I. Lyoxnet, t. I, pp. \Y£t
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remportera sur celui du Manège et compagnie, vous me feriez plaisir (réchanger du blanc pour du jaune. » C'était prudent de demander du jaune et de réduire sa «lépense. M. de Yintimillc veut vivre avec la plus sévère économie. « Je me borne, dit-il, au victiim et i^estitiim de l'Apôtre. Je n'eu suis pas aussi content que lui, mais je prends mon mal en patience. » (cependant, il n'a pu conlîor sa personne à sa « vieille et antique voiture » pour ses voyages en Italie. Il l'a troquée avec une autre, quitte à verser 4^ louis à un sieur Pio, courrier de Rome en France. Il est vrai que la somme devait être payée « en espèces sonnantes et point en assignats », par sa tante, la mar<|uise de Pazzi. domiciliée à Aix. Voilà bien le grand seigneur qui a quebpie I)eine à abandonner le train des jours heureux. Il faiulra pourtant y venir et se priver de voiture, car la gène se fait déjà sentir. M. de Vintimille écrit, en avril 1792 : « En attendant les événements, les fonds s'épuisent... J'ai encore de quoi aller, à 4<m> francs par mois, jusqu'au mois de novembre, et il faut croire (pie d'ici là la gueule du juge en jettera d'uiu^ manière ou d'une autre. Tout le monde en a besoin, petits et grands. Nos ruines et nos misères nous nécessitent daller les c(mfon(lre av(»c celles de M. et M""" de Monteynard (|ui sont à Mihm pour épargner les gages d'un cuisinier et durer plus longtenq)s •, » Après la voiture, voilà le cuisinier supprimé.
lîeaucouj) de ])rélats n'ont plus même de domestique, d(^ valet de chambre. L'évé(pie de Meaux, M. de Poligiiac, a eunnené, avec un gi*and vicaire, un seul serviteur, (( dont ma mauvaise santé, dit-il, ne m'a pas permis de faire le sacrifice ». Le Paj)e, qui a voulu que révè(pu^ de (^k^rmont gardât le sien, ne jjcut accorder pareille faveur à l'archevêque de Vienne, M. d'Aviau, malgré l'opinion
I. >[oxEiiE drCabiiens, M. de Vint i mille d'après .sa correspondance, i8g8, p. 5i-6}. — Voir aussi les lettres publiées par Tiieixkr, II, (ki-dj.
quon a à Rome de « sa vertu et tle sa modération ». D'autres prélats ont, en efl'et, éprouvé le même refus. L'évêque de Luçon, M. de Mercy, s'écrie : « Je vais pour la première fois apprendre à me servir moi-même. » Mais le généreux Pie VI lit savoir à lévéque de Luçon qu'il pouvait conserver son valet et aussi deux ecclésiastiques, « que depuis deux ans, écrivait M. de Mercy , Je nourris de mon propre sang-». (]ette expression énergique dit toute la valeur du moindre sacrifice d'argent fait par ces nobles exilés, qui n'étaient plus défendus contre la faim que par de faibles ressources. Ils sont rares ceux qui, comme le pi'ince de llohan, archevêque de Cambrai, peuvent éci'ire : « Dieu merci, avec de l'économie, je puis exister longtemps sans importuner personne. » M. de Rohan a auprès do lui deux ])rctres et son maître d'hôtel cpii lui sert de valet de chandire ; mais il vit « au meilleur marché possible ». En 1794, M. de Nicolaï, évêcpie de Béziers, arrive encore à se procurer, pour lui et pour trois compagnons de route, « une subsistance honorable avec les débris de sa fortune ». Attendons quehpies années et le temps va faire son anivre. Eu iSoo, le prélat écrit de Florence à l'ancienne lingère du ])alais épiscopal de Béziers, <|ui voulait l'intéresser à son mari malade, (pi'il vit de i)rivations et ((ue « le sort dont il jouissait autrefois, dit-il, à mon service, exciterait aujoui'd'hui mon envie et satisferait mon aud)iti(m. Je n'ai point de chemise; je porte des bas de laine malgré la chaleur excessive, et un mince ordinaire est toute ma nourriture '. »
Quand on voit l'évoque do Béziers. réduit, à la longue, à cette extrémité, comment s'étonner que des prélats qui n'avaient pas ses réserves aient connu plus vite la misère?
