‹ L'ancien clergé de France (volume 3)Chapitre 73 sur 130 · Theixer, op. cit., II · texte numérisé non relu

Theixer, op. cit., II

2. « Le décret du 28 décembre paraît. Je prouve que l'acte de soumission est criminel. Pendant une année entière, je n'emploie que la voie de l'instruction pour maintenir le clergé et le peuple dans les bons principes. D'abord cette voie me réussit au-delà de mes espérances, mais bientôt les soumissionnaires se multiplient dans les diocèses qui environnent le mien, et ce qu'il y a de plus fâcheux, la division la plus funeste s'établit entre les soumissionnaires et les non-soumissionnaires

Tous les prélats ne se montraient pas aussi irréconciliables. Du fond de la Ville éternelle, l'évcque de Perpignan, M. d'Esponchez, ne dissimulait point son avis favorable à la soumission, et c'était un nouvel indice des dispositions du Souverain Pontife qu'un prélat français

de ces différents diocèses. Alors je redouble de soins pour préservcp le mien de ce nouveau fléau. J'y réussis jusqu'à la lin de 179(1. A cette époque, un des plus respectables de mes curés, séduit par IVxemple de ses voisins du diocèse de Nancj', souscrit l'acte de soumission ; à l'instant, il perd la confiance des fidèles, il est rejcardé et traité comme un jurcur, un intrus. Rentré en lui-même, il se rétracte publiquement, mais en vain : le peuple s'obstine à ne vouloir lui rendre ni son estime, ni sa contiance: de manière qu'il resta interdit de fait, et que l'opinion publique priva mon diocèse d'un très bon ouvrier. Dans le même temps, un ecclésiastique du ])lus grrand mérite, et qui jouissait à Metz d'une considération justement méritée, fait imprimer un écrit on, paraissant se borner à inviter les lidcles à examiner, sans esprit de parti, s'il était permis de faire l'acte de soumission, ou s'il n'était pas permis de le faire, il manifeste cependant assez clairement que son opinion est en faveur de la soumission. Il n'en faut pas davantage pour exciter l'indignation du clergé et du peuple ; l'auteur tombe dans le i>lus profond mépris : on le traite de républicain, de jureur et d'intrus, les fidèles lui refusent toute espèce de secours, et il est réduit à la plus affreuse misère. Il avoue sa faute, m'écrit que, dans mon diocèse, l'horreur contre la République est telle, que si le Souverain Pontife ordonnait de la reconnaître, un grand nombre de catholiques n'obéiraient pas et préféreraient devenir schismatiqucs que réj)ublicains. Je m'empresse de réfuter cet écrit et de faire répandre dans mon diocèse cette réfutation : mais comme quelques ecclésiastiques, qui avaient des relations habituelles avec les diocèses où les soumissionnaires étaient nombreux, chancelaient, je crus devoir porter l'interdit contre tout prêtre qui souscrirait l'acte de soumission. Le clergé et le peuple, dont l'opinion contre la soumission était si prononcée, loin de blâmer cette mesure, l'approuvent, et j'ay la consolation de n'avoir pas im seul soumissionnaire dans toute l'étendue de mon vaste diocèse. Il est vrai que quelques évèques ont d'abord blâmé cet interdit ; mais dès qu'ils ont connu les motifs qui m'ont déterminé, et les circonstances dans lesquelles je l'ay prononcé, ils n'ont pu s'empêcher de l'approuver. En un mot, je me suis trouvé dans une position unique. J'ay employé un moyen unique, et j'ay obtenu un résultat unique; car mon diocèse n'a pas eu un seul soumissionnaire. Personne n'est plus convaincu que moi de la nécessité de n'emploj-er que dés voies de douceur. (Test parce que je n'aj' eu recours qu'à celles-là, que j'ay la satisfaction de voir les jureurs et les intrus de mon diocèse s'empresser de recourir journellement à ma bonté paternelle, pour, après les épreuves et les pénitences convenables, les faire rentrer dans le sein de l'Église catholique. » Lettre du cardinal de Montmorencj', évéque de Metz, au roi, datée de Paderborn, 9 septembre 1797. Archives des Affaires étrangères, fonds français, vol. 092, pièce 64.

