Œavres de Là Luzerne, t. VI, p
2. Guillaume, op. cit., V, 60. — Voy. ibid., t. IV, p. 38i-383, le texte de la circulaire envoyée à ce sujet par M. de Champorcin.
pour tous ses diocésains eni^areil cas. Comme le meilleur moyen dé remédier à ces désastres, était encore d'en supprimer la cause, TaUeyrand-Périgord, archevêque de •Reims, pousse les habitants a remplacer leurs toits de chaume parles tuiles, s'engageant à payer la différence de prix. La Rochefoucauld, évêque de Saintes, quia établi, en 1779, son bureau d'assistance auxincendiés,faitlui aussi la guerre aux toits de chaume, offrant de fournir à ses frais le bois de charpente aux indigents. A Bresles, il se charge de relever plusieurs maisons dévorées par les flammes ^
Un évêque de Montpellier, M. de Pradel, avait inauguré dans son diocèse, sur lafinduxvii^ siècle, une institution qui devait être d'une très grande utilité, le prêt gratuit et charitable. Cette création, soutenue par ses successeurs, est encore vivante à Montpellier depuis deux cents ans. En 1742, Jean de Caulet, frappé des services rendus par cette œuvre, l'introduisait dans sa cité, épiscôpale.de Grenoble. Il étabhssait un bureau d'assistance judiciaire, et dit l'historien de la ville, « comme tous ses prédécesseurs, faisait bénir sa mémoire par les bienfaits de sa charité ^ y>.
On s'était préoccupé de tout temps de ne soutenir que les vrais pauvres, et de ne pas encourager la paresse sous prétexte de soulager l'indigence. « Les curés qui sont dans la viUe, écrivait en 1706 Le Camus, évêque de Grenoble, m'apportent tous les ans un état des pauvres honteux de leurs paroisses, car les autres sont enfermés dans l'hôpital général que j'ai fondé. Sur les Hstes des curés de la viUe, on donne tous les dimanches, à l'évêché, du pain jusqu'à concurrence de 1,000 écus par an. La fondation que j'en ai faite est à perpétuité. Les aumônes en argent ne servent de rien aux familles, et les maris s'en prévalent
I. Abbé Deuetthe, op. cit., t. III, p. 545-554 . — Acette époqpie, le comte de Brienne se portait avec ses pompes, en cas d'incendie, au secours des campagnes. Il misait à Brienne rofflce de juge de paix, jugeant souverainement les démêlés des paysans. Il marchait sur les traces de M. de La Rochefoucauld-Liancourt. Cf. Mémorial de Norvins.
a. Saurel, op. cit., p. 16^. — Prud'homme, Histoire de la cille de Grenoble, p. 53d-54o. Caulet compléta ses créations en instituant dans les quatre
Earoisses de Grenoble, sous la présidence des curés, des associations de ienfalsance composées de dames et déjeunes filles.
SgS LES évÊQUÈS ET LA CHARITE
poitr fèire la débauche aux cabarets. » Voilà donc Le Camus qui, pour parer aux abus, aux dangers de IVumône, donne de préférence des secours en nature, tantôt du pain, tantôt une « pistole de sel », et pousse les mendiants à l'hôpital *. Un siècle plus tard, l'archevêque d'Aix, M, de Boisgelin, parle, dans une lettre de janvier 1783, d'ime « jolie monnaie » par lui êtabRe pendant l'hiver, et qui n'était autre chose que nos bons de paînet de via;nde ^. Une des grandes préoccupations de l'esprit public à la fin de l'ancien régime fut de supprimer la mendicité. Il suffit d'ouvrir le Traité de police de La Mare, pour voir les tentatives, les ordonnances renouvelées dans «e but à travers les âges, depuis l'édit du roi Jean au xiv® siècle jusqu'au xviii^. Turgot posa nettement la question comme contrôleur général, dans sa circulaire du 18 novembre 1774*- Le problème fat agité dans les villes, dans les assemblées jDrovinciales. On ne voulait plus de mendiants. Les évêques se firent les puissants aujdliaires de cette réforme. Le premier souci de M. de Ghamporcin, à son arrivée à Toul, est de publier la circulaire de Turgot. La mendicité est interdite dans la viUe de Bayeux. L'évêque,
1. Lettres de Le Camus, p. 6ai,6:24- — Le procès- verbal de l'hospice d'Alet, du 23 novembre 1364, porte que RI. de Ghanterac a reçu une « lettre de Mgr le comte de St-Florentin, ministre secrétaire d'Etat, en date du 6 août IJ64, par laquelle on le prie d'indiquer les moyens d'éteindre la mendicité, conformément aux vues de S. M. On voudrait établir un hôpital
fénéral dans chaque diocèse. » Au commencement du xvine siècle, M. de aulx, premier évêque d'AIais (1694-1712), avait déjà formé le projet d'un grand hôpital destiné à éteindre la mendicité. Lasserre, op. cil. j p. 28 et suiv., 263-277. — En i535, les magistrats d'Arras, ayant interdit la mendicité dans toute la ville, quoiqu'elle eût été pratiquée jusqu'alors par les bons-enfants, vulgairement appelés cappati, le chapitre de la cathédrale résolut de donner aux Augustins les aumônes qu'il faisait ordinairement. Cf. Fatjien, Histoire du chapitre d'Arras, 1868, p. 2o5.
