‹ L'ancien barreau du Parlement de Provence, ou, Extraits d'une correspondance inédite échangée pendant la peste de 1720 entre François Decormis et Pierre Saurin, avocats au même ParlementChapitre 7 sur 10 · FIN DES EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

FIN DES EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE

i/Khooi'KNr.K ji:j)ICIAI1;k

AU

BARHEAU nu PAKLKMKNT 1)K rROVENCE

DAiNS LUS COMMKNCEMKNTS DU XYII* SIÎXLE.

Il y aurait un sérieux intérèft à rechercher les iiionuiiients et à retmcer l'histoire de l'éloquence judiciaire au Parlement de Provence. Malg-ré les instructifs écrits dont les personnages illustres de notre ancien Barreau ont été les objets et hors des études consacrées à une gloire toute française , le premier président du Vair, nous ne croyons pas que le travail ait môme été tenté. Quelque soit le talent des biographes, toutes ces vies se ressemblent ; elles s'écoulent plus ou moins dans le commerce avec les livres ou les conférences avec les clients, et au palais dont les luttes, les émotions, nous échappent. Des compilations, des factums que surcharge une science aride et sans ornements , traduisent mal , il faut en convenir, les qualités propres , personnelles , de Pavocat , la spécialité de son

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éloquence, son action oratoire. Le domaine de la parole se trouve ainsi fermé aux recherclies, là où la parole est cependant maîtresse et commande le succès.

Une œuvre d'enremble , telle que nous pourrions la souhaiter, est donc diiïicile. Les monuments font presque défaut. Seuls , les papiers de famille , les collections de mémoires auxquels sont mêlés les textes manuscrits de plîiidojTrs, diverses harangues prononcées dans les solennités d'apparat , offriraient peut-être encore matière à plus d'une importante découverte. Les papiers de famille surtout ! Par malheur, on en a tant brûlé ! Tant et tant d'héritiers dégénérés les ont misérablement vendus, selon le mot l)ittoresque et toujours vrai de Saurin , à la beurrière , au pâtissier ou à l'épicier du coin , échangeant contre une mince obole les titres inappréciables de leur gloire domestique ! Des actes semblables de vandalisme , faits sans intelligence et sans honneur, sont et doivent être encore plus fréquents qu'autrefois, dans un pays où le divorce a été consommé entre les premiers éléments du progrès, la foi , la tradition et la science. Il sont un des tristes symptômes de notre dissolution sociale.

Heureusement , quelques vestiges nous restent , échappés aux mains profanes et aux dévastations du temps; ils se sont conservés sous les couvertures des in-folio , dont l'abri est pour eux ce qu'ont été pour les papyrus et les liyérogliphes les monuments gigantesques de la vieille Egypte. C'est à l'aide de ces trésors trop oubliés qu'il nous est permis de retrouver et de recueillir les premiers accents de l'éloquence judiciaire dans l'ancien Barreau provençal.

AU IIAIIIII'AIJ 1)1 PAIIM<MI:NT I)I< puovknck. Itiif

LKS rLAll)i)\KllS 1)K SCHKiN 1)1 PKKIKIl.

Un f^Tuiid nom, rinin;^'-(^ (rtin f^Tund Inaiinnî, IcMHOuveiiirs d'une hMa ai noble vio, reniplissc^nt l(»rt lettrcjj d« l)e»cornns et de Saiirin. I)iii)érier domine tout, Hurpnsj^c to\itî\ leurs yiuix : il lîst vraiment « ce i^'-rand cligne séculaire » (jno célébrait du \'air, « veini dans le i)arcde notre justice, plein (1(» révérence, plein de religion , (pli couvrait de son ombre les fortun(»s afflig'ées des pa.ivr(\s plaideurs et était comme l'asile de l'innocente misère. » Jeune encore, disent ses contemporains, il a i)ersonnifié en lui l'éloquence du droit, l'art souverain de mettre en œuvre la jurisprudence, lorscjue Antoine Lemaistre n'avait pas ])orté au Parlement de Paris l'éclat de sa naissante renommée. Lisez ses biograpbes, interrogez la tradition. Il y a sur lui un concert d'admiration qui se prolong-e à travers les siècles. On ne l'appelle que le Papinicn moderne , Pascalis le désigne encore à la veille de 1781) sous le nom d'Ange de VEcole^ les poètes le louent à Tenvi ; témoins ces vers de Ménage, adressés à Charles Dupérier :

Non hic tacendus praesidium reis , Gentis togata) gloria , Scipio Facundiiiî flos gallicanœ , Praecipuus ïliemidis sacerdos.

Sa jeunesse s'était formée dans la société de Malherbe, parles exemples d'un père poète lui aussi et un des plus beaux esprits que possédât alorsla capitale de la Provence (1 ) .

(l) François Diiperierdont il a été parle plusieurs fois dans cette étude. C'est par lui que Malherbe fut présenté à Marie do Médicis faisant son entrée à Aix le 17 novembre 1600, lorsquil lui offrit une de ses plus belles odes.

Scipion Dupérier ne fut pas seulement orateur et jurisconsulte,

loi i/kloquence jrniciAïUK

Ses premiers débuls eurent lieu en 1GH sous la présidence de Tillustre du Vair. Peiresc, avec lequel il se lia d'une étroite ainititî, avait coutume de dire « que, les astres influant sur tous les êtres inférieurs , il ne doutait point que, si on ouvrait la tête de Dupérier, on n'y trouvât un soleil. » Et cependant, ce g'rand homme, cet humble chrétien, déclarait n'avoir pas une assez bonne opinion de luimôme pour croire qu'il pouvait écrire un ouvrage digne du public. Vainement, Peiresc l'exhorta-t-il à publier au moins ses plaidoyers : il n'y réussit pas , et ceux-ci ne sont arrivés jusqu'à nous que grâce à la piété filiale de Decormis, dont Dupérier avait été l'oncle par le sang et en quelque sorte le père dans l'étude du droit.

Quelle est la valeur des plaidoyers de Dupérier, autant que nous permettent d'en juger les trop courts fragments insérés dans ses OEuvres? Il convient de l'examiner ici, en jetant un coup-d'œil sur l'état de la langue et de la littérature françaises à cette époque.

L'éloquence judiciaire a toujours subi l'action de la littérature et suivi ses destinées, chez les peuples parvenus h un certain degré de civilisation. Cette influence est naturelle, nécessaire ; il faut des lettrés qui créent, polissent, perfectionnent les formes du langage , adonnés presque exclusivement à l'art de bien dire , modèles de l'avocat entre les mains duquel ces formes sont des armes pour aider au triomphe des causes justes.

il se montra aussi poète et composa pendant la peste de 1629, pour Nicolas Garnier de Montfuron, abbé de Valseinte et un des principaux disciples de Malherbe, une ode sur les plaisirs des champs.