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réfugié à Rome manifestât une telle opinion. La correspondance des évéques nous montre ceux d'Agcn, de Grenoble, consultant le Pape sur la question du serment et disposés à suivre sa décision. Un homme que son nom, sa race, semblaient ranger parmi les adversaires les plus résolus de la République, M. de Glermont-Tonnerre, évéque de Chàlons, déclare, en 1797, qu'il n'a pas voulu adopter les décisions tranchantes de l'évoque de Boulogne, approuvées par un si grand nombre de ses confrères. Il met une grande dilférence entre le nouveau serment et les précédents ; il pense que « le bien de la religion aussi affaiblie en France exigeait que nos ecclésiastiques se soumissent à cette loi ». En conséquence, il a réprimé le zèle d'un de ses grands vicaires qui avait interdit ce serment dans son diocèse. Il autorise pareillement ses prêtres « à faire l'acte de soumission », bien que « nombre de mes confrères, dit-il, me persécutent pour rétracter l'autorisation que j'ai donnée ^ ». L'évêquc de Luçon, M. de Mercy, se déclare pour l'obéissance aux lois, mais, comme M. Emery, il rejette le principe de la souveraineté du peuple 2.

L'avis de l'archevêque d'Aix, M. de Boisgelin, avait une grande importance. Ce prélat, redoutant le danger d'une division d'opinion dans le clergé, écrivit à Louis XVIII

1. Theineb, I, 436, 446-449 ; II, 12, 167. — TonnEiLLEs, op. cit., p. .'564'

2. « Je crois, dit M. de Mercy, qu'on peut faire l'acte de soumission exigé... Quelque usurpée, quelque illégitime que soit l'autorité qui prévaut en France, il est de lait qu'elle existe, qu'elle concentre le pouvoir souverain en ses mains. » — M. de Mercy accepte la soumission aux lois, mais il rejette la souveraineté du peuple et le principe posé par le décret du 28 septembre 1795 que la généralité des citoyens est le gouvernement. « Ce serait, dit-il, consacrer le principe de la Révolution sur laquelle nous gémissons. » Ce serait avouer « qu'il est libre à un peuple soumis à un gouvernement de le changer » ; ce serait faire « de l'insurrection une vertu, de la révolte l'exercice d'un droit légitime... Nous ne pouvons convenir que l'hon-ible Révolution que vous avez opérée soit l'elTet d'un pouvoir qui vous appartient à titre de justice, que tout ce que vous avez fait soit légitime. » Dans la même année 1795, M. de Mercy écrit, le 3 octobre, que le roi a fait défendre aux évêques la soumission dans « une espèce de mémoire assez long. J'avoue que ce mémoire, qui

pour lui suggérer les moyens d'assurer dans cette question du serment l'unité de direction et de vues. Dans ce Mémoire, M. de Boisgclin fait entendre des conseils de prudence. Il met le roi en garde contre une condamnation qui irait atteindre les prêtres admirables restés en France, malgré toutes les persécutions et tous les dangers, pour y être, au péril de leur vie, les défenseurs de la religion et de la monarchie. Faisant allusion à son rôle dans le comité épiscopal de la Constituante, il écrit : « Nous nous étions imposé une règle qui a fait toute notre force... Nous pensions avec raison que les évéques ne seraient point divisés sur tout ce qui tenait à la morale et à la foi ; et nous avions le droit d'en conclure sans crainte qu'il ne serait pas d'une nécessité absolue de décider les points sur lesquels les évoques seraient divisés. » L'archevêque d'Aix conclut que les évoques ne doivent ni censurer eux-mêmes la nouvelle formule ni en demander la condamnation au Pape, d'autant plus, dit-il, qu'elle « ne s'étend qu'aux lois qui regardent l'ordre civil ^ ».

Il était un prélat dont le sentiment empruntait une très haute importance à la grandeur de son siège, c'était l'archevêque de Paris. Or, c'est à Paris que les soumission' naires avaient levé leur étendard. C'est là que l'évêque d'Alais, M. de Bausset, et les autres partisans de la déclaration avaient lancé leurs écrits. L'éclat de la capitale

assurément n'est pas d'un théologien, mais d'un laïque, m'a paru peu concluant ; aussi ne m'a-t-il pas fait changer d'avis. Mais j'ai été fort surpris que sur une pareille matière on donnât aux évoques les intentions du roi pour règle. J'ai répondu ù ce mémoire par un petit ouvrage de vingt-deux grandes pages ; mais cet ouvrage, je ne l'ai fait que pour ma satisfaction personnelle, et bien certainement il ne sortira pas de mon cabinet. » Lettres inédiles de M" de Mercy. — L'évêque de Tarbes mon* trait plus de déférence envers le roi. Il écrit à Louis XVIII, le 26 août 1797J à une époque où il était bruit d'une nouvelle formule ; « Je ne prendrai aucun parti sans avoir prévenu Votre Majesté, et avoir obtenu de lui son aveu et son consentement. Je la prie de jeter un coup d'oeil sur le mémoire que j'eus l'honneur de lui remettre à Vérone. Elle y trouvera l'expression de tous mes sentiments.» Archives des Affaires étrangères, loci cit., vol. 591.

