Voy. Œaçres de Mgr de NoÉ, publiées en 1818 par Auguis
LES ÉVÊQUES ET LA CHARITÉ SgS
se multiplie pour parer au désastre. Il obtient un million dé Louis XVI pour ses malheureux diocésains. Il ouvre deux caisses, l'un^ pour ceux qui peuvent donner, l'autre pour ceux qui peuvent prêter ; il verse 3o,ooo livres dans la première et i5,ooo dans la seconde. Son exemple est suivi et le pays traverse cette crise sans y périr. En ces graves circonstances, une lettre pastorale sur l'épizootie avait rappelé aux riclies, dans un langage enflammé, les devoirs qui leur incombent à l'égard du pauvre.
A cette époque où les évêques, par leur rôle religieux, social et politique, par une longue tradition de bienfaits, étaient encore véritablement les pères de leur peuple, leur sollicitude s'étendait sur tout le diocèse, et il n'était pas un progrès pouvant améliorer la condition matérielle ou morale de leurs ouailles, qu'ils ne fassent prêts à provoquer, à appuyer de leur crédit et de leur bourse.
On ignore généralement que c'est à eux que l'on doit sous l'ancien régime la création de nos assurances contre l'incendie, sous forme de contribution à une quête annuelle. Dans l'est, dans le nord, les maisons couvertes de chaume étaient fréquemment la proie des flammes. Les victimes de ces désastres faisaient des collectes sans fin dans les diocèses. Pour parer à ces abus, les prélats établirent un bureau de secours pour les incendiés. Un mandement de M. de La Luzerne, évêque de Langres, daté de i;77i, explique parfaitement le fonctionnement de cette institution. Les curés ont ordre de choisir dans leur paroisse une ou plusieurs personnes qui auront mission de faire la quête pour les incendiés deux ou trois fois par an. Us sont exhortés à les accompagner chez leurs paroissiens. Le curé inscrit le produit de la quête sur un registre dont l'évêque détermine avec soin la forme. Tous les prêtres versent àleur doyenles sommes reçues ; les doyens, à leur tour, remettent cet argent au trésorier général qui est un chanoine delà cathédrale. Quelques paroisses
n'ayant pas contribué à la recette générale, il leur est signifié qu'elles n'auront pas droit aux secours si elles ne prennent point part aux charges. Les curés, qui ontaiiisi réuni les fonds, ont mission de les répartir. En cas d'incendie, ils appellent un ou deux experts pour connaître le dommage. Ils leur adjoignent «deux ou trois des principaux habitants et des plus honnêtes gens, pour voir et estimer la perte du mobilier, bestiaux, grains, denrées... Tous signeront le certificats » Cette forme d'assurance ne valait-elle point la nôtre ? Elle avait l'avantage d'enrôler tous les fidèles d'un diocèse, alors qu'aujourd'hui encore c'est le petit nombre qui se prémunit contre le danger, de leur donner une sauvegarde par le versement d'une aumône modique, d'entretenir enfin un sentiment de solidarité en faisant concourir tout le monde à réparer le malheur de chacun.
Ce bienfait apporté par l'Eglise était une nouveauté ; à ce titre, il souleva quelques oppositions. Dans le diocèse de Châlons, où l'abus des quêtes pour les incendiés était criant, M. de Juigné institua, comnie à Langres, un bureau général de secours. Pour y avoir part, il fallait payer une cotisation. Certains curés delà cité opposèrent de la résistance, et la foule fit interrompre la lecture du mandement annonçant l'innovation. L'intendant dut intervenir, la ville céda et s'applaudit bientôt de la mesure prise par le prélat. En 1802, M. de Jessaint, préfet de la Marne, rétabhra l'œuvre sous le nom de caisse des incendiés. Elle a devancé d'un demi-siècle toutes les Sociétés d'assurance. Sous l'impulsion des évoques, le bureau des incendies s'organise partout où il paraît nécessaire. Dès 1766, M. de Barrai l'a fondé à Troyes ; M. de BourdeiUes le constitue de son côté à Soissons, M. de Champorcin à Toul, M. de Fontanges à Nancy '. En 1785, M. de Machaiilt, évêque d'Amiens, crée une assurance mutuelle contre l'incendie entre tous ses prêtres ; deux années plus tard, il publie un mandement portant formation d'une caisse de secours