‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 127 sur 354 · Nouvelles ecclésiastiques, 1584, p. 118; 178&, p · texte numérisé non relu

Nouvelles ecclésiastiques, 1584, p. 118; 178&, p

2. Œuvres de Bossuet, édit. Lâchât, t. XII, p. 670. Ce passage, contesté par Deforis, porte bien la marcnie du génie de Bossuet. Du reste, Bossuet dit dans une lettre (lettre LXI, t. XXVI, p. 209) au maréchal de Bellefonds : « J e crois gue les propositions sont véritablement dans Jansénius, et qu'elles sont l'âme du livre. Tout ce qu'on dit au contraire me paraît une pure chicane, et une chose inventée pour éviter le jugement de l'Eglise. »

Jansénistes a eu pour premier résultat une diminution dans la fréquentation des sacrements.

Ils voulaient aux mortels trop de perfection.

Un homme qu'on ne saurait accuser de passion, et qui puisait dans sa sainteté même une clairvoyance supérieure, saint Vincent de Paul, écrivait en 1648 : « La lecture de ce livre(i)e la fréquente commMnion,par Arnauld), au lieu d'affectionner les hommes à la fréquente communion, en retire plutôt. L'on ne voit plus cette hantise du sacrement qu'on voyait non-seulement à Pâques, mais dans les autres temps. Plusieurs curés de Paris se plaignent de ce qu'ils ont bien moins de communions que les années passées. Saint-Sulpice en a trois mille de moins. M. le curé de Saint-Nicolas du Ghardonnet, ayant visité les familles de la paroisse en personne et par d'autres, dit dernièrement qu'il a trouvé quinze cents de ses paroissiens qui n'ont pas communié, et ainsi des autres. L'on ne voit quasi plus personne qui s'en approche les premiers dimanches du mois, et guère j)lus dans les Religions (communautés), si ce n'est aux Jésuites encore un peu *. » A Port-Royal, la Mère Angéhqne Arnauld avait donné l'exemple, en s'abstenant pendant cinq mois des sacrements, même à Pâques. Quelques rehgieuses passèrent dix-huit mois sans commimier, sous prétexte d'imiter sainte Marie d'EgyjDte et d'autres anachorètes.

Si telle était la conséquence de ces doctrines et d'un rigorisme outré en plein xvii^ siècle, qu'on songe aux vides que devaient produire dans les rangs des communiants les mêmes maximes, les mêmes règles appliquées aux chrétiens moins fervents du xviii^. Les Jansénistes, avec leur tendance d'esprit à la Tertullien, ne voyaient pas qu'ils faisaient déserter l'Eghse, et qu'à force d'épurer les fidèles, de leur refuser ou de leur différer l'absolution, de leur imposer des pénitences privées ou pubhques, ils finiraient par n'en avoir point. Mgr de Condorcet en arrivant à Auxerre pour prendre la succès-

I. Lettre de saint Vincent de Paul à d'Horgny, prêtre de la mission.

sion de M. de Caylus, y trouva des personnes de vingt à trente ans, et dont quelques-unes étaient mariées depuis dix ans, qui n'avaient point encore fait leur première communion, parce qu'on ne les avait point jugées dignes de l'absolution.

Spectacle étrange donné par des esprits convaincus mais extrêmes, qui voyant toujours les hommes tels qu'ils devraient être au lieu de traiter avec eux tels qu'ils sont, crient sans cesse à la profanation des sacrements, semblent prendre occasion du relâchement général pour renchérir encore sur les lois de la pénitence, et ne s'aperçoivent pas que, sous prétexte de n'ouvrir les trésors spirituels qu'aux âmes vraiment converties, ils finissent dans quelques diocèses p)ar en priver des populations entières. Les dangers d'un rigorisme outré furent plusieurs fois représentés aux tenants du jansénisme dans l'ancien régime sans les émouvoir. De teUes considérations avaient peu de prise sur des hommes trop convaincus de l'indignité de la créature, de la corruption de la nature humaine, pour ne pas la mater sévèrement, et ne permettre qu'après des épreuves réitérées la sublime rencontre de l'âme avec Dieu dans le sacrement de son amour.

