nrio question controverspp toiiant au rp^i'imo dos siiccossioiis.
I)i: DI'l'OUMlS ET Di: HAUKIN. l iJ*.>
('e n't'st pas sur cet article (jne j'irai \ourt couHuller. il iiio suftit (JU4Î ('(î (juc j'y ai dit soil livr^-vnii , cl je n'y ai \MiA (lit tout ce (|iii est \r;ii. Lcri jurirt(V)ii«tilte.s coinine vou.si>oiii trop lîires; il est juste (pi'dh en rende au clu^f de Injustice l(î tcMioij^-na^iMpii leur e>t dO. Si vous vous eu ofFcusiez , vous c(»sserie/ vous-uK^iui' d'iHn» juste.
DKCOUMIS A S.VUUIN.
Aix , IH août \',2\.
i/A laiblesse de iiol re as.^esseur est hieu ^'•rande. Hélas! où u passé le temps (|U(» les assesseurs étaieftt Tiluie de radniiuistration il)! Tout est renversé. Je v(»udrais ne rien ouïr dire, tœclrt nie vivrrr; ))lAt h Dieu (jue ce fut pour élre rum Christo !
SAUaiN A DKCOUMIS.
Saint-Marc , 20 août 1721.
L'assessorat d'Aix était, il est vrai, l'dnie de l'aduiinistration de la province; mais l'administration de la province est elle-même subjuguée aujourd'hui parle ministère des finances et souvent par messieurs les ir.tendants. Ils n'ont pas toujours été aussi bien intentionnés pour la province que Ta été notre illustre et incomparable premier président (2).
(1) Nous avons dit le vuW actif ([ue les jurisconsultes avaitMit dans l'administration de la province. On trouverait peu d'exemples d'une influence aussi i)répondtu'ante, e.\ercée par h^ Harreau depuis les temps les plus anciens; elle avait mérité en Provence à cette longue Jit?:née d'avocats assesseurs d'Aix le nom de Colonne assessorale.
[i) « n n'y a à proprement parler que deux g*rands ministères en France , cehii des affaires étrangères et celui des finances, écrivait tn JTGorle marquis dArgenson. Au ministère des finances sont réunis toute police générale, commerce, circulation d'argent, banque et toute la fortune des particuliers. »
Le pouvoir des intendants s'était accru de tout ce tout ce qui avait été enlevé a l'initiative des magistrats municipaux. En Provence . pour mieux amortir l'esprit de résistance qui avait son organe dans le Parlement, on réunit les fonctions d'intendant a la charge de ]n'cnH(U' Président.
1 W COHRESPONDANCE
Le pouvoir arbitraire a pris le dessus. Les magistrats municipaux du Royaume ne sont guère plus considérés que le peuple qui les a élus. Tout se ressent de son abat tement.
Messieurs les Procureurs du Pays qui de votre temps avaient plus d'éclat qu'aucun magistrat populaire du Royaume, puisqu'ils étaient consuls non d'une seule ville, mais de toutes les villes de la province et des gens des trois Etats , conduits d'ailleurs par ce qu'il y avait de plus savant, de plus lumineux et de plus expérimenté parmi les jurisconsultes, âmes de tout corps politique et civil, ne sont plus aujourd'hui ce qu'ils étaient. Le lustre de leur emploi se ternit à vue d'oeil.
Dès qu'on eût passé, en 1639 , le pas delà réduction de nos Etats en simples assemblées , où le clergé n'est plus représenté que par deux évêques et la noblesse par deux gentilshommes, les Procureurs de cet abrégé n'ont pu que perdre de bur éclat. Les Etats du Languedoc se sont bien mieux garantis de cette réduction si meurtrière , qui mènera enfin à une extinction totale de nos Etats dont nous n'avons désormais presque plus que l'ombra. Jug-ez si Tassesseur peut briller comme autrefois (I).