I. I.oUrt'S publiées par Tiieinkh, op. cil., II, pp. .'«. Jm. i{)o, 192, 220, 4{H). 585. Nulict' sur M. de Xicolai, par Fahhkhat, i)p. ri8, 1%. — Maiiry écrit de Roue à l'évérine de Loiiibe/ que ceux (jui lui ont dit de conserver son do nestique le paieront. Mais l'argent n'arrivait pas de Home.
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Leur correspondance nous fait assister à leur lutte contre le dénuement. Lévéque d'Agen donne, dans une lettrt\ le détail des ])ijoux qu'il voudrait néjçocier pour se procurer un peu d'argent ^. L'évéque de Saint-Claude vend toute sa chapelle; l'évéque de Ghâlons-sur-Marne, jusqu'à sa croix pectorale. Singulière vicissitude des choses humaines, étrange coup de théâtre de la Révolution qui a subitement changé l'opulence en une profonde détresse ! « De plus de 80,000 francs de rente que j'avais, je n'ai plus rien », écrit l'évéque du Puy. « Après vingt-deux ans d'épiscopat, après avoir occupé, coiuine pair de France, une des premières places de l'Etat, et avoir été dépouillé d'un revenu de plus de 60,000 écusi'omains, dit révè([uede ChAlons-sui'-Marne, M. de Clermont-Tonnerre, se trouver privé, non seulement de l'existence convenable à son nom et à son caractère, mais encore du nécessaire », quelle extrémité cruelle ! Des plébéiens, formés dès leur enfance au combat pour la vie, habitués à une existence modeste, aux privations, auraient pu plus facilement se reconnaître et reprendre pied au milieu des décombres d'un tel cn<mdrement. Mais comment ne pas s'attendre à renconti'cr de l'inexpérience. de l'elfarement et une certaine gaucherie (hms la hilh' contre la l'aim, chez des honnnes troj) bien nés pour avoir jamais su ce que c'est que se suffire à soi-même et gagnci" h* i)ain de chaque jour? D'im autre côté, comment sortir d'une situation inextricable? Fodere non valco, et l'évè-
1. Donnons cette liste comme un spécimen des bijoux que ])osséclaient lesévèques d'ancien régrime, d'après la lettre de l'évéque d'Agen (Thkinkh, II, 10) : « l'ne montre d'or à répétition, ffuiHochée, de Ferdinand Bertlioud, achetée ono livi-es; — une autre montre, unie, h répétition, de Bertlioud, ç)oo livres; — «ine montre d'or, en boîte à ((uadrille, g'uillocliée, (ioo livres; — irne boîte émaillée venant du comte de Maurepas, b. de chasse, ^20 livres ;
— une boîte d'écaillé très belle, noire, avec cercle et gorge d'or, 240 livres;
— boutons de manches (une paire) très travaillés, 120 livres: — une bague tojiaze, bague épiscopale, 3oo livres; — une itlciii, grande améthyste, lao livres: — unesardoine gravée à Rome par VII/.Ut, IJeo salus, 2ft(^\iyi'cs. n y a de plus une voiture anglaise pour courir la poste, qui a coilté près de 1,000 écus, et une canne à pomme d"or à chiffre, beau jonc, bas. 3oo francs. » M. de Bonnac offre de perdre lui tiers sur ces prix d'achat.