Quant à Charles Dupérier auquel furent adressés les vers de Ménag-e sur Scipion et qui se disting'ua comme poète latin , il était fils de Claude-Dupérier, frère de François, marié à Anne de Moriés. "^n autre fils de Claude eut de deux lits vingt-quatre garçons et huit nlles. C'est de cette dernière branche que sont descendus les de Moriès, nom qui a été cbang-é en celui de Dumouriez. Le général Dumouriez aurait ainsi appartenu à la famille Dupérier. (V. les Rues d'Aix. t. I, p. 618-619, et les Recherches historiques et biographiques sur Malherbe et sa famille^, par M. Roux-Alphéran. Mémoires de l'Académie d'Aix, t. IV.)

Ai; ii\i\i(iiAij IH paici.kmi:nt i>k imiovknci: l.'Wi

On sail k (jiu;l i)(>iiit le iiiaiivairt ;^'-(>iU du iM'oloj^iHiiie iii- Iroduit par koiisunl (il sl\s iinitattuir.s, l'enflure cspa^ç'nole, |)erv('rlin»iit uotre litt<'»rat!inîà la fin du XVI" Hi^chMîtdaim les conimrncrnKîiit.sdu \\ II". Nul u'i^-norc (juclh» jMTiode louriiicnltH' traversa la hiii^-uefraiiraise, avant d'atteindre cette sohriété , ci's (jualib's dt» curreetion et de jiréeiHÎon qui nian|ueiit les cara(!tères du ^'•énie national et dcîvinrent i)ient(U ses meilleurs attributs. Le Harreau et la Chaire niî purent s'airrancliir du ^'•oiU dominant. C'est toujours le mc'^me pompeux aj)par(Ml d(î citations; mais on s'etl'orce de leur donner un tour nouveau, un veut être ingénieux, et on se précipite dans tous les excès de l'image et de la métaphore. Le réveil de lesprit .scientifi(jue a suscité une activité intellectuelle sans bornes, ap[)elé la curiosité sur les harmonies ou analogies entre le monde moral et le monde matériel; ou demande alors au ciel et à la terre, nu soleil et même à la lune , aux vertus des plantes, aux influences des astres et des nombres, les secrets d'une pensée enfermant en elle toute une cosmogonie. Point de rapports entre l'idée et l'expression ; l'idée est noble , elle s'élance hardiment vers l'inconnu et tombe , soit dans la trivialité du mot, soit dans l'absurde de l'hyperbole. Point d'ordre logique ; les phrases enchevêtrées ressemblent , selon une comparaison exacte, h des broussailles où la raison comme la langue s'embarrassent , trébuchent , chancellent. Le style est touffu, bizarre, étrange, plein d'antithèses, et il a cessé d'être naïf sans devenir naturel.

C'est à ce moment que Dupérier entre en scène au Parlement d'Aix présidé par du Vair. Du Vair ! le maître alors accepté et universellement admiré de la nouvelle éloquence, prenant ses modèles classiques chez les anciens; dont on a pu dire qu'il a été un des formateurs de la langue française ; qui laissait toujours ses auditeurs ravis u parjes vives ('(nileurs de son style, ses riches figures,

lofi L*KLOQUENCE JUDICIAIRE

la noblesse soutenue de son lang-îig-e et un air de [grandeur auquel on n'était pas liabitué (\), » Du Vair s'était élevé contre les aberrations de goût générales parmi les orateurs (le son temps , quand il avait écrit dans son Eloquence française : — « Pour ce qu'ils voyent qu ils apportent quelque enrichissement à l'oraison , ils en vsent si desbordément la pluspai-t et avec si peu de jugement , qu'il leur semble que c'est vice, ou au moins pauureté de langage , d'vser des mots propres à signifier quelque chose. Quelques-vns mesmes affectent d'en trouuer que l'on n'entende point, et pensent que c'est estre éloquent quand ce qu'ils disent a besoin d'estre interprété. »

Les conseils et les exemples de du Vair ont-ils agi sur Dupérier faisant ses débuts au Barreau en 1614? Le ton mesuré , contenu , qui distingue ses premiers plaidoyers , sa forme relativement sobre et exempte de néologismes , ne nous paraissent devoir laisser la question douteuse. C'est par là que les précieux fragments de ses œuvres oratoires sont encore lus avec plaisir et profit. Le style manque très-évidemment de naturel, de souplesse, de simplicité; les antithèses abondent. La phrase est tendue, solennelle jusqu'à la monotonie. Moins que du Vair, Dupérier sait la colorer et la nuancer. Moins que lui il a le génie de l'écrivain : telle n'est pas son ambition , il est avant tout jurisconsulte. Mais, dans ces imperfections même, quelles qualités déjà éminentes ! quelle décence ! quçUe noblesse ! Nous avons vu Saurin manifester sa surprise , lorsque , lisant en 1721 les plaidoyers de Dupérier, il les trouve, dit-il, (( si frais », bien qu'ils eussent été prononcés depuis un siècle. Decormis les mettait, pour la sobriété des orne-

(1) Guillaume du Vair. Elude d'histoire litléraire par E. Cougn}^ ; Pciris, Durand, 1857.

\{' WKMHKW i)iJ I'ai(m:mi:nt i*i: iu.;xiA. » 157

in(»iils, mi-(J('ssuH (l(î ceux d'AntoiiH* Lrinaintrc» cjui c:4î|H*n-

(lant leur soïit postrrit'urs li i.

Lo P. Hou^'-cn'I 1rs a hiiMi a]»prrcirH daiiH na notice : « On j)iMit connaître en (|U(î1 état ne trouvait alorn Télo- (|iience (In nnircan par plusicurn recueils do jdaidoycrft d'avocats contemporains de» DnpcTier, et on rccr)nnaîtra la siipi^riorité (pTil eut sur (Mix-ni^nics (»n entrant dans la carrière. Son styh» était élégant, sans affectation ; ses discours et ses écrits plcûns ch» choses et d'une» érudition déf^af>-ée de ce fastueux étalafjfe de citations dont on était si prodifrue. » — Quelcjnes rapproch(»nients prouveront que 1(» P. Houn^iM^M ne s'est pas troinjx».

Les plaidoyers de Simon Marion furent imprimés en IfiOO. \'()i(i une de ses phrases em])rnntées à une comparaison entre la Rome païenne et la Home catholique : — (( La p-randeur immense de son premier empire, sujette à la loi des choses de ce monde terrestre, n a pu éviter les effets de sa nature caduque et muable, tellement que, ses mœurs s'étant peu h peu trouvées corrompues , ses provinces rebelles, ses chefs désunis et sa force énervée, elle-même enfin prise et reprise , honnie et villenie, a souvent enduré le sac et Tépée , le feu et la ruine , sous laquelle les arts sont demeurés morts et ensevelis et par ce moyen la terre couverte d'ignorance et de barbarie, tant l'éclipsé de cette ville a engendré de ténèbres au monde. »

Du Vair n'avait-il pas dit lui-même à la reine , quand elle visita Marseille en novembre 1600 : — « Si, à son orient, Votre Majesté nous a esblouy lesj'eux des premiers rayons de sa présence , nous aurions à douter, maintenant qu'elle est plus esleuée sur nostre horizon et paroist plus à son jour, qu'elle ne nous esleignit du tout la veue , si

(1) Lettres du 13 septembre 17^1.

