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contre rincendie, prêts gratuits, monts-de-piété, hôpitaux, suppression de la mendicité, assistance par le travail, cours d'accouchement pour fournir des sages-femmes aux campagnes, toute œuvre ayant pour objet de procurer, avec l'éternel secours au pauvre, l'intérêt des humbles, la conservation de la vie, le bien-être général, a trouvé en eux des protecteurs tout puissants. On ne contestera point à l'épiscopat du XVIII" siècle l'honneur d'avoir marché h la tête du mouvement de bienfaisance.
A côté des vertus sociales, nous avons rencontré chez ces prélats les vertus priçées. Saint Paul impose comme premier devoir à l'évêque de mener une vie irréprochable: oportet episcopum irrepreherisibilem esse. Et vraiment il serait étrange de voir des hommes corrompus à la tête d'une Eglise chargée de conduire à la vertu, à la sainteté, au ciel. Il faut compter ici, sans doute, avec la misère humaine, avec les vices du recrutement, avec l'amollissement d'un siècle qui était en train de perdre la foi, et qui avait sur la question des mœurs des théories, des tolérances singulières. Ces influences diverses poussèrent dans le sanctuaire des sujets qui auraient dû rester dans le monde. Mais l'épiscopat avait souffert de ce danger moins qu'on n'aurait pu le craindre.
Ce qui avait sauvé la situation, dans le parti pris défaire de la prélature un apanage de race, dans cette poussée générale de la noblesse vers les grands bénéfices de l'Eglise, c'est que les deux puissances avaient compris le péril d'appeler des indignes au rang suprême. Les candidats ne manquaient pas, candidats do grand nom, abbés de cour plus ou moins scandaleux; mais les ministres de la feuille avaient continué à les ranger parmi ceux dont Louis XIV n'avait jamais voulu faire des évoques. Grâce à Dieu, il restait encore un choix large et varié parmi les autres prêtres de naissance et de conduite. Dirigés de bonne heure vers l'E enlise, livrés aux fortes études théo-
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logiques, qui les retenaient dix ans sur les bancs de Saint- Salpice et de la Sorbonne pour y prendre le bonnet de docteur, ils y trouvaient une sauvegarde pour leur jeunesse, une formation cléricale, et une forte assise de sciences sacrées sur laquelle ils pouvaient bâtir l'édifice de connaissances plus humaines.
D'ordinaire, on a trop jugé ces évêques d'après les vices bruyants d'un Rohan, d'un Talleyrand, d'un Loménie,' d'après les anecdotes que raconte Saint-Simon sur quelques prélats de cour. Pour les annalistes, dix évêques irréguliers tiennent plus de place dans l'épiscopat que cent vingt pontifes occupés simplement à gouverner leur diocèse. Un examen impartial de la situation nous a montré, eh effet, sur les cent trente évêques titulaires en 1789, une dizaine de prélats qui avaient pu vraiment donner prise à la censure. C'était trop sans doute, ce serait aujourd'hui énorme. C'était assez pour faire aux flancs de ce grand corj)s une assez grave blessure, qui aurait pu s'en-' venimer et s'agrandir. Mais enfin ces défaillances partielles, qui s'expliquent par le mode cïe recrutement, par l'âge des sujets appelés jeunes à l'épiscopat, ne sauraient entacher l'honneur de tout l'ordre. Ni la justice ni l'histoire ne permettent de conclure du particulier au général.
Ces hommes, en qui nous trouvons éminemment les vertus sociales et généralement les vertus privées, avaientils les vertus épiscopales": Sur ce point, il y a du pour et du contre, en sorte que, pour rester dans la vérité,' on risque de paraître tenir une balance avec la préoccupation de faire pencher le plateau du côté de l'éloge. Mais comment énoncer des propositions générales, comment louer ou blâmer sans restriction, en un temps où un Juigné coudoie à Paris un Rohan et un Loménie de Brienne, où un Talleyrand de Reims a pour neveu un Talleyrand d'Autun, où ce Talleyrand d'Autun vase trou-
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ver aux Etats Généraux en présence d'un La Rochefoucauld de Rouen, d'un Dulau d'Arles, d'un Pompignan de Vienne ?
Nombreux se sont montrés à nous les prélats vraiment dignes, occupés de leur clergé, de leur diocèse, de leurs œuvres, fidèles à leurs exercices de piété, prêtres et apôtres, modestes dans la grandeur, simples dans la représentation, mortifiés au milieu de l'opulence. Les Durfort, les Reboul de Lambert, les Fumel, les du Tillet, les Balore, les Saint-Luc, les Hercé, les Neufville, les Pressy, les Bonal, les Machault, les Royère, les Chanterac, et tant d'autres, dont les noms ont paru dans ces pages, nous ont prouvé la vitalité religieuse, les vertus de cette Eglise de France à laquelle ne manquait point çà et là l'auréole de la sainteté, en attendant celle du martyre.
Est-ce à dire que tout fût parfait et que ce grand corps ne souffrit pas d'un mal réel. On a trop souvent parlé dans l'ancien régime du manque de résidence-, de la rareté des visites pastorales, pour que beaucoup de prélats n'aient point donné lieu à ce grief. Tertullien reprochait à bien des chrétiens de son siècle de ne pas savoir porter le poids du baptême, pandas haptismi. Un écrivain de 1789, accuse plusieurs prélats d'alors de ne savoir pas porter « le fardeau de l'épiscopat *. »
Il semblait difficile de mener de front les exigences du ministère pastoral avec la vie d'un grand seigneur. Outre qu'on a quelque peine à concilier tant de laquais, tant de carrosses, avec les règles du concile de Trente, avec l'idée de patrimoine des pauvres, que les canons se sont plu à attacher aux richesses de l'Eglise, n'y avait-il pas quelque danger d'énervement dans cette existence somptueuse ? Certains prélats ainsi entourés, ainsi choyés, ne