‹ L'ancien clergé de France (volume 3)Chapitre 18 sur 130 · CHAPITRE Y Le clergé réfugié en Italie · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y Le clergé réfugié en Italie

I. Etapes de Tinvasion de nos exilés eu Italie. — Comment, cliassés d'ailleurs, ils refluent dans les Ktats pontilicaux qui reçoivent 5,ooo prêtres. — Organisation par régions. — Règlements assez stricts. — Comment on essaie de guérir nos prêtres du gallicanisme. — II. Grande misère à secourir. — En quel pauvre équipage tel évêque débouche des Alpes. — Rencontre du <luc de La Rochefoucauld et de M" d'Aviau en piteux costume. — Celui-ci chassé d'une procession à cause de sa mise. — Les prélats du plus grand nom voient s'épuiser leurs ressoiu-ces. — Que faire ? — Le tnendicavc crubesco de l'évêque de Lavaur. — Il faudra liourtant mendier auprès du Pape. — Succession de retiuêtes. — Péripéties de l'évêque de Tarbes. — Les embarras d'un Oernu)nt-Tonnerre. — L'appel des vieillards ])artieulièrement déchirant. — III. Tous voudraient aller à Rome. — Le cardinal de Bernis y tient jusqu'à sa mort l'auberge de France. — Son étoile pâlit devant le cardinal Maury. — Ditllcullés pour les émigrés d'être reçus à Rome. — Comment s'en plaint M. de Cicé, archevêque de Bordeaux, mis en ({uarantaine par ses collègues. — Difllcultés plus grandes encore pour les simples prêtres^ — IV. Résistance des intermédiaires aux intentions bienveillantes de Pie VI. — Difllcultés opposées par les couvents et monastères. — L'évê<iue de Luçon joué par les religieux de Saint-Vital. — Nos exilés mieux reçus dans les Ktats pontilicaux que dans le reste de l'Italie. — Admirable r«)le joué par Pie VI.

Une contrée sollVait tout naturellement à la pensée du clergé expulsé, c'était l'Itiilie. N'était-elle point aux portes de la France, n'étîiit-elle point catholique ? Ne renfermait-elle point, en particulier, les Etat.s du Pape chargé, comme prince des pasteurs, de venir au secours des malheureux proscrits? Les exilés s'étaient d'abord portés en Savoie et dans le comté de Nice. Avant l'entrée de l'armée française dans cette ville, ils n'étaient pas

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encore nombreux en Italie. On comptait à peine deux cents ecclésiastiques dans Rome et les Etats pontificaux. L'invasion du comté de Nice par nos soldats préci[)ite rémigration dès le mois d'octobre 17*)^. En août i"i)'3. un rapport officiel constate que dans quelques mois le nombre des prêtres étrangers s'est élevé de deux cents à deux mille. Ils allaient allluer encore. Le (> lévrier ijfj^, le grand-duc de Toscane prescrit à tous les Français sans exception, qui n'étaient pas dans ses Etîits avant le i5 février iy<)3, d'en partir dans l'espace d'un mois. Dans le courant de la même année, les armées françaises avancent dans le Piémont, et Sa Majesté Sarde ordonne à nos compatriotes de quitter son royaume. Dans quel déses[)oir de telles expulsions jettent les malheureux émigrés > ! Le Ilot chassé de Piémont, de Toscane, devait l'orcéinent se porter vers les Etats du Pai)e. En novendu'c 1794, on y constate la présence de 5, 000 prêtres 2. Le gouvernement de Pic VI, un peu eil'rayé de cette invasion toujours croissante, sentant d'ailleurs la nécessité d'apporter de l'ordre dans la distribution des secours et des émigrés eux-mêmes, partagea l'Etat pontifical en cinq grands centres de charité qui furent Rome, Viterbe, Pérouse, Bologne et Ferrare. Autour de ces chefs-lieux venaient se grouper les autres villes, même épiscoi)ales, avec leurs districts. Les prêtres réfugiés étixient soumis à un règlement. Ils ne pouvaient quitter sans j)ermission le lieu de leur résidence. Il leur était intenlit d'aller à Rome sans un passeport signé du sécréta ii-e d'Etat. La Ville

1. L'un d'eux, ne sachant où se diriger, raconte ainsi son exode : « Nous comptions, dit-il, nous transporter dans la Suisse... Cet asile même nous a été refusé. Le séjour des autres Ktats nous est également interdit ; le Français est repoussé partout avec horreur, les innocents portent la peine due aux coupables. Nous nous sommes donc arrêtés à Arona, sur le lac Majeur, quoique encore dans les États de Sa Mi^,jeslé Sarde. Nous vivons inconnus dans un village où l'on nous a laissés jusqu'à présent. » Theineh, II, p. ^'M-^Ti-, Sjuillet 1794.