lîiS l'kloquence judiciaire

nous la tenions plus lonirtemps fîcliée sur sa pleine et plus brillante clarté. »

Un discours fut prononcé eu juin 1011 , à l'ouverture des Etats généraux du Pays tenus à Aix et devant le duc de Guise , gouverneur, « par Messire Charles de Sainct- Sixt. evesque de Riez, présidant auxdits Estais (1). » L'auteur le fait suivre d'une « oraison » pour Henri IV. Il arrive à parler de Jérusalem , a ce milieu et nombril de la terre et du monde, s'écrie-t-il, où Dieu a accomply le salut et des Roys et des peuples, afin que de ce milieu ce salut s'espandit mieux par tous les bouts et par tout le rond. »

Quelques années après , en 1622, Louis XIII étant venu à Aix donne le baudrier qui lui avait servi le jour de son sacre à un savant antiquaire et collectionneur du temps , Boniface Borrilli f2) , pour orner son cabinet. Ce baudrier, témoignage de la munificence royale , est chanté par tous les poètes de la Provence ; on forme à son sujet un long recueil d'hymnes triomphaux (3), où sont épuisées les formules de l'admiration.

« Le Baudrier, dit le sieur Borrilli dans la dédicace du

(i) A Aix, par Jean T1io1ot5^q, 1613; -- collection Banmier à la Bibliothèque Méjanes, recueil >î° 10 , portant pour titre : Oraisons funèbres.

(2) Notons au sujet de cette famille un fait qui caractérise l'existence des anciennes maisons, dans la bourg-eoisie comme dans la noblesse, avant 1789. D'après M. Roux-Alpheran {Rues d'Aix, t. I,p, 343), quatorze BorrilU, pères, fils, frères, oncles, neveux ou cousins, ont exercé le notariat dans Aix pendant environ 260 ans, depuis un François Borrilli. reçu en 1383, jusqu'à Boniface , mort revêtu du même office en 1648.

Le patrimoine modeste des Borrilli, accru de géncration en génération avait suffi pour former un cabinet où, avec beaucoup d'objets d'art, se trouvaient MO tableaux des meilleurs maîtres. Cette perpétuité des familles et les habitudes d'économie, s'unissantà des g'oùts artistiques transmis de père en fils, avaient fait d'Aix un véritable musée. Peu de villes de France sont encore aujourd'hui plus riches en tableaux.

(3) Le Baudrier du sacre de Louys le Juste, XIII de ce nom, Roy trèschrestien de France et de Navarre; à Aix, par Jean Tholosan. imprimeur du Roy, 1623, in-'»".

AÏJ MAIlIlKArJ ni: PAHI.MMI'.NT hK PfloVHNCK. 159

ro(Miril, s(;ra vrrilal)l«*iiu'iit log* 4*. du lis !<• iiulu-u de iicm ('(iMirs coinnic dniirt le cœwv de vortire Louvre. »

Qur lu l'an|nn prolonpn on rrtrnnriK» mi»H iinM , J'iiV 1(5 l)r«'S('iit (lu IU»v et \r IU»V di'S prrKTltR.

Un anonyiiKî cxpriiiicsoii nitlKHisinsiiKMMi un (jii;itra:ii :

Si 1(5 (Jitd <»Ht 1 rHcrin du Kï''»i»d UjUKlricr dr Diru , (/«•liiv diirjiirl !«' Hny t'Ji faict un hI Im'1 (>!!>*• iJo Hji rovjiln iiiuiii cmiolilit tout co lieu Kt pur hJi riireti! faicl un ciel i\r ton conVr,

Nous sifi'ualons couiiuc un prodi^'e du ^'•cnre uini bro- (dnin» qui no parut ([uCii l(»!J2, c'est-a-dire lorsque le mauvais «4'<>ût de riiyjjcrbole n'avait plus les HK^mes excuses. Klle (v^t intitulée : Marseille aux pieds du lioy (\), ei eut pour auteur Pierre-Antoine Mascaron , pèrcî du c.'dèbre pri^dicatenr et or.itorien , plus tard évô(iue d(; Tulle. La conclusion donnera une idée du ton de l'ouvrage.

« Soyez donc iui\s , g'rand Roy, aussi longuement que je le désire, Tamour de vos peuples, la terreur de vos ennemis , la merveille du monde, l'ami du ciel , le protecteur des autels et le fléau de l'injustice. Que vos jours n'ayent jamais de couchant et qu'ils soyent aussi longs comme ils sont sereins et agréables. Et puissiez-vous résister aux années avec la mesme vigueur que le soleil qui, après avoir mesuré tant de siècles , a conservé sans rides son beau visage et sa perruque dorée sans aucun changement ! »

De pareilles étrangetés ne se produisaient pas seulement en Provence. Elles étaient les tours de force de stvle dont les beaux esprits s'estimaient très-glorieux , et on ne parlait guère un langage moins ridicule à l'hôtel Rambouillet. Entendez maintenant Dupérier. Nous sommes aux premières années du XVIP siècle, de ce siècle justement qualifié

(1) En Avignon, chez J. Piot, imprimeur du Saint-Office, 1632 (avec permission des supérieurs). — Pierre-Antoine Mascaron e'tait avocat a Aix.

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de <4*mii(l en liUérature et (jiii l'a été si peu en administration , au-de.<sas duquel plane le nom du plus populaire de nos lîois. Pitton /après avoir conduit son histoire d'Aix à Taniire IGOO, s'arrôte pour ainsi dire sur les confins de la région des orages, il semble se recueillir. — a Le siècle duquel nous venons de sortir, s'écrie-t-il , a commencé avec la peste et continué avec toutes sortes de malheurs. Celuy-ci commence dans la paix, s'augmente dans le bonheur et l'abondance... Le gouverneur (le duc de Guise) est aymé et l'on pouvoit dire de luy qu'il estoit le Titus des Provençaux, Le Parlement est honoré et respecté , on considère chaque conseiller comme un de ces anciens sénateurs romains dont toutes les paroles étaient des oracles. Enfin la guerre avait chassé de nostre ville les belles lettres et la politesse; nous les voyons revenir par la conduite de ce gTand homme, le président du Vair. » Eh bien! qu'on se représente Scipion Dupérier se levant à la barre de la Grand'Chambre , dans ce nouvel épanouissement de vie, dans ce rajeunissement des anciennes institutions, et servant d'interprète à l'esprit public contenu mais libre sous l'empire des lois. Decormis nous a dit qu'il avait la voix la plus claire et la plus arg^entine , qu'il charmait par son action oratoire. L'action est perdue pour nous ; mais nous avons le discours écrit , et il est empreint de toute la majesté parlementaire.

