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I. L'ode se terminait par ces vers à l'adresse des pauvres

Ite, consueto çroperate gressu, Pauperes, sorti data prœaa;voDis Fonte manabit gemino bonorum

Copia major.

Ceu duo miscent nuvii secundos Proximi fluctus, socioque cursu Influunt campis, populosque facto

Fœdere ditant.

LES ÉVÊQXJES ET LA CHARITÉ Sgl

pour moi. » Séance tenante, il nomme une commission, fait estimer le dommage et chacmi est intégralement remboursé. On pourrait citer une foule de traits de ce genre. A défaut de documents écrits, dit son Mstorien, la reconnaissance de ses diocésains s'est chargée d'en transmettre le souvenir*.

M. de Rosset de Fleury, évêque de Chartres, pendant qu'on travaillait au grand chemin de Chartres à Tours, envoyait journellement des voitures chargées de pain, pour être distribué aux convoyeurs sans ressources. Le cœur de ce digne prélat, raconte son historien, fut im asile constanunent ouvert aux malheureux. Point de contrée, point de hameau du diocèse qui n'ait éprouvé les secours de sa main libérale. Lorsqu'il fut mis en possession de l'abbaye de Saint-Père réunie à son évêché, il disait aux curés de la ville : <c Désormais je donnerai aux pauvres le double de ce que je leur donnais, parce que je vais devenir plus riche. » Il mourut subitement au moment où il se proposait de reconstruire en entier l'hôpital ^ Tel M. de Fleury avait été à Chartres, tel son frère Henri-Bernardin apparut sur les sièges de Tours et de Cambrai. Sa vie, dans ces deux diocèses, fut une série de bienfaits prodigués aux hospices, aux établissements de bienfaisance et à toutes les formes de la misère. Le même hommage est rendu à un contemporain de Rosset de Fleury, à Amédée de Broglie, évêque d'Angoulême. Simple, ennemi du faste, il vivait dans la retraite pour pouvoir consacrer plus de ressources à la charité. « Plus de trois cents familles de la ville et de la province recevaient de lui des secours dans leurs besoins. » Il emporta, en mourant à 74 ^i^s, les regrets universels, au point que son nom, dit l'écrivain auquel nous empruntons ces ren-

I. Granget, Histoire du diocèse d'Angnon, t. II, p. 420, 43o.

a. Ghevard, Histoire de Chartres, An X, t. U, p. 545, 554. M. de Fleury voulait aussi reconstruire le collège et donner des fontaines publicjues a la ville qui en avait grand besoin. Le prédécesseur de M. de Fleury à Chartres, M. de MérinviUe, s'était montre également charitable. « Accoutiimé, dit le même historien (t. II, p. 53i), à regarder les pauvres comme ses enfants, il allait les visiter tous les ans dans la ville, accompagné des curés des paroisses. » Il fut admirable dans la disette de ij39. On le vit monter à cheval, à peine rentré de Paris, et courir aux malheureux. « Mourons du moins pour eux, disait-il, s'ils ne peuvent vivre pour nous. »

Sga LES ÉVÊQUES ET LA CHARITÉ

seignements, « est encore en vénération à Angôulême * ». Il faudrait citer aussi M. de Bezons ^, évêque de Garcassonne, dont la libéralité était telle, qu'il était impossible de se dérober à ses largesses et qui légua tous ses biens aux pauvres ; M. de la Tour-du-Pin, qui multiplia les secours à Nancy et fit établir des cbauffoirs publics dans les rigueurs de l'hiver ; M. de Nicolaï, qui répara presque à lui seul les afifreux désastres causés à Gahors par les débordements du Lot en i^SS.

Il y a comme un besoin de donner chez ces prélats, qui ont le cœur aussi grand que leur naissance, et en qui l'instinct du gentilhomme correspond si bien au devoir le plus sacré de l' évêque. Si plusieurs, comme Dillon, ont des dettes, il faut dire à leur décharge que la charité plus encore que le luxe les a fait contracter. Ils ne peuvent pas recevoir une demande sans y répondre, voir une détresse sans la soulager, recevoir l'expression d'un simple désir sans lé satisfaire. Un enfant, attiré par la bonté du cardinal de la Rochefoucauld, regarde avec des yeux de convoitise sa croix pastorale. « Tu veux ma croix, mon fils, dit le prélat, je te la donne », et il l'attache à son cou. L'archevêque, en voyage, entend le long de sa route une criée pour saisie. Il fait arrêter sa voiture ; il .s'informe : . il s'agit d'une mère de famille expropriée pour une dette de 8,000 livres. Il y a enchère sur un matelas. « Il est à moi, s'écrie le prélat ; inscrivez le cardinal de Rouen pour 8.600 livres, » et, remettant la pauvre femme en possession de sa maison et de son mobilier, il part emportant, la bénédiction de l'assistance. Ces évêques donnent toujours. Nous ne parlons point ici des sommes énormes qu'ils consacrèrent parfois aux travaux de leur cathédrale.

1. Cf. MiGHON, Vie de J. Jo$eph Guigou, évêque d' Angôulême, 1844? in-08, p. 168, 169. — Amédée de Broglie, né à Arles en 1710, de la branche des Broglie établie en Provence, fut évêqrue d'Angoulême de ijSS à 1784 • Il assista à sa mort, en ijjj, son cousin Charles de Broglie, évêque de Noyon.

