PiTHOU. VEpiscopat tourangeau, p
2. Le concile de Trente (sess. XXII, ch. VUI, de réf.) fait un devoir aux évêques de visiter tous les hôpitaux, collèges, les atunônes dites du Montr de-çiété ou de la charité..., quelques privilèges d'exemption qu'ils puissent avoir.
les plus ardents et les plus puissants de l'ordonnance royale , laquelle répondait si bien à la pensée de l'Eglise. Nous avons la lettre circulaire adressée à cette occasion à l'épiscopat par les agents généraux du clergé. Dans toutes les fondations d'hospices, qui prirent une impulsion nouvelle à la suite du rescrit de Louis XIV, on peut être assuré de l'intervention de l'évêque, qui souvent se charge de toute l'entreprise et la fait sienne *. Lui seul d'ailleurs pouvait la mener à bonne fin.
La seconde moitié du xviii^ siècle marche avec un nouvel élan vers les fondations hospitalières. Le progrès des sciences, sciences médicales, sciences économiques, les enseignements de la statistique, les préoccupations de l'hygiène, une sorte de sentimentalité générale qui apportait un nouveau stimulant à la charité chrétienne, poussèrent de tous côtés à la fondation d'hôpitaux plus vastes, plus aérés , pourvus de dispensaires et de toutes les améliorations réclamées par le progrès, à la restauration et à l'agrandissement des anciens. L'incendie qui détruisit une grande partie de l'Hôtel-Dieu de Paris donna aux projets de reconstruction une impulsion nouvelle. Louis XVI chargea l'Académie des sciences d'examiner les plans.
L'episcopat entre dans le mouvement et verse l'argent sans compter. Il est alors fréquent dé voiries évoques, tels que Menou de Charnisay à la Rochelle, Beauteville à Alais, MassiUon à Clermont, M. de Pérouse à Gap, M. de Langle à Saint-Papoul, M. de Rochebonne à Carcassonne, prendre les hospices comme légataires universels. A Mâcon, M. de Tilladetleur laisse 800.000 livres de bien. La Garlaye, successeur de MassiUon à Clermont, lègue iSo.ooo livres à l'hôpital général, aS.ooo livres à
I. Voir à l'œuvre, comme exemple, M. de Grignan qui, dès son arrivée à Carcassonne, en 1681, s'occupe d'y fonder un hôpital dans le genre de ceux qu'on était en train de fonder dans les principales villes du Languedoc, comme Montpellier, Montauban, Nîmes, et y réussit. Il y établit une confrérie de charité pour le soulagement des pauvres malades. Sa charité fut .particulièrement admirable dans le terrible hiver de 130Q. « L'argent épuisé, dit une relation, les greniers vidés, les trésors de l'Eglise répandus, il se fit honneur de se rendre lui-même mendiant, d'aller de porte en porte^ solliciter, échauffer, presser, importuner » la charité des riches. A,bbe .
4lO LES ÉVÊQUES ET LA CHARITÉ
l'hospice Saint-Joseph, aS.ooo à l'hospice de Billom. A Lodève, M. de Fumel avait fait élever et doté largement un magnifique hôpital, qui existe encore. Ces prélats tenaient ainsi à assurer par des fondations l'avenir de ces maisons hospitalières. C'était le vrai moyen de perpétuer leurs bienfaits*. M. delaNeufviQe, dernier évêque d'Acqs, réussit à créer un nouvel établissement « vaste, aéré, salubre, commode », disent les archives locales, à la place de deux vieux bâtiments tombant en ruine. LasœurRutan, FiUe de la Charité, qu'il appelle aie diriger, fait merveille et subira le martyre pendant la Révolution. M. de La Neufville mérite à sa mort que M. d'Aviau, dans l'épitaphe qu'il rédige pour sa tombe, parle de son « immense charité envers les pauvres ^ ». A Belley, Mgr du Dousset fait tant pour l'hospice qu'il est surnommé « le père des pauvres », et que son buste est placé sur l'édifice par les administrateurs. Le dernier évêque de Belley avant la Révolution, M. Cortois de Quincey, ne laisserapoint perdre ces traditions glorieuses. Jean de Tinseau, qui s'est déjà montré à Belley le digne trait d'union entre Dousset et Quincey, fait éclater sur le siège de Nevers toute la générosité de son cœur. « Je nomme légataire universel, dit-il dans son testament, l'hôpital général des pauvres de la ville de Nevers ; je lègue mille francs à l'Hôtel-Dieu; jeme recommande aux j)rières des pauvres '. » A Agde, l'hôpital a été élevé par M. François Fouquet, de concert avec la communauté. Le dernier évêque, M. de Saint-Simon de Sandricourt, le sauve de la ruine, le dote de 12.000 livres de rentes et y appelle des Sœurs *. A Lavaur, M. de
Ribeyre, évêque de St-Flour, donne chaque année 4-ooo livres aux sœurs de charité et So.ooo livres pour la reconstruction de l'hospice. (Ghaumeil, op. cit.) A Auch, M. de Maupeou meurt au moment où il songeait à rebâtir l'hôpital^ laissant 32.000 livres aux pauvres. Citons encore parmi les prélats particulièrement généreux pour leurs hôpitaux ou pour leurs pauvres : Matignon à Condom, Cheylus à Bayeux, Balore à Alais. Les Sœurs de chanté durent tout à M. de Conzié à Arras. Legesne, op. cit., t. Il, p. BSj.