« Messieurs , la vérité trouve partout cet avantage de parler avec liberté ; mais c'est en présence de la justice qu'elle jouit pleinement de ce privilège. Ailleurs cette liberté n'est jamais si entière qu'elle ne soit traversée par quelque empêchement. Tantôt l'artifice l'affaiblit, tantôt l'autorité l'opprime ; mais en présence de la justice, oh tout artifice tombe, où toute autorité se prosterne, la vérité voit toutes choses au dessous d'elle, toutes choses prêtes à la favoriser. C'est là qu'elle paraît en maîtresse , c'est là

AU HAIIUKAU hl l'AIll.KMKNT l)l< l'IlOVKMB. 1 Ti |

• |ir<*llc l'Iîihlit, Ht»ii «'iiipin'. lA , saiirt craiiiti» (Irs ^TaiidiMirrt ni (l(\s piiissîiîiccs , clliî (lit iriipiiiH'Mncnt l(»ut(*H choAo^, ([iiaiid (îlliî Itîs (lit iH'»re.ssair(îiiM;ut. Si la jiiHlicedoit partout (•ett(î licouco h la vrritn, (!«)ml)i(Mi plus justcMiientla (Ir)it-eile 1n)UV(»r (Inn.s un trihuual où , par les pn^mirnîH loin d<î rKtat, il vous est permis d't^xainliuT les édits inAine do nos princes, et aveu* n^spect et liuinilité vous op])oser quel- (piefois aux n\scrits de celui ii (pii nous souni(»ttons nos libertés , nos forlunes, nos vies (1) ? »

L'cxorde d(» ce discours n'est pas inférieur à ceux des Talon , des Sej^*ui(M*, dans leurs conclusions contre l'enre- {^^istrenient de certains édits. I/élo(|uence parlementaire et politique du palnis pourra devenir plus souple et plus savante, mais non plus élevée et plus vigoureuse. Les parole s n'étaient |)as alors un vain étalagée de g*rands sentiments et une combinaison d'eff(»ts oratoires; c'étaient des actes. Scipion Dupérier le prouva , lorsqu'il fut assesseur d'Aix, Procureur du Pays de Provence, en lO^W. Il se plaça à la tête des patriotes champions de la justice et du droit, honnnes courageux, ennemis de toute pratique servile , aussi dévoués au Pays que fidèles au Roi, et dont Henri de Sourdis, archevêque de Bordeaux, envoyé en Provence (IG36) pour reprendre aux Espagnols les îles de Sainte- Marg'uerite et de Saint-Honorat , osa accuser « Tesprit rebelle et républicain (2). » Une lettre de Sourdis à des Noyers (1 décembre 1637» le dénonce même à la cour comme « un avocat éloquent et séditieux (3). >> On était

(1) Septième plaidoyer. — Œuvres de Scipion Dupérier, troisième édition publie'e en 1759 par de laTouloubre, T. II.

(2) Relalion des troubles et de la guerre arrivée en Provence^ àioccasion de l'établissement du Semestre: maniiscM'it.

(3) Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux, chef des conseils du Roi en l'armée navale, accompa^nt^e d'une introduction de M.Eug'èneSue et publiée dans la Collection des documents inédits de l'hisloirt- de France.

Dans cette même lettre , le fidèle agent du cardinal de Richelieu parlait avec mépris « d'une assemblée de certains consuls qu'on ne

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séditieux pour les tristes courtisans de Tépoque, par cela seul qu'on ne reculait pas dans la défense des libertés légitimes de sa province , qu'on empêchait le pillage des gens de guerre et des traitants d'offices. Scipion Dupérier fut un de ces séditieux , beaucoup plus conservateurs que les agents ministériels, dans l'Assemblée des communautés tenue à Aix le M février 1638. — « Il y usa, raconte le président de (}aufridi en ses Mémoires, de tous les ornements de l'éloquence dont il savait si bien se servir... Il émut l'assemblée par la description qu'il fît des pauvres sujets du Roi chrétien, qu'on avait vu paître comme les brutes et mourir sans secours dans les prés , en même temps que les soldats mang-eaient leur pain et dévoraient leur substance. »

Nous avons marqué qu'il plaida devant le prince de Condé (1 631 ), lorsque le Parlement se trouvait à Brignoles, après l'insurrection causée par l'édit des Elus. Il ne s'agissait plus dans l'affaire de la cause politique et nationale , mais d'intérêts civils, et c'est dans la défense de ces intérêts que nous allons le suivre. Il soutint les droits d'un gentilhomme d'Arles, Antoine de la Tour, sur la succession de sa fille morte deux heures après avoir été tirée par incision du sein de sa mère. — On lui objectait que l'enfant n'était pas né à terme, qu'il n'était point par cela même viable, que, créature imparfaite, on ne pouvait lui donner les bénéfices

eonnoit pas et qui retournent prendre le manche de leur charrue, quand ils ont quitté le chaperon . lesquels ne craignent pas l'autorité, mais celle d'un gouverneur qui leur envoie des troupes ou leur donne du bâton. )>

Voila comment, au nom des nouvelles maximes politiques, fut inaugurée l'ère du silence et l'on fit table rase. Les descendants de ces consuls qui retournaient prendre le manche de leur charrue après avoir vaillanunent exercé leurs charges, les héritiers de ces patriotes menacés du bâton parles gouverneurs, eussent sauvé la monarchie dont le culte ne se séparait pas chez eux de l'amour pour les libertés municipales. Que devinrent aux jours de péril lesSourdis et tous les instruments d'une dissolvante fiscalité?

V. notre étude sur le rôle des paysans dans l'ancienne organisation sociale et municipale de la Provence; — Ouvriers des Deux Mondes , T. lil, Paris, Guillaumin , 1861.

AL HAUi(i,Ai i»i l'Ain. LMicM in: ruuviCMi:. \iV\

d'inie Vi^rilaMr (îxi.siciice ; et on invjximiit la doclrine des Sabiiiieiis. l)iiiK'*ri«;r H*éleva h (h' liaiilcH priisiM*», en découvrant l'aliinh^ (jiii srparc le christianisme dn pa^^'-anisuH».

(( Parmi les chrétiens <jni sont assnrés de réternité , la longueur (le la vie n'ajouto rien à la félicité de l'honinie, sa perfection nti (lé|)en(l i)asdu terme f|U(î Dieu prescrit au séjour (ju il fait irj. Cclttî liai.^on et du corps et de Tûnie , toutes hel'.e (pi elle est, tient Kcîu de chaîne et de prison à la plus belhî parti(^ de; l'honniie; et partant c'est mal estimer les clioscs (lu monde et celles du ciel (jue de mi'priser une courte vie, de ne mc^ttre pas au ranydes hommesceux que la providence de Dieu tire plus promptement de la terre, l^our l(»s conduire î\ une plus helhî demeure.

u La philosoj)hie païenne a dit autrefois que le premier p,oint de la félicité était de n'avoir jamais vécu , le second de ne vivre f^nicre. La chrétienne, à qui la régénération du baptême promet ailleurs des félicités incomparables , condamne justement le premier point ; mais elle approuve plus justement le second , considèranl qu'une longue vie est une longue occasion de perdre les félicités du ciel ( I ). »

Une autre affaire, ofirant avec la précédente plus d'une analog'ie , permit à l'avocat proven(;al d'aborder la même thèse de philosophie chrétienne. Il y parla de l'incertitude qui existe pour la naissance et pour la mort de l'homme , quand tout semble rég'lé chez les animaux par des lois plus invariables.

