‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 110 sur 354 · Laurent, op. cit. p. 178 et suiv · texte numérisé non relu

Laurent, op. cit. p. 178 et suiv

atteignent chaque fois le chiflEre de i.ooo livres. Il ne survient pas dans le diocèeé une inondation, une grêle, une calamité quelconque, sans que ce prélat de grand cœur ne lance un mandement pour faire appel à la charité publique.

ALodève, M. de Fumel est pendant quarante ans le père et le consolateur de son peuple. Secourir les indi? gents, payer leurs dettes, bâtir des églises, se dépenser pour la cathédrale et rhosj)ice, visiter son diocèse, voilà sa vie. Quand Louis XVI le voyait arriver: « Jeparie, disaitil, que M. de Lodève vient demander quelque chose pour sespauvres.»Ilmouruteni790,ayantpouroraisonfunèbre les sanglots des malheureux et les larmes de ses diocésains. L'historien de l'Eglise de Béziers, Sabatier, apprécie en ces termes, la charité de son dernier évêque : « Prétendre énumérer tout le bien que M. de Nicolaï fit dans le cours des vingt années qu'il occupa le siège épiscopal, ce serait entrej)rendre une tâche impossible à remplir. Les sommes de lo.ooo, de 12.000 livres sortaient à l'occasion du palais de l'évêché et arrivaient à l'hospice (il éteignit d'un seul coup une dette de 40.000 Hvres). Toute famille honnête tombant dans l'indigence était inscrite d'oflBce sur son livre de pensions, et ses pensionnaires lui coûtaient jusqu'à 40.000 livres par an ; et encore, en dehors de ses charités habituelles, que d'infortimes soulagées ! » Partant, un jour, en voiture, il voit un rassemblement. Un homme est conduit en prison pour dettes ; M. de Nicolaï compte immédiatement la somme et le fait délivrer. Ce prélat réahsait vraiment la maxime de son prédécesseur, M. de Bausset-Koquefort, que les pauvres sont les créanciers des évêques. M. de Nicolaï avait dû se rendre plusieurs fois à Paris pour se faire opérer de la pierre. En 1787, au retouj' d'un de ces voyages où la crise avait été particulièrement grave, il fut accueilli dans sa ville par des ovations. On lui prodiguait les noms de « pasteur bienfaisant, bien-aimé père ». L'habile médecin, M. Deschamps, chirurgien-major de la Charité, reçut en reconnaissance, du conseil de ville, le « titre de citoyen de Béziers, avec tous les droits delabourgeoisie».

Le cardinal de Bernis, en arrivant à Albi, avait dit au sujet des pauvres au syndic de l'hôpital: « Je serai leur père autant i)ar inclination que par devoir, et vous me trouverez toujours disposé à seconder et à partager votre zèle pour cette partie si précieuse de mon diocèse. » Il tint parole. Des désastres inattendus, des inondations, puis le terrible hiver de 1766 avaient jeté dans le désespoir une partie de la population de l'Albigeois. Bernis donna tout ce qu'il possédait et s'endetta pour iSo.ooo francs. On le vit renvoyer ses domestiques et assister, chaque jour, deux cents indigents à son palais épiscopal. Vingt-cinq ans auparavant, dans le rude hiver de 1740 à 1741» le cardinal de Saulx-Tavannes * avait eu occasion de déployer le même dévouement, transformant son pjalais en hôpital, lors d'un débordement de la Seine, et soignant de ses mains ceux qui y avaient cherché refuge. Sa charité était proverbiale. C'est lui qui fit transporter l'HôtelrDieu à la place qu'il occupe actuellement, et aida puissamment à sa construction. Ce grand seigneur voulut à sa mort un enterrement très simple. Il fit légataires universels les prêtres infirmes de son diocèse, à charge d'acquitter « ses dettes. S'il s'en trouve, dit-il, elles seront peu considérables, ayant toujours eu grand soin de faire tout payer ».

Si de Rouen nous passons à Amiens, nous y trouvons les deux derniers évêques avant la Révolution, M, de la Motte et M. de Machault, luttant de générosité et d.e dévouement. Quand M. de La Motte prit M. de Machault pour coadjuteur, il le présenta à ses diocésains, « sinon comme un saint Ghrysostome, du moins comme un saint Jean l'Aumônier». Unpoète latin de l'époque chanta avec un grand bonheur d'expressions ces deux coeurs, d'où sortait comme un grand fleuve de charité formé par un

I. Masson, op. cit. p. 49» 57, 58. lÀAnnnal Register for ij6i (Londres, 1768, in-S», p. ii3) dit : << Le uardinal de Bernis, archevêque d'Albi, a donné dernièrement une grande preuve de son humanité en renvoyant tous ses domestiques, excepté trois, à cause dû prix élevé des provisions qui lui rendait impossible l'exercice de. sa charité accoutumée à l'égard des

Eauvres. Il secourt chaque jour deux cents pauvres qui viennent dans ce ut à son palais, sans compter les malades et autres malheureux qu'il soulage dans sa métropole et les autres villes de son diocèse.» — Pingaud, Les Saulx-Tavannes, 1876, in-S^. .

SgO LES ÉVÊQUES ET LA CHARITÉ

double courant * . Rennes et Verdun reçoivent, tour à tour, les bienfaits de Mgr des Nos. Plein de compassion pour les malheureux, il dépense iSo.ooo francs pour la maison des Filles de la Charité, à Verdun; il fait construire les nouvelles salles de Saint-Hippolyte en y aflectant des revenus. Par la main des curés, il répand ses aumônes sur tous les pauvres du diocèse. Dans l'hiver de 1782 à 1783, il épuise toutes ses ressources et fait vendre toute son argenterie. Le roi, connaissant la générosité de M. de Saint- Sauveur, évêque de Tulle, qui pendant deux hivers a abandonné tous ses revenus aux indigents, lui donne l'abbaye de Montier-Ramey au diocèse de Troyes. En 1765, l' évêque de Montauban, M. de Rreteuil, réparé les ravages causés par l'inondation du Tarn. « Plus de huit cents pauvres, dit un contemj)orain, puisèrent dans la charité de M. de Rreteuil de quoi couvrir leur nudité. Quel tableau pour les hommes sensibles ! »

L' évêque d'Orange, M. du TiUet, envoie, au premier de l'an, aux curés de son diocèse, les sommes destinées aux malheureux. Ses promenades ont souvent pour but la visite des indigents et des malades de la campagne. Il pénètre dans les plus humbles demeures et, dans ces circonstances, Dieu seul connaît le secret de ses aumônes. Il va lui-même, à une heure avancée de la nuit, porter des secours aux pauvres honteux et s'écrie souvent à son retour : « Je dormirai bien, Dieu m'a fait la grâce de faire des heui'eux. » Le premier jour de chaque mois, il va voir rhôj)ital et la prison. Son séjour à Orange est une succession ininterrompue d'œuvres de charité. Une année, le feu prend au gerbier et la récolte est perdue. Il court sur le lieu du sinistre et, voyant de pauvres gens désolés, il leur dit : « Mes enfants, consolez-vous, la perte est

Page 1