CHAPITRE HUITIEME Les Evoques et le Gallicanisme
I. Les polémiques soulevées par la question du Gallicanisme remplissent l'histoire. — Exposé de la théorie gallicane. — Gomment quelques-unes de ces libertés peu connues, celles relatives à la collation des bénéfices, contribuèrent à préserver la France du protestantisme. — Gomment clergé et fidèles, à cause de l'éclat à travers les siècles dé l'Eglise gallicane et de la France ellemême, croyaient avoir droit à se distinguer des autres Eglises au sein de la catholicité. — II. Evêques gallicans. — Fier langage de Christophe de Beaumont au pape. — Prélats notés par le nonce. — Benoît XIV plus conciliant. — Durant tout le xvni° siècle les efforts de l'épiscopat consacrés à faire accepter une bulle du pape, la bulle Unigenitus. — Le pape consulté et obéi. — Gomment, au contraire, les parlements sont hostiles à Rome. — Bonne garde autour des quatre articles. — Les curés sont plus gallicans que les évêques. — Us sont très soutenus par les Jansénistes. — Vent de presbytérianisme. — III. La question du gallicanisme dans les cahiers de 1789. — Les curés peu favorables à Rome. — Plus d'Annates. — Demandes nombreuses pour la suppression du Concordat, pour le rétablissement des élections. — Les erreurs de la constitution civile sur l'institution canonique et autres, sont dans l'air et dans plusieurs cahiers de 1789. — Mais le gros des curés reste dans les bons principes. — Les évêques, plus fermes encore dans la fidélité au Saint-Siège laissent pressentir leur attitude en présence de la constitution civile du clergé.
Quand on parle des doctrines de l'ancien clergé de France, la question du gallicanisme se présente immédiatement à l'esprit. Gallicanisme, libertés de l'Eglise galli-
cane : que de fois avant la Révolution les principes, les tendances que ces expressions représentent, furent discutés dans les livres, dans les parlements, dans les assemblées du clergé et même dans les conciles ! L'assemblée de 1682, en formulant les quatre articles, avait donné, en dernier lieu, comme une base doctrinale à ces affirmations et à ces polémiques. EUe avait aussi, en quelque sorte, ]3ris officiellement, au nom de l'Eglise de France, l'engagement de les professer et de les soutenir. Nous pouvons résumer en deux mots ces théories.
Dans le système gaUican l'Eglise est une monarchie tempérée par l'aristocratie. Le pape est un vrai monarque, mais les évêques ont un droit divin et inamissible dans le gouvernement général et, par leur union avec leur chef, ils forment la souveraineté spirituelle. A la tête de l'Eglise est le pontife romain, dont la primauté est la condition absolue et permanente de l'unité rehgieuse. Il a le pouvoir de régir et d'enseigner toute l'Eglise. Mais, dans l'exercice de sa « juridiction et de son magistère », l'autorité du pape est pondérée par celle des évêques. 1° Le j)ontife romain ne jouit pas de la plénitude absolue du pouvoir législatif. Il doit respecter les lois générales portées par les conciles ou consacrées par l'Eghse universelle. Il ne peut les modifier que dans des cas extraordinaires ; son pouyoir administratif doit être réglé par les canons. Beaucoup d'auteurs gaUicans tiraient de ce principe la conclusion que le pape n'a pas sur tous les fidèles pris individuellement, ni sur les diocèses, un pouvoir immédiat et ordinaire mais seulement médiat et extraordinaire, et que les évêques reçoivent leur juridiction non de lui mais du Christ, a" Il ne connaît en première instance que des causes qui lui sont réservées; les autres ne peuvent être portées devant lui qu'en appel et en suivant les divers degrés de la hiérarchie judiciaire. 3° Quoique le pape soit docteur de l'Eghse universelle, et qu'à lui surtout appartienne de faire entendre sa voix dans les questions de foi et de morale, son jugement n'est pourtant pas infaillible ; il n'est irréformable que lorsque les évêques, réunis en concile ou dispersés, y
ont donné leur assentiment *. Tel était l'enseignement propagé dans les séminaires par les manuels théologiques, par exemple par la fameuse théologie de Lyon si chère aux Nouvelles ecclésiastiques, et même par la théologie de Rouen attaqnée pourtant par les Jansénistes^. A défaut de l'infaillibilité doctrinale du souverain Pontife définissant une question de foi et de mœurs, telle que l'a décrétée depuis le concile du Vatican, les gallicans admettaient avec Bossuet Vindéfectïbilité du siège. Si à ces principes on joint l'article premier de la déclaration de 1682, qid dénie au pape tout pouvoir direct ou indirect sur le temporel des rois ^, on aura l'exposé succinct des doctrines de l'ancienne Eglise de France sur la question qui nous occupe.