(î) On voit là, justifiée par un témoi^nag'e probant , la thèse que M. de TocqueviJle a soutenue avec un si granci éclat dans son livre L'Ancien [i^'gime et la Révolution. On entend là le cri d'alarme jeté par les hommes sag-es qu'effrayait la marche rapide de la dissolution sociale. Un recueil aujourd'hui très-instructif à lire fut publié en 1739 (Paris, chez la veuve Sang-rain, in -4"). 11 contient les différents édits qui avaient créé les offices de maires, lieutenants de nmires, échevins , consuls . jurats , capitouls, assesseurs, secrétaires des g-reffiers des hôtels de ville et leurs con trôleurs, anciens-mitriennaux et alternatifs-triennaux , etc On éprouve une impression douloureuse en
assistant à la destruction successive et inintelligrente de la vie, de la fortune publique , au sein des communautés.
Quelques chiffres puisés à des sources certaines montreront les effets de ces ventes d'offices. En 1702, les communautés de Provence devaient une somme totale qui s'élevait au-dessus de 22 millions. La ville d'Aix fut obiig*ée d'emprunter, p .ur l'achat des offices municipaux créés del691 à 1721. près de 600,000 livres. Enl714, on constata (lue la dette de la ville d'Arles atteignait un chiffre supérieur à 700,000 livres.
11 convient cependant d'atténuer ce que le jugement de Saurin a
in: !)B(()UMIS F.T DK SAI ItIN 141
SAHÎilN A DF.COUMIS.
Siiiiit-Marc, 2i aoiU n2l
(,Ju(mI(' coups (le luiices ('»vitiîs par )«• |)<'tit coup (!<» lancette donné u i)r()|)()S à Iji cliovilh; a no*n» l)on \Un !! — I.c pr()V(»rl)0 (lit : Dat (idicnns nprs et Jnslinutnns honores. l/.\ prcMnu'n* parlii» scM'a toujours \ rai<; tant (ju(î les liomine» aimeront la vie (1) ; la seconchî le serrait aussi et JustinicMi eontinu(M'ait de* (hniucr les honneurs h ceux cjui (tudient ses lois, si les hommes aimaient autant la justice qu'ils aiment la \u\ Cet heureux tcunps n'est plus, monsieur. A la place de Tempereur Justinien il faut mettre le dieu Plut us. Ce sont ses favoris qui s'emparent des dig-nités en les achetant; elles ne sont pas pour les plus savants et les plus vertueux.
Ils entrent pôle et môle avec ceux qui sont dignes dans le temple de la justice , illotis manibus , et y profanent son sacerdoce. Vrais reptiles! ils ne font que ramper sur les fleurs de lis.
Il y a un siècle, du temps du savant avocat général Decormis, votre grand oncle, et de M. le président son fils, cette majesté de la justice faisait le sujet de Tadmiration des peuples, la sûreté des pères de famille, la consolation des bons et la terreur des méchants.
d'excessif sur l'effacement g'énéral du réyrimc provincial. Les Assemblées des communautés de Lambesc et celles des Procureurs du Pays librement élus maintinrent en Provence, autant que le permirent les malheurs des temps , les éléments essentiels d'une aaministration populaire, économique et patriotique.
Portails aconsacré à énumérer les bienfaits de cette administration le chapitre 32 de son livre : De l'usage et de l'abus de l'esprit philosophique durant le XVJII^ siècle. — V. aussi notre travail intitulé ; Pascalis , Etude sur la fin de la Constitution provençale, 17S7-1790. Paris, •1854, chez Dentu et Aubrv.
(1) Louis XV étant malade avait été soigné et, même, sauvé par son médecin Helvétius. Saurin discute la récompense donnée à un médecin en la rapprochant de l'état de défaveur où se trouvaient les juri«îConsultes.
I 12 CORUKSPONDANCR.
SAURIN A DECORMIS.
Saint-Marc, i septembre 1721.
