Mémoires de Berniy, I
2. Tencin aurait déjà compté sur la feuille à la mort de Flcury, si nous en croyons la jolie anecdote contée par Bernis, Mémoires, p. 73-74. « Le cardinal, étant au Ut de mort à Issy, dit Bernis, avait perpétuellement à côté de lui M. de Tencin, qui s'attendait à l'héritage de la feuille des bénéfices ; le cardinal, dans une effusion apparente de cœur, lui dit : « Monsieur le cardinal, je vous ai toujours aimé et estimé, je veux vous en donner une preuve avant de mourir. — Eh ! mon Dieu, répondit M. de Tencin, votre Erninence m'a comblé... — Non, non, pousuit le mourant, je veux vous faire recevoir à l'Académie. — Il est à remarquer que ce cardinal, qui avait été le fléau des Jansénistes n'étant qu'abbé de Tencin et archevêque d'Embrun, cessa de les persécuter sur la fin de sa vie. »
3. Le duc de Nivernais, recevant à l'Académie Mgr de Coëtlosquet, rappelait le souvenir du cardinal La Rochefoucauld, « un homme, disaitil, dont la mémoire sera toujours aussi respectée que l'était sa personne, et que je m'abstiens de nommer dans la crainte de voir couler vos larmes, et de ne pouvoir contenir les miennes, en prononçant ce nom cher et sacré pour vous et pour moi. » Recueil des harangues de l'Académie, i. XLll. — « Après lui (Boyer), le cardinal La Rochefoucauld, archevêque de Bourges, trop tôt enlevé à l'Eglise, à l'Etat, au clergé, porta dans la direiîtion de ce corps la noblese propre de son caractère et héréditaire dans ceux qu'illustre ce nom. » Abbé de Pradt, loc. cit.
nous avons vu le public traiter de Feuillants les prélats qui marchèrent à sa suite dans l'assemblée de 1755, tandis qu'on appela Théatins les partisans de mesures plus sévères. Bernis lui même va jusqu'il lui souhaiter « plus de force dans le caractère ^. y.
Après le cardinal de La Rochefoucauld, l'ennemi entre dans la place avec Sextius de Jarente, évêque d'Orléans, chargé de la feuille le 21 juin 1757 ~. Ici le prélat chargé de présenter au roi des sujets pour l'épiscopat est lui-même perdu de mœurs ^. La Pompadour ''* intervient dans les nominations. Le dauphin, (ils de Louis XV, pour-
1. « Si le cardinal de La Rochefoucauld, dit Bernis (Mémoires, I, p. 326) avait vécu plus longtemps, et si ce pi-élat qui joignait à l'avantage d'une naissance illustre des vertus sociales et ecclésiastiques, une figure respectable et le désir du bien, avait eu un peu plus de force dans le caractère, on aurait pu espérer beaucoup de son influence dans les affaires de l'Eglise. »
2. Cette nomination des ministres de la feuille préoccupait vivement l'épiscopat, à cause de la puissance qu'ils avaient eu main. — M. de La Motte, évoque d'Amiens, écrivait au lendemain de la mort de Boyer, ancien évêque de Mirepoix, ministre de la feuille : « Nous perdîmes hier (20 août) à quatre heures du matin, M. l'ancien évêque de Mirepoix. M. Couturier (de Saint-Sulpice) est son exécuteur testamentaire. J'aimerais bien mieux qu'il fût son successeur à la feuille. Nous ne savons encore à qui le roi la donnera. » A la mort du cardinal La Rochefoucauld, Mgr de la Motte écrit au sujet de Jarente, évoque de Digne, promu à la feuille : « M. l'évêque de Digne est fils de mon cousin germain ; nous nous traitons en nous écrivant d'oncle et de neveu, mais il n'en faut rien conclure pour la joie .. Je mets au nombre de mes consolations de voir ce prélat en place. Nous verrons quel sera son crédit et quels seront ses choix; il faut six mois pour savoir à quoi s'en tenir. Il n'est pas de ceux qui ont adhéré à l'archevêque de Paris et n'a jamais marqué un zèle distingué. Priez beaucoup pour lui et pour moi. » Lettre du 8 juillet 1757. Cf. P. Regnault, Histoire de Mgr de Beaiimont, I, 294, 382, 383.
3. « Aux Boyer et aux Fleury, qui avaient si bien mérité du clergé pendant leur ministère, on vit succéder un évêque d'Orléans dont le séjour à la cour devait être pour l'Eglise de France l'époque de la plus douloureuse humiliation... Celui qui, par ministère et par état, était l'homme de la religion à la cour et chargé de l'y rendre vénérable, se montra luimôme l'égal des plus vicieux courtisans. Celui qui était député au nom de l'Eglise pour éclairer l'autorité sur le choix des premiers pasteurs, on le vit se répandre honteusement dans le monde des histrions et trainer la dignité pastorale dans la fange et la crapule de leurs dissolutions. » Abbé Proyart, Louis XVI détrôné auant d'être roi, p. 258-259,