I. Six ans, etc., p
ne parlaient pas notre langue, que plusieurs avaient dit que « les Français n'étaient pas leurs paroissiens ». Comme on avait fini par accorder la faculté d'absoudre tous les prisonniers, à l'exception de ceux qui auraient battu des ecclésiastiques, il fallut objecter que des pouvoirs ainsi limités restaient illusoires, « puisqu'il était notoire que ceux qui étaient alors aux armées ne se contentaient pas lie battre les prêtres, mais qu'ils leur donnaient infailliblement la mort quand ils en trouvaient l'occasion ». L'autorité diocésaine de Cologne finit par comprendre et donner pleine liberté. Bouleversements inouïs de la Révolution, ironie étrange des événements, qui plaçaient, comme des anges consolateurs, au chevet des patriotes mourants, ces émigi-és vêtus de noir, qu'ils auraient eu tant de plaisir à percer de leur lance. Les râles de la mort ne réussissaient pas à éteindre, chez plusieurs, les mouvements de rage. Les aumôniers improvisés n'en continuèrent pas moins, durant un mois, à remplir leur ministère, ne quittant pas les salles où gisaient les blessés. Ils étaient soutenus par leui* foi, par la sympathie des habitants qui les comblaient de provisions poin* les malades, et aiissi par leur succès auprès d'im petit nombre de mourants. L'abbé Traizet assista, en particulier, un officier de la Sarthe et son domestique, enfant de douze ans, dont les co'urs, dit-il, étaient trop dépravés pour qu'il puisse donner leurs noms. Après quelques jours d'absence, il se hâta d'aller rejoindre ses l)risonniers. « De huit cents, écrit-il, je n'en retrouvai qu'environ quarante vivants : les moins blessés avaient reçu cinq coups de sabre sur la tête ; un gi*and nombre n'avait plus ni nez ni oreilles ; un grand nombre, avait aussi donné dans la débauche, et leur sang n'était plus assez pur pour donner prise aux remèdes. » Nos aumôniers avaient été plus heureux dans leur ministère à Macstricht. S'improvisant confesseui's, gardes -malades, médecins
même, ils avaient couru, malgré la contagion, à l'hôpital où étaient entassés nos soldats prisonniers et mourants loin de leur famille, de leur pays. « Ils les entendaient souvent bénir ces mômes prêtres dont peu de jours auparavant ces mêmes soldats avaient résolu la mort. Ils virent des impies, des parricides, mêler leurs larmes, les larmes de la pénitence, au sang qui coulait de leurs plaies, et mourir comme des saints. » Plusieurs prêtres succombèrent au mal qu'ils soignaient ainsi chez leurs compatriotes et, dit le narrateur, entrèrent avec eux dans le ciel '.
Cette fois, à la suite de la levée du siège de Maëstricht, de la défaite de Dunioui'iez à Neerwindcn, les soldats français avaient paru en prisonniers. Mais voici qu'après la bataille de Fleurus gagaée par Jourdan le '^3 juin 1791, on craint de les voir apparaître en vainqueurs. Le cardinal Pacea nous a laissé le récit de la panique qui s'empara de la ville. La route conduisant à Francfort remplie de fugitifs, encombrée de voitures et des bagages de l'armée autrichienne en retraite ; les chemins détrempés par une pluie torrentielle ; des prêtres vénérables, des « femmes délicates et de haute naissance » pataugeant dans la boue avec leurs paquets, sans savoir où se diriger pour trouver gîte et couvert, voilà le tableau que nous trace ce témoin oculaire. Mais les Français tant redoutés n'apparaissent point à Cologne. Alors une vraie marée d'émigrés reflue vers cette ville. L'abbé Traizet, installé au bureau d'inscription, vérifie l'arrivée de « plus de dix-huit cents prêtres français et cent cinquante religieuses 2 ».
Les pérégrinations de tant de proscrits jetés à l'aventure à travers la vaste Allemagne jusqu'aux contrées encore plus lointaines furent fertiles en incidents de tout