Je reçois uno lettre du sieur d'Autliier (1) qui m'appreud (jue vous avez renvoyé à l'année prochaine la promesse de venir inang-er ici le pif^eon ou le poulet iaemptus^ dont vous me parlâtes il y a six mois. Je vous laisse juge si , après une promesse solennelle , vous ne pourriez pas être contraint ad factum précise et à être voiture dans ma chaise malg-ré vous. Je pense que vous trouveriez bien mieux votre compte, en souffrant cette espèce de violence, qu'en vous exposant à des dommages-intérêts.
J'aurais été moi-môme vous sommer de tenir votre parole , si je n'avais compté sur M. Tarchevôquequi, comme vous savez , m'avait promis de vous amener dans son carrosse non susp3ct de contagion sans doute. Si je croyais trouver une chaise à porteur désinfectée , ce que je crois assez rare, j'irais moi-même vous sommer.
Je vous avoue que je n'oserais y paraître fait comme je le suis. Il y a tantôt un an que je me suis rasé seulement à la pointe des ciseaux, et les parruques que j'avais apportées sont si défigurées par le g-rand soleil et les injures de l'air qu'elles me défigurent elles-mêmes. Il me faudrait quelques jours pour me réparer dans ma maison ; sed non licet nobis pernoctare, suivant l'ordre des commandants.
DECORMIS A SAURIN.
Aix , 5 septembre 1721.
Vous tournez agréablement contre moi, pour me forcer à aller vous voir, obligationem facti. Est-ce officio nobili et
(0 D'Authier de Sisfi'aud, avocat d'Aix. C'est lui qui défendit en 1740 l'avocat g-éne'ral de Seg-uiran, accusé de faux, et dans la disg^rdce duquel il fut enveloppé. (R.-A.)
par iih (^flrl dr vol rc fféiirrosité? Mais voub ne Huvitz paH (ju'iiiir (le mes j)riii(;i|)aloH (lents hranle si fort (|u7i jHîine pnisje inrt('h(M* h' hoiiilli Ainsi jirr me non slat ^ et cVflt l)i(Mi (|iiin(î viMit |)as([n(»j(' pn^nnere r^'^n\.
SAUIUN A DKCOUMIS.
Sjiint-Mnrc! , \) Hiîptfiinbrf* \ll\
J(^ snis l)i(Mi (Ml rolrrc^ (umire votrt» iaihle (l(»nt cjui n'a |)liis (le forctMjiKî pour faire du mal , en me ravih^sant le l)Iaisir (pie je me ])romettais d'avance» d(* voua voir ici.
J(* m(î le tiens donc pour dit Je (:on(;ois fort hien rjne j'aurais plus tôt pris la Inné avec mes dents, pour me servir de l'e^xpression de M. de Voiture , (pie je ne vous forcerais dans le retranchenuMit où le mauvais état des vcjtres vous met d(»sor niais fi Tabri d(î rim])ortunité de mes prières. Votre résolution est prise , je la respecte parce que je ne saurais m Vmpô cher de respecter tout ce cpii vient de vous; mais, permettez-moi de vous le dire, c'est bien malgré mes dents.
Queu'ai-je le secret de C3 Persai qui vint à Paris , il y a quelque temps, et dont l'histoire de l'Académie royale fait mention! Il ôtait sept à huit dents dans la bouche et les remettait ensuite fi leur place. Vous n'auriez sans doute plus eu d'excuse après une telle invention où vous auriez plutôt gagné que perdu , puisqu'elle vous aurait fait recouvrer de bonnes dents. Je vous aurais régalé à mon contentement, dapibus tamen inemptis ^ ainsi que vous me l'aviez ordonné. V^ous auriez été reçu également hospitio agresti, comme Cicéron le promettait à son ami Atticus. Dieu a voulu me refuser ce plaisir. Il faut se résigner à ses volontés.
\ 44 CORRESPONUAN'CK
DECORMIS A SAURTN.
Aix, tO septembre 1721.
La vérité est que , outre l'obstacle de ma dent , la moindre voiture m'incommode. Je l'ai éprouvé dans la visite aux Chartreux réfug-iés au Plan d'Aillane, oii je priai M. Tarchevêque de me mener dans son carrosse. Quoique étant au bon fond avec lui , je me trouvai le soir tout autre et je compris que je ne devais aller que sur mes pieds. Igitur reiteratio de mes remercîments.