I. Archives des Affaires étrangères, loc. cit., vol. SSg, p. 559-562.

'iaG LA SOUMISSION AUX LOIS DE LA RÉPUBLIQUE

venait donner à cette tentative, à de tels exemples, un rayonnement dangereux. Fait plus grave encore, les membres mêmes du conseil de l'archevCque, ceux qui, en son absence, gouvernaient le diocèse, M. de Dampierre, M. Kmery, poussaient à la soumission. Qu'en pensait M. de Juignc ? Serait-il du même avis que ses grands vicaires? Plusieurs de ses collègues dans l'cpiscopat se disent autorisés à le nier. Ils attestent que « ses agents ont été séduits », que « M. de Paris est contre ce qui se passe : il est faux qu'il ait adopté le système et la conduite de ceux à qui il a confié le gouvernement de son diocèse ». En attendant, les polémiques s'entrecroisent. Pendant que les évèques du dehors disent que M. de Juigné est contre son conseil, l'abbé de Dampierre, son grand vicaire, affirme à Paris qu'il marche d'accord avec son archevêque i, lequel, en effet, ne le démentit jamais.

Manifestement, la majorité des évêques émigrés «e refuse à toute concession politique. Dans les loisirs et les méditations de l'exil, ils se demandent comment l'Eglise et l'Etat en France peuvent reprendre leurs destinées, et ils concluent invariablement qu'il faut les replacer l'un et l'autre sous l'égide de la monarchie. Quoi ! se seraient-ils trompés? Est-il vrai que le culte se réorganise en France, et <jue cette France remporte des victoires en l'absence

I. Nous lisons dans un document dti temps (Lettre de l'abbé de Bonnazot à M. de Dampierre, cloître Notre-Dame, i6 avril 1797, 7 pages in-S") : « N'avez-A'ous pas écrit que M" l'archevêque de Paris voulait retirer toute espèce de pouvoir aux prêtres turbulents qui blâment le serment de la liberté et de l'égalité, ainsi que la soumission? Votre lettre est sous mes yeux. Et vous dites qu'il ne faut pas faire schisme? Quel orgueilleux et fanatique entêtement ! Quand cesserez- vous d'être égoïste et jaloux ? Quand, abjurant vos principes immoraux, vous rendrez-vous au vœu épiscopal? Quand cesserez-vous de ternir la réputation d'un saint vieillard, iM. de Juigné, en lui prêtant des sentiments pour la soumission qu'il rejette avec horreur ? » — L'exemple du diocèse de Paris exerçait une grande influence en province, même dans les diocèses où les évèques exilés étaient d'un avis différent. Voir, par exemple, pour cette question du serment, le diocèse de Bourges. (Brimoxt, op. cit., p. 276-279.)

du gouvernement légitime et du fils de saint Louis ! Serait-il possible qu'un pouvoir régulier s'y établisse, y prenne racine, qu'il faille abandonner les espérances de restauration prochaine dont on s'est si souvent bercé dans l'exil, et retourner un jour dans son pays, en quelque sorte en vaincu ? Non, non. Il n'y a point de vraie sûreté pour les autels là où n'a point été relevé le trône ! Ici leur cœur, la tradition de plusieurs siècles, les folies intermittentes de la Révolution et bientôt fructidor les rassurent. Dans chaque nouveau serment ils voient un nouveau piège tendu à l'Église. Vainement des hommes graves, admirables de courage, de piété et de science, tels que M. Emery, M. de Bausset, croient le moment venu de déposer les armes ou du moins de bien distinguer entre le spirituel et le temporel, entre Dieu et César ; les théologiens de l'exil ne manquent pas de raisons pour établir qu'il faut rester en état de guerre, que prêter les serments de liberté et d'égalité, de soumission aux lois de la République et à la souveraineté du peuple, c'est trahir à la fois Dieu et le roi. Un mot nouveau, celui de soumissionnaires, désigne les partisans de la conciliation. Les irréconciliables ne le prononcent pas sans quelque mépris. A leurs yeux, les soumissionnaires ont un faux air de constitutionnels, et nous venons d'entendre M. de Thémines les déclarer presque aussi coupables les uns que les autres. Quoi, après avoir combattu côte à côte, souffert côte à côte, on verrait les compagnons d'armes se séparer avant la complète victoire et une partie d'entre eux faire la paix, délaisser la cause du roi sous prétexte de mieux servir celle de Dieu ! « Vous avez partagé nos malheurs, écrit l'abbé de Bonnazot à l'abbé de Dampierre, vicaire général à Paris de M. de Juigné ; votre cause, vos motifs, vos principes étaient et sont les nôtres, et aujourd'hui vous nous abandonnez pour passer