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que de Grasse, M. de Saint-Jean de Prunièrcs, ajoutait : Mendieare eriibesco i. « Il faut demander rauinône le plus tard qu'on peut, » écrivait le cardinal de Bcrnis. Soit : une telle répugnance est dans le cœur de tous les prélats. Il en coûtait à leur fierté de prendre un ton suppliant, et d'envoyer au Souverain Pontife des requêtes dans le jçenre de celles qu'ils recevaient eux-iuènies aux jours heureux. Certains préféraient souffrir que de rien solliciter. Un chanoine de Lavaur écrit, en 179."), que, depuis vingt-quatre ans, il connaît assez son évêque, M. de Castellane, « pour être persuadé <[u'il ne fera jamais aucune démarche afin d'obtenir des secours, quelle que puisse être sa détresse ». On fait entendre au chanoine que les évêques doivent se confonner à la parole de l'Evangile : Demandez et vous recevrez. Il ne parait i)as que M. de Castellane, dont on ne j)ouvait « changer le cai'actère », se soit décidé à implorer, malgré sa vie misérable à Bologne 2. Mais la j)lui)art de ses collègues se résignent, je ne dis point à mendier, mais à solliciter des secours absolument nécessaires. Ils [louvaient d'autant plus facilement confier leurs l)esoins au Pcre connuun des fidèles, ([ue jamais ils n'invoquèrent en vain la générosité de Pie VI.
Nous n'avons aucune honte à redire ces aj)[)els adressés l)ar les jdus grands noms de réj)iscopat français au Souverain Pontife. Surpris par une Révolution inouïe, jetés, du soir au matin, de l'abondance dans la misère, à qui ])ouvaient-ils mieux s'adresser qu'au C'hef de la famiMe chrétitMuie! On n'avait point oul)lié daiLs la Aille éternelle (jue dej)uis des siècles l'argent fran(;ais coulait à llome à titir d'annates. de paiement de bulles et autres redevances diverses. Peut-être pressenlail-on. dans mie
I. l,V'vè([ur (U- Grasse expose au l'apc sa misère. Il a besoin d'habits <*ontre le IVoid de l'iiiver. Larchevèqne de liologiie est venu à sou secours. TnKiNKii, II, j). i5i-i;"J.
•2. riieiuer (II, pp. i;(î, i--, 45)S-.")oo) douue une lettre de l'évèquc de Lavaur avi l'ape, qui est un hommage mais pas une demande.
intuition de l'avenir, qu'un siècle plus tard, lorsque le Pape se trouverait dépouille à son tour, ce seraient les évèques de France, les successeurs appauvris et plébéiens de leurs prédécesseurs d'ancien régime, qui, avec leurs lidèles. fourniraient la grande part de la subsistance du Saint-Siège et paieraient avec usure la rançon du passé.
L'évéquc de Tarbcs, M. Le Gain de Montaignac, après avoir séjoui*né trois ans à l'alibaye de Montserrat, en Espagne, se décide à passer en Italie. Il a appris que le Pape assure IjTxk) livres aux évèques e^iilés et il vient profiter de cette intini licence ; sa misère est complète. « Depuis longtemps, écrit-il. j'ai vu disparaître mes ressources, je vis très économiquement tlii reste de la vente de mes montres et autres elï'ets, et je vois arriver la fin de mes dernières ressources, dépendant tout annonce que nos inalheui's ne finiront pas de sitôt ; et ne ])ouvant ni servir, ni faire un métier pour vivre, je vais chercher des secours qui me paraissent d'un genre n()I)Ie et ccmvenable. » Il emmène avec lui deux prêtres, (pi'il espèi'c faire vivre avec les i,5oo francs promis. Il ne va point à Rome et ne sait encore où il pourra se fixer. « Dans l'état où nous sonunes, dit-il. toute économie est nécessaii-e. » Une bague et une chaîne mises en loterie ne peuvent lui assurer une longue subsistance. Mais quand on est gentilhomme à grandes relations, on ne risque point de mourii* de faim même en exil. M. de Gain-Montaiguac a un frère jiu[)i'ès de Louis XA'III et un autre aui)ivs du comte <rArtois. Un secours de la comtesse d'Artois la tiré de son ei'uiitage de Montserrat; le roi le couvre de sa ])rotection. Poussé par l'invasion dans le royaume de Naples, il a la grande joie d'y trouver Mesdames de France qui lui font le meilleur accueil. Sa lettre au premier ministre à son entrée dans ce pays ne manque pas de fierté. « J'ai l'honneur, dit-il, d'être évêque et gentilhomuu» français... Je jouissais dans nui patrie de cent mille livres de rente.