« Le dérèglement que nous voyons en sa vie commence de paraître en sa génération. Comme il n'y a que désordre et dérèglement en ses actions, il s'y en trouve pareillement en sa naissance. Quelquefo's la nature lente et

(i) Second plaidoyer. — On n'a pas oublié ce que Decormis écrivait à Saurin le iS novembre 1720 ; a Vous avez bonne grâce de vous recommander à mes prières, qui plus a vécu a beaucoup plus péché et plus long compte à rendre. . .w

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paresseuse retarde renfantemeiit au-delà de sou terme; d'autres fois , vigoureuse et dilig-eute, elle l'anticipe et le prévient : comme elle se plaît quelquefois à donner au printemps les fruits qui sont destinés à l'automne, elle fait voir aussi, en cette dernière saison de l'année, les roses et les œillets qu'elle ne devait produire qu'en cette première saison. »

De la naissance passons à la vie. Dieu est le.maître de la génération et il est aussi celui de nos destinées. Il lie les enfants aux pères par une autorité qui est la g*arantie des bonnes mœurs, la source même de l'ordre, un principe essentiel de force pour les familles et pour l'Etat; mais il ne lie pas moins les pères à son service , et ce service de Dieu peut réclamer les enfants tout entiers. Dupérier va défendre la vocation sérieuse, libre, volontaire, mûrement réfléchie et délibérée, d'une fille appelée dans le cloître et à laquelle son père ne veut pas fournir d'aliments.

« Messieurs, vous verrez en cette audience ce que peutêtre vous ne vîtes jamais : un enfant qui a une bonne cause contre son père ; et vous serez étonnés de voir un père assez rigoureux pour refuser à sa fille ce que les animaux ne refusent jamais à leurs petits, les aliments et la nourriture. Mais encore vous en étonnerez - vous davantage, quand vous considérerez le sujet de cette cruauté. Car la colère des pères ne semble jamais devoir être irritée que par le vice des enfants, par le déplaisir qu'ils souflFrent de voir faire naufrage à leur jeunesse dans les délices d'un âge imprudent . Ici, au contraire, le courroux de ce père n'a pour prétexte que le salut de sa fille , le mépris qu'elle fait des plaisirs du monde et le désir qu'elle a de s'attacher aux félicités anticipées du ciel : tellement que l'amour de Dieu fait son péché et la piété son crime. »

Mais, derrière le père, il y a une marâtre . et « ses rigueurs ont fait ce bon office à cette jeune fille delà jeter

Ai: i{\i{iii:.\i .H i'ahlicmicnt ui: puovknci: \iS7}

dans l?i trîiiM|iiillih'î du cloîlro. »• La fille a-l-(dl(5 Jin-nté Icf* loudrcsdc IVxhomlalioii? Va-l-il eiidcsa |)art in|jTiititude, injure.^ \|)iTn)il-(Ji hs tracc»s <riiiH' hulxjrnation ou d(5 rarlilicr'

L'iiii'i'.it iliidc , rc|)(»ii(l la\ocat, n iî\i>.lc jia.s cliuz un (Milaiil <|iii (jiiittf'soii prrc |)(»ur Dipu oi al)aîid'iinH3 celui (|ni la cii^Hînilro puiir c 'lui <|iii 1 a cvca.

« L;i piiissîUHV» paternelle est verital)I(Mn(»iil hi» n lé^^'itini»^ ci l)i(Mi a;4Teal)l(' :i Dieu, ])ui.s(ju*il a <'U tantdcHoinde nous lîi |)ersna<l(»r dans s(»s lois; mais cllo n'est pourtant ni sijusie, ni si riM'oiiiiiiîindahU' , ({u'cdie n(î doive s'incliner devant ('(dl(* de Dieu et (ju^^ l'intérùt de son service ne doive faire cesser toute considération... (3'est une puissjin.'e plus forte que la nAtre (|ni nous j)orte à une si haute entreprise. Notre ftine de son sié^^-e ordinaire ne saurait s'élever si haut; c'est Dieu ([ui nousy appelle, c'est sa main qui nous y mène, c'est elle qui nous y force et malgré notre résistance nous traîne à cette félicilé. »

Bossuet n'eût peut-être pas mieux dit.

Et puis , continue Dupérier, les p.^Tes ne doivent-ils pa.s vouloir avant tout le bonheur de leurs enfants? — a Ceux qui aiment le plus sont ceux qui ont le plus de désir de se séparer de leur fille par un mariag-e. Le mieux qu'ils puissent trouver en ee^a, c'est de trouver pour elles un aimable mari et pour eux une alliance agréable; mais, soit qu'ils considèrent le bien de la fille , soit qu'ils pensent au leur, combien s'en faut-il (ju'ils ne rencontrent en un mariage la satisfaction qu'ils peuvent rencontrer en cette sainte séparation? Les alliances les mieux composées ne sont-elles pas suivies de contentions , et les mariages les plus doux sont-ils jamais sans quelque amertume? Ce contrat engage une femme aux affaires d'une maison , aux soins d'une famille et aux caprices d'un mari , qui sont les épines du monde les plus sensibles ; au lieu que, si le cloître a quel-

\i)C) l'kloquexch judiciaiîœ

rjuesng'itations en son entrée , il nons conduit enfin dans nn i)()rt ; s'il y a quelques épines à sa porte, il n'y a que des fleurs au dedans. Vu un mot , c'est un lieu où la fortune n'a point d'entrée et où par conséquent les ennuis de la vie n'ont point d'accès (1).

Ne croirait -on pas entendre les accents de Lemaistre luiniCnie, lorsque , le 1 G décembre iG37, il écrivait à son père cette belle lettre souvent citée depuis (2), quand il lui annonçait son dessein de chang-er ces belles qualités d'orateur et de conseiller d'Etat en celle de simple serviteur de Jésus-Clirist? Oui, Scipion Dupérier appartient à la famille inteHectueUe et morale de Tillustre solitaire de Port-Royal. 11 en a la foi ; il tn partage la soumission envers « ce Dieu et ce Juge devant qui tous les hommes doivent comparaître ; )) il croit et il affirme comme lui « que ce n'est pas faiblesse d'esp^t d'embrasser la vertu chrétienne. » Les grandeurs morales du XVIP siècle sont là, et on ne saurait assigner de limites à la puissance de notre pays, h ses progrès pacifiques dans l'exaltation des sentiments de foi et d'honneur, si un tel état des âmes eût été secondé et fécondé par une politique prévoyante.

Dupérier nous apprendra encore, dans un autre de ses discours (3), comment le chrétien et le moraliste inspiraient toujours lejurisconsulte. Il plaidait contre une malheureuse victime de la débauche qui , spéculant sur ses vices, avait fait croire à une séduction.

« La chasteté n'a pas été si maltraitée de la nature qu'on ne Tait vue quelquefois prendre la place de l'impudicité. La vertu serait parmi nous en mauvais termes, si elle ne pouvait jamais reprendre cequ'une fois elle a perdu.

(1) Quatrième plaidoyer (16-26).

Cl) V. Antoine Lemaistre et se: contemporains, j»arM Oscar Devalléc.