dans le camp ennemi. Les vertus sociales ne vous défendent-elles pas de vous isoler, après avoir vécu si longitcmps unis? Je crois toujours que Dieu couronne le martj-re de la fidélité comme celui de la foi. Croyez-moi, rallions-nous tous aux vrais principes de Tuniversalitc de nos bons évoques. La voix impérieuse d'une conscience solidement chrétienne ne nous permet pas de composer avec les principes ni de transiger avec les puissances, au préjudice de l'Église. » Les uns voulaient l'aire l'union dans la soumission, les autres dans la résistance : il était bien difficile de s'entendre, La division s'était introduite jusque dans le conseil archiépiscopal de Paris. M. Béchet, grand vicaire, ayaht cru devoir rétracter le serment qu'il avait prêté, entraîna un grand nombre d'ecclésiastiques du diocèse, de sorte que le clergé se trouva séparé en deux partis qu'on baptisa du nom de Béchètistes et de Dampierristes.

On le voit, les évoques, si unis dans la résistance à la constitution civile 4u clergé, n'étaient plus d'accord sur l'attitude à garder en face des constitutions nouvelles que la France s'était données. Une sorte de schisme politique avait fait place à l'entente d'autrefois sur le terrain religieux. Tandis que les prélats qui n'avaient point émigré voulaient la conciliation et acceptaient les engagements compatibles avec lem* conscience, la plupart de ceux du dehors, qui formaient la grande majorité de l'épiscopat, ne dissimulaient pas leur hostilité contre des complaisances à leurs yeux également funestes au trône et à l'autel. Cependant, au témoignage de M. Emery ^, le ser-

I. M. Émery, dans une lettre du 7 mars 1797, discutait ainsi les chififres : « On ne peut pas se dissimuler que la plupart des évêques français sont opposés à la soumission; mais il s'en faut bien qu'ils le soient au degré où est M. l'évêque de Clermont. Ils disent qu'ils ne l'approuvent point, mais ils la laissent faire. Mais je crois pouvoir vous assurer que les évêques d'Italie sont d'une opinion toute contraire, et croient qu'on peut et qu'on doit la faire. Dans tous les diocèses gouvernés par les grands vicaires des chapitres, comme Sens, Beauvais, la soumission a été gêné-

ment fut prêté à l'intérieur dans un très g^and nombre de diocèses, où le danger, rintérêt évident de la religion firent triompher les conseils de modération et de prudence.

ralement faite. Elle l'a été aussi dans un très grand nombre de diocèses. A Paris, il y a peu de dissidents. » (A rc/ii(v.s de M. Eincry, t. IX, folio giji.) En Bretagne, par suite de la désapprobation des évêques de cette province, le serment de soumission avait été presque universellemeat refusé. (ïhesvaux, op, cit., II, 207-211.)

CHAPIÏHE IV

Grand débat à la tribune sur l'attitude du clergé — La haine à la royauté

I. Une motion au Conseil des Cinq-Cents de supprimer tout serment pour le clergé. — Discussion solennelle où Camille Jordan, Royer-CoUard, Boulay de la Meurthe, Merlin de Thionville, parlant pour ou contre, discutent la renaissance religieuse, la situation de l'Église de France et l'attitude du clergé à l'égard de la République. — Fructidor coupe court à ces discussions et rouvre la persécution. — II. Serment de haine à la royauté. — Ceux qui le prêtent. — Le futur archevêque de Paris, M" de Belloy, est du nombre. — Louis XVIIl l'autorise pour les laïcs. — M" de Ia Marche et .M" de Talleyrand-Périgord rappellent le roi à son devoir. — Mais voici Bonaparte.