J'ai tout perdu pour rester fidèle à mon Dieu et à mon roi, et je ne regrette rien. » Le prélat gentilhomme sait à qui parler, II peut rappeler à la reine de Naples, sœur de Marie-Antoinette, que, voyageant en Italie, il y a ving^ ans, il s'était présenté à elle avec une recommandation de la reine de France. Comment s'étonner dès lorsque lévèque de Tarbes obtienne une pension du roi de Naples, malgré le peu de sympathie de cette Cour et de la reine pour les émigrés? Les religieux du Mont-Gassin insistent pour garder dans leur monastère un prélat qui a de si grandes relations ; mais celui-ci préfère le séjour de Gaserte à cause du voisinage de Mesdames de France. Voilà le roi de Naples chassé à son tour par l'invasion française. La Providence se montre toujours secourable à lévèque de Tarbes dans la personne du marcpiis de Niza et du capitaine de vaisseau comte de Ghastenet-Puységur. qui pendant un an le j)romènent sur leurs vaisseaux. Le prélat a soin, quand il y a combat, de descendre à la côte pour ne pas violer les saints canons. « J'étais exilé sur la teri'c, et me voilà errant sur les mers », écrit M. de Moutaiguîic. Il projette de se rendre par Vienne en Russie. Mais l'amitié des Niza le iTtient en Portugal, (ihéri, adopté dans cette grande familh', j)ourvu d'un ])énélice dont eUe dispose, il y restera à l'abri du liesoin jusqu'à sa mort.
Ce récit, écrit j)ar l'évècpie de Tarifes i avec hi pointe de sentiiiuMitalité du xviir siècle, prouve tpie dans soi» malheur il n'avait pas connu les extrémités auxquelles .furent réduits certains de ses collègues plus grands que lui par la naissance. L'évèque de la Rochelle, M. de Coucy, allié à la maison de Bourbon, pourrait faire appel
I. Lcllrci et Mémoires de M. tU' Gain-Monlaignac, piibliéâ par Tabbé IJi KiAi, in-S". — Thkinkh, II, 2r>-2(i, '^y3\iS, donne aussi di-s lettres du niêuie prélat où il raconte ses pérégrinations. « Je désii-e, dit-il, être placé dans xm lieu éloigné des grand'roules, pour ne pas être forcé de déloger et de fuir les ennemis. »
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au roi et ù la reine d'Espagne. Il préfère recevoir les bienfaits du primat d'Espagne et du « Père commun de la chrétienté ». L'évèque de Meaux, M. de Polignac, dont les parents se sont réfugiés à Rome, implore pour luimême la générosité du Pape. Après un Polignac, voici un Rohan-Cliabot, évoque de Saint-(]laude, dont le dénuement est absolu. Le duc de Rohan-Chabot, son parent, lui a légué sur ses biens une pension que les circonstances l'empochent de toucher. Il a tout vendu, jusqu'à sa chapelle. Il s'est retiré dans un village du canton de Fribourg pour y vivre plus petitement. « Il est au moment d'éprouver toute l'horreur des derniers besoins, dont il craint plus les suites pour l'avilissement du caractère sacré dont il est revôtu, que pour son humiliation personnelle. Très Saint Père, s'écrie-t-il, c'est un évéque prosterné aux pieds du Père commun et qui lui demande du pain. C^'est un des chefs du clergé de France, persécuté pour la foi, pour son intime adhésion et sa soumission au Saint-Siège, et qui demande sa suJ)sistance au chef de l'Eglise. » Le Pape ne pouvait manquer de répondre à un appel si pressant. M. de Chabot remercie, en 1796, du secours envoyé et dit qu'il lui permettra de se suffire pen- <lant douze mois, « ma dépense, écrit-il, ne se montant