Lorsque les évêques du xviii^ siècle ont occasion de faire œuvre de théologien, ils s'inspirent des écrits de Bossuet et aiment à affirmer, en particulier, l'indéfectibilité du Saint-Siège *. A la veille de la Révolution, M. de Juigné, archevêque de Paris, se plaît à reconnaître « la
1. Cf. Assemblée de 1682. — Mgr Maret, Du, concile général et de la paix religieuse. — Moulart, VEglise et l'Etat, 1879, in-8.
2. Dans la théologie de Lyon (Institutiones theologicœ auctoritate archiepiscopi Lugdnnensis ad usum. scholarnm, suce diœcesis editœ, 1784^ t. I, p. 518-606), nous lisons ces propositions : Romanus pontifex, etiam ex cathedra loquens, in iis quse ad hdem et mores pertinent, falli potest. — Neque romanus pontifex, neque ecclesia, ullam habet directam aut indirectam in principes temporales potestatem. — Suam episcopi a Christo jurisdictionem, non a romano pontiiice, immédiate habent. — Romanus pontifex concilio generali auctoritate inferior est. — La théologie de Rouen {Lectiones theologicœ ad usum diœcesis Motomagensis denuo editœ, 1818, t. V, p. 385 et suiv.) dit aussi que le pape peut errer, proindeque ipsius judicium non prius esse irreformabile quam totius iraternitatis, id est episcoporum consensus accesserit. — Bomanuni pontifîcem, nedum extolli possit supra concilium œcumenicum, ipsi e contra sub.iici, nec inglorie. — La théologie de Poitiers, tant attaquée par les Nouvelles (Compendiosœ institutiones theologicœ ad usum. semmarii Pictaçiensis, I753, p. 461 et suiv.) se borne à établir : primatum honoris et jurisdictionis in unîversa ecclesia romano pontifici competere jure divino. Est de fide. — Les autres théologies, celle de Lyon comprise, établissent aussi cette pri-
. inauté d'honneur et de juridiction.
3. Voir cette question traitée dans toute son ampleur par M. EmUe Ollivier, L'Etat et VEglise au concile du Vatican, a vol. in-12.
4. Citons, par exemple, ces passages d'un livre thélogique (de lacis theologicis, c. 7) de M. Duplessy d'Argentré, évêque de ïuUe (1723-1740) : « Jésus-Christ a réuni ces deux choses, que les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre l'Eglise ni contre le siège principal de son souverain vicaire. Il serait presque impossible que l'intégrité de la foi se conservât piire et sans tache parmi les autres églises, si souvent assaillies par une armée d'hérétiques, si le siège de Rome, au milieu des agitations du inonde et d'un océan d*erreurs, ne demeurait pas seul inunuahle et
-Siège. » C'est l'indéfectibilité du siège
prééminence de l'EgKse romaine, mère et maîtresse de toutes les autres, centre de l'unité cathoKque ». Il proclame que le souverain Pontife a une « primauté d'honneur et de juridiction sur toute l'Eglise, qu'il en est le chef visible comme vicaire de Jésus-Christ, et que tous les fidèles lui doivent honneur, docihté et obéissance, et que se séparer de lui c'est sortir de l'unité ^ y>.