Ce qui fit la fortune du Jansénisme, indépendamment de je ne sais quel besoin de pénitence, d'expiation, de sacrifice, ce fat d'être représenté, dans le cours de sa carrière, par des hommes d'une grande élévation morale et d'un fier caractère. Sans rappeler ici les noms illustres de Port-Royal, quelle dignité de vie, quelles habitudes austères ne trouvait-on pas chez un Pavillon, un Noailles, un Fitz- James. La fatalité des circonstances avait placé à la tête du fameux concile d'Embrun pour condamner Soanen, homme fanatique, mais sévère pour lui-même et pour les autres, un prélat vraiment trop xviii^ siècle, le cardinal de Tenein. On ne pouvait pas contester que de tous les pontifes qui occupèrent le siège de Pamiers, du milieu du xvii^ siècle à la Révolution, les deux plus grands furent j)récisément deux évêques qui avaient des attaches jansénistes : M. de Caulet et M. de Vèrthamon. M. de Caulet, l'un des trois compagnons d'Oher au se-

minaire de Vaugirai^d, fut toute sa vie pieux, régulier, austère. Il suivait l'exemple et aussi la direction de son voisin Pavillon, évêque d'Alet. Verthamon fut un de ces prélats dont les vertus, l'ascendant, les bienfaits accumulés dans une longue vie, gravent profondément le nom dans la mémoire des peuples. Un homme, mort quelques années à peine avant la Révolution, M. de Bazin de Bezons, évêque de Carcassonne, qui montra une grande tolérance pour les Jansénistes, s'était fait une place éminente dans l'épiscopat du xviii« siècle, par son grand caractère, sa ferveur, sa charité, et l'austérité de sa vie.

Si des j)asteurs nous descendons aux fidèles, le jansénisme tirait un nouveau prestige, une recommandation puissante, des exemples des familles parlementaires, qui, sans être toujours acquises à ses doctrines, s'inspiraient souvent de son esprit. La plupart restèrent jusqu'à la Révolution profondément religieuses, et la sève chrétienne circulait puissante encore chez ces magistrats fidèles à entendre tous les jours la messe, à suivre tous les offices de leur paroisse, à lire et méditer l'Ecriture Sainte, comme Omer Talon, à observer les lois de l'abstinence et du jeûne. Rares étaient leurs communions que devaient précéder des confessions nombreuses ; mais, en fait, le chiffre des communions n'est pas la mesure exacte de la valeur morale d'un fidèle. La pratique de l'Eglise a varié beaucoup sur ce point. Gomment oubher, par exemple, qne saint Louis faisait à j)eine dans le courant d'une année les communions qu'on permet aujourd'hui à un simple collégien dans une seule semaine, que la règle de sainte Claire portait sept communions par an pour les Clarisses.

Nous n'avons point ici à juger chez ces parlementaires d'ancien régime le peu de fréquence des pratiques sacramentelles, ni leur habitude de donner peut-être à la crainte de Dieu le pas sur l'amour, dans la direction de leur vie chrétienne. L'excès contraire a aussi ses dangers, et ce n'est point sans péril qu'on se familiarise avec la Majesté du Dieu trois fois saint. Ce que notre époque, très pénétrée de la distinction essentielle du spirituel et du tempo-

rel, n'est pas disposée à pardonner à ces magistrats du xviii^ siècle, c'est d'avoir mis la main à l'encensoir, c'est leui" intrusion scandaleuse dans le domaine réservé à l'Eglise. Au plus fort de la lutte, le clergé obsédé de cette ingérence incessante, disait au roi non sans émotion : « Qui pourrait compter le nombre prodigieux d'arrêts, d'arrêtés, de sentences, de procédures, où les personnes et les choses . saintes ont été indignement traitées? La postérité sera étonnée, en lisant ces événements dans l'histoire de nos jours; et après que la chaleur des disputes et le feu des passions auront été amortis, les magistrats auteurs de ces événements ou leurs successeurs en croiront à peine leurs yeux, quand ils verront les registres des biens, de l'honneur et de la vie des citoyens, chargés presque à chaque page, pendant quelques années, d'affaires concernant la doctrine ou les sacrements. S) C'est bien, en effet, l'impression que nous fait aujourd'hui éprouver cette ingérence inome des parlements dans une querelle qui, à notre époqp.e, serait tranchée par des théologiens et non par des robins. Quel est cet usage de la force dans une question qui dépendre la foi et de la conscience! quel spectacle s'offre à nos yeux ! L'archevêque de Paris, Beaumont, arraché plusieurs fois à son siège parce qu'il n'accepte pas les instructions du pouvoir laïque qui oscille entre les deux camps ; les mandements épiscopaux, les brefs du pape, brûlés j)ar la main du bourreau; les prêtres violentés, exilés, parce qu'ils refusent les sacrements aux appelants ; les tabernacles forcés de par le roi; l'absolution, la communion, l' extrêmeonction, administrées par arrêt, et Dieu obligé de se laisser conduire là où l'envoie une ordonnance de la cour.

C'était un honneur pour le Jansénisme de rencontrer des sympathies chez des prélats austères et dans certaines famiUes parlementaires. Mais si de ces hauteurs où nous avons rencontré les convictions fortes, la vie sévère, l'esprit de pénitence et de prière, nous descendons dans

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