Louis GuiBERT, lac. cit
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l'exemple de la ville épiscopale. Le Mont-de-piété fondé à Reims j)ar M. de TaUeyrand-Périgord prévient la ruine de plus de huit cents familles. Celui qui est inauguré à Soissons par M. de Bourdéilles, a un vaste j)rogramme et affirme la volonté « d'interdire pour toujours la mendicité ^ ». On comprend admirablement à cette époque qu'un des grands moyens de supprimer l'indigence est de procurer du travail. On ne veut plus de mendiants. Occuper les gens valides et nourrir les autres, voilà le mot d'ordre de la charité à la veille de la Révolution; voilà, en particulier, le programme du bureau général de Bayeux. Dans plusieurs villes du Languedoc, comme à Castres, à Albi, où. les évêques poussent activement à l'organisation des routes, les ateHers fonctioiment et rendent de grands services. On a même j)u se demander si la première idée des atehers de charité, généralement attribuée à Turgot, n'appartiendrait pas à Barrai, évêque de Castres. Celuici obtint, le lo mars 1771, que les travaux de la voie d'Albi à Saint-Pons, fussent divisés en deux ateliers pour les iDauvres, l'un situé à Réalmont, l'autre à Castres *. C'est également aux atehers de charité qu'on s'adresse pour la construction des chemins dans la générahté de Montauban^, et dans d'autres provinces. ÀEvreux, Mgr de Nar-
1. Le bureau de charité de Soissons, 7 mai 1386, exposait ainsi son pro- {jramme : « Secourir les vrais pauvres, faire subsister les vieillards et les infirmes dans une honnête aisance selon leur état, en leur fournissant le logement, le vêtement et la nourriture ; pourvoir aux besoins des malades que des raisons solides ne permettent pas d'admettre dans les hôpitaux ; essuyer les larmes des veuves désolées en leur procurant les moyens de nourrir leurs enfants et les mettre en état de gagner leur vie ; détruire surtout l'oisiveté et la paresse en accoutumant de bonne heure les enfants au travail, en leur facilitant les moyens de s'en procurer, soit en les mettant en métier, soit en fournissant aux pères et aux mères de quoi les y accoutumer eux-mêmes ; récompenser ceux qui se distinguent par leur activité et leur bonne conduite... ; continuer aux pauvres honteux, sous le voile du secret, les secours qui leur étaient administrés par les pasteurs ; interdire pour toujours la mendicité à toute espèce de pauvres valides ou non valides, et renfermer sans miséricorde ceux qui auront enfreint les ordres de la police et les règlements Jaits d cet égara; mais en même temps pourvoir à leurs besoins les plus urgents et ne leur laisser aucun prétexte à opposer à cette sévérité indispeosable ; étendre ses charités jusque sur les prisonniers elles voyageurs indigents. » Cf. Pécheur, ^nraaZes du diocèse de Soissons^ t. VII, p. 45i-452. — Au xvn« siècle, Godeau, évêque de Vence, avait déjà organisé nn Mont-de-piété qui prêtait du blé, lequel était rendu par les cultivateurs à la récolte suivante. Abbé Cognet, op. cit., p. 354.
2. An. Combes, op. cit., p. 209. — Les ateliers étaient une institution ancienne que Turgot renouvela et perfectionna.
3. On lit dans le rapport fait à l'assemblée à ce sujet : « On n'a pu qu'être saisi d'admiration en voyant ce grand nombre de routes vicinales
bonne-Lara en crée lui-même l'hiver pour occuper les pauvres sans ouvrage *. A Bourges, le cardinal archevêque, M. de La Rochefoucauld, entretient le chantier du rempart Saint-Ursin qui, dans une disette, assure du pain à tous les indigents de la ville.