qu'à Ooo livres par an ». Dépenser ()oo livres par an, n'était vraiment pas du luxe pour un Rohan-CMiabot. L'évc<|ue de Luçon, M. de Mcrcy, s'est contenté à Venise, <lurant six mois, en i'jtjG, de i.5o écus. Ah! c'est que l'adversité a appris à ces grands seigneurs à vivre de rien. « D'après les utiles leçons d'économie et de frugalité données par la Révolution, écrit, en 1794. l'évèque du Puy, 3oo ou 400 écus romains j^ourraient suffire à ma dépense et à celle d'un domestique, qui m'est indispensable. »
Cependant l'évèque de Cliàlons-sur-Marne, M. de (]lermont-Tonnerre, n'espérait pas pouvoir sul)sister avec si peu. Il n'est pas le seul à trouver insuffisants les envois
du Pape, que la perte du change réduit encore. L'évoque d'Apt, l'cvêque de Dijon, s'en plaignent doucement dans leurs lettres. Les 4oo écus romains ont paru au cardinal de Montmorency et étaient, en effet, une « modique somme » pour un si grand personnage. I^L de Clermontïonnerrc déclare qu'en toute autre circonstîince la médiocrité de ce qu'il a vcx;xi lui en imposerait le refus. Il sait que le Pape, ohiigé de partager toutes ses ressources entre tant de solliciteurs, ne peut l'aire à chacun de grandes largesses, mais il croit avoir plus de droits que ses collègues. « Ils ont défendu comme moi la religion et le Saint- Siège ; moi j'ai plus qu'eux les anciens services de mes ancêtres, qui plus directement encore ont défendu la Papauté. » Lorsqu'on compte « onze saints » chms sa famiUe, quand on est allié aux rois de rEuroj)e, comment peut-on être traité comme le comnuin des mortels? La longue correspondance de M. de (nermont-Tonnerre avec Rome nous dit queUe difficulté il y avait à vivre en exil pour un grand seigneur tel (pu' lui. « Il est bien affreux, écrit-il en 1796, de voir à cliaque instant dvvant soi la misère qui vous attend; cette triste expectative, jointe à toutes les autres peines morales, est au-dessus des forces humaines. » A un moment donné, le baron de Breteuil lui conseille de passer à Londres pour profiter des 10 guinées que le gouvernement anghiis assure aux évcques présents; mais ce climat lui serait contraire. Dans une de ses lettres, Ch^rmont - Tonnerre demande au Pape 3,000 livres françaises, avec un engagement de se suffire juaqiià la fin de la Révolution. Mais cette Révolution n'en finissait pas. Le 26 octobre i8o3, l'ancien évéque de Ghàlons écrit au cardinal Gonsalvi que la maison de Clermont-Tonnerrc, illustre par ses alliances séculaires avec les couronnes de France, d'Espagne, de Naples et de Savoie, est aussi alliée au Pape régnant (Pie Vil), ce qui paraissait, dans la circonstance, plus important encore, '
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puisqu'il s'agissait do rintéresser à sa cause. Malheureusement, M. de Clermont-TonnciTe ne put fournir de véritables preuves de cette parenté, dont il se serait plutôt défendu, lui si orgueilleux de sa race, si rhuinl)le Cliiaramonti ne fût devenu Pie VII. L'évéquc d'Agen pouvait invoquer de meilleurs titres à la bienveillance du Pape tjue des quartiei*s de noblesse, c'était son admirable attitude dans la fameuse séance du 4 janvier. Il la rappelle dans sa requête à Pie VI. AI. de Cicé, archevêque de Bordeaux, trouvait dans son repentir au sujet de ses complaisances i)our la constitution civile du clergé un titre particulier aux l)ontés du Souverain Pontife '.