SAURIN A DECORMIS.
Saint-Marc, 13 septembre 1721.
Pour vous rendre dent pour dent, deniem pro dente, j'aurai Tlionneur de vous dire sans sortir de la maison de Bouillon que, le cardinal, à son retour de Rome, étant allé saluer le feu Roi et lui ayant demandé l'état de sa santé, le Roi lui répondit qu'e//e était bonne , mais guil n avait plus de dents. — Eh! qui a des dents? Sire, répliqua le cardinal. Celui-ci n'en avait pas non plus et, plus courtisan que le chevalier son neveu , comme vous voyez , il semblait vouloir faire entendre au Roi que ses sujets devaient être édentés pour plaire à Sa Majesté.
Après tout, je ne desserre plus les dents, dès que vous dites ne pouvoir, sans vous en ressentir, supporter le cahotag-e des voitures.
Je lis actuellement et avec plaisir les plaidoyers de M. Dupérier. Quoiqu'ils aient près d'un siècle, ils paraissent quasi aussi frais que s'ils étaient de nos jours.
A la vérité , je n'y voudrais pas tant d'ornements quelquefois tirés à force, ni cette érudition trop recherchée quoique belle ; mais c'était le goût de son temps. Je ne
UK l>r.( OIIMIS liT liK HAUIIIN. 14^1
(louU; pas «jin', IhîI osprit comiinî il \\\Ui\i , il n'eiU volontiers Hocoiuî \i) jou^ (U*. la inoihî et d'inuî servituch; hî tyrnnnique.
lia justice n^^^'^anle les ornements ambitieux , avihiliosa ornamrntay et les ixMiitur(\s (}ue ToratiMir apporte dann Bon temple /oti/ (/<r marbre, s(»lon l'expression d'un bcîau f^/mio do notre si^eh», (*oinm(î autant de taehes qu'on y fait. Kilo veut plus (itî simplicité dans le discours, j)ourvu qu'elle W)it noMc, plus (1(^ justesse et de précision dans les pnîuves et dans les raisonntunents. De leur cr>té, les clients entendu» n'aiment pas un (((''fenstîur (pii , comme Ovide, soit trop amateur de son esprit, nitnis amator iîujmii sut, et (pii se serve plus du tambour et de la fanfare que des armes, sonj^e plus a Tapplaudissement qu'à la victoire et à ce ju7f//umcaa.svpdont vousparlez. Mais, monsieur votre oncle était forcé de s'accommoder au temps et de supporter sa tyrannie.
Les plaidoyers si fameux de M. Lemaistre, ég-alement illustre par sa parole au Barreau et par son silence dans sa retraite à Port-Royal-des-Champs, ne se ressentent-ils pas de ce goût peu naturel, quoique plus récents que ceux de M. Dupérier? Le Barreau trouvera même mieux son compte pour son usag-e chez celui-ci ; il y trouvera moins de fleurs dans les ornements , moins de pureté dans la locution , moins de brillant dans les pensées , mais , ce qui vaut mieux, plus de jurisprudence (I). M. Lemaistre, comme ce jurisconsulte Antipater dont parle la loi 2 c/e Origine jiiriSj plus cloquentiœ quam scientiœ juris operam dederat. M. Dupérier, jeune encore lorsque furent prononcés la plupart de ses plaidoyers , montrait qu'il serait un
(l) Nous renvoyons à la fin de cet ouvrage des considérations trop étendues pour être insérées en note sur l'éloquence judiciaire au Parlement d'Aix, vers les commencements du XVII' siècle, et quelques extraits des plaidoyers de Scipion Dupérier.
1 i 0 CORUESPONDANCIÎ
jour plus jurisconsulte que poëte, philosophe etoratcur. Je trouve môme quelque chose d'original dans la manière dont il met en œuvre la jurisprudence. En général , personne ne paraît avoir été plus savant ni plus exact dans riiistoire des lois romaine? et françaises , avoir plus sagement tempéré les unes par les autres. En un mot , je le regarde comme un jurisconsulte, jurisconsvltissime ^ ainsi que Pline le dit de Caton.
