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I. Journal de d'Argenson, 19 août

•2. « Un évêque sufifraeant est un évêque ordonné sans titre réel, sans territoire et sans ouaules, dont l'unique fonction est de s'attacher à quelque riche prélat, qui se croit trop grand seigneur pour faire la besof gne lui-même. Celui-ci l'envoie dans son diocèse pour y faire les ordinations et les visites à sa place, et il en est ordinairement quitte à bon marché, car le taux connu de ces garçons évêques est de deux ou trois mille livres. >> Laurent, op. cit., p. 222-224- L'almanach royal de 1389 cite : M. de Vienne, évêque de Sarept, suffragant de Lyon; M. CoUin de Contrisson, évêque dés Thermopyles, suffragant de Laon ; M. de Franchet de Rans, évêque de Rhosy, suffragant de Besançon • M. Daigneville de Millan- «ourt, évêque d'Amicles, suffragant de Cambrai ; M. de Lantz, évêque de Dora, suffragant de Strasbourg.

Voilà des abus qui vont être dénoncés à l'époque qui a pris à tâclie de les corriger tous. A l'approche delà Révolution on se plaint delarareté des visites épiscopales. « On trouve dans les campagnes, dit un publiciste de 1789, des personnes qui ne savent pas si le prélat est leur chef, leur premier pasteur, s'ils sont du nombre de ses brebis ; ils ne l'ont jamais vu. Ce qu'ils savent, c'est qu'il est très haut et très puissant seigneur. On rassemble de plusieurs paroisses, quelquefois très éloignées, une armée d'enfants, dont le bruit, les cris, le tumulte et la confusion » troublent la cérémonie ; « et parce que Mgr est trop longtemps sans confirmer, on voit parmi les enfants des personnes d'un âge avancé, surtout dans les diocèses étendus ». Dans plusieurs diocèses, tels que Séez, les règlements fixant la place des confirmants mettent au premier rang les vieillards tout près de l'autel, ce qui prouve qu'ils étaient nombreux. Grégoire a dit avec exagération: « Les fidèles savaient par ouï-dire- qu'ils avaient un évêque. Il était passé en proverbe en France, que nos devanciers avaient réduit les sept sacrements à six, celui de la confirmation n'étant plus guère porté que pour mémoire dans les catéchismes*. »Les cahiers de 1789 ne manquent pas d'insister sur l'importance et la nécessité des tournées pastorales ^

On se plaint avant la Révolution des évêques qui négligent les visites. On constate que bien plus nombreux encore étaient ceux qui ne prêchaient point. Au xvi^ siècle, les Lyonnais couraient en foule entendre Pierre d'Epinac, d'autant plus surpris et charmés que depuis trois cents ans on n'avait vu monter en chaire un arche-

1. Tableau moral du Clergé ijSg, p. 5-8. — Domaine, op. cit., p. aaS. — Mémoires de Grégoire, t. Il, p. 24. — 'Un autre contemporain, Pierre Dur AU {loc. cit.), dénonce ces visites « courtes, sèches, sans fruit » et rares.

2. Le clergé de Chaumont en Bassigny dit : « Que les évêques visitent leurs diocèses au moins tous les cinqr ans. » Même demande du clergé de Libourne pour « les visites épiscopales, la résidence » ; du tiers état de Bordeaux. « Les évêques, dit le clergé de Troyes, seront tenus de résider dans leurs diocèses et de les visiter, conformément aux saints canons. » « Etant dans l'ordre, dit le clergé de Mantes, que les évêques visitent chaque année leurs diocèses, ou au moins une partie considérable, pour y porter l'exemple de leurs vertus, y rétablir la paix et s'y instruirede la conduite de ceux qu'ils doivent regarder comme leurs coopérateurs, le roi sera supplié de réduire tous les archevêchés etévêchés à quatre cents paroisses. »

vêque de Lyon. Ils étaient étonnés de voir un prélat de haute naissance porter la parole fréquemment comms un petit pasteur d'âmes^. L'exemple de Bossuet, prêcliant non seulement dans ses tournées pastorales, mais à toutes les grandes fêtes dans la cathédrale de Meaux, n'avait guère d'imitateurs. Il est vrai que le grand orateur n'avait légué à personne son éloquence. Mais, sans être un Bossuet, un évêqué se trouvait assuré en chaire du succès que donnaient l'autorité et aussi la curiosité, tant cet exemple était rare. A la nouvelle que M. de Hercé, dernier évêque de Dol, allait prêcher dans sa cathédrale, plus de 8.000 fidèles s'y portèrent de tous côtés pour l'entendre. M. de Beaumont, archevêque de Paris, exilé à Gonflans, y faisait le prône le dimanche, à la m3sse paroissiale. Gomme le cas était rare les auditeurs affiliaient^.