2. Rapport fait au Pape par M"^ Caleppi. Tiikinkk, t. II, préface,

p. XX-XXXII.

éternelle se trouvait ainsi défendue contre un enconibrement excessif. Les ecclésiastiques devaient prêter serment d'obéissance aux bulles portées par le Pape contre le jansénisme. On leur mettait aussi entre les mains les mandements des évèques français les plus favorables à la papauté, les opuscules relatant les bontés du Saint-Père, en un mot tout ce qui pouvait modifier leurs tendances gallicanes. Les laïques, comme les prêtres, étaient astreints à un règlement. On les avait admis dans la proportion de 2 pour 100 des babitants indigènes. Ils devaient faire profession de foi catholique et romaine, jurer qu'ils n'avaient pris aucune part « aux principes impies et séditieux » qui triomphaient en France, s'engager enfin à cesser toute correspondance avec leur patrie, et à ne la reprendre qu'au moment où ils en auraient reçu la [)ermission expresse du Souverain Pontife,

Ce n'était point assez de régk'mcnter les émigi'és, il fallait encoi'e les loger, les nourrir. C'est ici que se montra la magnanimité de Pie VI. IMeiu de compassion pour ces proscrits dont l'exil avait eu i>our cause leur attiichement au Saint-Siège et à l'unité' catholique, il adressa des lettres instantes aux évê({ues, aux comnmnautés religieuses des États pontificaux, pour assurer bon accueil aux réfugiés. Les évêques avaient orch-e de faire le relevé de tous les monastères et couvents de leur diocèse, sans excepter les Capucins et les Ordres mendiants, et, après une estimation de leurs biens, de se concerter avec les supérieurs sur le nombre de prêtres qu'ils pourraient recevoir. Les religieuses devaient aussi contril)uer à la bonne œuvre. Etendant sa sollicitude au-delà de ses provinces, le Pape recommanda, par un bref du 21 novembre 1792, le clergé français au clergé d'Allemagne. Enfin, il encouragea par ses lettres la bonne volonté des princes d'Flurope.

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Hélas ! malgi'é cette haute intervention, les secours restèrent inférieurs aux besoins. Les prélats arrivaient en Italie presque aussi dénués que les simples pasteurs. On avait vu l'évéque de Grenoble, M. Dulau d'AUemans. chassé de Chambéry, lonj^temps errant, et tellement brisé par sa descente du retit-Saint-Bernard dans la vallée d'Aoste, qu'il ne pouvait plus uiarcher. Après l'arrivée à Tende, Févêque de Fréjus, M. de Bausset de Roquefort, est rencontiT* par des émigrés dans une miséral)le avdîci'ge. Il est si all'aissé qu'il a de lu peine à leur répondre. Dans les mêmes parages, le vénérable évéque de Glandèves, M. des Portes, n'a trouvé qu'un âne pour tout équipage. Il est si accablé de fatigue qu'il s'excuse auprès de ceux <pii l'entourent de ne pas leur rendre le salut '. Ces grands seigneurs s'étaient parfois donné, aux jours prosj)ères, le luxe de quatre chevaux attelés à leur voiture. Les voilà ramenés à la simplicité évangéliciue, à la modeste monture de Jésus entrant à Jérusalem.

Que d'incidents, que de contrastes font naître ces pérégrinations de l'épiscopat français à travers le monde! L'archeréque de Vienne, M. d'Aviau, qui était plus vaillant à la uiarche que les évoques de Fréjus et de Glandèves, rencontre un voyageur au milieu des rochers et des précipices du Simplon. On chemine, on cause, on finit par se faire connaître. L'archevêque de Vienne n'est pas peu étonné d'avoir à saluer, sous l'accouti'cment plus que modeste de son compagnon de route, un brillant et fastueux seigneur et pair de l'ancien régime, le duc de La Rochefoucauld. (]elui-ci n'est pas moins surpris d'apprendre que l'étrange costume de son interlocuteur cache l'archevêque de Vienne.

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