Endehofsdes questions qu'on peut appeler doctrinales, les libertés gallicanes comprenaient des articles moins connus, d'ordre plus pratique, retatif à ce qu'on appelait dans l'ancien régime la matière bénéficiale. Les mandats, les réserves, les abus dans la collation des bénéfices, diverses mesures qui attiraient à Rome l'argent de l' Allemagne, de l'Angleterre, furent en ces pays une cause de désaffection pour les peuples et favorisèrent le protestantisme. La France mieux défendue* n'eutpoint les mêmes griefs; et, à voir avec (juelle vivacité l'opinion dénonce en 1789, les modestes envois de notre argent à la curie romaine, on peut deviner l'hostiUté qu'une contribution beaucoup plus lourde eût soulevées dans les esjDrits. Cette préservation dans l'ordre des intérêts, et aussi une plus grande latitude dans l'ordre des idées, furent d'une grande influence sur la France dans la crise terrible du xvi^ siècle. L'illustre historien Janssen a pu écrire qiie si la France ne passa point, à cette époque, au protestan-
1. Ex instLtutione divina primatum honoris et jurisdictionis in tota ecclesia obtinet... ecclesiœ caput visibile... centrum catholicae unitatis... Fidèles summo Pontifici honorem debent, obsequium et obedientiam, et si ab illo segregent semetipsos, non possunt in mysticL corporis Chris ti unitate permanere. » Pastorale parisiense, Lb Clerc de Juigné auctoritate editum, ij8tj, in-4, t. II, p. 454-
2. « Nous ne prenons les nouvelles bulles et nous ne payons les annates que pour les bénéfices consistoriaux. Pour les autres, il suffit d'une simple signature, gui est comme la minute de la bulle et dont les frais sont moindres. En Espagne, on prend des bulles pour les moindres bénéfices. — Nous ne souffrons point que l'on augmente les taxes des bénéfices ni des expéditions de cour de Rome. — Les étrangers ne peuvent posséder en France ni bénéfices, ni pensions, sans expresse permission du roi, ni être supérieurs de monastère. — Le nonce du pape n'a aucune juridiction en France, au lieu qu'en Espagne il diminue notablement celle des évêques. — L'Angleterre, avant le schisme de Henri VIII, était soumise au pape, même pour le temporel. Le JDenier de Saint-Pierre y était établi dès le temps des premiers Anglais, et Jean-Sans-Terre avait achevé de se rendre sujet du pape en lui faisant hommage de"son royaume. Il n'y a point de pays où l'on se soit tant plaint des exactions de la cour de Rome. » Fleury, Discours sur les libertés de VlUglise gallicane.
tisme comme l'Allemagne et l'Angleterre (et le danger fiit extrême), elle le dut aux libertés gallicanes.
De tout temps l'Eglise de France et la France elle aussi avaient été flattées de garder un caractère distinct et quelques privilèges au sein de la cathoKcité. Bossuet, dans son sermon sur l'Unité, s'attache à montrer la beauté de l'Église gallicane dans son tout, c'est-à-dire encadrée dans l'Eglise universelle ;mais avec quelle joie, quelle éloquence il chante les gloires de l'Eglise gallicane elle-même ! Il semblait aux Français que dans ce concours d'Eglises et de peuples catholiques, qui à travers les âges avaient apporté à l'Eglise uiiiverselle, avec la profession de leur foi, leur caractère propre et leurs services, la France, avec son Glovis, son Charlemagne, ses croisades, ses missionnaires, sa charité, l'emportait sur tous les autres. Après l'Eglise romaine proprement dite, elle était la plus vieille de l'Europe. Antérieure à la dynastie des Bourbons, qui de son côté avait précédé les autres, elle avait assisté au début de notre nationalité et bercé sur ses genoux la monarchie française. De la France, elle avait rayonné sur tous les peuples et jusqu'aux confins du monde. Les papes eux-mêmes l'avaient appelée la fille ainée de l'Église. Elle avait été tentée de formuler son droit d'aînesse en libertés et en privilèges.
Les gloires de la France elle-même, qui à travers les âges avait été si grande comme nation, qni naguère, avec son siècle de Louis XIV, venait de jeter un éclat qui éclipsait tous les royaumes, confirmaient ses évêques dans le désir de voir primer, du moins se distinguer des autres, l'Eglise d'une nation qui avait su s'élever au-dessus de toutes les autres. Ces prélats étaient si Français * ! Us l'étaient au point que lorsque l'un d'eux était appelé au gouvernement du pays, — on pourrait en citer beaucoup d'exemples en dehors de Richelieu, — l'homme d'Etat ne tardait pas à prendre le pas sur l'homme d'Eglise. Us avaient donné leur foi à l'Eglise universelle, mais dans
I. Nous avons, pour exemple, la lettre indignée, par laquelle Fénelon sermonne un neveu qui ne voulait pas partir pour la guerre.
45o LES ÉVBQUES ET LE GALLICANISME
cette universalité, ils étaient fiers de se réclamer de l'Eglise gallicane.
Les Français, les simples fidèles ne l'étaient i)as moins. Ils connaissaientl'histoire de l'Eglise gallicane ; ils savaient que ses enseignements, sa liiérarchie, avaient dégagé les principes de gouvernement du chaos du moyen âge, que ses conciles avaient donné l'idée et l'exemple des assemblées politiques, que sa discipline religieuse et morale avait suscité, sauvegardé à travers les âges, les vertus privées et publiques, qu'elle avait enfin fourni à l'Etat ses plus grands ministres. Sur la fin de l'ancien régime, malgré l'ascension de la bourgeoisie et le nivellement des classes, le clergé de France, par sa cohésion, par ses richesses, par ses traditions séculaires, j)ar la force de la possession, par le prestige attaché à son nom et à son caractère sacré, était encore le premier corps de l'Etat. Les Français, fiers de la gloire que leurs évoques par les services même rendus à la communauté refigieuse, avaient valu à la nation, ne pouvaient se faire à l'idée que leur Eglise fût absolument confondue dans le grand tout de la catholicité avec les autres Eglises particulières. Ils tenaient à ces hbertés gaUicanes, qui leur semblaient faire partie du patrimoine national et que le grand Bossuet paraissait avoir scellées à jamais de son génie.
