GRAND DÉU.VT AU CONSEIL DES CINQ-CENTS
et sanglantes discordes, il est d'implacables souvenirs, il est des haines immortelles ; mais l'expérience vous enseigne, et vos propres cœurs vous attestent, représentants du peuple, que ces souvenirs, que ces haines sont celles des oppresseurs qui, repoussant le pardon public, parce qu'ils ne peuvent obtenir celui de leur conscience, condamnés au crime par le crime, seront toujours les véritables, les seuls ennemis de la paix. »
Un autre député favorable à la cause religieuse, Dubruel, sommait les adversaii'es du clergé, acharnés à présenter les prêtres comme « des ennemis implacables du gouvernement républicain », d'avoir à fournir des faits et des preuves '. Camille Jordan donnait eidin de la réserve du clergé envers la République une raison profonde, tirée de l'attitude que l'Eglise avait coutume d'observer à l'égard des nouveaux pouvoirs. « La religion catholique, disait l'orateur, se concilie avec toutes les formes de gouvernement, mais elle respecte avant tout le gouvernement établi; elle y attache ses sectateurs par les liens les plus forts. De là, leur répugnance à s'en séparer; de là, le caractère passif qu'ils conservent d'ordinaire à l'origine des révolutions. Mais lorsqu'elles sont consommées, ils transportent au nouveau gouvernement toute l'obéissance religieuse qu'ils rendaient à l'ancien ; ils n'en ont pas été les fondateurs, mais ils s'en montrent les plus fidèles sujets. Que tous ceux qui connaissent l'esprit du catholicisme attestent la vérité de cette explication ; qu'elle serve de réponse aux alarmes de quelques-uns qui
I. On s'efforce, disait Dnbruel au Conseil des Cinq-Cents, « de réveiller le fanatisme en inspirant aux uns des doutes sur la possil)ilité d'allier les lois républicaines avec larelijrion catholique, et en disant aux autres, pour exciter des persécutions, que la République ne peut exister avec celte religion. De cette double attaque, il en résulte ce double effet, que les uns hésitent de s'attacher à notre gouvernement, parce qu'on leur a dit qu'il était contraire à cette religion; d'autres abhorrent et veulent détruire cette religion, ijarce qu'ils la croient oi)posée aux institutions républicaines. »