La situation des vieillards était particulièrement déchirante. A'oici l'évécpie de Grasse qui, « accablé de misère et d'infirmités », ne peut sortir de sa chambre et manque de tout. Le cardinal-archevêque de Bologne, voyant qu'il souffrait « par le grand froid, a eu la charité de lui faire passer des couvertures et du l)ois ». Voici l'évéque de Glande ves qui, en 179O, invoque ses quatre-vingt-six ans comme titre de plus à la bienveillance du Saint-Père. 11 « s'est défait d'un très beau calice », et de tout ce qu'il a pu vendre. « Enfin, écrit-il, je ne rougis pas de le dire : je ne vis depuis six semaines que d'emprunts et d'aumônes. » Il espère que le Pape ne souffrira jias « qu'un évêque de quatre-vingt-six ans périsse abandonné et privé des secours les plus nécessaires à sa caducité ». Mais qu'on se hâte, si on ne veut pas que la somme envoyée arrive pour . ses funérailles. De quel ton il termine sa supplique au Pape
I. Voy. les lettres des évêqucs dans Tiieiner, op. cit., II, 8-10, 20, io4, io5, i^, 177, 204, 219-229, 247, 248. Pour M. de Clcrmont-Tonnerre on peut voir toutes les péripéties de son émigration dans sa correspondance. (Theinek, II, 72-101.) — Cicé écrivait à Pie VI, au mois d'août 1794 (Tueineh, II, 53- 58) : « Mes épargnes sont épuisées... Nos malheurs nous ont ôté tout moyen de crédit ; ma mauvaise santé aggrave mes peines. Je livre franchement ma situation à notre père commun... (Ile n'est d'ailleurs qu'un secours passager que je réclame et que je remplacerai aussitôt que la l*rovidence aura bien voulu nous rétablir dans nos sièges. »
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par ces paroles tlu prophète : llbi dereliciiis est pauperf LY'vèquc de Cuvaillon, qui compte trente-deux ans dépiscopat et a soixante-douze ans, « ne sait où reposer sa tête. Cette manière d'exister est, dit-il, des plus désespi^ rantes '. »
La plupart de ces évèques qui adressaient de loin leurs appels au Pape, auraient ])ien ])rcleré venir à Rome même jouir de ses hieni'aits. Durant les premières années de la Révolution, ils y étaient attirés aussi par la renonunée légendaire de l'hospitalité du cardinal de Rei'nis. On pressent que Bernis ne s'était ])as décidé l'acilement ù fermer, à Ronu\ « l'auhei'ge de France ». Rien t|ue \n constitution civile du clergé ait voulu, dit-il, h' réduire. « à soixante-seize ans, aux fonctions de petit curé de la viUc d'Albi, dont il était archevècjue et seigneui* », bien ipiil ait tout sacriiié « à la foi de ses pères et à l'honneur dont ils ont toujours été jaloux », Remis avait cru se devoir à lui-même de continuer à Ronu' un train de maison digne de son rang et de sa qualité de re[)i"ésentant dune grande nation. Depuis que la suppression de la dîme, des I)iens ecclésiastiques, et enlin sa l'évocation d'aud>assadeur avaient tari ses revenus, il ne pouvait donner, disait-il, que l'hospitalité d'un l)on curé ; mais quand ce curé s'appelle Remis, on est sûr de ne point mourir de faim à sa table. Le cardinal refusa de fermer sa porte. Il recevait tous les jours de vingt-quatre à trente personnes. I^u société brillante qui, à sa sortie de France dès la première émigration, se pressait dans ses salons, ne s'apercevait point que le cardinal fût dans la misère. Celle-ci s'annon-