(3) ('in(|nièmp plairloyrr.

AU HAUUKAr DU l'A IlI.KMlCNT l>i: PIION l<N( 1. Ift7

Cette luiniùro di; la raison, <\[U* iiouM-ecevoUh lmi imi8.sai»tet qui nous rapixîlle huns ceHse du vice , n'e»l pas iiioin» forte aux esprits d'aujonnl'Inn «{u'elNi était aux Hii'clea pa.WîS. lia iiii^UK^ iiiatitro nous coinporti*, la inârnc main uouh a faits; ccltii iiâaiii souveraine rjuj , dune pécheresse , fit autrefois uikî si j^'rand»' pi'nit<'!itr n'est pas moins puissant»», (|u'il y a seize siècltîs. Mais «jue \o}(>ns-nourt dans la deinander(\ss(»?... »

11 eut aussi le don de l'ironie , et il le montra dans un (Miri(Mix procès nù .son adversaire était le fermier des pil)ellt»sdu port df Mars(»ill(».

Le fermier «< e\ae1(Mir de serviles impositions « pn tendait les étendre aux livres, ceux-ci étant pour lui de vrritables ol)jels de néi^-oee. Commentateur non moins servile d'un edil, il n'en allép-uait pas seulement les dispositions frappant les denrées de toutes sortes; il se déclara à l'audience incrédule sur l'utilité des sciences , il les dénonça comme danf»-ei*euses. Dupérier eut beau jeu contre une érudition dont les livres avaient fait les frais. Il avait dit dans l'exorde de son plaidoyer . — « La liberté est îa nourrice des arts, et les Muses, filles du ciel, sont impatientes de toute servitude. ^) Le fermier insistant , il répliqua :

« Messieurs , l'avocat du fermier vous ayant proposé pour fondement de toutes ses défenses que les livres sont inutiles à la vertu , que leur lecture est une vaine surcharge des esprits et un amusement inutile des âmes faibles, il vous a protesté qu'il se départirait en cette occasion de leur secours et qu'il n'emploierait pour les combattre que les seules forces de son imagination. Mais à peine a-til pu achever cette protestation sans l'aide des livres dont il voulait faire voir Tinutilité; et s'il a voulu donner quelque couleur à la calomnie , il a été contraint de la puiser dans la source qu'il avait voulu noircir. Jugez donc par là

108 i/kLOQUKNC'E JUDIC'IAIIŒ

combien sa cause est déplorable , combien les livres sont nécessaires, puisqu'ils le sont à leurs ennemis. »

Et plus loin ; — « S'il fallait condamner les livres , parce qu'ils peuvent nuire quelquefois , ne faudrait-il pas condamner tout ce que le défendeur protège , les tributs , les gabelles et Itis impositions qui épuisent le sang des peuples et dévorent la force des Etats , quand elles vont h des rigueurs excessives (I)? »

Nous terminons là un rapide aperru. Ces extraits qu'il serait facile d'étendre suffisent au but que nous nous proposons. Ils attestent Téclat jeté, il y a deux siècles et demi, au Parlement d'Aix par l'éloquence judiciaire. On vient de lire Dupérier; on a sous les yeux les œuvres oratoires de ses contemporains ; on ne pourra donc qu'admirer comment la foi et la science , l'honneur et le patriotisme , alors également vivants dans les âmes, créèrent un type de jurisconsulte, orateur et philosophe, presque accompli.

UiNE HARANGUE PE.NDAM LA PEî^TE DE 1629-:]0. '

Cette alliance des mêmes principes et du même patriotisme avec une semblable éloquence , nous la trouvons dans un autre document très-peu connu , bien qu'il ait été imprimé.

Le consigner ici, en fixant sur lui l'attention, ce sera mieux comprendre Dupérier, son temps, les progrès remarquables de la langue oratoire au Parlement d'Aix ; ce sera pénétrer plus avant dans l'esprit de cet ancien Bar-

(\) Neuvième plaidoyer suivi de la re'plique. — La Cour des Aides ordonna la cassation delà saisie et condamna le fermier (3 r mai 1617).

AU liAUUKAl IM l'UlI.l'.MliM Di: l'Uii> li.M i:. W)il

rcaii , dans cet esprit «pii aiiiiimit toujours Dccoriiiin et Saiiriii |)('ii«laiit la |)cstr dr 1720, (|iifiiHl ils (lonimient un lihrc cours à rex|)ressi(;ii dr Inirs .seiitinnMit.s de foi. Li» Hurrcaii de noliv ParlenuMit riait cliK^lieu eu (îfTet'jOU n'en (loutiî |)'us après avoir lu la correspond/iueé» ; il devait h ses traditions r(di;4'i(Mises ses hal»it udcs austères, ses fermes caractères , sa slahilité et sa ^-randc inniirnc • morale».

I.a pesttM''clat(i h Ai\ m \i)i\) r\ ru (picirpics mois y fait près de 1i,()00 vi( times. Lr ParlenuMit s'est retiré ^i Salon, la Cour des Comptes à Toulon. Lrs deux premiers consuls. Procureurs du Pays, pourvoient dans une ville voisine aux affaires de la province. L'asses.seur Martelly (Joseph) c^t son autre coUè^ut^ s''(dîorcent , par toutes les res.sources du dévoûnuMd , de sauver les habitants rpii n'ont pas abandonné la capitalt^ presque déserte.

iMartelly est un d(^s avocats les plus émincnts de ce Barreau, î^ la tête du(piel est })lacé Scipion Dupérier. Au mois de janvier 1030, pendant un jour de trêve que laisse le fléau , il assemble non pas un Conseil de ville ordinaire, mais un Conseil g'énéral (1), sur la place des Prêcheurs, cours i)ublic où se déploient les vieilles constructions du palais. Là, dit Pitton qui nous a conservé sa harang-ue avec Pancienne orthog-raplie (2», « Monsieur Martelly a parlé comme s'en suit, tenant le bâton du Roy en main. )>

c( Messieurs , la maladie qui afflige cette ville désolée est la cause que vous estes assemblez en autre lieu que de coutume et que, pour former un Conseil g-énéral, vous estes réduits en fort petit nombre. Mais quoy 1 si le fléau de Dieu l'a retranché , la loy des hommes veut que la g*ran-

(1) \'. siii" les Conseils gënëraux de chefs de famille eu Provence, le T. III des Ouvriers des Deux Mondes, p. 117-1-23. —Nous avons essayé de gTouper les faits et détails essentiels qui caractérisent l'ancienne org-anisation des communautés, même urbaines, dans le Midi.

(â) Hisloire de la ville d'Aix. chap, ^^ p. 380 38'»,

170 l'kLOQUENCE JUBiriAIRF.

deur de votre coiirag*eet la charité que vous exercez enuers vôtre patrie donnent autant d'autorité à vos résolutions, comme si elles estoient prises avec tous nos autres concitoyens épars parla province , qui par leur présence redonneroient à cette place , maintenant si hideuse par sa solitude, le lustre qui jadis la rendoit un des plus beaux objets de France.

