‹ L'ancien clergé de France (volume 3)Chapitre 29 sur 130 · LES SOUFFRANCES ET LES VERTUS DE L EXIL · texte numérisé non relu

LES SOUFFRANCES ET LES VERTUS DE L EXIL

avait là de quoi exciter tour à tour l'admiration, l'envie, la terreur ou la pitié, mais non lamour. Le clergé gallican présentait aux étrangers de l)eaux types de grandeur morale et de distinction accomplie. De quels prélats allemands aurait-on pu faire le portrait que l'abbé Baston trace de l'évèque de Séez, M. du Plessis d'Argentré. au(pu4 il rendait visite à Munster? « Sa vue, dit-il, minspira subitement pour lui autant d'aiiection que de respect. C'était un des plus ])eaux vieillards qu'il soit possible d'imaginer : une pi'opreté exquise, la plus douce et la plus agréable physionomie, un air de grandeur que motli fiaient et tempéraient, en quelque sorte, la bonté et l'allabilité. Il me reçut avec cette politesse qui seud)le aj)pai'tenir exclusivement aux grands dignes de leur élévation. » Estce que de tels êtres, dont le spécimen était inconnu à l'étranger et va se perdant en France, n'auraient pas dû charmer et conquérir tous les cœurs! Un hobereau allemand, noble du temps de Charlemagne, qui haïssait les Français sans distinction de royalistes et de républicains, se laissa, en edet. apprivoiser par la distinction et les vertus du cardinal de La Rocliel'oucauhl, auquel il Taisait une cour assidue à Munster ^. Mais, en général, ces ral'finements d'éducation étaient plus propres à faire admii-er qu'à faire aimer.

Les prêtres allemands, qui disaient la messe en bottes et fréquentaient les tavernes, ne pouvaient savoir gré aux prêtres français d'une tenue qui paraissait condanmer le sans-façon et la liberté de leurs nuinières. Et pour les évèques, est-ce que la dignité de vie d'un cardinal de La Rochefoucauld, de tous nos prélats réfugiés, ne faisait point contraste avec l'existence des plus hauts placés dans l'épiscopat germain? A côté d'un François d'Erthal, prince-évèquc de A\ urtzbourg et de Bambcrg, couchant

I. lUsTox, II (348, 388, 31)4). Baston parle d'un Prémonfré, l»aron alleraaud, qui voulut bien « s'agenouiller », pour l'aider à mettre sa chaussure.

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sur une planche, ne mangeant que du pain et des légumes, quels exemples donnaient son frère, rarchevêque-élccteur de Mayence ^ et le cardinal d'Aucrsperg, prince-cvôque de iSIûnster, et l'arche vôque-électeur de Cologne, frère de l'empereur et de Marie-Antoinette, au milieu de leur cour et de leurs maîtresses? Et puis il y avait la différence de race. Il ne fallait pas s'attendre à voir les divers clergés, dans leurs rapports avec le nôtre, faire abstraction des sentiments nationaux. Nous avons vu, surtout chez les évéques, des dévouements admirables, où le cœur parlait hautement et provoquait des prodiges de charité. Mais, en général, on assistait nos compatriotes par devoir chrétien, avec plus de résignation que d'enthousiasme, et avec ce scntimiint de lassitude que nous avons trop souvent rencontré dans les couvents.

Gomment s'étonner que nos prêtres, ayant conscience d'être une gène, dépaysés d'ailleurs à l'étranger, aient appelé avec une sorte de nostalgie le retour dans la patrie? « Il n'y a qu'une France, est devenu un proverbe parmi les émigrés et les déportés » , écrit un témoin oculaire. On remarque, en Espagne, que les ecclésiastiques réfugiés ne peuvent trouver d'agrément et de consolation qu'entre eux. L'évêque de Limoges, exilé à Munster, en Westphalie, écrit de cette ville, en 1794 : « En général, le peuple est bon, religieux ; la noblesse et les gens riches sont peu sociables, ainsi que tous les Allemands, et vivent renfermés dans leur intérieur 2. »

Le désœuvrement et, par suite, l'ennui, le terrible ennui , en laissant libre cours au tourment de la pensée , vient aiguiser encore les douleurs de l'exil. Que pouvaient faire ces milliers de proscrits auxquels on interdisait.

I. En 1793 l'évêque de Bézicrs est obligé de quitter, et « dans un délai très court », Erfurt en Thuringe, par ordre de rarchevêque-électcur de Mayence. Tiieiner, II, 5i, 52.

2. Lettre inédite de l'évêq ue de 1 imrgcs au Lai en de Coetlosquet.

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comme en Espagne, comme en Italie, et à pen près partout, les fonctions de leur ministère? Quelles difficultés on leur a opposées à Colore pour leur laisser confesser les soldats français prisonniers et mourants ! Large part est faite dans la journée à leurs prières, aux exercices de piété. De temps en temps, des retraites viennent encore réveiller leur ferveur et conserver à leur i\nu* la vibration religieuse qui fait les martyrs. Partout où les ])rètres sont réunis en assez grand nombre, des conférences journalières sur le dogme , la morale, la linguistique, l'Ecriture sainte, leur sont données pour entretenir, augnu^nter même leurs connaissances professionnelles et les tenir en haleine. Dans ces joutes théologiques, les prêtres de l'Ouest se distinguent en Angleterre. « Les recteurs bi*etons et normands à cheveux l)lancs étaient des puits de science », écrit un témoin, l'abbé Fleury; mais, ajoute-t-il, le caractère bi*eton a quelque peine à s'entendre avec le caractère normand. Il fallut se séparer. Nous avons le règlement des conférences ecclésiastiqiu^s organisées à Ferrare sous la présidence de révé(|ne de Fréjus. Les ecclésiastiques français avaient l'obligation d'y assister, et la rédaction était envoyée à une congrégation de cardinaux à Rome. Mais ces occupations n'absorbaient qu'une minime partie de la journée. Que faire du reste, et à quoi employer son activité ? Quelques rares pi'ctres avaient trouvé un emploi de professeurs, précepteurs, prédicateurs. Un plus grand nombre est réduit à des métiei*s manuels.

Les plus intelligents se tournent vers l'étude, et l'évêque de la Rochelle les y pousse avec ardeur. Dans chaque pays d'émigration nous pourrions signaler les ouvrages qui sortirent de ce labeur intellectuel. En Espagne, nombreux sont les réfugiés qui tiennent la plume. C'est là qu'à Montserrat, rab])é Saussol écrit, sous les yeux de l'archevêque d' Auch , des évê([ues de Lavaur

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