ET AŒUX POUR L ETRANGER I9I
croient qu'on naît citoyen et sujet avant d'être prêtre et cvêque ^ ». On comprend avec quel désespoir, lui, élevé dans la tradition, dans le culte de la monarchie absolue, devait assister à sa ruine, et à l'impassibilité de Louis XYI. « On ne laisse au roi que la vie végétale, mandait-il de Rome. On admire qu'il s'en contente. » Si Bernis soulïrait autant et plus que personne de la tournure que prenait la Révolution, il était trop circonspect, et aussi trop patriote, pour s'associer à tous les projets des émigrés. 11 refuse de tracer un plan de conduite à Vaudreuil qui le lui demande pour le comte d'Artois. Bernis, se regardant toujours compie ministre du roi, croirait manquer de correction, en se mêlant à des combinaisons que son maître n'a point autorisées. Bien que le cardinal entretienne une active correspondance avec toutes les cours de l'Europe, en particulier avec le roi de Suède, il est loin de croire au désintéressement des puissances. « Dieu fasse, dit-il, qu'il n'en résulte pas un démembrement considérable ! » Il voucb*ait de la part des souverains une simple démonstration, autant dans leur intérêt que dans celui de Louis XVL « Leur demander davantage serait une folie et une impi*udence, parce qu'ils feraient leur marché et nous dicteraient des lois peut-être fort dures... Si les puissances agissent, il est à craindre que la France ne soit coupée en morceaux; on ne fait rien pour rien en ce monde. » Si, l'année suivante, Bernis paraît rallié au plan de coalition, il n'en persiste pas moins à le trouver très dangereux et à attendre le salut, une révolution, non de l'intervention de l'étranger, mais d'une réaction intérieure. « Celle que pourraient produire, dit-il, les armées étrangères, ne devrait occasionner tout au plus que le démembrement du royaume. Tout le mal vient de nous-mêmes, c'est nous seuls qui
I. L'évêque de Béziers écrivait le i4 janvier ijgi : « Un véritable chrétien, nn prêtre et surtout un évoque, ne doit jamais perdre de vue qu'il est en même temps citoyen. » Coll. ecclés., IX, i24-i38.