« Donques, comme au ley*itime Conseil de cette ville , je vous représente que l'expérience nous a fait voir inutiles tous les moyens dont nous avons vzé jusques à présent pour arrester les prog-rés de cette maladie contag-ieuse, et n'a rien seruy que pour l'accroître, semblables aux remèdes des empiriques qui , au lieu de g'uerir vn mal , en font venir des nouueaux et rendent plus violentes les douleurs d'vn malade.

«Cela prouient, messieurs, de n'auoir voulu reconnoître que ce mal nous estoit enuoyé pour la punition de nos péchez, mais opiniâtrement auons crû qu'il procedoit de l'imprudence des hommes, et par conséquent que la preuoyance humaine le pouvoit faire cesser.

a Panures aueuglez , tout ce que nous auons fait jusques à présent n'a seruy qu'à irriter La Justice de Dieu. Car il n'y a rien qui luy déplaise dauantage que le mépris que nous faisons de sa puissance, estimans, présomptueux qu3 nous sommes, auoir assés de force pour la combatre... Quand nous auons orgueilleusement présumé de nous pouuoir défendre contre la peste et par nos conseils en deliurer ce misérable peuple , tout a reiissi au contraire de nos desseins; nôtre preuoyance s'est conuertie en vue leg'ere vapeur soudain emportée par le vent de mille accidens impreuoyables ; et Dieu voyant que nous voulions opiniâtrement résister à sa Justice, a fait accroître la fureur du mal, nous a affligés de la pauureté , de la famine, de mille tribulations. Ce sont se.s soldats auec

le.s(|LieIs il coinbat h's (uimith (Midiirrin, ce «ont ho» caiioiiH anec lem|in*Is il tniidrnvr rimniaiin* aiulnn;.

a I^nilaiil venons à nouH ; cou fessons (pr il n'est pas au j)<)UU()ii' (1rs lioinnirs (rjirrc>f»'r 1rs effets de su Justice diuine, sinon «pic nous nnîttnns sous la protection d'vne autre (^^'•ale piJÎssance , sravoir, sa Miséricorde. Iinplon»nH don(|n(»s son aide , nies eliers concitoyens , elhî est si f^racieiise (pie jamais ne refusa personne, d'ailleurs si venerabU» (uie tout lu\ ceilc , Noire inesnie la Justice luv fait place».

u Mais, pour ac(|nerir sa fautMir, eu «pe-i e.>iîii pen.sc/. vous paroître d(Mnuit elle? (,)ue!s ])resens voyon.s nous Iny de:ioir offrir? Vos ])i(Mis , vos richesses luy sont à mépris; les vœux d(\s orandt»s f(\stes de réjouissance et ebatemens l)ul)l!cs , dont les ])ayens auoi(Mit accoutumé d'aj)paiser le (*ourrou.\ de liMirs faux DicMix , luy sont en horreur. Rien de phis a;^Teahle ne luy peut estre présenté (ju'vn cœur humhle (pfelle ne mc^prise jamais ; Cor contrit um et humiliatum Dens non clespiriet.FA d'autant plus nous raualerons ncMreaudace, tant plus fauorablement seron.s-nous receus par cette Diuinité dont nous reclamons l'assistance.

« Or, cette profonde humilité de nôtre cœur doit estre aecompag-née et témoig-née par les larmes, par le battement de nos poitrines , par des vœux , par quelque austère pénitence. Ce sont des moyens assez puissans, non seulement pour vous rendre Dieu miséricordieux , mais pour faire retracter les arrests de sa Justice.

a La subuersion de Niniue auoit esté resoliie au tribunal de la Diuine Majesté et publiée entre les hommes par la bouche du prophète. Toutefois les prières, le sac, la haire, la cendre et le jeûne firent retracter cet arrest , et Niniue fut sauuée. Voila bien de puissantes armes que nousauons pour coml)atre contre Dieu qui prend à g-ré d'estre vaincu par iceUcs. Si la Justice résiste , en renouuolant nos

<72 l'kloc^i^ence judiciaire

larmes et redoublant nôtre pénitence , sans doute la victoire nous demeurera et reconnoitrons que, si Dieu nous enuoye des afHictions, c'est vu moyen pour donner à nôtre ame de quoy acquérir de la gloire. Car de ces maux procèdent les tentations , sur lesquelles remportant la victoire elle gaigne les lauriers et les palmes ; et lors les plaisirs qui succèdent font oublier les douleurs passées, comme le printemps fait perdre le souuenir de la rigueur de l'hyuer.

(( Voila , mes cliers concitoyens , le fruit des afflictions que nous receuons durant cette misérable vie. Mais, comme les médecines qu'on fait prendre au malale pour sa santé ne laissent pas d'estre ameres, de mesme les coups que nous receuons de la main de Dieu . ores soyent pour nôtre bien , ne laissent pas aussi d'estre pressans; et celuy qui les reçoit est excusable , s'il gémit , car en cela il ne fait que payer le tribut de son humanité. Néantmoins, de ce gémissement suiuy de larmes est produit le bien inestimable que nous desirons, scavoir la paix et l'amour de Dieu , qui sur ce sujet peut estre comparé à vne bonne mère , laquelle procure quelque déplaisir à son petit enfant afin de luy donner occasion de la venir caresser.

« Ainsi Dieu nous afflige aîin d'estre caressé, et les caresses qui plus luy plaisent sont d'ouyr nôtre voix plaintiue interrompue par les soupirs détrempez de nos larmes. Ce sont de douces violences ausquelles Dieu se délecte, c'est vn concert :1e musique qui le charme, c'est vne aromatique qui le fait tressaillir et sortir de son tribunal, Aboyez la parabole de l'enfant prodigue qui dans ce débordement de vie auoit mérité l'indignation paternelle. Mais, comme le père a connoissance que le fils vient à luy, in fletu, in planciUj qu'il entend ce mot de pardon sortir de sa bouche auec gémissement, ce bon vieillard ne se peut plus contenir à sa place ; il court au deuant , les bras ouuerts comme s'il auoit peur que son fils ne reculai. De mesme

AU llAHItKAU DU rAUI.lCMKM DK i'i'n\ l \( i \*t'A

toment lOrcahioii 4hî iiôtn; nîjM»ulir , craiK''naiit fprvii (rliani^'-ciiicnt (!<• volonti'; ikî lui nmisso oo bien.

« l)()ii([ue.s, iiuî.4si(îiir.s, rncoumiis/i <•« reinedi!. N<; noim imn^^'inons j)ns([U(^ la (^Tainlfiir dr iïoh p(»rli(»z |)uiM<îO(^a- 1er la piiissnnci^ (pK* DiVn a dr, noiiH pardoiiiuîr. Kstant iuis(M'ic()nli(Mix il cxaiKuîra nos j)ri(în»s, il l'a proinifl ainsi ; lo Hoy Propluîtc» nous l'assciin' : 1'/ Dnniinum nim trihnlarer cUimdui vl r.randiuil me.