Malgré les négligences que nous venons de signaler, l'inspection, la vigilance de l'autorité ecclésiastique continuèrent à s'exercer dans les diocèses avec assez de régalarité pour y maintenir le bon ordre jusqu'à la Révolution. G'est que dans l'ancien régime, en dehors ou à défaut des tournées épiscopales, les archidiacres « l'œil et la main de l'évêque », les grands vicaires, étaient chargés plus souvent que de nos jours, de visiter leur archidiaconé. Au-dessous d'eux,les doyens et vicaires forains pour leur canton et leur district, les curés pour leur paroisse,

1. Abbé Picard, Pierre d'Epinac, p . 89. — Il est dit (Loth, op. cit., p. a")) du cardinal La Rochefoucauld, archevêque de Rouen, qu'il ne prêchait . point par timidité. Ainsi en était-il de bien d'autres prélats.

2. Ch. Robert, Urbain de Hercé, p. 5i. — « On va en foule les dimanches à Conflans pour écouter le prône qu'y fait notre archevêque exilé. » Journal de d'Argenson, l'i riov. ijSo. — Pierre Dorau, qui écrit quelques années avant la Révolution, dit {loc.cit.) : « A peine dans notre monarchie gouvernée par 120 évèques, en trouve-t-on quatre ou cinq qui conservent encore le zèle de la prédication. Tout le reste ne prêche que pour faire» des observations dans leurs visites pastorales. Ils aiment partout « à faire étalage de science, d'esprit, de talent. On dirait qu'ils ont en tète toute l'Ecriture sainte, tous les saints canons et généralement tout ce qu'un évêque doit savoir. Mais la chaire n'est plus leur élément, elle n'est point de leur goût et ils n'y paraissent point. »

exerçaient à leur tour une surveillance active. C'était autant de missi dominici de l'Eglise, et toute une MérarcMe de supériem^s locaux ou généraux qui veillaient à la fois sur les pasteurs et le troupeau qui leur étaient subordonnés, faisaient des inspections et adressaient des rapports au conseil ou à la commission chargés du contrôle et des réformes *. La machine était admirablement montée et les absences, les à-coup du mécanicien en chef ne l'avaient jamais empêchée de fonctionner.

Cette institution exerça l'action la plus profonde sur les populations et dans les plus humbles campagnes pendant des siècles. Nous trouvons partout cette magistrature morale parlant au nom de Dieu et, au besoin, au nom du prince, éclairant, exhortant, contrôlant, menaçant, pardonnant, relevant, réconcihant, pacifiant, répandant partout la discipKne, l'amour de la règle et des bonnes mœurs. En ce temps, et même depuis, l'Eglise jouait un rôle que ne pouvait remplir la maréchaussée. En tête de cette armée du bien marchait l'évêque. Quelle puissance morale il fut pendant des siècles ! Même au xviii®, quelle était encore son influence quand il voulait bien en user! Il ne dépendait que de lui de tenir en haleine prêtres et fidèles, de faire régner la vertu dans son diocèse. L'éloge que les paysans du Dauphiné faisaient, en patois du pays, du dernier évêque de Saint- Paul-Trois-Châteaux, M. de Reboul de Lambert, résume l'action puissante que les pontifes exercèrent à travers les âges sur la morahté de leur peuple. « A quo erou un famous abésqué, un grand religiounari. Foulié marcha drétz, si noun, etc. C'était un fameux évêque, un grand homme de rehgion. Il fallait marcher droit, sinon, etc. »

I. Dès le commencement du xyii» siècle, le cardinal de Sourdis (loc. cit.), outre son empressement à se porter lui-même « aux principaux lieux de son diocèse qui ont besoin d'un coup de sa main dès son arrivée », outre le soin qu'il a de visiter tous les ans un archiprêtré, envoie, en outre, « les archidiacres en leur visite et, selon l'exigence des cas, il commet les archiprêtres, et à présent les vicaires forains, chacun en son détroit, ou telles autres personnes ecclésiastiques qu'il juge à propos ; tous lesquels rapportant l'état de chaque église. Pour ordonner sur le tout, dès son arrivée il institua une congrégation qui s'appelle du Régime ecclésiastique, en laquelle il préside ou, en son absence, les vicaires généraux. » Cette organisation se maintint jusqu'à la Révolution. Les archidiacres percevaient 10 sous tournois pour leur visite. Deramecourt, op. cit., t. I, p. laS-iSg, donne le programme des visites de l'archidiacre jusqu'en 1789.

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