Nous venons d'exposer en quelques mots la théorie gaUicane et les raisons qui l'avaient rendue chère à la France. Elle fut celle de nos évêques jusqu'à la Révolution. Ces prélats gardaient à l'égard du Souverain Pontife une liberté dé jugement et de langage qu'aujourd'hui ils n'oseraient plus se permettre. Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, écrivait à Clément XIV, au sujet du bref qui avait supprimera Compagnie de Jésus : « Ce n'est autre chose qu'un jugement isolé et particulier, pernicieux, j)eu honorable à la tiare et préjudiciable à la gloire de l'EgKse, à l'accroissement . et
à la conservation de la foi. Saint-Père, il n'est pas possible que je me charge d'engager le clergé à accepter ledit bref. Je ne serais pas écouté sur cet article, fussé-je assez malheureux pour vouloir y prêter mon ministère que je déshonorerais *. » Un tel ton adopté pour parler au pape, est celui d'un homme qui se sent miaître chez lui. Aussi cet épiscopat si fier, si français, ne satisfaisait pas pleinement les envoyés pontificaux. Un >qTiart de siècle avant la Révolution^ le nonce Pamphili, dans une correspondance, range les évêques de France en trois catégories, et les quahfie de bons, de mauvais, de très mauvais, huono, cattiço o cattivissimo , selon qu'ils ont des opinions ou relativement ultramontaines, ou nettement gallicanes, ou, par exception, des sympathies pour le jansénisme. C'est ainsi, croyons-nous, qu'il faut entendre ces épithètes, car la qualification de cattiço, mauvais, est appliquée par Pamphili à des hommes entourés d'une vénération universelle, tels que Juigné, évêque de Ghâlons, puis archevêque de Paris ; Gortois de Quincey , évêque de Belley; La Rochefoucauld, archevêque de Rouen ^ Benoît XIV, qui était un modéré doublé d'un homme d'esprit, eût été moins sévère que le nonce. N'étant encore que cardinal Lambertini et archevêque de Boulogne, il disait Un jour au Père Montfaucon, qui lui -rendait visite en sa ville épiscopale : « Moins de libertés flde PEglise gaUicane de votre part, moins de prétentions .ultramontaines de la nôtre, et nous mettrions les choses au niveau qu'elles doivent avoir ^ »
Benoît XIV pouvait d'autant mieux se montrer bienveillant pour l'Eglise gallicane que cette Eglise continuait à montrer son attachement au Souverain Pontife, que ces
i.-Crétineau-Joly, Histoire religieuse de la Compagnie de Jésus, t. V, •p. 336. Cette lettre de Beaumoht, bien qu'à peu près certaine, n'est .point cependant d'une authenticité absolue.
