‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 108 sur 354 · Delacroix, op.. cit. II, ji · texte numérisé non relu

Delacroix, op.. cit. II, ji

2. Faisant allusion aux rigoristes qui condamnent ceux qui ont donné des revenus d'Eglise ; à leurs neveux à restituer le double, notre prélat écrit à la,ljelle-mère de sa nièce : « Vous voyez bien que je suis ruiné si vous ne me rendez pas; la nièce et la dot. Je serai obligé de restituer le double, encore heureux que ce soit le double de la dot, car s'il me fallait donner une deuxième nièce semblable à cette incomparable Eugénie, il faudrait en désespérer.. » Autre lettre du même prélat : « Je lui ai donné déjà I5.O0O livres de. rentes en bénéfices . Je vais lui en donner un qui vaudra cinq ou six mille. Vous m'avouerez que c'est une manière charmante de donner à un neveu sans rien demander. Mais, au reste, il ne faut pas en parler infiniment, parce qu'il yades ^pédants qui ne trouvent pas cette méthode trop régulière. » Lettres inédites. Archives nationales.

pauvres. Mais nous constaterons que le meilleur lot restait d'ordinaire à la charité. Nous avons vu que Fléchier promet aux siens de les aider de son piçant. C'est aussi de leur vivant que la plupart des prélats s'acquittent avec leur famille, s'interdisant de lui léguer des biens d'Eglise qui appartiennent aux pauvres. Fénelon, qui ne fut jamais insensible au bonheur, à la gloire de sa maison, qui appela à Cambrai ses neveux pour veiller à leur éducation, pour peupler sa solitude et égayer son sombre palais de leurs jeux enfantins, déclare à sa famille, qu'il savait obérée, qu'eUen'avaitrienà voir dans son testament. Ainsi parle Belsunce *, ainsi parlent les évêques du xviii^ siècle ^.

Ce parti pris des prélats délaisser la parenté en dehors de leur succession ecclésiastique, n'était pas toujours du goût de leurs proches. En 17745 mourut le cardinal de Gesvres, léguant « tous ses biens aux hôpitaux ». Malgré, dit Bachaumont, « la charité du cardinal, qui donne tout

1. Belsunce ayant fait mention dans son testament de ses illustres parents auxquels, du reste, il ne donnait rien (le duc de Lauzun, le duc de Foix, la maréchale-duchesse de la Force, etc.), les Nouvelles ecclésiastiques ne manquèrent pas de dire : « A l'occasion de cette cession, l'humble testateur fait un modeste étalage de ses parents et alliés dont les noms sont les plus honorables, maréchaux de France, ducs, duchesses, marquises, comtesses, etc. »

2. M. de Partz de Pressy, dernier évêque de Boulogne, laisse par testament à sa famille ce qu'il tient d'elle et il ajoute : « Si je ne lui fais point de legs plus considéraole, ce n'est point par défaut d'affection, mais c'est que je me souviens de ce que m'a dit plusieurs fois mon père, qu'il serait fôche que des revenus ecclésiastiques, qui sont le patrimome des pauvres, entrassent dans sa famille, sur laquelle il serait à cramdre qu'ils n'attirassent les malédictions du ciel, » Un contemporain de l'évêque de Boulogne, M. de Coëtlosquet, ancien évêque de Limoges, précepteur des petits-jîls de Louis XV, écrivait dans son testam.ent : « Si mes parents trouvent que je suis trop resserré dans mes dons à leur égard, je les prie de faire attention que je n'ai d'autre patrimoine que celui de l'Eglise et des pauvres.-» Kerviller, la Bretagne à l'Académie, p. 592-593. — Mgr de Barrai, évêque de Castres, dira à son tour, dans son testament : tr A l'égard de mes frères et sœurs, auxquels je suis tendrement attaché, je voudrais être à même de leur donner des marques affectueuses de mon attachement : mais ayant rendu à ma famille tout ce que j'en avais reçu, j'espère qulls ne désapprouveront point la délicatesse de conscience qui m'empêche de me servir des biens d'Eglise pour leur donner des preuves réelles de mes sentiments pour eux. » Les pauvres furent ses héritiers. An. Combes, p. 102. — On lisait dans le testament de René le Sauvage, évêque de Lavaur, en date de i6j7 : « Pour prévenir et exclure mes parents d'aucune prétention en mes biens et effets mobiliaires, je donne à chacun d'eux la somme de 20 livres une fois payée, d'autant que je leur ai déjà abandonné mes biens et droits qui ne proviennent pas du revenu des bénéfices, auquel revenu je ne veux pas qu'ils puissent rien prétendre. » — On pourrait multiplier les exemples. Les évêques, en prenant ces dispositions, se conformaient au décret du concile dTe Trente (sess. XXV, ch. I, de réf.) qui leur avait « interdit absolument de s'attacher à enrichir des revenus de l'Eglise leurs parents ni leurs domestiques. » .

son mobilier aux pauvres, aux hôpitaux de ce diocèse, il est à craindre qpi'eUe ne soit éludée par les économats qui absorberont tout en réparations. La succession la plus claire qu'illaissera, ce seront quatre- vingt-deuxprocès dont hérite son coadjuteur. Le cardinal, très honnête, très bonhomme même, avait l'esprit du clergé au suprême degré, et pour ne rien perdre de ses droits, il aurait plaidé contre son père». Lafamille de Gesvres n'avait aucune prétention à la succession des quatre-vingt-deux procès, que le chroniqueur n'avait sans doute pas comptés; ce qu' elle regrettait, c'était le reste. « EUe veut travailler, dit Bachaumont, à faire casser le testament *. »

Lelecteurpeut pressentir quecetépiscopatduxviii^ siècle se montra fidèle à l'exercice de la charité. Ici son devoir, ses instincts étaient excités parles exemples que lui avaient légués les âges précédents. Au xvi^ siècle, les Chroniques bordelaises disaient, en termes touchants, de Prévost de Sansac, archevêque de Bordeaux : «Il avait toujours tenu bonàtous les orages de la guerre. Grand aumônier, ne faisant aucune réserve. Les malades de la ville ençojyaient ordinairement quérir de son pain pour se remettre en appétit, à V archevêché. Il en faisait donner avec une telle franchise qu'il restait admiré. Il fut pleuré et regretté autant que jamais prélat le fut, car il ne fut jamais haï de personne, ni refusa de faire plaisir, lorsqu'il en avait le moyen ^. »

Cette tradition se continue. Les évêqaesles plus connus au XVII® siècle sont signalés par leur grande charité. Bossuet, dit Ledieu, répondait à son intendant qui lui demandait de restreindre ses largesses à l'hôpital de la ville : « Pour les diminuer je n'en ferai rien, et pour faire de

1. Mémoires de Bachaumont, 26 juillet IJ74- — M. de Brimont, op. cit.,, p. 25, dit que le cardinal de Gesvres fit légataire universel le séminaire, auquel il avait déjà donné 100.000 livres pour l'entretien des étudiants sans ressources.

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