Là où on ne peut avoir recours à ce genre d'occupation la charité inventive des évêques découvre d'autres ressources et va, au besoin, jusqu'à susciter de nouvelles industries. Pendant un rigoureux hiver, la ville de Beauvais n'ayant d'autre moyen de faire subsister les malheureux que de les employer auxterrassements M.LaRochefoucauld les paie, les dimanches et fêtes, comme les jours de labeur. En 1780, l'évêque de Goutances, Talaru de Ghalmazel, fonde à grands frais dans les dépendances de l'ancienne abbaye de Montebourg des ateliers, l'un de blonde pour les femmes, l'autre de tisser anderie pour les hommes ; celui-ci était disposé pour six cents ouvriers. Les deux étaient en pleine activité quand éclata la Révolution où ils trouvèrent leur ruine. Sous M. de Luynes, s'élève àBayeux mie fabrique de dentelle. En ï'j^6, M. d'Autichamp avait fait venir à TuUe un « maître sergetier », pour diriger une manufacture étabhe par lui dans l'hospice et qu'il avait dotée de 3,ooo livres. EUe existait encore en 1790 ^ Dans les ateliers de charité organisés à Soissons
traverser et vivifier nos campagnes jusqu'à présent inaccessibles, en voyant des marais malsains devenir des prairies fertiles, des cantons secs et arides auparavant, pourvus aujourd'liui de réservoirs abondants et suffisants pour nourrir des hommes et des bestiaux dans toutes les saisons de l'année, en voyant enfin une grande quantité d'ateliers où le pauvre de tout âge est nourri^ la jeunesse de tout sexe occupée au travail, et où elle conserve, en travaillant, les mœurs que l'oisiveté et la misère lui auraient infailliblement fait perdre. » L'assemblée fonda des bureaux de bienfaisance dans toutes les communes et prit des mesures sévères pour réprimer la mendicité. Léonce de Lavergne, op. cit., p. 97.
1. Il établissait au rez-de-chaussée de son palais des chaufifoirs publics où les pauvres pouvaient venir se chauffer et travailler. « Il faisait des distributions de pain, de bois et de tout ce qui était nécessaire à la vie ; il payait des pensions dans les couvents, il dotait des filles de condition pauvre, soit pour les marier, soit pour leur faciliter les moyens d'entrer en religion, si elles en avalent le désir; 11 plaçait les jeunes gens à l'Ecole militaire et leur procurait une existence honorable et convenable à leur naissance. On peut dire avec vérité que ses revenus étaient le patrimoine des pauvres. C'est ainsi qu'il s'occupait à faire du bien et que, sous une écorce rude, il avait un cœur excellent et compatissant qui lui faisait mettre son bonheur à rendre les autres heureux. » Vie manuscrite des éçêques d'Eorenx. — Brimont, op. cit.. p. a5.
2. Le CaNu, op. cit., t. II, p. 64. — Poulbrière, p. Sig. Le dernier évêque de Dol, M. de Hercé, fait acheter du lin, du chanvre, du coton, qull tait travailler par les pauvres qui en retirent leurs habits. « Je perds beaucoup dans ce commerce, dit l'évêque ; mais j'y gagne, puisque je les secours et les habille. » Robert, op. cit., p. 112.
par M. de Bourdeilles, on essaie la filature de la laine et du coton, le tissage des gazes, le polissage des glaces. Ces tentatives ne réussirent guère, mais on fut ]A\is heureux pour le métier à filer le chanvre". M. de Bourdeilles n'en était pas moins le bienfaiteur de son diocèse. Lorsque en 1787, l'assemblée provinciale du Soissonnais décida la création d'un bureau de bienfaisance dans chaque viUe, elle donna comme exemple « le prélat qui gouverne ce diocèse, saintement prodigue d'un revenu qu'il n'aime à dépenser que dans le sein de l'indigenee ». Il a fondé un bureau de charité, auquel vient en aide toute la viUe qui sera bientôt déhvrée du spectacle et de « l'importimité des mendiants ^ ».
n y a quelque chose de plus important que d'assurer la subsistance, c'est de veiller à la conservation de la vie. A mesure que les médecins faisaient quelqiie découverte, les évêques aimaient à s'en faire les promoteurs dans leur diocèse. Le vaccin de la petite vérole, connu vers 1713, introduit en France en 1754, rencontrait bien des résistances. M. de Barrai, évêque de Castres, aima aie propager. Il se faisait accompagner^ dans ses visites pastorales, par le médecin Icard, et exigeait que les enfants fussent soumis à l'inoculation ; il demandait aux curés le bulletin sanitaire de leur paroisse. En moins de dix ans, la pratique du vaccin se répandit dans le pays castrais. Ce prélat porta sur un autre point sa sollicitude. Il était reconnu qu'il mourait chaque année, dans son diocèse, de vingt-cinq à trente femmes en couche et de cent quarante à cent cinquante enfants, « victimes de la pratique vicieuse et meurtrière des matrones». Le prélat fit faire à ses frais un cours d'accouchement par le chirurgien Icard. Cinquante élèves s'y rendirent de tous les points du diocèse. n y avait deux leçons par jour et, « dans l'intervalle, un digne et j)rudent ecclésiastique instruisait les matrones sur ce que la religion exigeait d'elles dans les cas qui ne s'offraient que trop souvent dans la pratique de leur art ».
