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CHAPITRE SIXIEME Les Évèques et la charité

I. Le budget de la charité à la charge des évêques. — Ils ne peuvent s'empêcher de donner. — Mais leur luxe pouvait diminuer la part des pauvres. — Quelques prélats accusés d'avarice. — Ils sont sollicités par leur parenté. — Lettres ardentes de M°°de Sévigné à l'évêque de Carcassonne en faveur de son neveu Grignan.

— Sa véhémence contre l'inertie du prélat qui se contente de bâtir à Grignan, — Refus des évêqués de léguer à leuirs familles les biens d'Eglise. — II. Une tradition séculaire d'admirable charité pousse les évêques du xvin° siècle à imiter leurs prédécesseurs. — Traits divers depuis Fénelon jusqu'à Juigné. — La grande bourse de Durfort. — Mgr de Nicolaï fait « citoyen de Béziers ». — Un matelas adjugé pour 8.000 francs au cardinal de Rouen. — Les deux mille pauvres de Mgr de Montées. — Exclamations d'un aveugle qui reçoit une aumône extraordinaire : Tu es le Christ ou le cardinal de Lorraine. — Deux prélats qui courent au feu et à. l'eau. — III. Les évêques inventeurs et promoteurs de l'assurance contre l'incendie. — Son fonctionnement. — Plus de toits de chaume. — Le prêt gratuit. — Ils proscrivent la mendicité. — Ils aident Turgot. — Bureaux de charité, ateliers de charité, industries nouvelles, créées, propagées par les évêques en faveur des

pauvres. — Sollicitude pour les nouveau-nés. — Cours d'accouchement fondés par les prélats. — Leurs succès. — IV. La charité tend à se séculariser. — Mot de bienfaisance. — Pointe de sentimentalité. — Explosion de sensibilité sociale. — Montmorency à Metz.

— Quête étonnante . — Œuvre philanthropique qui écarte tout caractère religieux à Besançon. — Efforts des évêques pour maintenir à la charité son caractère chrétien. — Le pauvre couvert du manteau de Jésus-Christ. — Bossuet et l'éminente dignité des pauvres. — Evêques qui se font pauvres pour les pauvres. — Leur prédilection pour les hôpitaux. — Sommes énormes données par ■eux à ces établissements. — Evêques grands seigneurs qui se font enterrer à l'hôpital. — Pauper morior. — Mgr de Beaumont et M°" Necker. -^ V. Charité des évêquesdans le terrible hiver de 1788- 1789. — Un triomphe de Boisgelih à Aix. — Trait de désintéresment des évêques pendant la Révolution. — La charité chez ces prélats gentilshommes a un caractère chevaleresque.

Un des premiers soucis des évêques aj)rès le gouverne-

ment de leur diocèse était l'exercice de la charité, le soin des pauvres dont la charge incombait à j)eu près tout entière à l'Eglise avant la Révolution. On peut dire que la comjDassion a été apportée au monde par le christianisme ; l'EgKse catholique s'est fait gloire à travers les siècles de secourir les malheureux. Sous ce rapport, le clergé de France n'a jamais manqué à sa mission. En élevant des hôpitaux, des refuges, des asiles de tout genre, selon les besoins des temps, il a, par ses seules forces et durant quatorze cents ans, créé le capital et assuré le service gratuit de la charité ^ On a droit d'attendre des anciens évêques une générosité en rapport avec leur fortune et les devoirs de leur charge pastorale. On ne comprendrait j)as que des prélats ne fissent point une large part aux pauvres dans l'usage des richesses données surtout à l'Eglise pour les pauvres. E.s ne pouvaient pas se dispenser de donner et de donner très largement.

Est-ce à dire qu'il n'y eût pour eux aucun mérite à le faire ? Ils avaient trop d'occasions, trop de prétextes de dépenser leurs revenus, si grands qu'ils fussent, dans leur train de maison, dans l'éclat de représentation que semblait leur imposer leur siècle, pour qu'il n'y eût point quelque vertu à se restreindre afin de sauvegarder la part de la charité. Nous avons malheureusement constaté chez plusieurs des habitudes de luxe qui réduisaient d'autant les aumônes -.

Unetentationmoins dangereuse pour des évêques gentilshommes, mais qu'il faut signaler, puisqu'elle touche à un des péchés capitaux, c'était celle d'avarice. Notre sincérité historique nous fait un devoir de signaler les rares prélats qui, à notre connaissance, sont accusés d'y avoir succombé dans la seconde moitié du xvm^ siècle. « On a trouvé au feu cardinal de Soubise, dit d'Argenson, trois

1. Le 3° canon du concile de Mâcon, tenu en 585, porte que la maison de l'évêçue étant siîécialement destinée à exercer l'iiospitalité, on n'y aura point.de chiens ni d'éperviers par crainte que ceux qui y viennent cliercher là charité ne soient mordus.

2. Les revenus de M. de Montazet, archevêque de Lyon, sont portés à 210.000 livres sur lesquelles il prélevait 6.000 liv^res d'aumônes annuelles ; c'était peu. Il porta néanmoins la libéralité à 3o.ooo liv.en 1386, et

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