2. « Et n'était-il pas possible de se dérober aux gens qui l'entouraient pour distribuer ses aumônes, car c'était un grand aumônier. S'il jouit d'un

frand revenu, durant quarante-sept ans d'épiscopat, les églises de son iocèse, les maisons de charité, les pauvres mêmes de son abbaye, tous éprouvaient les dignes traits de sa générosité. » Mémoire historique du couvent des Capucins, Mahul, V, p. 5i8.

En se bornant audomaine de l'assistance des malheureux, que de générosités l'histoire a enregistrées ! « Pauvres familles affligées, au soulagement desquelles je m'intéresse si vivement, s'écrie M. de Becdehèvre, évêque de Nîmes, dans un ardent appel à la charité puhlique, je conjure le Seigneur d'amoUir par sa grâce les cœurs en votre faveur ; mais si, contre mon espérance, je ne puis vous procurer des soulagements de la part des riches, il ne me reste plus qu'à vous offrir tout ce qui est à moi. C'est votre patrimoine et, en vous le distribuant, je ne ferai que satisfaire aux sentiments de mon cœur et au devoir le plus indispensable^.))

Combien de prélats méritent par leur bienfaisance ce nom de Charles Borromée, qu'on avait, au commencement du xvii^ siècle, donné au cardinal de Sourdis. Leurs distributions s'accroissent avec leurs revenus, et quand aux biens de leur charge s'ajoute une fortune personnelle, leurs largesses sont parfois sans bornes. La richesse de Charles II Fontaine de Montées, bien qu'atteinte, par la banqueroute de Law, lui permet de renouveler sur le siège de Nevers l'immense charité dont Guillaume de Saint-Lazare avait donné l'exemple sous saint Louis. Durant des hivers très rigoureux il nourrit plus de deux mille pauvres, et fait allumer de grands feux devant son palais épiscopal poiir les défendre contre le froid. On raconte qu'un aveugle mendiant, ayant reçu, à Rome, de Jean IV de Lorraine une aumône extraordinaire, laissa échapper ce cri subhme d'admiration : « Tu es le Christ ou le cardinal de Lorraine. )) Les évêques du xvni® siècle, malgré leurs grandes ressources, n'avaient pas les revenus du cardinal de Lorraine, mais aussi grand était leur cœur, aussi prompte leur charité. Ils avaienttrop de générosité et de noblesse pour calculer leurs dons d'après les plus stricts bésoiiis des malheureux. M. des Laurents, évêque de Saint-Malo, assistait une honnête, famille tombée dans l'indigence. On vint lui dire qu'elle n'était pas très à plaindre puisqu'elle se payait le luxe de prendre du café.

I. Abbé GoiFFON, Histoire des éoêques de Nîmes au XVIII'> siècle, p. 130.

«Je VOUS remercie de m'en avertir, répondit le bon évêque, j'en profiterai pour augmenter mes aumônes en faveur de ces pauvres gens, afin qu'ils ne soient point exposés à être privés de café. »

Voici maintenant des hardiesses de zèle où l'instinct de race donne au dévouement de l'évêque quelq[ue chose de chevaleresque. Un enfant est resté dans une maison en proie à l'incendie et va mourir au milieu des flammes. M. d'Apchon, qui fut évêque de Dijon et archevêque d'Auch, offre loo louis à quiconque voudra opérer ce dangereux sauvetage; personne ne répond à sonappel. Alors, s' enveloppant d'un drap mouillé, il s'élance, arrive jusqu'à l'enfant, le rapporte dans ses bras et place sur sa tête les loo louis qu'il vient de gagner ^ Dans le diocèse de Saint- Brieuc une inondation fournit, en 1773, à M. de la Ferronnays l'occasion de montrer le même courage. Un enfant est emporté par les eaux. Le prélat se précipite dans le courant, saisit le noyé et le rend à sa mère. Ce trait est c onnu àla cour, et Louis XV dit que les LaFerronnays vont à l'eau comme au feu. Un anonyme profite de la circonstance pour envoyer 24,000 livres à cet évêque plein de compassion pour les pauvres. On sent que ces hommes sont delà trempe de Belsunce, et qu'ils ne reculeront pas plus devant la peste que devant l'eau et le feu ^. A Bayonne, M. de laFerronnays aura à pratiquer la charité d'un autre genre. Une épizootie terrible a porté la ruine dans les campagnes ; le prélat les parcourt pour consoler les paysans, et fournit à chaque paroisse le s bœufs nécessaires au labourage. A la même époque, en 1776, le même fléau désole le pays de Lescar.L'évêque,M. de Noé', qui abandonnait tous les ans aux pauvres ses 27,000. Mvres de revenu,

1. Un jour que le peuple s'était soulevé pour avoir du pain, M. d'Apchon se porte vers le rassemblement, calme les exaltés et fait distribuer tout le blé dont il peut disposer. Cf. Mémoires de Bachaumont, 3i mai 1781.

2. Belsunce fut ruiné par ses aumônes durant la peste de Marseille. — On voulait détourner un jour M. de Mailly, archevêque d'Arles, de visiter deux paroisses ravagées par la petite vérole. « Vous ne saS-^ez donc pas, répondit-il, que le manteau de la charité est invulnérable. » Il y alla, prit le mal et en guérit. On cite, au xviiio siècle, plusieurs évêques, tels que M. de Gonssans, évêque du Mans, qui visitent des malades atteints de maladies contagieuses.

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