DECORMIS A SAURIN.
Aix, 13 septembre 1721.
Je suis bien aise de vous entendre dire sans complaisance que les plaidoyers de M. Dupérier sont bons. J'ai insisté à Toulouse pour qu'ils fussent imprimés , pensant que, puisque nous lisions ceux de messieurs les avocats généraux Servin et Marion, du même temps, ceux-ci pourraient être lus utilement.
Je conviens que le goût présent d aller au solide et de négliger les ornements est meilleur. Il y en a même beaucoup moins dans les plaidoyers de M. Dupérier qu'en ceux de M. Lemaistre qui en sont tous remplis. M. Seguier les avait ouïs, ayant présidé à la Tournelle de notre Parlement par ordre de la Cour (1). Ce qui rendait ses plaidoyers plus aimables, c'était avec l'action la voix la plus claire et la plus argentine. On l'entendait de la salle des pas-perdus, quand celle de l'audience était pleine, et il charmait aux répliques faites sur-le-champ.
(1) Dupe'rier avait eu aussi pour auditeur et admirateur le prince de Condé (Henri II). Ce prince venait d'être envoyé en Provence (1631), après l'émeute suscitée à Aix par l'édit des Elus. Il alla visiter le Parlement retiré à Brig-noles. — « Celte compagnie, qui savait les belles parties de l'esprit du prince , voulut lui donner la satisfaction d'ouïr plaider une cause célèbre par Scipion Dupérier, le plus éloquent du Barreau... Dupérier plaida avec tout l'ornement que sa réputation et la di^i'nité de l'audience pouvaient exig-er de lui. Il fut admiré de rassemblée. » - Mémoires manuscrits de Jacques de Gaufridi.
Di: DKCOIIMIS KT I»K Î^AI'HIN. 147
Les Maxinu's i\%n sont mu^ vtM-italjlo Irailuction de nos UHaffes sont trop hritîveH ; mais il Ic.silirtail A^^ét de jirèsde «oixaiite-sei/zî ans, aveiif^h; à n<î pouvoir plus voir et parcvjurir son manuscrit; («t, les (li(!tantfi son petit-fils (îrjnseiller (I), qu'il lie fallait pas sureliar^er de nmti<*îrefl, il sufli- «uit (le 1 insiruirc (le «^Tos (»n f^ros. Jn ne dédaijrnais |)aH irécrin» ces niaxinies, étant alors jilus avancé que son j)etit-tiL^,
SATRIN A DI'.COHMIS.
Saint-Mîirc. H» Hoptem!)re Mis.
Tout e * ([ui iii:nii[U(» à Y EpHomo, (^(hîs (Kuvhîs de Duniou^ lin fait par ^^. Dup ^rier), v(\ sont des notes niar;rina1es dont vous auriez [):i l'orner pour l'usage présent. Elles auraient sans doute donné un g-rand relief à votre édition et vous auriez toujours plus affermi nos maximes par votre témoig-nag-e. Si j'étais un peu plus entré dans ce dessein , quand vous envoyâtes votre manuscrit h Toulouse , peutêtre aurais-je été assez heureux pour vous persuader de faire encore ce présent au public.
A cela je ne trouve plus d'autre remède que d'écrire vous-même ces notes lumineuses ;\ la marge de Tun des exemplaires. Elles seraient si courtes et reçues avec tant d'applaudissements que chacun les transcrirait sur le sien, comme on transcrit à la main les notes de M. Levaillant sur les Règles de Chancellerie de M.Louet, avec un hoc jure vtimur, ou hocdubium est, Yows pouvez éclaircir, monsieur, bien des doutes futurs et fixer bien des vacillations. Il me souvient de vous avoir ouï plaindre que quelques-uns de nos messieurs, quoique assez employés, uevousparaissaient
(1) Scipion II Dnperier. né en 1639. re(?u conseiller au Parlement d'Aix en 1663. mort à Paris en 1681. 'R.-A.j
1 48 COUIŒSPONDANCE
pas fermes dans lesniaximes, ce qui est pourtant de grande importance pour le repos des fomilles que Ton embarque souvent, par des vacillations flatteuses, en des procès ruineux dont on les aurait détournés si on eût su parler d'une manière magnstnile et plus affirmative.