I. PÉCHEUR, op. cit., p, 461. La commission intermédiaire de l'assemblée du Soissonnais s'efforça, dans la disetle de 1389, de provoquer dans chaque paroisse des biireaux de charité.
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Pour vaincre le mépris où le préjugé avait fait tomber le métier de sage-femme, l'évêque se proposait de donner à celles qui auraient suivi le cours pendant trois ans, le droit de banc à l'église et autres privilèges de nature à relever leurs fonctions. Les curés constatèrent rapidement les heureux résultats de cette formation. Le succès fut tel que les chroniqueurs de la capitale, tels que Bachaumont, s'occupent de cet enseignement. Cette intervention épiscopale était utile à une époque où la rareté relative des médecins livrait à des mains inexpérimentées le sort de la mère et de l'enfant. Aussi, voyons-nous partout comme une émulation à multiplier les cours d'accouchement. Les Etats du Languedoc s'enoccupent. Celui que M. deBernis fonde à Albi, voit quarante-trois femmes * assister régulièrement aux leçons. M. Dulau établit à Arles une institution de ce genre eni784, M. de Ghamporcin à Toxd, M. de Fontanges à Nancy. Ce dernier motive fortement la nécessité pour l'Eghse de s'occuper des sages-femmes. « Leur impéritie dans l'art des accouchements enlève tous les ans, dit-il, un grand nombre d'enfants à la rehgion et à l'Etat, et souvent les mères elles-mêmes deviennent les victimes. Le seul moyen de diminuer un si grand mal est de répandre dans les campagnes des lumières sur l'art des accouchements, et de facihter des instructions aux femmes qui se destinent à une profession si précieuse aux yeux de la rehgion et de l'humanité. » De concert avee l'intendant, M. de Fontanges crée, en 1786, mi cours d'accouchement à Nancy. Quinze femmes choisies par l'autorité rehgieuse et vivant en communauté suivent les leçons des chirurgiens, qui leur déhvrent im certificat leur permettant d'être agréées comme sages-femmes par les commu-
I. Cf. Masson, op. cit., p. 59. — An. Combes, op. cit. — Rossignol, Assemblées du diocèse de Castres, p. 95-97. — Le 26 novembre 1386, les commissaires du diocèse de Castres affectent une somme de 5oo livres à l'achat des instruments nécessaires aux sages-femmes, et font imprimer les instructions du chirurgien Icard. En 1385, l'assiette du diocèse de Lavaur vote 5oo livres pour entretenir six élèves au cours d'accouchement fait à Castres. Rossignol, Assemblées du diocèse de Lavaur, p. 38. — Bachaumont [Mémoires, 14 décembre 1384) dit des cours de Castres : « Le nombre des élèves distinguées entre les sages-femmes a été tel qu'il a fallu partager presque tous les prix. M. l'archevêque de Toulouse, trappe de cet exemple, a appelé cette année pour instruire les sages-femmes un chirurgien professeur de l'école de Castres. »
nautés \ La sollicitude isienfaisante des évêqnes ne se bornait point au soin des corps. Dès la fin du xvii» siècle fonctionnait à Garcassonne une institution qui, sous le nom de Bureau des accommodements, précédait déjà nos Justices de paix, et même notre Secrétariat du peuple^.
Le lecteur a pu voir par ces pages que l'exercice de la charité prend vers la fin de l'ancien régime un caractère j)liilanthropique et des formes humanitaires. Nous voyons naître et grandir la tendance de secourir les malheureux moins par amour de Dieu que par amour de l'homme. Ces bureaux de- charité, qui se substituent aux anciennes confréries de charité du xvii® siècle, indiquent un affaiblissement de la foi. Le mot de bienfaisance, que le bon abbé Saint-Pierre a mis en circulation, a fait fortune, et tous les échos du siècle répètent à l' envi le nom de cette vertu laïque '. Nous assistons à une immense explosion de sensibilité sociale. Elle se joint ici à la compassion naturelle aux nobles cœurs pour les attendrir.
Phélypeaux, archevêque de Bourges, neveu de Maurepas, ne peut entendre le récit d'une grande infortune sans que ses yeux se mouillent de larmes. La grande partie de ses immenses revenus passe aux pauvres, à des pensions sans nombre, à des centaines de familles dont il est la providence et qui le pleurent à sa mort. Connue on lui insinuait un jour de se montrer moins généreux pour des gens qui s'étaient ruinés par leur faute : « Je dois, répondit-il, tout ignorer, excepté le malheur *. » La charité de M. de Montmorency à Metz porte le cachet