2. « Il y a beaucoup de misère, écrit M. de Boisgelin. J'ai remiis entre les mains des curés des billets signés de mon nom qui portent tant de pain et de légumes. Ils circulent tous les jours dans toute la ville, et ce moyen fort simple fait plus de bien que de l'argent et me fait aimer du peuple. Je les racheté à mesure et je les passe aux boulangers et aux marchands. J'ai établi aussi un atelier de charité autour de la ville, où l'on ne reçoit que les pauvi'es, et j'espère que nous passerons notre hiver avec tranquillité. »
3. BACHAXJMOiNT (Mémoires, i5 juillet 1786, t. XXX, p. 286) présente Loménie, archevêque de Toulouse, comme ayant travaillé avec Turgot à ce projet. Il « paraît décidé aujourd'hui », ajoute Bachaumont, de fixer « irrévocablement le sort des mendiants, et de faire à cet égard une loi générale uniforme où tous les cas possibles seront prévus, et surtout qui soit exécutée. Le prélat a donné à cet égard un mémoire très profond, très étendu, plein d'ordre et de clarté qui a été extrêmement goûté. Il s'oc-
petit
de ses vues »
LES ÉVÊQUES ET LA CHARITÉ 3qQ
M. de Gheylus, promoteur de cette mesure, la justifie dans un mandement du 26 avril 17812 *.
Pour assurer la subsistance des malheureux, qu'on empêche ainsi de mendier, pour centraliser les secours et arriver par une bonne distribution à soulager plus de misères, on crée de toutes parts des bureaux de charité. L'évêque de Limoges, M. du Plessis d'Argentré, préside avec son amiTurgot, le 11 février 1770, la première réunion du grand bureau de charité tenue dans cette viUe . Il y prend le premier la parole ^. Gonune les Turgot sont rares, les prélats se montrent ici presque partout à la tête du mouvement. M. de Machault, évêque d'Amiens, par un mandement du i5 août 1778, annonce la formation d'un bureau général de charité siégeant à l'évêché, et composé de l'évêque, de l'intendant de la province, d'un chanoine de la cathédrale, d'im. délégué des curés de la viUe et d'autres notables. Il aura pour mission de diriger les bureaux particuliers qui, dans chaque paroisse, secourent les pauvres à domicile par des dons en nature et s'efforcent surtout, en procurant du travail aux ouvriers, de diminuer le nombre des mendiants. Nous voyons se multiplier ces fondations à Nevers et dans la plupart des diocèses de France. Depuis 1716, fonctionne àAuxerreun établissement du même genre connu sous le nom d'aumône générale. Les bureaux de charité, tout en poursuivant le même but, varient leurs moyens d'action suivant les pays. Celui du Mans créé, en 1784, par M. de Gonssans, achète des quantités de blé, le donne aux indigents, le livre à très bas prix aux cultivateurs en détresse qu'il sauve par un prêt généreux. A Embrun, un grenier public, organisé, en 1778, sous le nom de Montde-piété, par M. de Leyssin, qui s'est fait le principal pourvoyeur, remet sur gage aux pauvres le blénécessaire à lexirs besoins. Plusieurs paroisses du diocèse suivent
1. Cf. Laffetay, Histoire du diocèse de Bayenx, i8j6, t. II, p. iga-rigj. — Abbé Guillaume, oj>. cit.^ t, IV, p. 323. — Ghamporcin deaiancle aux curés des notes sur les établissements de charité de leur paroisse, sur leurs revenusj sur la façon dont ils sont administrés. — Au commencement du XV1118 siècle, Quiqueran de Beaujeu, évêque de Gastres, avait fait un mandement contre la mendicité. Hugues nv Tems, op. cit., t. III, p. 167.