DKCOUMIS A SAURIN.
Aix, 49 septembre 1721.
Je n'ai pas cru devoir ajouter du mien k cet Epilome de M. Dupérier. Si vous me Taviez conseillé, nous aurions fait les notes ensemble , en ajoutant une table aux arrêts de messieurs Coriolis et Thoron (f). Pour ceux de M. Dupérier, je ne Tai pas cru nécessaire , étant classés par lettres alphabétiques et si concis que la table en aurait été aussi longue.
Mon grand ouvrage servira de preuve aux changements que l'usag'e peut avoir fait au Dupérier. C'est une honte que la jurisprudence soit aussi vacillante. Un Allemand entendant plaider à Paris fut d'abord pour le demandeur, puis pour le défendeur : quam versatilia sunt Gallorum ingénia. Les notes à la main en marge pourront être mises pendant les vacations par nous deux ; elles seront plus sûres.
Il y avait plus de huit ans que M. Dupérier était aveugle, lorsqu'il dicta les Maximes à son petit-fils; il marquait ce qui lui venait en mémoire de gros en gros pour premier élément à un jeune homme peu studieux.
Les notes de M. Levaillant parurent si bonnes que, quoi-
(l) L'édition des Œuvres de Dupérier publiée par Decormis contenait, avec les Questions notables, les Maximes de droit que le juriscon- Hulte aveug-le avait dictées à l'àg'e de 76 ans , quelques-uns de ses plaidoyers, les Décisions tirées de Dumoulin sur la coutume de Paris, un recueil d'arrêts tirés des mémoires de Louis de Coriolis et d'Antoine Thoron.
W. l)i:(()UMIS FT l)K >\LUiN. 1 i9
fjiKî je fciuLs i)aressiHix ù fcrire, jtî len uvain toutes tniu.scritrH lit nii)[M>rtùes avant (jiuî 1«' iiouviîau Diiinoiilin qui !<•« contient n'eilt |)aru.
SAUIIIN A DKCOUMfS.
Saint-Murc, i2 H('|)triiil)re 1721.
Vous n*avcz pas !)esoin <!•' mon secours pour le» notes pratiques dont nous parlons. Ce ne sont j)as \iii^ miennes <[ue le i)ul)lic demande , mais les vôtres ; il s'agit ici de nous donner les fruits de votre expérience , la plus lonj^'-ue et la plus consommée peut-ûtre (pie l'on puisse trouver dans le liovaume et i)lus loin encore. 11 est rare de voir des jurisconsultes (pii aient battu le fer, tritura foremi^ durant environ soixante ans de Barreau. C'est de votre main seuh.» que nous pouvons recevoir ces fruits dans leur maturité. Le public veut du miel pur, et ce miel ne peut couler que de votre seule bouche ; il ne veut point de mélange fait avec des notes étrangères et d'une espèce d'hydromel.
Ainsi, monsieur, puisque ce miel pur coule aussi aisément que vos paroles, ne différez point de nous en conserver quelques gouttes par de brièves notes. Vous les ferez, comme en vous jouant, sur la marge de l'un des exemplaires de M. Dupérier que vous avez en feuilles.
DECORMIS A SAURIN.
Aix , septembre 1721.
Vous me donnez plus d'exercice au Barreau que je n'en ai eu. J'ai commencé en 1662 : il n'y a donc pas encore soixante ans et encore moins soixante-cinq. Il est vrai que mon expérience peut commencer dès 1662, h cause que j'assistais à toutes les conclusions de M. Dupérier; et dans