‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 103 sur 354 · Haigneré op. cit., p · texte numérisé non relu

Haigneré op. cit., p

3. Abbé Blampignon, VEpiscopatdeMassïllon, p. 43-56. — Une statistique tirée des procès-verbaux des visites pastorales pour le diocèse de Clermont, signale 18o Eglises visitées par Gilbert d'Arbouze de i665 à 1635 ; 325 églises, visitées par Bochard de Saron-Champigny de 1698 à i^oS ; 853 églises, visitées par Massillon de 1317 à 1342 ; igS églises, visitées par M. de La Garlay de 1342 ài^jS j 338 paroisses, visitées par M. de Bonal, évêque de Clermont, en i^jSg. Peut-être cette statistique n'est-elle point complète. Voy. VAuçergne chrétienne par un auvergnat, p. 194-207. — On prétend que quand Massillon fit sa première visite, quelques contrées reculées de l'Auvergne étaient privées du sacrement de confirmation depuis plus d'un demi-siècle.

deux raisons : la première c'est que les communications étaient beaucoup j)lus difficiles, la seconde c'est que, si beaucoup d'évêques, comme nous venons de le constater, faisaient leurs tournées, plusieurs avaient eu le grand tort de les négliger.

N'allons pas nous représenter la iFrance de l'ancien régime avecnos cbemins de fer, ni même avec nos routes tracées dans toutes les. directions. Il fallait user plus souvent du cheval que de la voiture pour arriver dans les paroisses. Dans le diocèse même de Marseille, c'est monté sur une ânesse, comme le Sauveur, que M. de Belsunce traverse les sentiers escarpés de la Gineste et des autres collines abruptes qui séparent la ville des deux petites cités de Cassis et de la Giotat. Dans les pays de montagnes, les tournées à cheval sont impossibles. G'est souvent à pied que le dernier évêque de Gap avant la Révolution, M. de la Broue de Vareilles, est obligé d'arriver dans les paroisses. Les lettres de Le Camus, évêque de Grenoble, nous font en quelque sorte assister à ses courses dans les Alpes Dauphinoises. « J'ai fait cette année, écrit-il en 1684, la visite de cent paroisses dans les montagnes. J'y ai été attaqué d'une fluxion très fâcheuse sur la poitrine, qui fut arrêtée par la goutte (sic), que je gagnai dans les Alpes à force d'aller à pied dans les rochers. » En 1676, le bon Nicole vint voir son ami Le Camus. L'auteur des Essais de morale était plus habile à manier la plume que le cheval. « Si c'est un bon auteur, dit Le Camus, c'est un des plus méchants cavaUer s qui soient au monde, et avoir la peine qu'il a de monter achevai et d'aller par nos rochers, je me crois, tout indigne que je suis, plus propre à être en ce poste-ci que lui. » Il y avait dans ces courses à travers les précipices, dans cette espèce de lutte contre la nature, une sorte de bataille qui devait plaire à ces prélats gentilshommes. «Un évêque de montagnes, dit Le Camus, doit avoir, outre la grâce épiscopale, la légèreté des chamois. » Il l'avait. L'intrépide visiteur sut pénétrer jusqu'aux villages les plus inabordables de son diocèse. Un curé perché sur un sommet inaccessible, que jamais de mémoire d'homme un évêque n'avait visité,

RAPPORTS DES ÉVÊQUES AVEC LEUR PEUPLE 36çf

avait pris le parti de s'y marier, pensant bien qu'on ne viendrait pas le troubler dans son repaire. Le Camus arriva, fondit sur lui' comme un aigle et le frappa de ses foudres. Le malheureux en mourut. L'intrépide évêque trouvait parfois sa mission un peu rude. « Vous balancez, écrivait-il à un ami, entre la Trappe et la Chartreuse, et moi je balancerais entre la galère et l'épiscopat. Mitram nemo acciperet si daretur scientibus^. »

Tous les prélats n'avaient pas, comme Le Camus, la légèreté du chamois et le cœur d'un apôtre. Aussi les contrées montagneuses étaient souvent privées de leur visite. Le district de Barcelonnette, par exemple, dans le diocèse d'Embrun, n'était guère habitué à voir la face de ses évêques. Les pays de plaine ont uue circulation plus facile, et cependant nous voyons l'archevêqpie de Reims, l' évêque de Séez, entre autres, se plaindre de la difficulté des communications. Dans ces conditions, il n'est pas rare que les prélats se contentent de visiter les principaux centres. A la difficulté d'arriver, s'ajoutait dans l'ancien régime le poids de la mission qu'il y avait à rempMr. Comme rien n'échappait au contrôle del'évêque, il pouvait y dépenser, y épuiser ses forces. « Je suis accablé de chaleur et de fatigue, écrivait en tournée pastorale M. de Belsunce. Agir, parler, exhorter, accommoder des procès, est une terrible occupation par un temps aussi chaud '. » Il fallait de la vertu pour s'imposer un tel labeur.

Il en fallait d'autant plus que l'opinion était moins exigeante que de nos jours sur ce devoir épiscopal. A côté des nombreux prélats dont nous avons constaté le zèle, d'autres en prenaient assurément trop à leur aise, avec les visites pastorales. Le chiffre vraiment extraordinaire des fidèles qui se présentaient pour certaines tournées de confirmation', prouve qu'elles étaient rares dans plusieurs

1. Lettres de Le Camus. — Godeau faisait de bonne heure ses tournées à travers les montagnes. On aies procès-verbaux de ses visites. — Coqnet, op. cit., p. 356-359.

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