I.X) I-ES SOUFl'RAXCES ET LES VERTUS DE L EXIL
<H de Tarlies, son important ouvrage sur la Conduite à tenir après la persécution . En Allemagne, Munster, qui a reçu tant de prêtres, est un véritable foyer intellectuel. L'abbé Baston y réunit les documents d'un livre sur un épisode bistoricpie de cette cité hospitalière. Esprit observateur, curieux, pénétrant, écrivain habile, il compose les Mémoires récennnent publiés, mémoires aux([u<*ls nous avons l'ait de nond^reux emprunts et qui ont plus l'ait pour sa notoriété que ses livres de théologie. Dans m» autre coin de l'Allemagne, à Hildesheiui, M. Asseline. évoque de Boulogne, l'un des théologiens les plus écoutés à l'étranger, est l'inspirateur d'une sorte de ccmlerence ecclésiastique où s'élaborent des œuvres de valeur destinées à l'impression.
En Italie, tandis que l'abbé d'Aui'ibeau travaille à Home à ses Mémoires sur l'émigration, l'évéque de ïai'bes poursuit son grand ouvrage sm* la religion, ouvrage conunencé à Montserrat et dont le manuscrit ne conq>rend pas moins de d<mze volunu's. Mais autrement importants étaient les éci'its composés dans ce pays |)ar lévèque de Langres, M. de la Luzerne, que son long labeur, sa vaste science mettent hors de pair parmi tous les écrivains ecclésiastiques de l'émigration. En Angleterre, ral>bé Gaudemetz édite des extraits sur la Bévolution française pour réj)ondre à ses goûts intellectuels et se créer des ressources. L'abbé C^irron, tout en soutenant des œuvres écrasantes, trouve le teuips dans son exil de publier plusieurs ouvrages. L'abbé Barruel compose en Angleterre son Histoire du clergé pendant la liéçolution, et ses Mémoires pour f histoire du Jacobinisme. L'épiscopat ne reste pas en arrière. L'archevêque de Boi'- <leaux, M. de Cicé ; l'évcque de Troyes, M. de Barrai; lévèque de Lescar, le « savant Noé », ooiame l'appelle Grégoire, ont plusieurs fois l'occasion de tenir la plum«. IjOs préoccupations politiques laissent assez de loisir à
LES SOUFFRANCES ET LES VERTUS DE L EXIL lOl
M. de Boisgelin, à Londres, pour une belle ti*aduetion des Psaumes. Pendant ce temps, l'évêque d'AIais, resté en Finance, M. de Bausset. mûrit son talent et publie sur les divers serntcnts des écrits mi la beauté de la l'orme égale la justesse et la largeur des idées. Sans doute, aucun prêtre, aucun évéque ne devait rapporter de l'exil, comme Chateaubriand, un immortel chet-d'onivre sur le dnùstianisme. Mais, à défaut de génie, les travaux que nous venons de signaler témoignent d'une véritable activité intellectuelle. Le besoin de l'homme est d'agir, et nous voyons tel prêtre en Espagne s'occuper de médecine plutôt que de rester oisif; tel autre, à Munster, rimailler plus de deux mille hexamèti*es sur la Révolution iï-ançaise et les dédier Ad cU>es Westphalicos mnnificeiitissitnos '.
Mais ces occupations intellectuelles ne pouvaient absoi^ ber tous les loisirs d'un vaste corps où les vocations d'écrivain sont l'exception, fait avant tout pour agir, manquant de livres, et souvent d'un asile assui*é, trop dispersé pour fournir à ses membres les encouragements et les secours qu'assure la cohésion, trop peu sûr du lendemain pour apporter à une œuvre la continuité d'eil'orts qui peut seule en assurer le succès. Ce q«e demandaient avant tout ces préltits, ces prêtres, c'était de reti'ouver, avec leur pays, leur diocèse, leur paroisse. L'évêque
1. Le P. Delbuei., loc. cit., p. 452-458, donne le détail des ouvrages composés eu Espagne. —Pour l'Allemagne, cf. Loth, op. cit., p.GJ2-634; — Dekamecoukt, op. cit., IV, 243-2(Jo. Le Miroir du cierge, publié en 1797 ; la Science du confesseur, le Cours de prônes publiés plus tai'd parles abbés Cossart, Cocatrix, Dclahaye, avaient été préparés à Hildeslieim. — Pour les ouvrages de l'abbé Carron, dans l'émigration, cf. Vie de l'abbé Carron, 1866, t. II, 144-161. — Pour le règlement des conférences à Ferrare, Theineh, II, 568-5:o.