Puisque la question des serments était une grande cause de division, il parut possible sous le Directoire, aux partisans de plus en plus nombreux que le clergé comptait dans les Chambres, de les faire supprimer. Cette proposition fut portée au Conseil des Cinq-Cents, en juillet 1797. Il s'engagea à ce sujet une discussion mémorable, et par le talent des orateurs, et par l'importance que tout débat emprunte aux questions religieuses. Le rapporteur, un jeune et éloquent député, Camille Jordan, analysa avec beaucoup de précision et de finesse les motifs qui avaient détourné tant d'évêques, tant de prêtres, de prêter les divers serments. « Depuis quelques années, dit-il, on leur a présenté de si insidieuses formules, on a tourmenté leur conscience en tant de manières, qu'elle se refuse violemment aujourd'hui à toute interrogation nouvelle ; ils

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craignent de trouver un piège dans les paroles les plus innocentes ; ils craignent d'encourager le législateur à de plus dangereuses tentîitives sur leur liberté. Il faut le dire, après ce qu'ils ont soulFcrt, une telle prévention, si elle est exagérée, est au moins excusable. Elle se confirme chez d'autres par une déplorable équivoque. Ils remarquent dans votre code plusieurs lois injustes ! Ils craindraient de paraître approuver les lois qu'ils blâment ou s'engager à faire les actions qu'ils condamnent. » Camille Jordan, — par une allusion directe à la direction donnée par M. de Bausset et M. Emcry, dont il reproduit les explications, allusion faite également par Merlin de ïhionville, — regrette qu'on n'ait pas suivi partout l'exemple du clergé de Paris. Mais puisque ces serments alarment la conscience des prêtres, il conclut en réclamant pour le clergé la suppression de toute déclaration qui ne serait pas demandée aux autres citoyens. Cette proposition rencontra d'ardents adversaires, en tète desquels se distinguèrent Boulay de la Meurthc et Merlin de Thionville. Boulay de la Mcurthe agita le spectre d'une Eglise autrefois si redoutable par sa puissance et ses richesses. Si on lui ol)jecte que le clergé a tout perdu : « C'est précisément, répond-il, parce qu'il n'a plus de biens et ne peut pas être salarié par le gouvernement qu'il est beaucoup plus dangereux. S'il avait une existence honorable et assurée et que cette existence dépendit du gouvernement, je n'aurais que très peu d'inquiétude. » L'orateur dit qu'on a réussi à confondre « la faction sacerdotale » et la faction monarchique, et que cette confusion même « a été une des causes les plus fécondes des malheurs et des crimes de la Révolution ». Il défie tout homme qui n'a pas sur les yeux le bandeau de l'erreur la plus grossière, ou le masque de l'hypocrisie la plus perfide, de nier qu'il existe entre ces deux factions le rapport le plus intime d'intérêts, de vues, de direction et de mouvements. « Peut-on nier que

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le haut clergé, presque totalement émigré, ne s'entende avec le parti des prétendants et des émigrés? Peut-on nier que le haut clergé n'ait enveloppé dans ses combinaisons tous les prêtres assermentés, et ne dirige par conséquent leur influence et leurs eflbrts? »

Royer-Gollai*d s'attachait à repousser ces attaques. A ceux qui cherchaient à eflrayer l'opinion par l'ancienne puissance de l'Église gallicane, il opposait le tableau de ses eflbndrements et de ses ruines. « Elle n'est plus, s'écriait-il avec éloquence, cette antique corporation qui, sous le nom de clergé de France, propriétaire d'une partie des revenus fonciers de l'État, seule dépositaire de l'enseignement public, tantôt alliée et tantôt rivale de la puissance séculière, formait encore un des ordres de la constitution monarchique. Elle a perdu dans la Révolution la vie politique et civile ; ses membres dissous ont essuyé une guerre d'extermination qui en a physiquement détruit un grand nombre. Parmi ceux qui survivent, les uns languissent encore dans l'exil ; les autres, qui ont échappé aux bannissements et aux massacres, sont maintenant dispersés dans les cachots de la France, ou épars sur son teri'itoire, disputant la pitié publique à l'indigent qu'ils ont nourri, exposés aux menaces et aux outrages des agents exécutifs, à qui des instructions spéciales enjoignent de désoler leur patience. Certes, ce serait la plus étrange des inconséquences, comme la plus atroce des dérisions, de les accuser de ce qu'ils furent dans ce qu'ils sont, et de soulever contre eux le souvenir dune puissance si complètement évanouie, pom* l'appeler aujourd'hui à la solution des questions législatives dont ils sont l'objet, » A ceux qui parlaient de la haine des prêtres contre la République, Royer-Collard répondait : « Ils haïssent, dit-on, le gouvernement républicain, mais lequel ? » Est-ce le gouvernement révolutionnaire qui les a déportés, mitraillés, martyrisés? Est-ce le gouverne-

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