' 2. Lès prélats suspects de sympathies jansénistes, tels que M. de
Grasse^ évêque d'Angers, Bazin de Bezons, évêque de Garcassonne, . Montazet, archevêque de Lyon, sont traités de très mauvais, cattivissimo. ' Ce curieux Mémoire est conservé dans les archives de la famille Pam- 'phili, à Rome,. sous ce titre: Catalogua dei Vescon di Francia ordinato
secundo il suo lorocarattere buono, cattivo ocattivissimo. 3. Le même cardinal Lambertini, écrivant un jour au pape Clément XII,
pour défendre son vicaire général caloinnieusement accusé, ne craignait
pas de lui dire : « Je prie tous les jours, notre divin Sauveur pour qu'il 'soit aussi content de soii vicaire que je le suis du mien. »
évêques gallicans se dépensèrent durant presque tout le xviii^ siècle à faire accepter une bulle du pape, la bulle JJnigenitus. Ce n'était point là une attitude de révoltés ni de schismatiques. Dans la lutte contre le Jansénisme, qui rencontrait des sympathies dans une partie du clergé et des fidèles, les évêques, à part quelques exceptions très rares, furent les plus fermes soutiens de l'orthodoxie. Us aimaient à se dire « évêques par la grâce de Dieu et par l'autorité du Saint-Siège *. » Dans leurs testaments, ils déclarent mourir « dans le sein de l'Eglise apostolique et romaine * ». Lors des polémiques soulevées, en lySS, par l'arrêt relatif aux quatre articles, le parlement de Paris, le chancelier avaient parlé àes hommages, durespect dus aux souverains pontifes. M. de La Motte, évêque d'Amiens, répondit dans une lettre publique qu'il ne suffisait pas de parler d'hommages, de respect, ni d'appeler l'EgUse romaine le centre de l'unité, si on ne lui rendait pas une filiale et sincère obéissance. Ce mot d'obéissance, le clergé de France, réuni en corps, aime à le prononcer à son tour. L'assemblée de 1760 écrivait au pape, en lui annonçant l'acceptation de la bulle de Benoît XIV : « Nous avons voulu montrer que la chaire apostolique était le centre de notre accord mutuel, et que l'Eglise gaUicane est encore aujourd'hui telle qu'elle était dans les temps anciens de Charlemagne, lorsqu'elle consultait l'Eglise romaine et suivait ses réponses avec une piété filiale. Ce même respect, cette même obéissance^ nous la promettons à cotre Sainteté pour l'açenir, car nous nous souvenons de cet éloge que Grégoire IX donnait à nos Eglises que, dans la ferveur de la foi et dans le dévouement apostolique, elles ne suivaient pas les autres nations, mais qu'elles les précédaient, et nous déclarons vouloir de plus en plus mériter les mêmes éloges '. » Loin de nous la pensée de présenter comme
1. Les Nouvelles ecclésiastiques (année 1J67, p. ng: année 1589, p. laS) s'indignent de cette formulé employée [par les évêques. Elles disent (1790, p. 136) que les évêques commencèrent seulement vers 1607 à l'adopter.
2. Ainsi parle Barrai, évêque de Castres. Voir An. Combes, op. cit.
3. Procès-verbaux, t. VIIi, piec. justif. p. 279. L'assemblée aioutait dans sa lettre aux évêques de Irance: « La voix du vicaire de Jésus-Christ a fixé nos sentiments et notre langage sur les points de pratique qui avaient été contestés. » .
LES ÉVÊQtJES ET LE GALLICANISME 4^3
ultramontain cet épiscopat du xviii^ sièle, qui substitua presque partout la liturgie gaUieane à la liturgie romaine % auquel appartenaient M. de La Luzerne et tant d'autres évêques fermement acquis aux maximes du royaume. Mais ces prélats savaient allier à la profession de principes jusqu'alors restés libres un inviolable attachement au Saint-Siège.
. Les parlements étaient loin d'apporter dans ces questions la modération de l' épiscopat. Ils poussaient à l'extrême les théories gallicanes, et faisaient, en particulier, une garde jalouse autour des quatre articles. Un arrêt du parlement de Paris, en date du 3i mars i^SS, ordonne à tous les professeurs de théologie dans les collèges et séminaires de jurer soumission à la déclaration de 1682. Aucun bachelier ne devait être reçu licencié ou docteur « qu'après avoir soutenu ladite doctrine dans l'une des thèses, dont il fera apparaître à ceux qui ont le droit de conférer les degrés dans les Universités ». La faculté de théologie finit, après une vive résistance, par enregistrer cet arrêt. Ces dispositions ne restaient pas lettre morte. En 1781, un bachelier de la Faculté de Gaen, le sieur Onfroi, ayant paru biaiser au sujet de la déclaration, M. Lentaigne, curé de Saint-Sauveur, docteur en théologie, porta plainte au doyen. Etant donné le doute sur l'orthodoxie gallicane du candidat, il fut décidé que celui-ci, avant de recevoir la « bénédiction de hcence, représenterait la thèse de Vespérie, où les quatre articles étaient disertement exprimés, et qu'il ne lui serait donné aucune lettre de hcence qu'après qu'il aurait soutenu la thèse représentée -. »
Malgré lafaveur dont jouissaient les quatre articles, l'Université de Toulouse était la seule à avoir ane chaire des libertés gallicanes. Si nous en croyons les JVouvelles ecclésiastiques, les Sulpiciens de cette ville ne voulurent
1. « Trente ans après l'apparition du bréviaire de ijSô et du missel de 1:538, la liturgie romaine avait disparu des trois quarts de nos cathédrales et, sur ce nombre, cinquante et iilus s'étaient prononcées pour l'œuvre des Vigier et des Mesenguy. » Fisc^uet, France pontificale, diocèse de Paris, 1, 482.