« Et (r;nit;int (jikî 1(î salut tli^ noslrtî villr ncî cornprcînd pns seulonicnl les presens ninis los ahsons , et ceux mosnio qui sont à i)nî(r(» , il semble i\\w. tous doiuent estre obligiez de tair(M*(» f|ui s(M'a trouué bon en retti» assemblée pour obtenir ce ([U(î nous desirons de la Miséricorde de Dieu. Cela se peut (mi faisant quel([ueVœu solemnel et perpétuel, remède (jui a esté estimé en tous les siècles passez et par toutes les nations di^ la tiM're tres-asseuré pour appaiser rire de Dieu. Les IlebrcMix, lors qu'ils professoient la pure et véritable religion , appaisoient son courroux par des voyes publiques et des holocaustes. Les payons estimoient de se pouuoir reconcilier auec leurs fausses diuinitez , en faisant pareillement des vœux et leur offrant pour victimes des créatures raisonnables.

Mais les chrestiens, éclairez d'vne plus parfaite lumière, ont connu que Dieu s'appaise par les prières et par des vœux restraints, ou à Lédifice des églises, ou à la fondation et dottation des monastères, aux pèlerinages des lieux saints dédiez à la Sainte Vierge sa Mère, ou à ses autres fauoris dont l'intercession n'a jamais esté inutile... »

Suivait l'énoncé d'un de ces vœux solennels et perpétuels (1), comme la vive croyance en Dieu les inspi-

(l] Une procession g'ene'rale. à laqueUe assisteraient les consuls et les nabitants , se rendrait chaque anne'e, à pareil jour, dans l'église de N.-D. de la Sedsoù les premiers magistrats delà ville « feraient

174 i/klo:îuencr judiciairr

rait îï tjiis , riclies et pauvres , savants et ignorants, u tous les Ordre.s , à toutes les classes , dans les grandes calamités publiques.

Le discours deMartellyau Conseil général des habitants d'Aix nous offre plus que l'intérêt d'un document d'histoire locale. Il fait connaître combien vivants étaient les principes et quels étaient les chaleureux élans de la foi chrétienne dans notre ancien Barreau (1). Il nous permet d'apprécier l'éloquence propre à cette époque , où à une meilleure entente des lois du langage se mêlent bien encore le désordre et Tenflure , mais où tout, jusqu'aux incorrections, sert l'énergie primesautière de la pensée.

Il y a, dans le discours de Martelly, quelques grands traits qui tranchent sur l'uniformité du fond et de magniliques figures. On a admiré sans doute la hardiesse de l'orateur consulaire, quand il s'écrie en parlant de la pauvreté, de la famine et de la p3St3 : — « Ce sont les soldats avec lesquels Dieu combat les cœurs endurcis , ce sont les canons avec lesquels il foudroie l'humaine audace ; » — et sur les prières des peuples : » Voilà de bien puissantes armes que nous avons pour combattre contre Dieu. » On

leur communion, r Douze vieillards et douze enfants, habille's par la communauté, porteraient des flambeaux devant l'imag-e delaSainte- Vierg-e , etc. . .

(1) On trouvera la même éloquence inspirée par le sentiment chrétien dans les Emplois de Gaufridi.Le président sacrifié du Parlement Semestre , victime de l'émeute arrivée à Aix le 20 janvier 16'»9 . justifie son élévation du Barreau à une si haute charg-e dans la nouvelle magistrature, puis il s'écrie en racontant les injustices dont il a été l'objet :

« Je vous rends très-humbles grâces , ô mon Dieu , de ce que vous m'avez fait naître chrétien, parce que c'a été le seul remède que j'ai trouvé pour me guérir de ce mal et mettre mon âme en repos...

(( Ce serait une lâcheté de se plaindre des injures après celles que l'adorable Sauveur a soufi*ertes sans murmurer. Il a été maltraité d'un peuple qu'il avait chargé de bienfaits , il a été abandonné par ses amis, trahi par un domestique, et même il se plaint d'avoir été délaissé par son Père. Et pourquoi ne recevrais-je pas avec joie rhonneur qu'il me fait de permettre qu'un peuple que j'ai servi me méprise?... »

Graufridi termine par une briève méditation sur la vie de Jésus-Christ qui semble écrite pour le nombre trop grand d'hommes d'Etat déçus et trompés dans leurs espérances.

Ai: IIAHKKAIJ l)i: iVMtl.KMKNT 1)1^ IMtOVKNTK. 175

Il r.sl j>a.s iiioiii.^ iin|)n's.si()nii(; (jiiund il nous inonlnî .. Dieu (ItîiiKMiniiit aux a^'-iitrtB, pour rniprjjiriHT proînptiîiiiciït Toccasioii (le noln» repentir, n

Nous avons cntcMic'u Diîrorniis , par une ini-tapliore Henihlahle, apprlrr la peste u unt', (juprre divine » Nous citerons en (lerniiT li(»u res mots du I*arlenient, lorn^iue écrivant au Koi le Kl septembre» i:>H7 fi l'oeension de la

peste (|ui derimait Aix , il cominenmit ainsi sa lettre :

« Sire y (Ic/mis h mois d'avril^ Dieu par sa vnhmf.< n visité votre ville dAix. »

N()ri<: si;i>i>LKMi<:N'rAiHK.

L'impression de ce volmnc ('tait près d'être achevée , lorsque nous avons reçu d'un savant bibliopliile de Marseille , M. de Crozet, la communication de faits et détails où se trouve la nouvelle preuve de l'esprit de foi qui animait François Decormis. Ces détails sont eml)runtés à un manuscrit sur le Comté de Sault que possède M. de Crozet.

Par son testament du 4 septembrj 1714 et un codicille de 1715, la duchesse de Lesdig-uières lég-ua à Decormis . son conseil en Provence, un diamant de la valeur de 1000 livres cf que madame la duchesse le priait d'ag'réer comme marque de son estime. »

Le 9 juillet 1718 , le Bureau de l'hôpital Saint-Jacques d'Aix étant assemblé extraordinairement, Decormis dit qu'il ne croyait pouvoir faire un meilleur usag-e du diamant lég-ué « qu'en procurant une mission en les terres de la Tour-d' Aiguës et de sa vallée. » Il donna pour motif le grand nombre des nouveaux convertis et demanda que la mission eût lieu tous les six ans. Au cas où l'intérêt des 1000 livres ne couvrirait pas les frais, il y joindrait une autre somme de 1000 livres par lui déposée à Ihopital.

Les recteurs acceptèrent les -2000 livres offertes, d'autant plus, disaient-ils, « qu'on n'a rien à refuser en cette maison au sieur Decormis.» Par une délibération suivante , les Pères de l'Oratoire furent chargés de donner les missions de six en six ans dans les villages de la Tour-d' Aiguës, Cabrières, la Motte, Peypin et Saint- Martin. En 1733, une transaction conclue entre Decormis et l'évêque d'Apt, Jean-Baptiste de Vaccon, autorisa et confirma en tous points les délibérations du Bureau de l'hôpital.

On a vu que Decormis avait légué tous ses biens aux pauvres, qu'il laissa pour héritiers deux des grands hôpitaux d'Aix et qu'il voulut être enseveli dans le cimetière de l'hospice Saint-Jacques.

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