2. CiROT DE La Ville, Notice sur Mgr Le Qaien de la Neufçille, i8go, p. j5-8i.— Lyonnbt, Histoire de Mgr d'Aviau, t. II, p. 526.
3. Cf. Depehy, op. cit., p. 348 et suiv, — Grosnieb, Monographie de la cathédrale de Nevers, i854.
4. Jordan, Histoire ds la ville d^Agde, 1824, p. 177, 178. L'hôpital d'Agde avait i5.ooo livres de rente en 1789.
Fontanges avait cédé, en 1767, les bâtiments inaelievés de rhospicepourunenianufactiiredesoie, et livré anxpauvres le vieil évêché. En 1775, son second successeur M. deCasteUane put rendre à l'hospice toutes ces constructions remises en parfait état. A Oloron, l'hôpital hérite de toute la succession de M. de Révol qui apporte aux indigents 80.000 livres. M. de Machault donne, en 1783, 40.000 livres ; en 1784, 3o.ooo ; en 1788, iS.ooo ; en 1789, 20.000, à l'hospice de, Saint-Charles d'Amiens. A Bourges, M. de Lévis- Ventadour verse pour l'achèvement de l'hôpital général une somme considérable à laquelle M. de Phélypeaux d'Herbault ajoutera 40.000 livres. Pendant un temps de disette, le cardinal de Gesvres défraie tous les étabhssements hospitaliers de la ville. Les archevêques d'Albi font ouvrir un asile pour les ahénés à l'hospice de la cité. Les registres des hôpitaux portent encore la preuve des largesses du cardinalLaRochefoucauld,archevèque de Rouen . Il compte au nombre des bienfaiteurs de l'Hôtel-Dieu. A Castres, Mgr de Barrai est par ses libérahtés la providence de l'Hôtel-Dieu de la ville. Il fait circuler dans les bâtiments l'air, la lumière, et donne aux constructions une véritable magnificence. Il réussit, à travers bien des difficultés, à y introduire lès Sœurs delà charité. Il y attire deux médecins et chirurgiens habiles qui exercent gratuitement pour les malheureux. Enfin, il couronne son œuvre en inscrivant dans son testament cesparoles : « Je nomme et institue pour mes héritiers universels et généraux, l'hôpital général et l'Hôtel-Dieu des pauvres malades delà ville de Castres, pour de tous mes biens et hérédité être par eux fait et disposé à leur gré et volonté ^. » Les hôpitaux ainsi entourés de la sollicitude particuhère des évêques, favorisés aussi de quelques largesses venues d'ailleurs, arrivaient souvent à suffire à tous les besoins. L'hôpitsd principal de Grenoble, par exemple, abritait cinq cents pauvres, entretenait à la campagne trois cents orphelins ou bâtards, distribuait chaque semaine aux indigents de trente à quarante-cinq quintaux de pain, et ouvrait aux malades cinquante lits
I. Brimont, op. cit., p. 24-2J. Loxh; op. cit., p. 81-89. An. Combes, op. cit.,
4l2 LES ÉVÊQUES ET LA CHARITÉ
danslesmaisonsdela Charité et de Sainte-Marthe *. Gomme il convenait, l'archevêque de Paris, M. de Juigné, tient à surpasser tous ses collègues et donne loo.ooo écus pour rebâtir l'Hôtel-Dieu.
L'épiscopat ne se contentaitpas d'assurer le logement et l'existence des malheureux ; ilaimaitàles honorer. Bossuet, prêchant sur « l'éminente dignité des pauvres », n'aurait pas été désavoué par ses successeurs. M. de Polignac arrive à Meaux pour j)rendre possession de sa ville épiscopale . Sapremière visite est pour les indigents malades de l'Hôtel- Dieu et les vieillards de l'hôpital. Son cocher lui demandant des ordres pour la voiture : « Non, dit le prélat, c'est à pied qu'il faut aller voir les pauvres. » Il avait ordonné d'avance le dîner. Il arriva au moment où ces malheureux allaient se mettre à table. Il voulut les servir lui-même et les personnes de sa suite suivirent son exemple. A Dol, l'évêque, M. de Hercé, a versé So.ooo liv. pour rebâtir l'hôpital et a établi le bouillon des pauçres. Touslesjours, il va le goûter lui-même ou, à son défaut, il délègue son grand vicaire ou sa sœur. Une fois l'an, le lundi gras, le prélat donne dans la grande cour du palais im vrai festin aux nécessiteux qui appellent cette fête les «noces de l'évêque». Le repas est suivi d'une danse. «Pourquoi, disait un jour unDolois àl'évêque, nous défendez-vous de nous divertir au carnaval, alors que vous permettez aux pauvres de danser dans votre maison? — C'est que, répondit M. de Hercé, les pauvres pleurent toute l'année, tandis que vous la passez dans le repos, l'abondance et les plaisirs ''. » Si l'on est tenté de voir dans ces bienfaits l'exercice naturel d'une humanité et d'une humilité faciles, voici du moins des actes où il est impossible de ne pas reconnaître un renoncement qui avait sa source dans la foi. Des évêques delà plus haute naissance, des La Rochefoucauld protestent qu'ils veulent mourir et être inhumés pauvrement. La Ro-