‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 132 sur 354 · I. ii'mi'Ze, livre V · texte numérisé non relu

I. ii'mi'Ze, livre V

vertes dans tous les ordres de connaissances, enivrée, en particuKer, de ses triomphes dans les sciences mathématiques, physiques et naturelles, exaltée par les théories du progrès indéfini, elle est vraiment reine du siècle. Ge n'est point elle qui accepterait aujourd'hui l'objurgation hautaine que lui adressaient cent ans auparavant un Pascal ou un Bossuet : Tais-toi, raison orgueilleuse. La raison ne se tait pas : elle parle, veut se faire écouter, et monte, monte toujours dans Topinion qu'on a d'elle et qu'elle a d'elle-même. On peut prévoir le moment où on lui élèvera des autels, où elle sera déesse, la déesse Raison. Mais que devient l'esprit janséniste dans ce bouleversement des idées anciennes? Dieu à qui il a voulu constamment rapporter le tout de l'homme, au risque de ruiner notre libre arbitre, disparaît de ce théâtre du monde et de l'âme, où non seulement Port-Royal, mais encore les chrétiens de tous les âges s'efforçaient de lui attribuer le premier rôle. Voilà que l'homme prend sa place. L'homme, ce « monstre », ce « chaos », cet « imbécile ver de terre », ce « cloaque d'incertitude et d'erreur », comme l'appelle Pascal, ne prend plus la peine de discuter ces injures, tant il se sent maître de l'univers par sa raison. Si les Jansénistes du xviii^ siècle s'avisent de le rappeler à la modestie au nom de leurs théories surannées, une réponse méprisante de Voltaire ou de quelque autre philosophe, leur signifie qu'ils n'aient plus à ennuyer le public de leurs convulsions et de leurs prétendus miracles, de leurs éternelles « rapsodies sur la grâce et la déchéance ». Gomme si cette volte-face des idées ne suffisait point à détourner l'attention du Jansénisme, les questions sociales et politiques étaient venues captiver l'opinion publique sur la fin de l'ancien régime. Oh ! comme on était loin de la grâce irrésistible et de la délectation dominante. Un contemporain, le duc de Lévis, a pu dire au sujet des doctrines économiques, des assemblées provinciales, qui passionnèrent les esprits plusieurs années avant la Révolution : « On ne songeait guère à Jansénius, et le fameux diacre Paris était déjà aussi loin de nous que Nostradamus. »

Rien ne paraît moins préoccuper les électeurs, en 1789, que l'affaire du jansénisme. Néanmoins, cette doctrine réside au fond du cœur des nombreux hommes de loi que les élections envoient aux Etats généraux, et trouvera aussi de l'écho dans une certaine partie du clergé inférieur. Laissez la Constituante, une fois sortie des discussions orageuses qui marquent son début et du vote de ses grandes lois d'État, aborder la constitution civile du clergé, la secte qui a gardé la rancune d'anciennes persécutions, va présider à l'organisation de la nouvelle Eglise. Camus triomphera de Louis XIV; le comité ecclésiastique vengera les cendres de Port-Royal, et les législateurs jansénistes, qui ont tant parlé de rendre au clergé l'organisation de la primitive Eglise, le ramèneront, en effet, au martyre.

Préfack.

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